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sieurs volumes in-8' ; on y trouve : 1° le Tableau de toutes les routes , d'après le
livre de poste ; 2' le Tableau de chaque relai , avec sa distance ; 3° la Description
des villes , villages, hameaux , châteaux , curiosités de la nature et de l'art , com-
merce, population, étendue de chaque endroit ; h" l'Indication des auberges, bains,
hôtels , messageries, bateaux à vapeur, etc. : une Carte routière très exacte : 6° les
panoramas des grandes villes , des vues pittoresques ; 7» un tableau comparatif de
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(Êîiitfitv bre vSuibfs-ïlirrjurb,
QUAI OES AUGUST1NS , 29.
1842
L>
T07AGEUR ES SUROFH
PAR TERRE ET PAU LES BATEAUX A VAPEUR.
PARIS. — POINT DE DÉPART.
Paris étant le point de départ de nos divers voyages, soit en France ou dan» Je*
payf étrangers , c'est par celte capitale que nous devons commencer.
HISTOIRE DE PARIS.
« Paria semble âmes jeux un pays de roman,
3e crois ce m .tiu voir certaine iic enchantée;
Je lu laisse déserte et la trouve liabilee.
Quelque Ampliion nouveau, sans l'aide des maçons ,
En superbes palais „ changé ses buiBSuns. >■
Sommaire. — L'origine de cet e ville;
la découveite qu'en firent 1rs Romains;
son état sous leur domination et i-ous
celle des Francs ; les clia gf liens et
agra di-se.i eus qu'y firent successive-
ment Louis-le-liros, Philippe-Auguste;
ses acercs-emens sous Chai I. s V : ses
embellisscruens sous François 1 1", Hen-
ri III, Henri IV, Louis XIII, Louis XIV,
Louis XV, Louis XVI ,JN, poléon, Louis
XV III, Charles X et Louis-Phiiippe,
vont nous occuper successivement.
Première époque. — Origine de
Paris. — Parmi les nombreuses, vail-
lantes et misérables peuplades des
Gaules, se distinguait celle de Parisii
( Paris), établie sur les boids de la Seine
et près des Ironlières de la puissante
nation des Senonei. Le territoire de
Parisii n'avait environ que douze lieues
d'étendue , et presque toute ;a surl'a e
était couverte par des bois , des prés et
de vastes marais. La Seine ijui le tra-
versait au puint où se trouve aujour-
d'hui Paris, formait cinq îles, dont la
plus étendue , que nous nommons main-
tenant la Cité, reçut le nom de Lulèce
etfutchoisie pour être la place de guerre
FRANCE.
ou la ville des Parisiens. Les maisons
qui la composaient étaient, comme toutes
les au res de < e t uips-là , construites
en b ùs et couvertes de pa.lle eu de
ro-eaux. D, ui ponts de bois , nommés
l'un le Grand, l'autre le t'ettt-i'ont ,
servaient de conimuniia.iou avec les
rms septentrional, s et méridionales.
A l'époque tù les Uomains lirent la
découverte de eet,e ville , c'est-à-dire
cinquante an» avant Jesus-Chiisl, il la
trouvèrent gouverne par un vouvira n-
magisirat nommé Cumutoyène, vieux
guerrier plein de bravoure et de cou-
rage, qui perdit la vie dan» la bataille
que ce peup e lui livra pour se rendre
m, îire de la ville. César, maître de
Paris, le lit entouier de muiailles et
l'emb. Hit d'une loule d'édifices. Dès ce
moment, celte vaste contrée, dépouillée
pour toujours de ses coutumes et de ses
lois, se vit soumise à la même forme
de gou>ernemenl que les autres pro-
vinces de la république. Avec les lois,
romaines s'introduisit aussi la langue
latine paimi les peuples conquis, et
l'ancien langage- tel.ique se ternit peu
à peu. Quant a la religion , elle resta la
même : vainqueurs et vaincus éta.ent
épaleme t plo, gés dans les lénèlir. s du
pag, ni-me. Ton elois les sacrifie s hu-
ilai .s uren» aboi, s, et ce fut un des
bienfaits qu'apporta à cette nation bar-
bare la civilisation des Komaius.
Il ATiiniimÉlffi i • -
ur.
GUIDE
V*
\f
Paris , comme toutes les autres villes
de l'empire , eut des temples, des pla-
ces , des édifices, et comme cette ville
jouissait d'une grande tranquillité, elle
commença à étendre ses faubourgs sur
les rives du fleuve. Toutefois il est im-
posable de donner aucun renseigne-
ment sur l'état de sa topographie inté-
rieure pendant la dominaion romaine,
ni sur les accroissemens progressifs
qu'elle put alors éprouver : car il n'est
plus question de Paris dans les historiens
pendant près de quatre siècles , jusqu'à
l'empereur Julieo, qui y passa plusieurs
hivers avant et après son expédition
contre les Allemands. L'af'eolion qu'il
portait à cette ville, qu'il appelait sa c/<ère
Lutèce , le séjour qu'y firent après lui
les empereurs Valentin et Gratien , don-
nent lieu de croire que dès lors elle
possédait tout ce qui était nécessaire
pour loger des empereurs et celte suite
nombreuse d'officiers de toute espèce
dont ils étaient sans cesse accompagnés;
un palais, des thermes, une place
d'armes, des arènes, un cirque, un
amphithéâtre. Mais si nous considérons
les dimensions de l'île qui composait
la ville proprement dite, nous s?rons
convaincus qu'il est impossible que de
tels édifices aient été exéculés dans un
si petit espace. Ammien Mareellin, quoi-
que fort embrouillé dans tout ce qu'il
dit sur Paris, le fait entendre assez
clairement; le* débris du palais des
thermes en sont une preuve encore plus
incontestable, etleurconstruelion toute
romaine donne l'idée d'un grand et
magnifique édifice. A-l-il été élevé avant
Julien? Est-ce lui qui l'a fait bâtir?
C'est aria question qu'il est impos ible
de décider, et d'ai leurs peu important
d éclairai-, puisque enfin, de tout ce
qui eusiait Mors à Paris du temps des
Romains, si l'on en excepte une salle
des thermes, les ruines d'un aqueduc
et quelques autres débris . il ne reste
plus absolument le moindre vestige.
2 e Epoque. — Etablissement des
francs. — Clovis, roi des Francs,
ayant déjà conquis une partie de la
Gaule, se rendit maître de Paris en
824 et en fit la capitale de son empire.
Ce ut dans le palais des empereurs qu'il
et'ibht sa resi ience et non dans l'n t <■-
rieur de la Cité, car les Franc- avaient
un grand mépris pour ceux qui habi-
taient les villes. Ce mépris, qui tenait à
leurs mœurs , le préjugé naturel qui les
portait à n'honorer aucune pro'esMon
que celle des armes; les dévastations
qu'ils commettaient en passant dans les
pays conquis ; les guerres sanglantes
que Clovis fut forcé d'entreprendre et
de soutenir pour former son établisse-
ment ; le partage de ses conquêtes après
sa mort, et les nouvelles capitales que
fit naître cette division impolitique ;
toutes ces causes réunies empêchaient
Paris de s'agrandir sous la première
race. Sous la seconde , nous le voyons
presque abandonné: Pépin , Charlema-
gne , Louis-le-Débonnaire, Charles-le-
Chauve. n'y demeurèrent qu'en passant;
et, vers la fin de cette époque ratale ,
cette ville , assiégée sans cesse par les
Normands , se trouva réduite par la dé-
vastation et l'incendie de ses faubourgs,
à celle enceinte enourée d'eau qui avait
été l'habitation des peiniers Gaulois.
3 e Epoque. — Paris sous le règne
de Philippe-Auguste. — C'est sou* le
règne de ce roi que Paris commença à
prendre de l'accroissement; en U84,
il en fit paver une partie et commencer
une nouvelle enceinte qui fut achevée
en 1211. Du côté du septentrion , cette
clôture commençait au dessous de Saint-
Germain-l'Auxerrois, vis-à-vis l'endroit
où est aujourd'hui le Louvre , et traver-
sait le terrain qui forme à présent les
rues Coquiliière , des Deux-Ecus,
Montmartre, Monlorgueil, Saint-Denis,
Bourg-l'Abbé, St-Martin, Sainte- Anne;
elle renfermait le bourg de Sl-Germain-
l'Auxerrois , une partie du Bourg-
l'Abtié , le beau Bourg et le houré I his-
boust. qui devait son nom à Guillaume
Tliishoust , prévôt des marchands. Celle
enceinte traversait l'endroit où nous
voyons maintenant la tvserne de l'Ave-
Maria et finissait au Pont-Marie.
Di côté du midi, elle commençait à
l'endroit où est le pont de la Tournelle,
passait derrière Sainte-Geneviève , l'é-
glise Saint-Jacques, et se terminait au
bord de la rivière près du palais des
lîeaux-Arls. Cette muraille était flan-
quée d'espace en espace de fortes tours.
On en distinguait quatre principales,
savoir : la Tour de Nesle . la Tour de
Bois, la Tour de la Tournelle et la Tour
de Bordeaux ; ces deux dernier s louis
défendaient le haut de la rivière.
4 e Epoque. — Paris sous le règne
âe Charles V, de Charles VI, de Char-
^■..SutV»:
DU VOYAGEUR EN EUROPE.
les Vit et de Henri III. — Sous les rè-
gnes de ces deux premiers rois, on ajouta
à Paris huit autres quartiers au nord et
on éleva une nouvelle enceinte dans la-
quelle ses derniers faubourgs furent
renfermés. Jusqu'au règne de Fran-
çois I er , nous ne voyons aucune entre-
prise nouvelle pour l'accroissement de
Paris. Ce roi , restaurateur des lettres
et des arts, reprit tous les projets qui
avaient éléconçus pour l'embellissement
d'une ville d jà si peuplée et si floris-
sanle. Il n'agrandit pas son enceinte,
mais il augmenta ses dehors: il éleva
des monumrtis d'architecture qui sont
encore au nombre des plus remarqua-
bles qu'elle pusse le. Le vieux Loin re ,
. abattu, fut remplacé par un édifice ma-
gnifique et régulier. De nouvelles rues
s'ouvrirent sur les débris d'une quantité
de vieilles constructions. Bientôt après
Charles IX fait bâtir le château des Tui-
leries , enfin le Pont-Neuf fut commen-
cé par Henri III et achevé par son suc-
cesseur.
3* Epoque. — Paris depuis Henri IV
jusqu'à la mort de Louis XVI. — Hen-
ri IV est le premier roi qui orna Paris
de places publiques décorées d'une ar-
chitecture uniforme; mais toutes ces
constructions nouvelles furent faites
dans l'ancienne enceinte, qui resta tou-
jours la même jusqu'à Louis XIII. Sous
ce prince, une nouvelle muraille fut
élevée depuis la porte Saint-Denis ,
qu'on plaça alors à l'endroit où nous la
voyons aujourd'hui, jusqu'à rentrée du
faebourg Saint- Honoré, et le château
des Tuileries se trouva renfermé dans
celte troisième enceinte.
Sous le règne brillant et majestueux
de Louis XIV, sous lequel se dévelop-
pa à la fois toute la force du gouver-
nement monarchique , Paris s'éleva ra-
pidement au plus haut degréde richesse
et de «plendeur. Ses enceintes furent a-
bJtlues.ses port' s grossi ère» firent chan-
gées en arcs de triomphe, et ses fusses
comblés et plantés d'arbres devinrent
des promenades. Des places immenses,
des rues superbes, des temples, des édi-
fices magnifiques naquirent de tous cô-
trs comme par enchantement ; le chef-
d'œuvre de l'architecture française, le
Louvre, fut bâti, le dôme des luvalid s
s'éleva, etc.; enfin , sous ce règne où il
se fit tant de choses si dgnes d'être ad-
mirées, la ville qu'habitait le monarque
le plus puissant et le plus magnifique de
l'Europe, put être regardée dès lors
comme la plus belle ville de l'univers.
Cette superbe capilale s'est encore
agrandie et embellie sous ses deux suc-
cesseurs. Sous l'infortuné Louis XVI, les
faubourgs immenses qui environnaient
les boulevarts furent réunis dans une
nouvelle enceinte, qui renferme aujour-
d'hui cette immense cité et qui proba-
blement sera la dernière
6° kpoojue. — Depuis le règne de
Louis XVI jusqu'à ce jour. — L'épo-
que de la révolution fut celle de la dé-
vastation . Paris souffrit beaucoup «lors :
ses temples, ses barrières et la plupart
de ses monumens et édifices fuient sac-
cages, ses fortifications fuient entière-
ment détruites; mais bientôt tout chan-
gea de face : l'homme qui venait de sai-
sir les rênes du gouvernement fit cesser
cette marche destructive, et à sa voix
s'élevèrent comme par enchantement
une foule de monumens et édifices qui
feront à jamais notre admiration.
Sous les règnes de Louis XVIII et de
Charles X, le plan, tracé sous Napoléon
pour l'embellissement de Paris , a été
heureusement suivi, etquelques monu-
mens ont été terminés; mais à Louis-
Philippe était réservée la gloire d'avoir
fait terminer la plupart des monumens
que ce grand homme avait fait commen-
cer.
Ici finissent les divers détails histori-
ques do Paris que nous nous sommes
proposé de mettre sous les yeux de nos
lecteurs ; maintenant nous allons leur
donner un aperçu général de cette ca-
pitale.
Aperçu général de Paris. — Cette
ville, qui occupe en grande partie une
vaste plaine , est arrosée par deux ri-
vières, la Seine et la Bièvre; elle a en-
viron huit lieues de tour en y compre-
nant ses faubourgs. On y entre par 57
barrières et l'on y compte 1180 rues,
120 impasses, loS passages, 38 carre-
fours, 91 places, 22 boulevarts, 34
quais, 3 îles, 18 ponts, 80 fontaines, 16
marchés, 6 halles, 1 grenier de réserve,
S abutoirs, 22 hospices et hôpitaux, 16
étahlissemens pour les indigens et plus
de 30,000 maisons. C ttev \ lie est le chef-
lieu d'une cour suprêm e de justice à
laquelle ressoit ssentle ? déparleuiensde
l'Yonne, de la Seine, ' e Seine-et-Oi-e,
de Seine-et-Marne, d'Eure-et-Loir, de
GUIDE
\f
l'Aube et de la Marne : c'est aussi le
siège d'une cour de cassation et d'une
cour des comptes pour ton e a F/an e,
d'unt'ilm aldep.eniièreinstarj e,d'un
tribunal de commerce , d'une i hambre
etcoii.'eil de commerce et d'une bourse.
Elle et divisée en douze arrondisse-
Biens, à la lête de chacun des pielssont
un maire et deux adjoints. Il y a un
juge de paix par arrondissement. Le
Trésor rojal, la Caisse d'amortisse-
ment, la Banque. l'Administrât i des
Mo .naies, des Salines , du Timbre . des
Do ian s, de l'Enregistrement et des Do-
maines, des Contributions indirectes,
des Eitixet. Forêts, du Mont-de-Piétéj
y sont établis ainsi que tous les minis-
tres. Cest le si : ge du gouvernement :
la Chambre des pairs et celle desdépu-
tés des déparemens y tiennent leurs
sessioi s La police e-t confiée à un pré-
fet a a t fou ses or Ires quarante-hu t
commissaires de police, vingt-quatre of-
ficiers de paix, un tribunal de police,
un corps de pompier!, uni 1 nombreuse
garde municipale et une Chambre d'ar-
rêt. Tren'e mille hommes de garde na-
tionale aident encore au maintien du
bon ordre.
La préfecture civile est exercée par
un préfet ayant pn's d>- lui un con»eil-
général pour les hôpitaux. L'arche» ê-
que de Varis a pour snlfragans les évê-
ques de Versa l'c.rie Meaux. d'Amiens,
d'Arras, île Cambrai , de Sois«ons, de
Troyes et d'Orléans. On comi te dans
cette ville deux basiliques, douze é-
glises paroissiales, vingt-cinq succur-
sales, trois séminaires, dix-huit mai ons
de filles religieuses, deux temples pro-
teslans, trois <1e lutherie s et trois sy-
nagogues. Elle renferme en outre les
Archive* du royaume, dix bb intln ques
publiques, cinq collèges, vingt-deux
Académies et Sociétés savantes, un Mu-
sée de peinture et de sculpture, un d'his-
toire naturelle, treize ou quatorze théâ-
tres.
Parmi ses établissemens d'ins'ruc-
tion, nous de\ons citer le Col ége de
Fr >nee l'Instit"t , l'École Poly techni-
que. l'Eco'e de M néralogie, l'Ecole des
Ponts et Chaussées ; et parmi le» monu-
mens 1rs plus remarquables le palais
des Tuil -ries le Louvre l'Arc-de Triom-
phe de l'Etoile, ceux des i o tes Si inl-
Dcuis cl S .dut-Martin, la nouvelle cgi -
•e de la Madeleiue , la colonne de la
place Vendôme, le Garde-Meuble, le Par
Ia : S'Royal la nouvelle Biti' se, I'ég'i«§de
Kolre-Dauie, l'H tel de« Monnaies, celqi
des Invalides, le Palais-d -Justice. l'E-
coiede Médecine, le Luxembourg, l'égl se
S. i t-Sulpice, l'Observatoire, le Val-
de-Grâce, enfin le Panthéon.
Quant à la population de Paris, elle
est de huit à neuf cent m. Ile âmes en y
comprenant les éliangers: le nombre
des décès s'élève , année commune , à
2i,000 , et celui des naissances à 26 ou
27,000.
Api es cet aperçu général de Paris,
parloi s maintenant des
Mœurs parisiennes. — Les hahilans
de Parts ent en général les mœurs dou-
ces et fac les , et on les distingue aisé-
ment, surtout les femmes, par leurs ma-
ri ères et par ries grâces qui ne sont
données qu'A eux. Ces grâces ar ifi-
ci Iles presque en toute autre qu'une
Française, sont enqueque sorte la na-
ture même chez. les Parisiennes.
C'est toi seul, ù Paris! qui nourris en ton seio
Ce modèle parfait qu'ailb-urs on eberrhe en tain.
Partout repu- l amour; it estparloul des belles:
Mais ee charme puissant qui nous (lie près d'elles ,
Mais la pràce plus belle elicor que la bea'ité ,
Ce tout eaquis, eet art elier à la volupté.
Par qui la lai. 1er même est souvent embellie
Ce mel, n%r piquant de rai on de folie ;
Ces magiques attraits qu ou ne peut définir;
Tous réadmis ravissans, lu sais les réunir ,
Jtunc et brillant objet que Paris a vu naître.
Ceux qui ont pris naissance dans la
capi: le, sans être bien robu-tes, sont
en général d'une conslituiion ,»aine. On
voit rarement des couleurs vives sur les
visages. Il aut en accuser l'humidité
du climat, laquelle détend la fibre, et
l'atmosphère épaisse qui entoure cette
ville. IN 'Ont en général braves, spiri-
tuels, généreux ;on leur reproche d'être
vains et inconstai s. Mais leur caractère
a singulièrement changé, surtout depuis
la première résolution. La force des
circonstances, des événemens piodi-
gieux, des droits conquis et méconnus
à défendre, ont fait prendre à leur es-
prit une gravité, une solidité de prin-
cipes qu'on aurait vainement cherchée
autrefois , à moins de mouler jusqu'à
quelques sommités de la magistrature,
de la littérature et des sciencs. La cour
ne donne plus comme autrefois le ton à
la ville.
s I.oisqur le grand Louis brûla d'un tendre amour.
ParÎB (IcTini Cythère, et tsut l'ihît I» mur :
. tsojutj».;
DU VOYAGEUR EN EUROPE.
Mais quand il fut dévot , ardent à la prière,
Tout zélé citadin marmotta son bréviaire, o
L"s temrssont changés. De» institu-
tion» à prot gerou à soutenir ont tracé
plus que ainai- m e ligne de déniai ca-
tion entre !a haute soi iélé de la ville et
la cour, et la «eule ari locraiieque Ton
veuille maintenant reconnaître en
France esL celle des richesse'. L s in-
térêts commerciaux et poiliques, en
occupant ions les esprits, en ont chan-
gé la d rection. Le ternis n'est plus où
le Parisien, à son réveil, cherchait dans
son journal ■'anecdote scandaleuse de
la veille; maintenant le budget et les
discuss otis des cPanibres, occupent
pendant six mois les feuilles quoti-
diennes des deux iarlis,et pendant les
six autres ino s, rVlïl. 1 s rédacteurs rem-
plissent leurs colonnes d'hjuics, de
menaces , qu'ils se ren\ oient chaque
matin; de considéralio's sur la ses-
sion qui vient de se f ire et de suppo-
sitions à propo- de cclie qui lui doit
succéder. L'aspect de la sociéléestdo c
devenu, comme nou- l'avon- remarqué
plus haut, plus grave et plus sévère; les
femmes, ne pouvant s'opposer à cette
révolution des mœurs, se sont mises à
la tête du mouvement , et il n'en est pas
une ayant quelque idée du pouvoir que
son se'se peut exercer dans les cerc es
de la capitale, qui voulut se servir en-
core du ca melage dis caillettes d'au-
trefois. Le Pa isien, il est vrai, a perdu
en grâces ce qu'il a gagné en raison :
mais, enfant sous l'ancien régime, il
s'est ait homme depuis le jour où il es-
saya de mai citer s.ins lisières.
Cependant Paris est toujours le sé-
jour du luxe en tout genre. Une moitié
de l'univers est tributaire de ses mo-
des.
Apres avoir (racé l'histoire de Paris,
donné un aperçu général de cette ville
et es misse rapidement les moeurs de si s
habitai s, il ne nous re-te plus mainte-
nant qu'à considérer cette ville sous le
rapport industriel et commercial.
Paris considéré tous le rapport in-
dustriel et commercial. — Avant l'en-
trée des Romait s ''ans les Gaule , les
Parisiens f. isaieni déjà par eau un com-
merce considéra h' Leur vil e avaitdès
lors le même symbole qu'elle possède
aujourd'hui. Ce vafcteau était ci lui d'I-
sis, qui était une de leurs principales
divinités. Sous la domination des Ro-
mains, cette ville augmenta considéra-
blement son co nmerce. Soui la pre-
niièie race, la Prat.ee, déchirée sans
cesse par les guerres ciw'es. n'oirrit
pi esque plus de ressource» au commerce
et à l'industrie. Chariemag ef il le pre-
mier qui le favorisa II a da au déve-
loppement de tom I s arts utiles et sur-
tout à celui de l'agr culture. Paiis se res»
sentitde cette heureuse influence. Après
la mort de ce prince , la France resta
plongée dans l'abrutissement et l'anar-
chie dont ce grand homme l'avait tirée.
Hugues-Capet ayant établi son s jour
dans (elle ville, que les rois avaient
cessé d'habiler depuis près de deux siè-
cles, so . i commerce re rit quelque i clat
rousle règne de saint Louis; il s'acrut
encore sous celui de Charles Y. Cepen-
dant, à t ette époque, la plupart d saris
y étaient encore à peu près inconnus.
L'hotloge sonnai te que ce prince fit
placer sur la tour du Palais, parut une
mrveil'c. So is LouisXI.ee t; ran cruel
forma de? élahlissi mcii' trèshonorables,
entre anti es celui des posîes, et s'atta-
cha à avor ser le commerce. Par ses
ordres, une foule d'ouvriers de Grèce
et d'Italie vinrent en Fia ce; un erand
nombre d'entre eux s'établirent dans la
capitale. Ils furent exemp s de tous
droits, taxes et impôts, ainsi que les
Français qui travaillèrent avec eux.
Sous le règne de Henri IV, l'industrie
parisienne, quoique protégée, ne reçut
pas de grands ai croissemens. Sully pré-
férait l'agriculture au commerce. Sous
le règne de Louis XIV, l'industrie pari-
sienne prit une exlei sion prodigieuse;
elle le dut à Colbert, dont le génie s'ap-
pliqua surtout au commerce. A sa voix
de riclies manufactures en tous gen es
s'él vèient dans la capitale. C'est alors
qu'on vit :
Nos artisans grossiers rendus industrieux ,
£ nos voisins frustrés de ces tributs sel viles
Que pavait à leur art le luse de nos villes.
Alors se forma une France nouvelle,
et une second- capitale à laquelle l'an-
cienne ne re semblait en rien. Mais ce
vif éclat s'é eignit à la mort de ce grand
homme. La révocation de l'édit de Nan-
tes, en 168S. porla un coup fatal au
commerce; il s'en ressentit long-temps.
Près de cinquante mille familles, en trois
ans de temps sortirent de France , e!
GUIDE
r
furent suivies par une foule d'autres.
Elles allèrent porter cliez les étrangers
les arts, les manufactures el la richesse.
Pendant tout le long règne de Louis XV,
l'Industrie el le commeice sommeillè-
rent, ainsi que sous celui d ■ so i succes-
seur. Après sa mort, l'iliduslrie pi il une
grande exension , grâce aux écoles des
ails et métiers qui offrirent à l'In-
dustrie des productions de tous les arts,
et tracèrent l'histoire de leurs progrès.
Les mécaniques, en procurant une éco-
nomie de main-dVuvre considérable
ajoutèrent à la quantité des ti'sus. Le
tissage du coton el la filature firentd'im-
menses progrès. En 171)8, un minisire
citoyen, M. Fiançois de Neufchàleau
conçut la noble' idée d'exposer au
Champ -de-Mars, dans un bâtiment fait
exprès, les produits de l'indu*trie fran-
çaise où pour la première fois leâ Fran-
çais purent admirer le lableaude toutes
leurs richesses industrielles. Trois ans
après , c'est-à-dire en 1801, sous le
ministère de M. Chaptal , la seconde
exposition eut lieu dans la grande cour
du Louvre. La trois èrne exposition eut
lieu en 1892 dans le même emplace-
ment; la quatrième en 1800, sous le
ministère de M. de Champagny ; la cin-
quième en 1819, sous le ministère Dé-
cades; la sixième enl823, sous le minis-
tère de M. de Corbière ; la septième en
1827, sous le même ministère ; la hui-
tième enlin a eu lieu en 1833 sur la
place de la Concorde. Ces trois derniè-
res expositions ont été les pins biles;
elles ont attesté les progrès immenses
de notre industrie ; on y a pu faire la
comparaison victorieuse de nos produits
sur ceux de l'étranger.
Ici se borne ce que nous avions à
dire sur l'histoire de Paris, ses mœurs,
son commerce et son industrie , main-
tenant nous allons parcourir cette ville
pour examiner les divers édifices et
monumens dont elle est ornée.
Promenade dans Paris.
Pour voir tout ce que Paris renferme
de curieux , il nous faut trois jours
que nous emploierons de la manière sui-
vante :
1" Journée. — Dans cette journée
nous visiterons les curiosités que ren-
ferme IHe du Pal ,is , le faubourg Saint-
Marcel et une parUe de celui de Saint-
Jacques.
2« Journée. — Pans la deuxième
journée . nous achèverons de visiter le
faubourg Saint-Jacques, et nous par-
courrons ensuite celui de Saint-tier-
maln.
3 e Journée. — Enfin la troisième
journée sera consacrée à visiter le Lou-
vre, les Tuileries, l'HÔlel-de- Ville.
PREMIÈRE JOURNÉE.
POINT DE DÉPART AU POIST-NECE.
Départ.
C'est au
Ponl-Neuf que nous fixons notre
point de départ, c'est de là que nous
partirons chaque jour. Ce pont est sans
contredit le plus passager de Paris. La
première pierre en fut posée eu loTo
sous le règne de Henri III, il ne fut
terminé qu'en 16n4 quinzième année
du règne de Henri IV. Ce futalors que
les pointes de l'île située dans sadirec-
lion lurent réunies à laCité.Lesguériles
en pierre que nous remarquons sur ce
pont qui servent à diverses boutiques
datent de 1774. Sur le
Terre-plein du Pont-Neuf, c'est-à-
dire sur la pointe de l'île de la Cité
s'élève la
Statue équestre de Henri IV en bron-
ze. Ce monument, détruit en 1792, a été
rétabli en 1818. Le groupe qui le com-
pose a dix-huit pi ds de hauteur et
pèse trente mille livres. Le piédesial
repose sur une pyramide tronquée faite
en granit de Cherbourg. Celte dernière
construction, commencée sous l'empire,
devait supporter un obélisque en mé-
moire des Iriomphrs modernes des ar-
mées françaises. L'ancien monument
avait été érigé en 1614 par Marie de
Médicis. Le terre-plein du Pont-Neuf
est environné d'une grille à hauteur
d'appui et offre un vaste coup d'oeil
A côté est placé l'un des établisse aiens
publics connus sous le nom de
Bains Vigier. — L'escalier qui con-
duit à ce bain est un morceau de char-
pente qui mérite d'être remarqué. En
face le terre-plein du Pont-Neuf est la
Place Dauphine , au centre delà-
quelle s'élève une
Fontaine, espèce de monument con-
sacré à la mémoire du général Desaix,
tué à la bataille de Marengo. Celle fon-
taine, doni la forme est ronde, s'élève
sur un soubassement composé d'assise»
DU VOYAGEUR EN EUROPE.
de pierres en retrait et orné d'inscrip-
tions. Qua ! relèles de lion versent l'eau
d ns d>'sras-ii s circulaires; deux gé-
nies, une ronronne de laurier, îles mé-
daillons, des phénix, deux fleuves, le
Nil et le Pô. ornent la surface du t iédes-
lal (|ue surmonte le portrait du général
français en forme d'Hermès. Un jeune
guerrier coiffé d'un casque et costumé
à la grecque, lui pose une couronne sur
la tèie.
Ce monument d'un beau style , mais
d'une exécution sèche et roide, a été
sculpté pur M. Fionlin , sur les destins
de M. Verrier.
En continuant de suivre la place Dau-
phin nous arrivons à la
Rue de Hurlay, ainsi nommée du nom
du premier président du parlement de
Paris, en 1607. Henri IV donna à ce
magistrat la partie occidentale de l'île
du Palais à la charge d'y bâtir des mai-
sons et de combler les bras de rivière.
Au bout de la rue de Harlay nous
trouvons le
Çuaides orfèvres, ainsi nomme parée
qu'il e-t composé presque exclusive-
ment d'alelicrs et de maga ins d'orfè-
vrerie. En remontant ce quai qui n'offre
rien de remarquable , nous passons
devant la
Hue de Jérusalem , dans laquelle se
trouve 1'
Uoiel rie la Préfecture de Police. Au
bout du quai nous remarquons le
Pont Saint-Michel, ainsi nommé du
voisinage de l'église Saint-Michel. Qua-
tre ponts avaient été successivement
bâlisà sa place, loi squ'en 1018 1e pont
actuel fut élevé par une compagnie qui
demanda d'y bâtir trenle maison* ; elles
ont élé abaltues en 1804 pour le sacre
de Napoléon Ce pont a quatre arches.
En face ce pont est la
Bue rie ht BariUerie, que nous allons
suivre. Là bientôt se présente à nous
le
Palais-de-Justice , dont nous allons
faire l'examen. Commençons d'abord
par tracer son
Historique. — Ce pala's est un des
plus ancien^ édifices rie Paris, puisqu'on
ignore absolument l'époque de sa fon-
dation. On sait seulement qu'il fut re-
bâti par le roi flobert vers l'an lulO ,
augmenté par ses successeurs, et notam-
ment par saint Louis, reconstruit pres-
que entièrement par Philippe-le-Bel
Le bâtiment neuf que nous avons sous
les yeux a été construit sous le règne
de Louis XVI, en 1787. d'après les des-
sins de Desmatoons. architecte. Ce pa-
lais était autrefois la demeure des rois,
aujourd'hui il est consacré aux séances
des diverses cours de justice. Après
l'histoire du Paleis-de-Juslice , passons
à sa
Description. — Commençons d'abord
par celle de la
Grille de la cour, puis ensuite nous
passerons à celle de l'édifice. Celte grille,
qui a élé restaurée il y a quelques an-
nées , est à lances dorées el s'élend sur
toute la largeur de la cour. A son cen-
tre s'élève une porte à deux ballan9 et
remarquable par ses ornemers dorés.
Voilà ce qui concerne la grille , venons
maintenant à l'édifice ; commençons par
la
Façade. — Un escalier, composé de
dix-sept marches, conduit au bâtiment
central, auquel on entre par trois por-
tiques. Le milieu de la façade présente
un avant-corps orné de quatre colonnes
doriques. Au de'su.» de l'entablement
règne une balustrade et sur quatre pié-
destaux sont posés une statue allégori-
que , savoir : la Force, l'Abondance , la
Justice et la Prudence, toutes quatre
dues au ciseau de Lecomle. Elles s'élè-
vent à l'ai lomb de chaque colonne et
se dessinent sur un fond lisse de ma-
çonnerie qui su porte un dôme qua-
di -angulaire, dont la base est ornée d'un
gradin en pierres portant un écusson
aux armes de France , soutenues par
deux génies dus au célèbre Pajou.
Api(S cet examen de l'extérieur pas-
sons à celui de l'
Intérieur. — Ici s'offre à nous une
vaste galerie que nous nommerons si
vous voulez
Galerie de la Cour royale, parce
qu'elle conduit à cette cour et qu'elle
s'abouche dans la
Suite des Pas-Perdus, où nous allons
nous arrêter un instant pour l'exami-
ner. Celle salle, qui date de 1620, est
célèbre | ar ses dimensions, qui sont de
deux cent vingt piedssur quatre-vingts.
L'architecte , dont le nom nous est in-
connu, y a déployé l'ordre dorique, qui
lui donne un caractère mâle et si lide.
Elle est éclairée par deux grandes ou-
vertures cintrées pratiquées aux deux
extrémités de chaque nef et sur les par»
GUIDE
lies latérales par des œi's-de-bœuf per-
cés daos les Urnes des voûtes.
Voilà ce qui regarde cette salle;
main enant faisons-en le tour et pas-
sons en revue les divers tribunaux qui
y débouchent.
Non loin de l'un des angles des Pas-
Perdus est la
Ciurrle Cassation , qui est surtout
remarquable par sa grandeur et sa dé-
coration. Si, privé de sommeil . vous le
cherche, vainement, venezit i lcsd'une
séan e de cette cour, je suiseer ain d'a-
vance qu il ne tarder.i pas à clore votre
paup è c Que l'on di*e maintenant que
la tour de cassation n'est bonne à
rien !
A côté est le
Tribun d de première instance, qui
n'offre rien de remarquable. No i loin
de cete chambre, nous remarquons un
Va^te cnttln r qui communique aux
appartenions souterrains du Palais et
qui conduit à la
Septième chambre, située au premier
étage. Vient ensuite 'a
•sixième chambre (police correc'inn-
nell*). à lajuelle on ar ive pat un joli
Efélier en pierre f ai«anl saillie dans
la salle des Pas-Perdus. En face de
celte chambre, c'es. -à-dire dans l'en-
coignure op osée, est le
Parquet de M. le Procureur du roi,
non loin duquel nous remarquons le
Monument érigé à Maleslu-rbes , dû
au ciseau de MM. Bosio et Cortot.
Au sortir de la salle des Pas-Perdus,
nous trouvons une
Deuxième galerie, que nous avons
déjà traversée, qui conduit à la
Cour d'assises , qui n'o fre rien de
remarquable que son escalier.
Si maintena t nous suivons la galerie
de la cour royale, nous sommes con-
duits à la
Cour de la Sainte-Chapelle, dans la-
quelle nous remarquons une chapelle
go bique qui lui a donné son no.u.
Sain'e - Chapelle. — Historique. —
On a.tribue la fondation d * celte cha-
pelle au roi Rob-rt,nls de Hugue— Ca-
est maintenant en 1-245, et y déposa les
reliques qu'il a'porta de la Pale-line et
cell s qu'il acheta à Venise. Elle fut
érigée sur les dessins de Pierre île
Nanteuil, célèbre architecte.
Description. — Celte chapelle est dou-
ble et formée d'une seule nef. La
Chapelle supérieure , à laquelle on
monte par un escal er de quaranle-
qualre degrés, esl percée d'un vestibule
en forme d'ogives que couronne une
plaie-forme. C lie plate-forme, «pli se
trouve au niveau de la ro e , est lermi-»
née par me haluslrade oinée d'aiguil-
les dont la hauteur surias e son som-
met. Le corps en'i r de l'édifice sei om-
pose de jambages très légers qui se rap-
prochent les us des autre- dans la par-
tie du rond-point et que surmontent
également des oiguilles extrêmement
délicates. Les intervalles en sont rem-
plis par de longu s croisées en ogives,
au dessus desquelles s'élève encore un
mur d'appui qui . arcourt toute l'éten-
due du monument. Le
Portail de ta Ch ipe/l-' supérieure ,
dont l'arc de est aussi en forme d'ogi-
ve, est dépoui lé de ions les on emens
de scu plure dont il était décoré, et la
pla''e qu'il oeenp it se trouve main-
tenant recoin erte d un enduit de ma-
çonnerie. Le sculptures , suivant l'u-
sage des douzième et treizième siècles,
représentaient le Jugement Dernier. Les
Vitraux, qui existent encore . sont
un monum >n( précieux de ce qu'élait
la peinture sur ver e, à celte époque du
treizième <-iècle. Quant à l'édi.icc infé-
rieur, qu'on nomme
Ha^se-Sainte-Chapelle, il servait au-
tre ois de paroisse aux domestiques des
chanoins et chapelains, aux habilans
de la cour du Palais et à toutes les per-
sonnes attachées au service de la Sainte-
Cliapelle ; on y entrait par une porte
latérale, maintenant fermée de maçon-
nerie. Les cp tap.es d'un grard nom-
bre de chanoines et dignitaires qui ont
été enterrés daas ces caveau? . en for-
mai ni le pavé . et dans ces mêmes ca-
veaux reposa t le corps du célèbre Boi-
pet. Elle ne fut d'abord qu'un simple leau : le poMe reposait auprès de ses
A^n'nîl'A nnill* ïoa />l.n...!:... .1.. t" ,-._ 1 ' _. ,!. 1~ ..U..A ..inmn
o-aloire pour les chevaiers de l'ordre
de Notre-Dame-de-l'Eloile. Louis VI,
dit le Gros, «jouta à celte construcllofi ;
Philippe Auguste , à ce q 'il paraît,
commença sa reconslruc ion; mais ce
fut saint Louis qui la rebâtit telle qu'elle
héros , cl , dit-on , sons la plaee même
du lutrin qu'il a chanté. Sur le portail
élait Une image de la Vierge, qui a été
renversée et détruite ainsi que toutes
les figures placées dans les niche» laté-
rale?; La flèche qui couronnait i édifice
DU VOYAGEUR EN EUROPE.
a été démolie peu de temps avant la ré-
volution, c'était un chef-d'œuvre de har-
di; s^e et de légèreté.
Cet édifice est aujourd'hui destiné à
l'usage des archives, où les papiers -ont
conservés avec beaucoup d'erdre; ils
occupent une tris grande partie rie la
hauteur dans un corps d'armoiies for-
mant galerie de colonnes.
N'ayant plus rien de curieux à voir
ici, nous allons maintenant continuer
notre promenade n suivant 1' ile sep-
temrionale du bâtiment du Phlais-de-
Justice rôtir esaini er la
Tour de l'Horloge, oui en fait l'en-
coignure. Ce. te cour, gui est l trngone,
et dont le suie paraît appartenir au
seizième siècle . est malheur .usement
ce élire par un horrifie souvenir. C'est
dans sa lanterne qu'était placée la clo-
che appel '-'• torsm , qui n'était ni e en
branle que lors de la naissance ou de la
mort des rois ou de leurs t,l- aînés. Dans
la nuit du 24 août 1o72, ce fut el e qui
donna le signal des massacres de la
Saint-Earthi lemy ; ehea été pour cette
cau*e détruite pei danl la révolution.
Eu face celle tour est la
Place du I\larchi-aux- Fleurs , qui
s'étend depuis le Pont-au-Change jus-
qu'à celui de Notre-Dame. Au milieu
des quatre rangées d'arbres dont elle
est ornée , nous remarquons deux bs-
sins circu'a re< , a i centre desquels s'é-
lève mi jet d'eau.
N'a) a t plus rien de curieux à voir
de ce côté, nous allons revenir mainte-
nant sur nos pa* et joi dre le
Marchi-Ffeuf, qui avoisine le Pont-
au-Change. Voyt-vous ce petit bâti-
ment qui borde la Seine? c'est le lieu
qu'on nomme la
Morgue. Là on expose publique-
ment, pendant trois jours, derrière un
Titrage et sur des tables de marbre noir
incl nés, les noyés et tous les individus
i connus frappés de mort sub te ou ac-
cide telie dans les lieux i ublics Si,
pendant ce lap« de temps, personne ne
réclame le mort, l'autorité pounoil à
sa se ultnre. Pour aider à reconnaître
le cadavre , les habits dont il était
revêtu sont suspendus au dessus de sa
tête.
Hâlon» de qirfter ce lieu de douleur
et d'horreur, poursuivons notre route.
Nous voici au
Marché-Palu , sur lequel nous re-
marquons quelques misérables mar-
chands abrités par de vastes parapluies
rouges, plus misérables encore. De là
nous entrons dans la
Jiue Ncuve-Nolie Dame , qui nous
conduit à la
Place du Parvis. Sur cette place, qui
est carrée et très vaste , s'oflre à cous
Notre-Pame et l'Hotel-Dieu. Exami-
nons séparément ces deux édifices.
Notre-Dame (église métropoli aine).
Historique. — Ce fut en l'an 10IO et
sous le règne du roi tlohert, que les
fondations rie cette église furent jetées _:
à sa mort elles étaient déjà élevées jus-
qu'au niveau du sol. Philippe-Auguste
fil commuer cette construction sous i'é-
piscopal de Maurice de Sully, soixante-
dixième évêque de Paris. Odon de Sul-
ly, parent de Philippe-Auguste et de
Henri . roi d'Angleterre succéda à l'é-
vêque Maurice, e lit continuer l'édifice
jnsqu'e ■ 1-208, épo 'ue où il mouiut.
Pi -ire de Nemours surcéda à Odon ; 3
fit cor.ii ucr également les travaux jus-
qu'à sa mort, arrivée en i22 , el laissa
aux évêquesqui lui succédèrent le soin
d'achever l'édifice. Le grand portail, à
ce que l'on croit, ne fut terminé que
sous le régie de Philip e-Auguste , et
celui du côté méridional i e fut com-
mencé qu'en 12n7 el achevé que sous
le quatorzième siècle. Ainsi celle con-
struction est le résuit l de trois • iècles
non interrompus. Ce; endant on n'avait
pas attendu son entier achèvement pour
y réui irles fidèle^ ; et loisque lesanc-
tua re lut achevé, la simple bénédiction
du lieu I riesau cls parut suffisante aux
saints mystère 8 . La dédicace de cette
église n'a jamais été faite.
Description. — Extérieur. — Fa-
çade. — La façade de ce beau monu-
ment gothique est surtout remarquable
par se< sciilplur s el par son éleva ion.
Elle est terminée par deux gro- ses tours
carrées qui communiquent entre elles
par rieu\ galeries hor— d'oeuvre. Celte
f-cad ■ est per ée de trois portes , au
dessus desquelles étaient rangées sur
une ligne horizontale les stalues de
vingt-sept de nos rois, dont le premier
était Childebcrt I e1 ', et le dernier Phi-
lip e -Auguste.
Les sculptures • Lcées dans les vous-
sures o i\e« des tiois portes el dan- les
niches au-dessous , offrent cette multi-
plicité, cet entassement d'objetsqui l'ait
GUIDE
i
i.
10
le caraclère de la barbarie gothique.
Sur le poriail du milieu est représente
Jésus-Christ, sous plusieurs aspects,
avec les apôtres, les symboles des qua-
tre évangélistes, les prophètes et mené
les sybilles. Dans les colés sont figures
les Vertus et les Vi es sous l'emblème
de divers animaux. Nous y remarquons
encore une représentation grossière du
Jugement dernier, et dans les quatre
pyramidales ne sont-elles pas admira-
bles par la variété de leurs ornemens?
La première de ces galeries esl placée
au dessus des chapelles, la deuxième
au dessus des galeries de la nef et du
chœur, et la troisième autour <lu grand
comble. Celle-ci par sa disposition sert
pour faire extérieurement la visite de
l'église et contribue beaucoup ;'t sa con-
servation en facilitant l'écoulement des
Jugement dernier, «u««j 4-»~ - ce . g . fere e
grands pUastresqu._sep.reut ce portail 1 de el de gouUiere ,
d'avec "les deux autres, sont placées
deux grandes statues de femme, dont
l'une est la Foi et l'autre la Ueligion.
Quant à la ,
Ferrure des deux portes latérales,
qu'il nous reste à examiner, elle e-t
surtout remarquable par la multiplicité sons a celui de 1
multitude de canaux et de gouttières
qui les font parvenir jusqu'au pied de
l'édifice. La charpente , qui a trente
pieds d'élévation, est en bois de châ-
taignier. , .
Après cet examen de l'extérieur, pas-
de ses enroulemens , exécutes en fonte
de fer dans un style d'ornement qui rap-
pelle le goût grec du Bas-Empire, ce
qui fait présumer que ces peintures,
travaillées en arabesques très légers et
ornés de roseaux, ont été enlevées de
quelque autre monument plus ancien et
appliquées à celui-ci. Cette conjecture
prend plus de force , si l'on observe
qu'elles ne sont point pareilles et que
ni la porte nu milieu , ni les portes des
côtés ne présentent rien de sembla
Intérieur. — L'intérieur de cette
église est vaste et majestueux : il pre-
senle un chœur et un double rang de
bas-côtés divisés par cent gros piliers
qui supportent les voûtes en ogives.
Tout autour de la nef et du chœur, et
au dessus des bas-côtés, règne une ga-
lerie ornée de cent huit petites colon-
nes chacune d'une seule pierre. C'est
là que, dans les cérémonies extraordi-
naires, se placent les spectateurs. L'é-
glise est éclairée par cent treize vitraux,
cotes ne présentent iicu <ic ooiuui«— h" 3 ^ ^°" "~ — ,•- , , . „ . __
ble ou d'analogue. On les attribue ce- sans y comprendre les trois grandes ro
pendant à un serrurier nommé Bisco
net.
Faces latérales de l'église. —
Portail méridional. — Ce portail est
d'une beauté remarquahle. Le contour
des arceaux de la voussure est rempli
ses, dont l'une est à la façade princi-
pale et les deux autres sont aux faces
latérales. Ces roses ont chacune qua-
rante pieds de diamètre. Quarante-cinq
chapelles entourent ce vaste édifice:
mas des réparations successives ont fait
aes arceaux ac ia voussure est icmpu mus ura i5ii»»o«»™ »,
de figures d'anges, de patriarches, d'é- diminuer le nombre a trente-deux. Le
» 3 ._ i °i___ , j • r>i. ™«i on mnrhriv a cent trente
vêques, etc. Au bas des grands contre-
forts de chaque côté sont trois bas-
reliefs relatifs à la vie de saint Etienne.
Quant au
Portail septentrional, qui nous reste
à examiner ; il présente à peu près
la même disposition. La statue de la
Vierge placée dans le trumeau qui sé-
pare la porte en deux , foule aux pieds
un dragon ailé.
Partie supérieure de V édifice. — Si les
diverses parties d'architecture que nous
venons de considérer nous ont offert
de l'élégance el de la hardiesse , celles
qui composent la partie supérieure de
l'édifice ne leur cèdent en rien. Voyez
combien ces arrs-boulanset cespiliers
taillés en forme d'obélisque sont hardis
Chœur, pavé en marbre, a cent trente
pieds de long sur quarante-cinq de lar-
ge ; il présente de chaque côté, au des-
sus de la corniche des stalles, quatre
grands
Tahleaux, qui sont, à droite :
L' Annonciation, par Haller ,
La Visitation, par Jouvenet ;
La Nativité de Jésus-Christ, par La-
V Adoration des Mages, par le même.
A gauche : .
La Présentation de Jesus-Christ au
Temple, par Louis Boulogne ;
La Fuite en F.gypte, par le même ;
Jésus-Christ dans le Temple au mi-
lieu d s Docteurs, par Coypel ;
L'Assomption de la Pierge , par le
et élégans, et ces trois galeries qui même.
unissent ensemble toutes le» formes feutrée du chœur est précédée de
DU VOYAGEUR EN EUROPE.
11
deux estrades en marbre de griotte d'I-
talie , et d'une magnifique grille que
l'on peut considérer comme un chef-
d'œuvre. Les
Stullis îles Chanoines, exécutées en
chêne de Hollande, sontornées de sculp-
tures qui représentent les trails princi-
paux de la vie de la Yierge ou de 1 his-
toire du Nouveau Testament.
Aux deux extrémilés de la boiserie
des slalles, nous remarquons les deux
Chaires archiépiscopales, surmontées
de baldaquins enrichis de groupes
d'anges , d'ornemens et de bas-reliefs.
Au milieu du chœur est un
Lutrin , orné de figures en bronze
représentant les Vertus cardinales. Il
est surmonté d'un globe au dessus du-
quel s'élève un aigle déployé, en bronze,
dont les ailes soutiennent le livre du
chœur. Le
Sanctuaire, pavé en marbre, à com-
partimens, fut entièrement réparé en
1714 et reçut alors un caractère mo-
derne. Le
Maître-Autel est élevé sur trois mar-
ches semi-circulaires en marbre de
Languedoc. Cet autel en marbre blanc,
élevé de trois pieds, est décoré sur le
devant de trois bas-reliefs, dont l'un
(celui du milieu), en cuivre doré, re-
présente Jésus-Christ au Tombeau. Le
Taiernucle consiste en un gros socle
doré, carré, décoré de pilastres et en-
richi d'un fronton circulaire en bronze
doré, représente Jésus-Christ au Tom-
beau : les angles sont ornés de petites
tètes de Chérubins. Derrière cet autel
etsous l'arcade du milieu, est un groupe
en marbre blanc nommé le
Vœu de Louis XIII. On sait qu'en
1640 ce monarque fit le vœu de mettre
son royaume sous la protection de la
Vierge, qu'il ordonna la procession de
l'Assomption et s'engagea à réparer le
principal autel de Notre-Dame. Ce
double vœu ne fut point exécuté par
son auteur. Louis XIV se chargea de
l'exécuter : il en posa la première pierre
en 1699, mais le groupe que nous re-
marquons ne fut exécuté qu'en 1723,
par Coustou.
Sur les faces des murs de clôture du
chœur, nous remarquons une infinité
de figures en plein relief représentant
divers sujets de l'Ancien Testament.
Après cet examen du chœur, il ne
nous reste plus qu'à visiter les diverses
Chapelles dont cette église est ornée
et dont les plus remarquables sont : La
Chapelle de A ainte-jinne , qui a été
décorée par An i.e d'Autriche. Le tableau
placé au dessus du maître-autel repré-
sente l'Assomption, par Pierre Cham-
pagne; la
Chapelle S aint-B ar thèlemy et Saint-
Vincent , dans laquelle sont les fonts
baptismaux ; la
Chapelle de Saint-Thomas de Can-
torbèry, où nous remarquons un su-
perbe tab'eau représentant saint Domi-
nique et saint Thomas, à genoux de-
vant la Vierge, par Lanfranc; la
Chapelle ne Saint-Nicolas, dans la-
quelle nous remarquons un joli tableau
représentant ce saint sauvant des péni-
tens du naufrage, par Thiersannier;
la
Chapelle Saint-Laurent , dans la-
quelle sont deux beaux tableaux : le
premier représente le martyre de ce
saint , par un élève de Le Sueur, et le
second l'apparition de Jésus-Christ aux
trois Maries , par Marot ; !a
Chapelle de Saint-Léonard , dans
laquelle nous remarquons ce saint fi-
guré en habit de guerre, par P. Cham-
pagne ; la
Chapelle de Saint-Nicuise , sur la
boiserie de laquelle est peint le Juge-
ment Dernier, par Héry; la
Chapelle Sainl-Gérald, où sont deux
tableaux remarquables : le premierre-
présente la mort de la Vierge, par Ni
Poussin, et l'autre un Vœu à la Vierge
sur un champ de bataille; la
Chapelle d'Harcourt , dans laquelle
nous vo\ons le mausolée de Claude-
Henri comte d'Harcourt, mort en 1769.
Ce mausolée se compose de quatre fi-
gures de marbre plus grandes que na-
ture. Nous y voyons le défunt à demi
sorti du tombeau, dont un génie lève la
pierre d'une main et de l'autre lient un
flambeau pour le rappeler à la vie. Le
comte, ressuscité, se débarrasse de son
linceul et tend les bras à son épouse,
qui se préci| ite vers lui ; mais la mort
inflexible, sous la forme d'un squelette,
annonce, en montrant son sablier, que
le temps est écoulé, le génie éteint son
flambeau et le tombeau se referme pour
toujours. L'idée poétique de ce monu-
ment est due à la comtesse d'Harcourt
et l'exécution à Pigale.
12
GUIDE
Voilà ce qui concerne Notre-Dame;
examinons uia ntenant 1'
Hôtel-Dieu.— Historique. - On at-
tribue la fondation de cet hospice à
saint Landry, qui vivait au m lieu du
septième siècle. Phi'dppe-.'iUgus e est le
premier de nos ro.s qui ait (ait du bien
à cet établissement. Après lui, saint
Lou;s le meubla tellement de ses pieu-
ses ibéralilés, qu'il mérita d'en être ap-
pelé le fondateur. Son seulement ce
prince en . ccrut les revenus, mais il en
augmenta 'coi sidernbleinent les bâli-
jnens qui, avant lui, ne consistaient que
dans trois ou quatre corps-de-logis
av c l'ancienne chapelle Suint-CInisto-
phe. De uis, les bàimensse multipliè-
rent entre la rivière et la rue de Sa-
blons et vi ren aboutir au P til-Po,.t.
En 160!î. Het ri IV rit rebât r la sale
Saint-Thomas et exyistruire les pilierj
d'u.i pont où, devaient aboutir deuou-
veiles propriété;-. La même ai. née, la
salle de Saint-i haï les, qui donna son
nom à ce pont, fut achevée par les lib -
r.iiités de Si. Pomponne de Bellièvre.
Les administrateurs agrandirent encore
1 Hôtel-Dieu en faisant construire 'e
long de la rivière une voûte sur laquelle
ils él vêtent une saile nouvelle. Us ob-
tinrent en même temps la permission
de bâtir un second pont du côté de
l'Archevêché. En 1804 on éleva le p ir-
lail que nous avons sous les yeux, enfin,
en I836, on a rerons . ruit une partie
du bâtiment qui donne du côt • de l' Ar-
chevêché elon a aii disparaître l'arcade
qui éait construite sur le pou..
Description, — L -s bâ im ni dont se
compose l'JJôtel-Dieu ajaul été con-
sti'iii's et ajoutés les uns aux autres en
différens temps , présentent une masse
assez irrégulière que nous ne cherche-
rons pas à décrire. Quant à son
Portail, il mérite seul quelque* dé-
tails. L'architecte (M. Clavareau) lui
a dbni é un caractère mixte qui tient
des temples et des monumen» consacrés
à la bienfaisance et à l'utilité publi jue :
ûjs croisées, en forme d arcades, rem-
placent aux deux eôtés du i éryslile
les niches qui. dans un édifice sacré,
eussent contenu des sainls protecteurs
de l'Eglise, et annoncent le» 'oge-
mens et les bureaux nécessaires à l"et.-
trëtien d'une semblable maison.
Une extrême simplicité convenait à
Une telle construction , et l'auteur s'y
est assu\éti dans toutes les parties. 11 no
s'est pas même permis les cannelures ,
ornement usité che7. les anciens dans
l'ordre dorique, et qui se mettent en
harmonie avec les triglypHes dont la
frise est orn e. La seul ture qui doit
décorer le tympan du fronton n'est point
encore exécutée. Quant atu
Salles rie l'Hôle -Dieu , dont il nous
reste à dire un mot, elles -ont au nom-
bre de vingt-trois, onze pour les hom-
mes et douze pour le? femmes : ces sal-
les renf rment 1800 lits, composés cha-
cun de deux malt las, d'un iraveisin et
d'un ou d-ux oreillers.
/ euination. - Cet hôpital est des-
tiné au traitement des malades et des
blessés ; il est desservi par les dames re-
ligieuses de l'ordre de Saint-Augustin.
On y traite, année commune, près de
onze mille mal d s.
Quit on > maintenant le parvis Notre-
De.me et suivons le
Quai de OAichevèché;YA notre œil
plane sur un
yailx emplacement rempli de dé-
combres; c'.slcelui qu'oc eu; a:t e palais
de l'Archevêché, détruit en 1Su(> par le
peuple, qui croyait, d'après le bruitqui
courait, que les prêtres faisaient de ce
palais une espèce de citadelle. Or, le
peuple ne raisom e point : il soupçonne
et il frappe. Ainsi il prit au sérieux cette
altiiude hostile que !a mal gnité avait
prêtée à des ministresde paix; de là sa
colère et ses exi es.
Traversons le
] ont îles Bernardins et suivon» le
Qiun delà Tmirnelle, ainsi nommé à
cause d'une tournelle ( eel ite tour c arrée)
qui avoisinail le pont que nous avons
sous les yeux. Vassé ce pont, nous ne
tardons pas à arriver sur le
Quai Saint-Bernard, remarquable
par son vaste
Entrepôt des vins et eaux-de-vie.
Enfin nous remarquons
L'île Loitviers, qui est exclusivement
occupée par des chantiers de bois à
brûler. Cette île fut en 1349 le théâtre
d'une Tète renia rqu-b'e, donnée à Hen-
ri II par le prévôt des marchands el les
échevins Pour donner à ce p-ince l'i-
dée d'un comb.il naval et d'un siège ,
on construisit sur ses bords un petit
fort et une espèce de havre.
Sous Napoléon, il fut question de
convertir cette île en jardin public pour
DU VOYAGEUR EN EUAOPE.
!.-
servir de promenade aux habilans du
marais En continuant d'avancer sur le
quai , le
Pont d , Austcrlkz se déroule tout en-
tier à nos yeux. Ce ponl, qui a quatre
cents i ieds de longueur ?ur trente-sept
de large, offre ci:. q : rcliesen ferporlées
sur des culées en pierres de taille ; com-
mencé en 1801 , il fut achevé en 1S 6
sur les dessin* de M. Becque} -Beau-
pré. En face le pont nous remarquons
la vaste
Place Walhutert, quia une forme se-
mi-circulaire et fur Inquel'e es la
Principale entrée du jardin d- -s Plan-
tes. — Avant de parcourir ce magnifique
jardin, nous allons tracer son
Hisioriqrte. — La fondation du jar-
din des plantes remonte à l'an ' 636.
Tournefori Bernard de Jus-ieu et Vail-
lant 1 enrichirent successivement. Eu
1739. Buflbn, connu jar plus eurs mé-
moires de physique et d'économie ru-
rale qi i lui a\a;ent omerl I > nlrée à
l'académie des si iences fut mis à la tête
de cet i tab issement qui s'agrandit et
se i erf ctio na «ous lui. La culture dut
beaucoup an célèbre Thouin, i'anatomie
au baron Cuvier, le« divers règnes
durent à Daubenton et à Jussieu.
brîsseaux qui sont disposés sur les côtés
en amphithéâtre. Après avoir passé ce
carré et traversé une
A Ice liord>e d'un seul côté de Mes-
pitus Lineuris et de koclienteria, nous
trouvons la
Prom nade dans le jardin des Plantes.
« Le Jardin des Plantes est une prome-
nade publique, un peu solitaire à raison de
sa situation , mais extrêmement variée, in-
téressante et pittoresque. »
Franchissons la grille de clôture, là
nous nou« trouvons en face de
Huit parterres, dont les quatre pre-
miers sont consacrés à la culture des
pla- tesmé 'ictnales.doiitonfailladi-ari-
bulion gratuite auv pauvres. Elles y
sont disposées ■ ar bandes, et toutes
étiquetées pour que les herboristes et
même les éludi-ns en pharmacie et en
médecine puissent les examiner dan«
leur développement. Deux de ces carrés
sont destinés aux plantes indigènes : les
deux antres auv plantes evoiiques. Les
deux parterres suivans des doubles des
plus belles plante" vivantes de l'école.
Les deux derniers carrés sont en par-
terre, où l'on cullive des fleurs de pla-
te-bande. En continuant notre marche,
nous arrivo: s à une espèce de
Bassin rarré dans lequel on cultive
des plantes aquatiques et quelques ar-
Péfliii&e qui est entourée d'une belle
grille de fer. C'est lit qu'on élève les ar-
bres, arbiisseauv et aibu tes nécessaires
pour garnir les différentes pallies du
jardin : on y propage de bouture, de
marcotte, ou de greffe toutes les espèces
intéressantes qui sont nomellement ou
qui ne son pas encore répandues dans
le commerce, ei l'on en donne de jeunes
pieds auv cultivateurs qui sont eu cor-
iespond„nce avec le Mu éum.
Au mi ieu de la pépinière est un
/ ucher, composé de trente-six ru-
ches réunies da s un peut pavillon for-
mé d'une charpente en bois et couvert
d'une toile peinte eu rouge. A l'opposé
de la pép nière, c'est-à-dire à notre
gauche nous remarquons trois grands
Carrés destines à la culture des fleurs
annuel s, vivacesel au feu. is d'arbres
et arbustes. Au dessu- e-t un
Café ant ur duquel sont des sièges
e! de petites tables pour ceux qui veu-
lent prendre quelques rafiaî his-emens
en se reposant à l'ombre des arbres.
Au desMis mais à droi e sont
Deux P rterr.s einour.s d'un treil-
lage, employés à 1 : culture et à la mul-
tiplication des plantes étrangères vivaces
et de pleine (erre. Les plan, hes sonlen-
lourées de plantes i ropres aux bordures
que l'on varie d'une »ni ée à l'autre
pour tes faire connaître et remarquer.
Dans 1 intervalle qui sépare c»s deux
parterres, nous remarquons un large
Bassin, dans lequel on cultive des plan-
tes a-iualiques. A notre gauche sont les
Nouv lie', galeries qui sont en con-
struction. En continuant notre prome-
nade et en passant devant la galerie,
nous arrivons à l'allée de tilleuls. Là'
nous remarquons à gauche les
Nouvelles seires construites depuis
peu. Après avoir passé la
Rampe qui conduit du bas jardin aux
buttes, nous arrivons bientôt à I'
Entrée de V école de Botanique. —
Celle école qui est entourée d'une grille
de er occupe une sur"ace de trois
mille six cent quatre toises carrée. Des
allée- longitudinales et transversales la
parfagent en seiie compartimens qui
''f^k £*-",<*»£&"**.
WM
u
GUIDE
\S
occupent cent cinquante plate-bandes
d'inégales grandeurs, mais qu. ont en
général soixante pieds de long sur cinq
de large et sont séparées les unes des
autres, par des sentier» de trou pieds ; ; - ;•- ^ , e
toutes'les plantes placées . ans ^cha , e A M» ^ ^ ,. fe| ^
plate-bande ^«f;**^ ._ En suivant le sentier de ce der
quettes fort grandes et de coi
Entrées de la ménagerie et par la-
quelle nous allons entrer. Suivons le
sentier qui est à notre droite, là nous
remarquons le
Parc des petits animaux ruminans. —
indiquent d'abord la classe et les fam.l-
les; ensuite vient l'étiquette du genre,
qui est placée au dessus de ecl e de la
première espèce du genre ; enfin les
étiquettes de l'espèce dont chacune
porte sur la première ligne la lettre
initiale du genre et le nom classique
latin sur la seconde le nom ira: cais, et
sur une troisième l'indication du pavs
où la plante croît naturellement et es
si mes qui marquent si elleest annuelle,
vivace ou ligneuse, siel.e est de pleine
terre, ou d'orangerie, ou de serre. Au
dessous de ces signes nous voyons sur
\rope.
En suivant le sentier de ce dernier,
non- arrivons à la
Loge îles animaux féroces (carni-
vores). —Cet édifice, d'une aichilecture
simple et régulière, présente sur une
même ligne à l'exposition du midi
vingt et une loges derrière lesquelles
est une galerie éclairée par le liant,
assez large pour qu'on puisse s'y pro-
mener en hiver et voir les animaux
lorsque les volets extérieurs des loges
sont fermés. C'est encore par cette ga-
lerie que se fait le service, soit pour
donner aux animaux leur nourrilure,
soit pour laver et nettoyer leurs loges
la
KKSKÎM'SM en faisant entrer chacun d'eux de
piusieuisci.i | a nasse la nuit dans celle
en rouge , ou en vert, ou en jaune, ou
en bl^u. ou en noir et destinée a in-
diquer si la plante est d'usage dans la
médecine, l'économie domestique ou
dans les arts, si elle est recherchée
pour l'ornement des jardins, entin si
elle est vénéneuse.
Après avoir parcouru celte école,
nous revenons joindre la porte d'entrée
et de là nous gagnons 1'
Allèedes marronniers.— -Là nous re-
marquons à noire gauche la
Grande serre tempérée et le
Jardin de semis , dans lequel se trou-
ve un
Bassin destiné à la culture des plan-
tes bulbeuses. — En continuant de des-
cendre l'allée des marouniers, nous
trouvons le
Jardm de naturalisation séparé du
précédent par un mur et une plantation
de thu;a. Après le jardin de naturali-
sation, nous remarquons les
Fosses aux ours et un peu plus bas le
j mis ici uiijl uni ) n lui {nu^vub v— — ,
Parc aux chèvres. — En face ce parc COle est la
t \ J ;._ - ■ 11 Fjiisnni
loge où il a passé la nuit dans celle qui
est la plus voisine.
Après avoir examiné les divers ani-
maux qui sont renfermés dans ces loges,
nous allons continuer notre promenade
en suivant le sentier qui fait suite à celte
galerie. 1N011 loin de cet édifice nous re-
marquons à gauche les
Loge et parc des élans, OU grands
cerfs du Canada. D'ici nous sommes en
vue de la
Ilotmule dans laquelle sont renfermes
pé 'éph.mt. le bison, les dromadaires et
la girafe. En face le bassin de la ro-
tonde sont les
Parc et cabane du zèbre. — Faisons
le tour de la rotonde. Eu face de nous,
nous remarquons le
Parc des bouquetins et buffles et der-
rière celui-ci les
Bassin et parc des oiseaux aquatique!.
En continuant de faire le tour de la
rotonde, nous nous trouvons en face un
seniier qui conduit à la
Volière des oiseaux de proie. — A
et à droite e-t 1
Ecole ries arbres fruitiers dans la-
quelle sont plus de <iou7.e cenls espèces
ou variétés d'arbres et arbrisseaux qui
y sont disposés d'après l'analogie qu'ils
ont entre eui; à la suite du premier
car é nous trouvons une belle
Faisanderie , en face laquelle nous
remarquons le
Parc des moutons , des chèvres, de
Falpaca, etc. De là nous suivons le sen-
tier qui est à notre droite et bientôt
nous nous trouvons en face la
Loue des singes. — De celte loge en
r é nous trouvons une belle £"ge des singes. — De celte loge e
Allée de platanes qui correspond à suivant le sentier par lequel nous som
l'une des mes arrivés, nous allons aux i
DU VOYAGEUR EN EUROPE.
1S
Galeries et au laboratoire de chimie.
Dans la cour que forme ce bâtiment,
nous remarquons le
•Squelette d' 'un cachalot, que la pluie
«laquelle il e f t exposé fera bientôt tom-
ber en poussière. Si nous continuons
encore de suivre le sentier, nous ne
tardons pas à être hors de la ménage-
rie. Ici nous nous trouvons presque en
face de 1'
amphithéâtre, joli bâtiment consa-
cré aux cours des diverses branches
des sciences naturelles. En face, nous
remarquons un
Emplacement circulaire destiné à
l'exposition des arbres de serre tempé-
rée. Si nous passons devant l'amphi-
théâtre et que nous suivions le sentier
pratiqué à notre droite, nous nous trou-
vons en face des
Galeries de botanique et du bureau
de l'administration. Visitons ces gale-
ries; ce qu'elles renferment est digne
de fixer notre attention. Dans la pre-
mière salle de cet établissement nous
voyons les échantillons de tous les bois
inconnus et un sac à ouvrage de l'écorce
de l'arbre à dentelle. Dans la deuxième,
nous remarquons des feuillages; mal-
heureusement les herbiers sont fermés.
En revanche, nous nous dédommageons
dans la troisième salle par la vue d'une
multitude de fruits rares et précieux,
de gommes, d'une quantité de plantes
et de champignons figurés en cire, enfin
d'un va-e de liège tenant au moins cinq
litres.
Si de la galerie de Botanique nous
suivons le sentier qui s'olfre à nous,
nous commençons à monter la butt' au
haut du jardin. Bientôt nous arrivons
au pied d'un
Cèdre qui est d'une grosseur éton-
nante. Pa°sé ce cèdre, nous remarquons
une
Colonne, élevée à la mémoire du cé-
lèbre Daubenton. Pions entrons dans le
Luhyrimhe , au sommet duquel s'é-
lève un fort joli
Kiosque, contenant une sphère et une
méridienne à délonna'ions.
Ici se borne notre promenade dans le
Jardin-des-Plantes; il ne reste plus
qu'a \oir le
Cabmei d'Histoire naturelle. — Le
corps de bâtiment qui contient ce cabi-
net se développe sur une façade de deux
étages de haut et de deux cent quatre-
vingt-dix pieds de long. L'extérieur
manque de noblesse , mais l'intérieur
est commode et convenablement distri-
bué. La collection dont ce cabinet se
compose est immense, et l'on ne croi-
rait jamais arriver au terme de l'admi-
ration. La
Galet ie du premier étage contient les
minéraux, les reptiles , les coquillages
et les animaux fcsiles; la
Gai rie supérieure renferme les co-
quilles, les madrépores, Icspai il Ions, les
oiseaux et lesquadrupèdesde toute es-
pèce.
Ouverture. — Ces galeries sont ou-
vertes au public les mardis et vendre-
dis de trois heures à la nuit.
M .intenant que nous avons passé en
revue tout ce que le Janlin-des-PIanles
renferme de curieux, nous allons con-
tinuer notre promenade.
Départ du jardin des Plantes.
Nous sortons du Jardin-des-Plantes
par la porte donnant sur la
Bue du J ardin-du-Koi, que nous al-
lons remonter. Au bout de cette rue, et
à gauche, nous remarquons 1'
Entrée de V Hôpital de la Pitié , qui
n'offre rien de remarquable. En face, et
à l'angle de la rue de Seine, nous
voyons la
Fontaine Saint-Victor, qui est ali-
mentée par l'eau d'Arcueil.
Description. — La composition de
cette fontaine présente une urne soute-
nue par des dauphins et posée sur un
piédes'a! .au milieu duquel est un mas-
que de bror.z'. Deux sirènes, depuis
long temps mutil 'es accompagnent celle
urne, que surmontaient autrefois les ar-
mes de la ville: celles du roi étaient
placées dans le rronton qui lui sert de
couronnement. Sur Panique, on y lisait
deux vers latins de Santeuil , qui fai-
saient allusion au vo'sinage de l'abbaye
de Saint-Victor. Descendons la
fiile Sairtï' Victor jusqu'à ce'Ie des
Fossés-Sainl-Berna d , là nous voyons
une maison isolée ; c'est la
Maison d'Arrêt de la Garde natio-
nale, surnommée V Hôtel des Haricots.
Du côté opposé, et presque en face, est
la
Hue des Fossés Saint- Victor, que
nous allons suivre. De celte rue nous
suivons celle de Clovïs , dans laquelle
nous remarquons 1'
16
fiUlDE
Ecole Polytechnique et 1'
Eglùe Saint-Etienne-du-Mont, que
nous a'ions décrire.
Hisloriqu . — Pans l'origine cette
paroisse n'était qu'u i oratoire ou cha-
pelle basse attenant a l'église Sainle-
Geneviève et portantle nom île Cnapelle-
du->Iont. En 1222, 1 abbé de celle église
obtint du pane Honoré III la oermissiou
de f lire rebà ir celte chapelle dans de
plus grudes pro >o lions. En 149 i , la
nouvelle < glise fut augmentée du cote
du chœur. Plus tard , c'est-à-dire en
1338, elle le fut de* chapelles et de
toute l'aile de la nef. En 1317, elle fut
presque entièrement reconstruite , et
subit encore de nouvelles a igmenla-
tions en 160i et lot l. Huit i ns plus
tard, on y ajouta les panneaux du grand
et du petit portail.
Description. — Les diverses construc-
tions dont ivous venons de parler, guoi-
que Taile-endiff'-reiw temps et ■ ar divers
architectes , s'accordent assez bien et
font un as=ez bel ef'et. La
F.içarle pri ici pute île cette église qui
est de forme pyramidale , et dans la-
quelle se trouvent mélangés les genres
grec et sarrasin , offre un caractère
étrange qui n'est pas dépourvu d'a-
gré.nenl. Quatre colonnes d'ordre com-
posite bandées et sculptées, qui nor-
tent un f onton , forment l'architecture
de ce portail. La
Tour que nous remarquons au bord
de l'édifice . sert de clocher ; elle est
fort élevée et son architecture est d un
genre peu ordinaire.
Pénétrons maintenant dans 1'
Intérieur. — L'intérieur de celte
église est superbe, mais ce qui ait re
surtout notre attention , c'est la coupe
extraord.naire de son jubé et les esca-
liers qui y conduisent.
Jubé. — Ce jubé est porté par une
voûte en cintre très surbaissée. Les
deux tourelles à jour que nous remar-
quons à ses deux extrémités et qui s'é-
lèvent d'environ trente p'eds au dessus
de son niveau renferment deux esca-
liers qui conduisent à une galerie
étroite bordée de balustres de pierre.
Ces deux esoliers s'élèvent chacun en
contournant le fût d'une colo me et
corn ne les tours sont A jour, nous voyous
le dessous des marches portée par un
corbellement.
Parmi les objets dignes de Axer
notre attention, nous remarquons la
Chaire à precAer.sculplée par Claude
Lesiocard.d'a irèslesdesseinsdeLahire.
Une sta ue colossale de Samson semble
soutenir l'énorme masse de cette chaire
dont le pourtour est orné de pusieurs
vertu» assises et séparées les unes des
autres par d'excellens bas -reliefs dans
les panneaux. Sur l'abat-voix est un
ange qui lient deuv trompettes pour
appeler les fidèles. La
Chapelle de la Fierté située au rond-
poinl de l'église. Enfin le
Tombeau de Pascal , situé près de la
porte d'entrée. Ce monument consiste
dans une simple pierre, sur laquelle est
gravée l'épitaphe latine de l'auteur des
Lettres provinciales.
A côté de 1 église Saint-Etienne ,
est le
( ol'rgc royal d' Henri IV, qui a été
constru l sur remplacement de l'an-
cienne abbatc deSainte-Geneviève, fon-
dée au X' siècle par Clovis I er . Pans le
bitiment de ( ecollége se trouve la
Jiildioilrque Sainte- Geneviève , qui
est très remarquable tant pour le choix
des livres qu'elle renferme que pour le
local. Son plan pré ente une croix;
au milieu , nous remarquons un dôme
dont la coupole a été peinte par Restou
en 1730; elle repré ente l'apoihéose
de saint- Augus in. Au fond d'une des
branches de la croix plus courte que
l'antre, Lajoue a peint une perspective,
qui «lu point du milieu , 'enl celte
partie égale, tant l'illusion e tcoaiplèle.
Les salles sont décorées de
Bustes en marbre et en | làtre de plu-
sieurs hommes illustres ; quelques uns
sont dus au ciseau de Cosevox et de
Guisardon. Dans le fond d'une salle
nous remarquons un
Plan de Home en relief, par Germini.
Le
Nombre de volumes dont cette biblio-
thèque se compose s'élève à 121,000 et
celui des manuscrits à 3000.
Ouverture.— Celle Bibliothèque est
ouverte tous les jours de dix à deux
heures. Ses vacances sont du premier
septembre au premier octobre. Si nous
suivons la
lue Saint-Etienne q'ii fait face a
1'égis- donl nous venons de parler,
nous arrivo.s à l'
Ecoie de Pi oit qui nous présente sa
façade, construite sur le» dessins de l'ar-
DU VOYAGEUR EN EUROPE.
17
chitecfe Soufflol. Cet édifice se com-
pose d'un vaste amphithéâtre , de salies
appropriées à la destination de l'éta-
blissement et de logemens particuliers
Sa acade est ornée de qualre colonies
ioniques que soutient un fionton trian-
gulaire. En face l'école de Droit et en
regard de la belle
i ne i$Qirfftot, s'élève le magnifique
Panthéon que nous allons èssaj'er de
décrire en comm "nçant d'abord par son
Historique. — En 1745 l'abhaje de
Sainte-Geneviève menaçant de tomber
en ruine, le clergé qui la composait
présenta une requête à Louis XV pour
faire rebâtir celte Eglise. Ce Prince
acquiesça à leur demande et ordon-
na l'érection de l'édifice d'un nouveau
terni le dédié à la patronne de Paris. 11
fut commencé en 1757 sur Fes dessins
et sous la conduite de Soufflot.
Plan de l'édifice. Le plan de cet édi-
fice est une crois grecque formant
quatre nefs qui se réunissent au centre
où est placé le dôme. Ce plan en y com-
prenant le périshle a 337 pieds, sur
233 pieds de large hors d'oeuvre. La
Façade principale se compose d'un
perron élevé sur onze marches, et d'un
péristyle imité du panthéon de Rome.
Ce perron est composé de vingt-deux
colonnes d'ordre corinthien , de six
pieds de diamètre et de soixante pieds
de hauteur, y ooruprisbase et chapiteau.
Six d'entre eiles sont de Foix. Ces co-
lonnes supportent un fronton dont le
tympan dans l'origine représentait en
bas-relief , une croix entourée de rayons
divergens et d'anges adorateurs; on y
voyait une inscriptioniatine qui rappe-
lait que le temple était sous l'invoca-
tion de Sainte - Geneviève. En 1791
l'assemblée nationale ayant décidé que
cet édifice prendrait le nom de Pan-
théon français et qu'il servirait de sé-
pulture à ceux qui auraient bien mé-
rité de la patrie, en conséquence, on
enleva celte inscription et on la rem-
plaça par la suivante due à M. le Mar-
quis de Pàsldfet.
Aux grands Bamnm la Pairie rctonnaUsar.le !
A cette époque , tous les bas-rel : efs
relatifs à la vie et au* actions de la pa-
tronne de Paris furent grattés et rem-
placés par d'autres analogues à la nou-
velle des ination du temple. Sur la frise
du milieu on plaça cette inscription :
Pantlùoa Franrah , fan III de ta tlbirlé.
France.
Plus tard, c'est-à-dire en 1823, cette
église fut rendue au culte catholique,
et on replaça les anciens bas-reliefs.
En 1830 elle a repris la destination
qu'elle avait en 1791. D:q uis Ior<- e le
est fermée pour cause de réparations;
nous les ferons connaître lors d'une
prochaine édition.
Continuons 'notre marche, suivons la
Hue îles Ores, là nous trouvons |'
Eglise de la Sorbonnr, qui fait face
à une jolie place entourée en pai t e par
des maii-ons bâties dej uis | eu. Celle
église, qui a été bâtie par le cardinal
de Richelieu en 1650 sur (elle éle\ée
en 1252 par Robert de Sorbcn, te com-
pose du côté de la place, d'un
S'vituil décore de deux ordres co-
rinthien et composite élevés l'un sur
l'autre. Dans les emre-colonnemei s
hauts et bas nous remarquo s quatre
niches dans lesquelles étaient imlre-
fois des statues en marbre, sculptées
par Guillaume; à la croisée du second
ordre est une horloge qui marque les
phases de la lune. A l'aiguille du ca-
dran était suspendu un R qui reslait
toujours perpendiculairement posé. Au
dessus de la façade s'élè\e un
Dôme accompagné de quatre cam-
paniiles, et orné de côtes de plomb
doré. Le tout est surmonté par une
plate-forme qui soutient un balcon et
une lanterne qui sert d'amortissement,
Le
Second portique de cette église, qui
donne dans la cour du collège, forme
un carré long. Une partie de celte cour,
plus élevée que l'autre de plusieurs de-
grés, donne un air de majesté au beau
portique qui s'élève au tond et forme
une des façades naturelles de l'église.
Ce portique, du genre de ceux que Vi-
truve api elle déeaslyles ou piodomos,
est formé de dix colonnes, dont six de
face et les quatre autres en retour sur
les côtés. Ces colonnes, d'ordre corin-
thien, sont élevées sur un perron com-
posé île quinze degrés et formant por-
che, dont l'entrée est couverte par un
fronton di'ns le tympan duquel sont
les armes du cardinal. La porte de l'é-
glise se trouve tous ce beau portique,
disposé dans le genre de celui du Pan-
théon romain. Quant à 1'
Intérieur de l'église qu'il nous
reste à passer en revue, il est d'une
médiocre grandeur. L'ordre qui règne
18
G0IDE
tont autour est couronné par une cor-
niche d'une haute proportion. Enlreces
pilastres sont des niches superposées,
où on avait anciennement placé des
anges de grandeur naturelle et les douze
apolies. Ces figures avaient été exécu-
tées par Berlholet et Giillain. Le
Gvand-autel est décoré de quatre
colonnes en marbre qui supportent un
fron on triangulaire. Dans l'épaisseur
des piliers qui soutiennent le dôme, on
a pratiqué deux chapelles. En suivant
la
Bue des Maçoiu-Sorbonne, nous ar-
rivons à la .
Hue des Mathurins -Saint - Jacques
dans laquelle nous trouvons 1'
Jintel Cluny. Cet hôtel, qui porte le
n. 14, fut bail en 1307 par Jacques
d'Amboise, abbé de Cluny, sur une
portion des ruines du pala-.s des Ther-
mes. Pour voir ce qui reste encore
de ces ruines, nous allons descendre la
rue des Mathurins et de là descendre la
Bue de la Harpe où elles gisent.
Ruines du Palais des Thermes. —
Ces ruines, situées au lond de la cour
d'une vieille maison qu'on a démolie il
y a quelques années, sont couvertes d'un
toît et entourées de toutes parts par des
cliées, la troisième ne l'est qu'à moitié,
et la quatrième ouverte en forme d'ar-
cade y introduit une belle lumière :
celle-ci est pratiquée en face de l'en-
trée au dessus de la grande niche, et
précisément dans le cintre de la
voûte. Cette partie de l'édifice, comme
tous les thermes de Rome , est faite
en voûte d'arête, genre de couverture
peu dispendieuse et de la plus grande
solidité, parce que toutes les poussées
y font divisées et que par conséquent il
ne s'y opère aucun travail. Aux quatre
angles nous voyons encore desdébrisde
chapileaux fa ts en forme de poupe de
navire, lesquels servaient sans doute de
couronnement à ces pilastres qui ont
été détruits.
La construction des murs de cet
édifice se compose de six rangées de
briques qui , chacune , ont un pouce
à quinze lignes seulement d'épaisseur.
Ce genre de construction était habi-
tuellement celui des Romains, et nous
le reirouvons dans un grand nombre
d'édifices à Rome et dans toute l'Italie.
Ce modèle, que le temps a respecté au
milieu de Paris, y est malheureusement
trop peu connu et mériterait d'être vi-
sité. Il nous offre la solution de ce pro-
construclions. Nous ne savons pas pré- blême que s'étaient proposé les ar
cisément par qui ni en quel temps cet
édifice fut bâti ; ce qui est certain c'est
que Julien-1' Apostat y a demeuré, et
qu'il y faisait son séjour lorsqu'il fut
proclamé empereur. Il fut quelquefois
habité par nos rois de la première etde
la deux.ème race ; et sa dégradation ne
commença sans doute que lorsqu'ils eu-
rent transféré leur résidence dans la
Cité et frit bâtir à la pointe de l'île le
va«te bâtiment connu sous le nom de
Palais.
Description. — Ce fragment d'édifice
est presque carré, si l'on excepte l'a-
vant-salle qui précède la grande pièce.
La façade de l'entrée est une grande
niche circulaire, accompagnée de deux
au'res plus petites et de forme qua-
drangulaire. Oc chaque côté, les murs
latéraux présentent un enfoncement
dont nous ignorons l'emploi. La salle,
dont la hauteur est de quarante pieds
au dessus dir sol actuel de la rue de
la Harpe, se prolonge dans une dimen-
sion de cinquante-huit pieds de long sur
cinquante-six de large. Elle est percée
de quatre croisées dont deux sont bou-
chilectes de l'antiquité, de faire de
grands édifices avec des matériaux com-
muns et de peu de valeur : c'est ce
qu'on ne saurait plus faire aujourd'hui.
Cette salle qui était recouverte d'une
couche de sluc , quelle place occupait-
elle dans l'ensemble des thermes de Ju-
lien? C'est ce qu'il n'est pa« facile de
décider en la voyant ainsi séparée de
l'immense édifice dont elle faisait par-
tie. Les thermes des anciens se compo-
saient d'une multitude de pièces qui,
toutes, n'étaient point destinées à l'u-
sage des bains, et pour assigner à celle-
ci son emploi précis, il faudrait réta-
blir sur les indications des fondations et
des rues adjacentes l'ensemble approxi-
matif des salles contiguës.
Revenons maintenant sur nos pa? et
suivons la
Bue de l'Ecole de Médecine où nous
allons voir 1'
Edle de Médecine devant laquelle
nous allons nous arrêter pour en faire
l'examen.
Description. — Cet édifice, qui a été
élevé sous le règne de Louis XV, qui en
I
DO VOYAGEUR EN T EPROPE.
19
posa la première pierre en 1774, se
compose de quatre corps de bàlimens
formant une cour de onze toises de pro-
fondeur sur seize de large. Sa
Façade, qui a trente toises, est déco-
rée d'un péristyle d'ordre dorique à
quatre rangs de colonnes, surmonté d'un
étage qui conlient la bibliothèque et le
cabinet d'anatomie. Au dessus de la
porte d'entrée nous remarquons un
Bus-relief de trente pieds de lon-
gueur, représentant dans une compo-
sition allégor.que le gouvernement ac-
cordant des grâces et des privilèges à la
chirurgie; il est accompagné de la Sa-
gesse et de la Bienfaisance : le génie
des arts lui présente le plan de l'écol :.
Toutes ces sculptures . extrêmement
médiocres, sont de Brarue. La
Décoration extérieure consiste dans
toute l'étendue de la façade et au pour-
tour de la cour, eu un ordre ionique
qui n'excède pas la hauteur du rez-de-
chaussée; au fond est un périshle de
six colonnes corinthiennes d'un plus
grand modèle, couonné d'un fronton
d«ns le tympRii duquel est un bas-re-
lief offrant la Théorie et la Pratique se
donnant la main, et jurant sur l'autel
d'Esculape de demeurer unies pour le
soulagement de l'humanité. Sur le mur
du ond, dans la partie la plus élevée,
cinq médaillons offrent les portraits de
cinq chirurgiens célèbres. Quant à 1'
Ampliiihèâtre, il i st construit à l'in-
térieur à l'imitation du théâtre des an-
ciens , et peut contenir douze cents
personnes. En regard à l'Ecole de Mé-
decine est 1'
Hospice de l'Ecole de Médecine con-
struit depuis peu d'années. Sa porte
d'entrée a été pratiquée dans l'édifice
d'une fontaine faite en forme de grotte,
laquelle se composait de quatre colon-
nes d'ordre dorique cannelées, formant
trois enlre-eolonnemens et portant un
atlique.
Deuxième promenade.
Dans la première promenade que
nous venons de faire, nous avons par -
couru successivement le quartier de la
Cité et les faubourgs Saint-Marcel et
Saint-Jacques ; dans celle-ci nous allons
visiter le faubourg Saint-Germain dans
lequel nous avons à voir une foule de
monumens et édifices remarquables.
Départ.
Quittons le Pont-Neuf et dirigeons
nos pas vers la
Rue Dauphine; à notre gauche nous
remarquons le
Quai des Augustins et la
Halle à la Volaille. \ droite est le
Quai Contitxa lequel est situé V
Hôtel de ta Monnaie, où nous allons
nous rendre. Cet hôtel qui occupe l'em-
placement de l'ancien hôtel de Nesle,
fut construit en 1771, par l'ordre dé
l'abbé Terray et sous la conduite de
l'architecte Antoine.
Description. — La façade de cet édi-
fice est décorée de six colonnes ioniques
au dessus d'un soubassement de cinq
arcades ornées de refonds. Un soubasse-
ment couronne le tout. L'avant-corps
est surmonté d'un attique devant lequel
sont six figures isolées représentant la
Loi, la Prudence, la Force, le Commer-
ce, l'Abondance et la Paix, dues aux ci-
seaux de Pigale, Mouchi et Lecomle. La
Courprincipale, large de cent qualre-
vingt-douze pieds et profonde de cent
dix, est entourée d'une galerie. Quatre
colonnes d'ordre toscan soutiennent la
voûte surbaissée de la salle des balan-
ciers. A droite de la cour est la salle du
laminage. La décoration intérieure est
d'ordre ionique sur un soubassement.
Cet hôtel renferme, outre les ateliers,
les bureaux de l'administration, les ap-
partenons des principaux administra-
teurs. L'entrée du bureau de garantie
des matières d'or et d'argent est rue
Gué négaud, à côté de la monnaie des
médailles.
Continuons à suivre le quai Conti,
bientôt nous serons en face du
Palais des Sciences et des Arts, ou
Palais de l'Institut. — Ce palais qui a
été construit en 1062, par Mazarin, sur
les dessins de l'architecte Leveau, de-
vait servir à un collège dans lequel oh
devait placer soixante étudiait* nobles
de quatre na'ions diverses : de là le nom
de collège Mazarin et des Quntre Nations
que porte l'édifice. Les travaux du
Louvre y firent transférer en 1801 l'é-
cole des Beaux-Arts, et, en 1816, l'In-
stitut : de là ces nouvelles dénomina-
tions. Il est occupé maintenant par la
bibliothèque Mazarine, l'Institut et la
Galerie d'Architecture.
Description. — La
•
so
GUIDE
■
Façade extérieure de ce palais forme
un cintre, lequel est un corps d'ar-
chitecture avance où se trouve la ririn-
ci al • porte ou le 'ortiqu -, qui consiste
en quatre colonies o pi astres d'ontre
corinthien, poséssui un p-rron.Ce corps
d'architecture est HCioinpagi'é de deux
ailes de bUm.enl, ou poi lii.ns de cercle,
d'une ordonnance înmns él-v e. déco-
ré s de pilastres io iques et d'une ba-
luliide sur !a corniche qm entoure le
toit. C'est ar ces d ux a h s que la pa -
tie centrale se raccorde avec les deux
pavillon.* des extrémités, pnillois or-
nés de pilastres corinthiens avec des
vases sur les enlabl me,, s, et qui sont
de la même hauteur que celle p rlic.
Aux angles du perron, nous remarquons
deux
Fontaines absolument semblables.
Chacune d'elles se compose de deux
lions égyptiens, sur le modèle de ceux
que l'on voit à la foniaine de Moïse,
place des Thermes, à liome. Ces lions,
en regard, versent de l'eau dans une
asque en forme de cercle. Us ont deux
mètres de long et sont de fonte de fer.
Ils ont été fondus à la fonderie du
Creuzot prèsd'Autun, et ont élé exécu-
tés en 1809 sur les dessins de M. Vau-
doyer, architecte.
Après cet examen de l'extérieur, pas-
sons à celui de 1'
Intè ieur. — Des Irois portes que nous
remarquons à cet édifice, celle de gau-
che est la seule ouverte. Entrons; ici
s'offre à nous une vaste
Cuur dans laquelle nous remarquons
deux escaliers, celui de gauche conduit
à la
Bibliothèque qui Contient 9S,000 vo-
lumes et environ i,000 manuscrits ; et
cehiide droite à l'ancienne chapelle que
l'on a convertie en une espèce d'
Amphithéâtre consacré aux séances
publiques de l'Institut, A la suite de la
première cour en est une seconde or-
née de deux rangées d'arbres et d'une
jolie fontaine. Les bàliniens qui la bor-
nent à droite retiennent la galerie
d'architecture fruit des savantes explo-
rations de Cass >s et de Duloumy, en
Italie et en Grèce.
Quittons maintenant le palais des
•ciences et arts, et jetons un coup d'oeil
*ur le *
Pont de; Arts qui lui fait f.ice Ce
pont, qui est un des plus élégans et des
plus gracieux de Paris, ne date que de
1804. Ses piles et ses culées sont en
pierre et ses arches en fonte. Une grille
en fer de 'onle. les parapets et le sol
esten planches; aussi e-l-il exclusive-
ment co S'cré aux fiiéto'ris qui paient
un on par personne. Il se compose de
n< uf an lies ,'e fer li es ensemble par
des inlr —oises. Sa longueur est de
o~o piei's sur une largeur de 30. Il a
été construit sur les dessins de M. Dil-
lon, et a coulé 9(0, Ofi francs.
Me quittons pus le pont des Arts sans
rappeler les souvenirs qui s'y ratta-
chent :
Souvenirs historiques. — Lors de la
révo'utii n de 1830. ce pont fut témoin
de la valeur parisienne. Le 28 juillet,
les Suisses,* ci;as-iés de toutes parts, se
retranchèrent , vers les trois heures de
l'a rès-midi, dans e Louvre. Vivement
inquiétés par les tirailleurs qui avan-
çaient sur lé pont des Arts, ils firent
une sortie; alors commença sur ce
point un engagement qui ne se termina
qu'à la nuit. Des élèves de l'école des
Beaux- Arts, armés de fusils de chasse,
se présentèrent intrépidement pour ré-
pondre aux Suisses, et malgré le feu
que ceux-ci dirigeaient des fenêtres et
du jardin du Louvre, ils s'avançaient
jusqu'au milieu du pont des Arts, et re-
venaient après avoir, presqu'àcoup sûr,
déch.trgé leur*; armes. L'attaque de ce
côté devint vers le soir tellement sé-
rieuse, que les Suisses sentirent la né-
cessité de faire un appel à l'artillerie ;
le canon tonna, mais en vain ; la nuit
seule put faire cesser le combat.
En passant sous l'arcade du palais de
l'Institut , nous arrivons à la
Hue de Seine, qui était autrefois le
chemin du Pré aux Clercs. Au bout de
cette rue est la
Hue de Tournai, dans laquelle nous
remarquons P
Hôtel Nivernais, qui était la demeure
de ConcinL maréchal d'Ancre, lue dans
le Louvre le 24 août 1617. Louis XIII,
à son retour de Savoie, en 1(529, alla
loger dans cet hôtel qu'il préféra t au
Louvre , h cause de ia proximité du
Luxembourg, qu'habitait sa mère.
Du milieu de la rue de ïournon nous
apercevons le
Palais du Luxembourg, joli édifice
auquel nous allons nous rendre.
Historique, — Ce palais, qui est sur-
ï>lf VOYAGEUR EN EUROPE.
21
tout remarquable par la beauté de ses
proportions et par sa parfaite symétrie,
était, dans son origine, une grande mai-
son accompagnée d'un jardin, que Ro-
bert de Harlay de Sancy fit bâtir vers
le milieu du seizième siècle. Cette mai-
son, que le duc d'Epinay Luxembourg
acquit ensuite, et qu'il agrandit consi-
dérablement en 1383 en y joignant plu-
sieurs pièces de terres contiguës, fut
l'emplacement que Marie de Médicis,
régente, acheta en UHï, et sur lequel
elle fit, en 1015, jeter les fondemens de
ce palais : il s'éle\a sur le modèle du
palais Ali, à Florence, et sur les des-
sins de Jacques Desbrosses, architecte.
Les travaux poussés avec activité furent
achevés en peu d'années.
Description. — Extérieur. — Ce pa-
lais occupe un parallélogramme de 500
toises de face sur 60 de profondeur. L'
Entrée qui nous fait face est compo-
sée de deux pavillons liés entre eux par
deux terrasses que supportent des gale-
ries ouvertes, au milieu desquelles s'é-
lève un dôme au devant duquel nous
remarquons un superbe cadran. Ce
dôme ,«e rattache au corps de logis prin-
cipal par deux ailes élevées d'un étage;
quatre gros pavillons carrés, dont la
toiture s'élève en pointe, sont aux qua-
tre angles du corps de bâtiment prin-
cipal.
Tout l'édifice est élevé de deux
étages. Le rez-de-chaussée est d'ordre
toscan ; le premier étage dorique, et le
troisième, ionique.
Après cet examen de l'extérieur, pé-
nétrons dans la
Cour. — Cette cour est carrée et en-
tourée d'arcades ouvertes et d'arcades
fermées. Tous les murs massifs et même
les pilastres des colonnes font couverts
de bossages et de refends. Sur le fron-
ton, du côté de la cour, nous remar-
quons une allégorie relalive au com-
merce, par Duret. Quant à la
Façade du jardin, étant en Ce 1110-
ment-ci en réparation, nous en parle-
rons dans une prochaine édition. Pas-
sons maintenant à l'examen «le 1'
Intérieur du p.lais. — L'intérieur
du palais e*l magnifique et a subi d'heu-
reux changetnens depui» qu'il a été con-
sacré au sén.'t, et postérieurement à la
Chambre des Pairs. L'
Escalier d'Honneur de la Chambre
coupe l'aile droite ; vingt-deux colonnes
d'ordre ionique supportent la voûte qui
est ornée de caissons et bas-reliefs de
Duret. Des
Statues et trophées décorent succes-
sivement ses entablemens non occupés
pai des fenêtres. La
Salle d s Séances, placée au premier
étage, dai s l'avant-corps du milieu, est
demi-circulaire : son diamètre est de
soixante-dix-neuf pieds. Les murs sont
revêtus de stuc imitant le marbre blanc
veiné. Les bancs de MM. les pairs sont
dispusés en amphithéâtre. Le bureau
du roi est placé en face le bureau.
Si nous sortons de la cour du palais
par 1'
Arcade qui es', à notre gauche, nous
entrons dans la
Cour extérieure, dans laquelle donne
Entrée du musée du Luxembourg.
Ce musée occupe une partie des deux
ailes septentrionales du palais. La ter-
rasse qui longe la rue de Vaugirard sert
de communication aux divisions qu'il
présente. Les grandes salles sont dans
l'aile orientale ; les petite», dans l'aile
opposée. Les premières sont éclairées
par le haut, les autres par des fenêtres
latérales. Au centre de la galerie de
communication est une rotonde d'un
bon goût.
Ici se borne ce que nous avions à
dire sur le palais du Luxembourg ; il ne
nous reste plus maintenant qu'à visiter
son jardin.
Jardin du Luxembourg. — De la
cour extérieure où nous sommes, nous-
puuvons nous rendre à ce jardin. On y
arrive par huit entrées principales, tou-
tes ornées de gril'es en fer.
Ordonnance générale. — L'ordon-
nance générale de ce jardin présente un
parterre entouré de plates-bandes et
divisé en trois parties qui sont un pre-
mier tapis de gazon, puis une vaste
pièce d'eau et un second tapis de ga-
zon. Des terrasses bordées debalustrades
et recourbées en pente douce à l'extré-
mité opposée du palais, ceignent le
parterre et sont autant de promenades
qui le dominent. A droite s'étend une
profonde futaie percée d'allées qui sont
en berceaux ; à gauche sont aussi des
polygones de futaie dont le plan légè-
rement incliné permet de jouir de l'en-
semble du jardin.
Tout autour de la terrasse, et de dis-
çittsca
22,
fi U IDE
lancé en dislance , sont une foule de
statues que nous allons faire connaître.
Statues du jardin. — Coté de la ter—
Tusse, à gauche. — Un Horace, Bac-
cuus, Cérès, un vieux Bacchus, Mer-
cure.
Côté de la rue d'Enfer. L'Hiver, la
Huit. Vénus pudique, fontaine en for-
me de grotte, exécutée par Jacques
De9brosses, et restaurée par Chalgrin.
Parterre du coté de tu rue d'Enfer.
— Antinous, Diane la chasseresse.
Parerre vis-à-vis le château. —
Une Vénus, le Gladiateur.
Parterre du palais, à droite. — Vul-
cain, Hébé, Cérès, Vénus d'Arles Le
Luxembourg ne nous offrant plus rien
d'intéressant à voir, ! ous allons conti-
nuer noire promenade ;suivo; s la
Grande avenue du Luxembourg, là
nous découvrons 1'
Observatoire royal, que nous allons
visiter, puisque nous voilà maintenant
auprès, traçons-en la
Description, — Extérieur. — Cet
édifiée, qui fut commencé en 1<!67, sur
les des-ins de Perrault, fut achevé en
167-2. Sa forme est celle d'un paialléli-
pipède rectangulaire dont les quatre fa-
ces latérales correspondent aux quatre
points cardinaux. Deux tours octogo-
nes s'élèvent aux angles de la façade
méridionale, une troisième, mais car-
rée, est au m, lieu de la facude rord où
est l'entrée. La plate-forme qui cou-
ronne l'édifice est à 83 pieds au dessus
du sol. Les caves de l'Observatoire ont
en p o r ondeur autant que l'édifice a
d'élévation. Quant à 1'
Intérieur de l'Observatoire , il est
divisé en logemens particuliers et en
salles appropriées aux travaux astrono-
miques et physiques. Six de ces salles
ont des ouvertures qui correspondent
auv différens points du ciel. Sur la
plate forme existent des cabinets dispo-
ses pour les observations et le jeu des
instrumens; nous y remarquons aussi
une méridienne qui sert de point de dé-
part pour compter les longitudes.
Au centre du bâtiment, on a pratiqué
a travers toutes les voûtes une ouver-
ture de trois pieds de diamètre qui se
prolonge jusqu'au plus bas des caves,
et qui a servi entre autres aux expé-
r.ences relatives à la pesanteur des
corps. Le
Jardin de FObservatoire n'étant pas
public, nous croyons pouvoir le passer
outre. En nous isolant un peu de l'Ob-
servatoire, c'est-à-dire en revei.ant sur
nos pas, nous remarquons à notre gau-
che F
If • spire des E il fans - Trouvés, qui
occupe l'ancienne ma'son de l'inslilu-
lion de l'Oratoire. Si de 1 endroit où
nous sommes nous continuons notre
marche, nous arriverons à la
Hue d'Enfer, que nous allons suivre
jusqu'à la
Hue de la Bourbe, dans laquelle nous
remarquons 1'
Hospice de la Maternité, qui occupe
les tîâtimens de Port-Royal que les Jé-
suites ont rendu célèbre. Dans cet hos-
pice on reçoit les lem.; es enceintes
dans le huitième mois, ou cel.es qui
sont sur le point d'accoucher.
Continuons de suivre la rue de la
Bourbe, à son extrémité nous trouvons
la
Rue des Capucins, sur laquelle donne
Hospice des Vénériens, établi dans
l'ancienne maison des Capucins. Cet
hospice dont les dépendances sont im-
menses, est spécialement consacré au
traitement des maladies vénériennes,
soit en admettant les malades, soit en
leur donnant des conseils et des remè-
des dont ils font usage chez eux. Des-
cendons maintenant la
Hue Saint-Jacqurs, que nous avons
traversée, là nous trouvons à notre
droite 1'
Hôpital militaire du Val-de-Grâce,
qui se compose de plusieurs corps de
logis, d'un vaste jardin et d'une église.
Avant d'entrer dans aucun détail sur
ces diverses parties, traçons rapidement
1'
Historique du bâtiment. Ce magni-
fique édifice était autrefois une abbaye
royale de Bénédictines. Depuis le neu-
vième siècle , ces religieuses avaient
une maison dans une vallée près de
Bièvre-le-Chàlel. Au dix -septième
siècle, la ruine des bàtimens, les fré-
quentes inondations, la situation triste
de ce mona=tère, déterminèrent ses ha-
bitantes à s'établir à Paris. Elles acheté-
rent en conséquence en 10-20 le vaste
emplacement qu'oecune aujourd'hui
l'édifice. Anne d'Autriche, femme de
Louis XIII, dégoûtée du séjour de la
cour, prit la résolution d'embellir ce
DU VOYAGEUK EN EUROPE.
23
monaslère et de s'en former une re-
traite. Elle fit acheter à cet effet en
162-2, pour 33 mille livres, un grand
emplacement et quelques bâlimeus
connus sous le nom de fief de Valois, et
se fit déclarer fondatrice.
Voilà l'origine des bàtimens du Val-
de-Grâce ; voici maintenant celle de
son église.
Historique de l'Eglise. — Anne d'Au-
triche étant accouchée de Louis XIV,
après 22 ans de stérilité, fit voeu d'éle-
ver un superbe temple : elle en fit poser
la première pierre le 12 avril 1643 par
son fils âgé de 10 ans. Les troubles qui
agitèrent la minorité de ce prince suspen-
dirent bientôt ies travaux commencés:
mais ils furent repris en Kioo. Le célèbre
Mansard fournit les dessins de cet édi-
fice et fut chargé de son exécution qu'il
conduisit jusqu'à neuf pieds au dessus
du sol. Il perdit alors la faveur de la
reine, parce que, dit-on, il ne voulut
rien changer à son plan dont l'achève-
ment eut coûté des sommes considéra-
bles , et beaucoup au dessus de la
dépense qu'on voulait faire pour ce
monument. Jacques Le Mercier remplaça
Maisard, et conduisit le» constructions
jusqu'à la corniche du premier ordre
tant intérieur qu'extérieur. C'est à cette
époque que les travaux furent inter-
rompus. Ils furent repris en 1664 sous
la conduite et la direction de l'ierre. Le
Muset, alors en réputation , auquel on
associa depuis Gabriel Leduc qui arri-
vait d'Italie, où i avait fait, dit-on, de
longues études sur l'architecture des
temples. Il est possible que chacun de
ces architectes ait eu la prétention
d'y mettre un peu du sien: et dès-lors
on ne doit pas être surpris de trouver
dans le style et dans les ornemens des
diverses parties quelques discordances,
suites inévitables de ce changement
successif de direction. Cependant le
monument est en général exécuté avec
beaucoup de précision et rie soin , la
sculpture de l'intérieur est très délicate
et très achevée.
Maintenant quenousconnaissons l'his-
toire de cette église, passons à sa des-
cription.
Description de l'Eglise du Vul-de-
Grâce. — Extérieur. — Commençons
par le
Grand Portail. — Ce. portail s'élève
sur 15 marches, avancé au milieu il
forme un portique soutenu de huit co-
lonnes corinthiennes isolées, accompa-
gnées de niches dans lesquelles étaient
autrefois les statue* de saint Benoît et
de Scholaslique. Le second ordre élevé
au dessus du premier, esl formé d'ordre
composite qui se raccorde pardesgrands
enroulemens sur les deux côtés. Le
Dôme qui couronne l'édifice, est
superbe,
Elevé dans la nue
Parc du frrand P.iris la magnifique vue.
Et parmi lant d'objets semés di: toutes parts
Du TOjaçeur surpris prend les premiers regards.
11 l'ail surtout briller dans sa noble richesse
La splendeur du saint tobu d'une grande princesse,
Et porte un témoignage à la postérité
De sa maguiticenee et de sa piété.
Ce dôme qui est couvert de lames
de plomb, avec des plates-bandes do-
rées, est surmonté «l'une eampanille que
surmonle un globe de métal.
Voilà l'extérieur, passons maintenant
il'
Intérieur. — L'intérieur de l'église
offre une nef qui, comme à l'ordinaire,
est séparée des bas-côlés par des arca-
des et des pilastres corinthiens à can-
nelures rudentées, et le pavé est divisé
parcomparlimens correspondais à ceux
de la voûte. Le
Maûre-jiutel, qui a été exécuté sur
les dessins de Gabriel Leduc, est décoré
de grandes colonnes torses en marbre
revêtues de bronze. Au des^its se des-
sine un entablement couronné d'un
baldaquin et sur chaque colonne sont
des anges portant des encensoirs; d'au-
tres anges plu» petits semblent sej'ouer
dans les festons qui lient ensemble
toutes les parties du couronnement. Ils
tiennent des cartels où sont écrits
quelques vers du Gloria in excelsis.
Les anges, le baldaquin et tous les
autres ornemens sont dorés. Quant à
la
Fresque qui couvre le plafond du
dôme, c'est le plus beau morceau de
peinture qu'il y ait en Europe. Il
représente la gloire des élus dans le
ciel et contient plus de deux cents fi-
gures rie proportions colossales, l'ierre
Mignard, qui en est l'auteur, le conçut
et l'evécula dans l'espace de treize mois.
Il passe pour son chef-d'œuvre. Molière
dans son poème intitulé la Gloire du
Val-de-Gràce, célèbre ainsi ce grand
peintre.
24
GUIDE.
Toi qui dans celle coupe, à ton vaste *rénie,
Comme un ample théâtre, heureusement fournie,
Es venu déployer les précieux trésors
Qui' le 'Libre t'a lu ramasser sur ses bords;
Dis-nous, fameux Milliard , par qui le sont versées
Le9 charmantes Leaulé, de les nobles peusies ;
Et dans quel fonds tu prends cette variété
Boni l'esprit est su- pris et l'œil est enchanté.
Dis-nous quel feu divin , dans les fécondes veilles ,
De tes expressions enfante les merveilles.
Quels charmes Ion pinceau répand dans tousses traits,
Quelle force il y melivà ses plus doux ait ails ■
El quel est ce pouvoir qu'au bout des doigts tu portes.
Qui sail faire à nos yeux vivre des choses mortes .
Et d'un peu de mélange et des bruns et des clairs.
Rendre esprit la couleur et les pierres des chairs.
Les
Bâtimens du Monastère furent pen-
dant le régime impérial et sont encore
aujourd'hui affectés à un hôpital mili-
taire destiné à la garnison de Paris. Son
régime est semblable à celui de tous les
hôpitaux militaires de France.
Si nous continuions à suivre la rue
Saint-Jacques, nous aurions à voir là
l'école des Sourds-3'Iuets et VEgliie
Saint-Jacques-du-Haut-Pus, mais ces
deux édifices ne valent pas que nous
fassions cette course; nous allons donc
prendre la rue du Yal-de-Grâce et de
là joindre le Luxembourg et le
Théâtre Royal de /' Odéon. — Ce théâ-
tre bâti en 1791 pour la Comédie Frati-
çaise.par Waillyet Peyre, fui incendie
en 1799 et en 18 18. Sa fo rme est simple et
noble. Sa façade s'annonce par un pé-
ristyle en saillie , orné de huit colon-
nes d'ordre dorique. Sous le porche,
trois portes introduisent à un vestibule
décoré de l'ordre toscan. Trois galeries
qui servent de passage sont percées de
quarante-cinq arcades et se lient au
porche. Quant à la forme intérieure de
la salle, elle est ovoïde ; son grand aie
est de 86 pieds et le plu? petit de 47.
Suivons la
Rue de V Odéon qui fait face au théâ-
tre, magnifique rue qui fut ouverte en
178*2 sur une partie de l'emplacement
de l'hôtel de Condé. Au bout de cette
rue , et à gauche est la
Rue du Petit-Lion que nous allons
suivre. De celte rue nous entrons dans
celle du Petit Boiirbon-Saint-Sulpice qui
nous conduit directement à l'église
Saint-Sulpice que nous allons visiter.
F.glise Saint-Sulpice. — Historique.
—L'église actuelle de Saint-Sulpice est
fondée sur les restes d'une ancienne
chapelle de Saint-Pierre qui existait au
même lieu avaDt le X« siècle. On
ignore à quelle époque elle prit le nom
qu'elle porte ; mais on est assuré
qu'en tâlO elle était déjà paroisse. One
chapelle nommée Saint-Pierre, l'ut le
premier siège de la vaste église de Saint-
Sulpice. Cette chapelle se trouvant trop
peiite pour contenir les habitans de ce
quartier, on en bâlitune autre en 1211
et on lui donna le titre de Saint-Pierre
qui est aujourd'hui le premier patron
titulaire de l'église qui nous occupe.
L'accroissement de la population qui
avait nécessité l'érection de cette église
nécessita bientôt son agrandissement.
Déjà sous le règne de François I er
on y avait ajouté une nef. mais ces addi-
tions ne lui procurant pas les dimen-
lions nécessaires, il fut arrêlé en 1643
qu'un nouvel édifice serait reconstruit.
Un architecte peu connu , nommé Ga-
mart , fut chargé de cette construction,
et Gaston , duc d'Orléans, frère du roi
Louis XIII, en posa la première pierre
en I041i. Pendant neuf années consé-
cutives, les travaux se continuèrent d'a-
près les dessins adoptés. Plusieurs par-
ties de l'église future étaient presque
achevées lorqu'on s'aperçut un peu tard
que le plan n'en était pas encore d'une
étendue convenable. Alors l'architecte
Loui- Levau fournit les dessins d'un plus
vaste édifice ; on recommença presque
tout le travail, et le 20 février 1633, la
reine Anne d'Autriche, alors régente du
royaume, en posa solennellement la pre-
mière pierre. Levau étant mort peu de
temps après , la continuation des tra-
vaux fut confiée à Daniel Gittard. Les
travaux ayant élé suspendus en 167o, on
ne les reprit qu'en 171S, sous la direc-
tion de Gilles-Marie Opnord.
Description. — Extérieur. — Portail.
— Le portail de celte église, commencé
en 1733, est de Servandoni, qui termina
l'édifice dou'e ans plus tard , c'est-à-
dire en 1745. On y monte par un per-
ron de 18 marches, au haut duquel est
tin "grand palier. Deux ordres de co-
lonnes posés l'un au dessus de l'autre
et compris entre deux lours carrées et
le fronton , constituent les masses fon-
damentales de ce portail. Les colonnes
du rez-de-chaussée sontdoriques et ont
quarante pieds de hauteur, sur cinq de
diamètre. Leur entablement est de dix
pieds, les colonnes ioniques du péristyle
supérieur ont 38 pieds de hauteur sur
DU VOYAGEUR EN EUROPE.
2S
1
quatre pieds (rois pouces de diamètre.
Ou compte 68 colonnes dans l'un et
l'autre péristylle.
Tours de l'Eglise.— L'église de Saint-
Sulpice fut consacrée le 30 juin 1745; à
cetteépoque les tours qui la surmontaient
n'étaient pas encore finies , et comme
elles ne remplissaient pas le but qu'on
espérait, od jugea à propos de les faire
reconstruire par l'architecte M?.c!aurin.
En 1749, celui-ci lit exécuter deux tours
dont la première ordonnance, élevée sur
un plan quadrangulaire, élaitoclogone,
et la seconde circulaire. La tour qui
existe à l'angle méridional de cette fa-
çade, et dont les sculptures sont encore
àjàire, est l'ouvrage de Maclaurin. En
1777, ces tours furent de nouveau re-
construites; M. Chalgrin, auquel on les
confia, s'occupa de rétablir celle qui
est à l'angle opposé; il la composa de
deux ordonnances , l'une quadrangu-
laire, et l'autre plus élevée, sur un plan
circulaire , quoiqu'elle repose sur un
socle carré, elle s'accorde mieux que
les précédentes avec les 'desseins de
la façade. Elle est d'ailleurs plus éle-
vée, d'une plus belle composition que
la tour qui n'a pas été reconstruite et
qui probablement ne le sera jamais.
Faces latérales. — Quant aux faces
latérales de cette église, elles n'ont rien
de remarquable que les portes qui sont
fort belles; l'une est composée des or-
dres dorique et ionique, l'autre des or-
dres corinthien et composite, et ornées
des statues de Saint-Jean et Saint-Jo-
seph par François Dumant , de Saint-
Pierre et de Saint-Paul pur le même.
Après cet examen de l'extérieur, pas-
sons à relui de 1'
Intérieur.— L'intérieur de cette église
est superbe , la nef , le pourtour du
sanctuaire et les bras de la croix sont
en arcades , dont les pieds droits sont
ornés de pilastres corinthiens. Le
Chœur, qui est d'un admirable effet,
est entouré de sept arcades. Au tour et
contre les piliers sont douze statues
d'apôtres, exécutées par Bouchardon.
Le
Maître Autel qui fut consacré à
Saint-Pierre et à Saint-Sulpice , en
153 i, est isolé et placé dans le centre
de la croisée, au devant du chœur, sur
un assez grand nombre de degrés. Sa
forme est celle d'une espèce de tombeau
de marbre blanc avec des ornemeus de
bronze doré. Le milieu est ouvert d'un
côté et de l'autre, et laisse voir à tra-
vers deux glaces un grand nombre de
reliques. Une balustrade circulaire,
dont les balustres de bronze supportent
une tablette de marbre précieux en
défend 1 accès.
Chapelles, — Les chapelles qui entou-
rent les bas-côtés de celte église sont
tontes élevées de trois degrés; elles sont
au nombre de dix-n uf , dont les plus
remarquables sont : La
Chapt Ile Saint-Fiacre, dans laquelle
nous remarquons le tableau où ce saint
refuse la couronne d'Ecosse , par Dé-
juine. La
Chapelle Saint-Jean, qui est remar-
quable sous plusieurs rapports : nous y
voyoas d'abord , au-dessus de l'autel,
deux colonnes cannelées, en marbre
vert.de l'ordre composite, supportant
un fronton doré; au milieu est une sta-
tue de saint Jean-Baptiste avec un
mouton, par Boizot. En face est le Mau-
solée de Pierre Langues de Gergg ,
exécuté par Michel-Ange Slodz. La
Chapelle de Saint-Maurice, peinte à
fresque par Vinchon ; à droite de la
chapelle, nous voyons le saint refusant
de sacrifier aux idoles; à gauche est le
tombeau du saint ; la coupole repré-
sente l'apothéose.
La
Chapelle Saint-Tloch qui est peinte
à fresque par M. Abel de Pujol, et qui
représente à gauche le saint se dé-
vouant à soigner les pestiférés de Mar-
seille ; en face nous le vovons mort
dans sa prison. Enfin la
Chapelle de la ï'ierge qui est située
au rond-point, et de forme circulaire
en plan comme en élévation. La cou-
pole, peinte à fresque par Lemoine,
représente l'Assomption de la Vierge et
de l'enfant Jésus, par Pigalle. La lu-
mière vient d'en liant et se distribue
d'une manière très harmonieuse. Le
reste fie la décoration de la chapelle
de la "Vierge a été fait par Servandoni.
Le retable de l'autel renferme un bas-
relief représentant les noces de Cana.
Quant au
Buffet d'orgues dont il nous reste à
dire un mot , il a été construit par
Cliquot, célèbre facteur, et est l'un
des plus complets que l'on connaisse.
Il est soutenu par des colonnes de
pierre , ouvrage de Servandoni.
*
1
1
1
1
1
Ici se bornent les divers détails des-
criptifs de l'église Sai it-Sulpice, main-
tenant nous allons continuer notre pro-
menade. Dirigeons nos pas vers le
nord-ouest en suivant la
Rue du Vùux-Colombier, sale rue
qui prend son nom d'un colombier que
les religieuse de l'Abbaje-Saint-Ger-
main y avaient fait bâtir, et qui aboutit
au
Carrefour de la Croix-Rouge , qui
est formé par la rencontre des rues de
Sèvres, du Four, Clierclie-Midi, de
Grenelle, du Dragon et du Vieux-Co-
lombier. Après avoir fait quelques pas
dans la
Rue de Grenelle, nous entrons dans la
Rue des Saints-Pères que nous allons
GUIDE
Derrière du Palais. — Du côté du
quai, ce palais présente l'aspect de deux
bàlimens séparés par une semi-circu-
laire. Cette dernière partie est le prin-
cipal salon du palais, salon qui est
aussi de forme circulaire et dont le
diamètre est le corp* du logis.
Ce joli valais » été construit en 1786
par l'architecte Rousseau : il était des™
tiné à la demeure du prince de Salm.
Puisque nous sommes dans la rue de
Lille , nous allons la suivre. Elle con-
duit à la
Chambre des Députés que nous allons
examiaer. La place qui lui fait face
n'ayant rien de remarquable, nous 1»
laissons de côté. Ce palais , qui n'est
qu'une dépendance de celui de Bour-
suivre jusqu'à la Seine. Là nous avons bon, a fa porte d entrée sur a place,
,-i ..-.- i~ :~i! cette porte est accompagnée de chaque
côté d'une colonnade d'ordre corin-
thien.
sous les yeux le joli
Pont du Carrousel, bâti depuis peu
d'années, et dont la construction est
des plus gracieuses. Bientôt nous ar-
rivons au
Pont-Royal, qui communique du
quai des Tuileries aux quais Voltaire
et d'Orsai. Ce pont, qui doit son nom
au voisinage des Tuileries, fut construit
en lGSo par les architectes Maisard et
Gabriel Romain. Il est composé de
cinq arches et a soixante-douze toises
de longueur sur huit de largeur.
Continuons notre marche. Après
avoir passé le Pont-Royal, nous entrons
sur le
Quai d'Orsai; là nous remarquons
d'abord la
Caserne qui porte ce nom, puis en-
suite un vaste
Ce palais fut disposé dans le principe
pour la section du corps législatif, dite
conseil des Cinq-Ce ts. établie par la
constitution de l'an III de la république.
M. Gisors, architecte, exécuta le» con-
structions nécessaires. Une partie des
ancien-* bàtimens servirent aux nou-
veaux. En 1795 , on ajouta au centre ,
du côté de la cour , un avant-corps
décoré de huit colonnes surmon'ées
d'une attique que couronne un fronton
dont le bas-relief représente la loi pro-
tégeant l'innocence et punissant le
crime. Sur deux piédestaux sont des
statues représentant Minerve, par Bri-
dant jeune; etlaForce.parEspercieux.
Les deux figures accompagnant le ca-
Edifice construit depuis peu , dont dran de l'horloge sont de Fra gonard. La
ms ignorons la destination. Quittons Salle des Séances est demi-circu-
i ,i>r\„„„: „..:..„„. i„ îoiro ai itiuiiM en amnhitheatre. Le
nous ig..„
le quai d'Orsai, suivons la laire et disposée en amphithéâtre
Hue Belle-Chasse jusqu'à celle de fauteuil du président et le bureau font
Lille. Là nous trouvons le
Palais de la Légion-d' Honneur, où
nous allons nous arrêter.
Façade. — La porte d'entrée de ce
palais est un arc de triomphe décoré de
colonnes ioniques. Deux galeries du
même ordre partant de la porte con-
duisent à deux pavillons ; en avant , un
corps dont l'attique est revêtue de bas-
reliefs, composés par Rolland ; un pé-
ristyle ionique règne autour de la cour
en forme de promenade couverte. Le
Principal corps de logis est au fond
de la cour. Sa façade est relevée par
un ordre de colonnes corinthiennes.
face à l'amphithéâtre. Les parois de
cette salle sont en stuc vert antique.
Six niches latérales contiennent les sta-
tues des orateur les plus célèbres de
Rome et d'Athènes. Plusieurs salles
adjacentes, convenablement décorées,
servent aux travaux intérieurs et parti-
culiers de MM. les députés.
Maintenant que nous avons vu la face
principale de ce palais , il nous reste a
voir celle qui est du côté de la Seine.
Façade du côté de la Seine. — Cette
façade, qui a été construite de 1804
à 1807 sur les dessins de M. Poyet . est
précédée d'un vaste perron de dix-huit
DU VOYAGEUR EN EUROPE.
27
pieds d'élévation, et divisée en deux
rampes. Sur ce perron s'élèvent
douze colonnes corinthiennes de grande
proportion qui supportent un enlable-
men. et un fronton. A l'origine des
escaliers, nous remarquons quatre sta-
tu s qui sont celles de Sully, par Beau-
valet; de Colbert, par Dumont; du
chancelier d'Aguesseau, par Faucon.
Considérons maintenant le pont qui
fait face. Ce pont qu'on nomme le
Pont de la Concorde, fui commencé en
1778, sur les dessins et sous la conduite
de l'architecte Peyronnet, et fut ter-
miné en 1790. Ce pont a cinq arches,
d'une construction élégante , soutenues
par des piles très légères. Des para-
pets, formés en bali stiades, ajoutent à
la beauté de ce pont, qui fait l'admira-
tion des connaisseurs, par son élégance
et sa légèreté. Douze statues, exécutées
par nos plus célèbres sculpteurs, dé-
coraient l'année passée ce pont; elles
ont été enlevées, nous ignorons entiè-
rement leur nouvelle destination et ce
que l'on propose de mettre à leur place.
Puisque nous sommes revenus sur le
quai d'Orsai, suivons- le. Passé la cham-
bre des députés nous longeons la
Terrasse du palais de Bourbon , dont
les bâtimens et la porte d'entrée don-
nent dans la rue de l'Université. Ce pa-
lais qui a été bâti en 1722 , par ordre
de la duchesse douairière de Bourbon,
d'après les dessins et sous là conduite de
Girardin, n'est composé que d'un étage,
ce qui ne lui don e que l'apparence
d'une maison de plaisance. Une avenue
de 48 toises de longueur , ternir ée par
une cour d'environ 30 toises sur 20 con-
duit au perron des appartemens du feu
prince. On citait autrefois les apparte-
mens pour leur fa^te et leur élégance ;
aujourd'hui ils n'ont de remarquable
que les peintures et les sculptures dont
ils sont ornés.
Passé la terrasse du palais Bourbon ,
nous entrons sur la vaste
Esplanade des Invalides que nous
allons suivre en prenant la chaussée du
milieu. Là, nous remarquons une
Fontaine construite en 180Ï , sur les
dessins et sous la conduite de Treoort.
Au sortir de l'esplanade , nous entrons
sur la
Place des Invalides , de là dans l'hô-
tel royal des Invalides.
Hôtel royal des Invalides.
«De quelque manière que l'on considère
ce superbe édifice, soit par rapport à sou ca-
ractère, soit du coté des chefs-d'œuvre de
l'art qui le décorent, soit enfin par rapport
à la discipline admirable qui s'y observe ,
tout y annonce la piété , la grandeur, la ma-
gnificence de son auguste fondateur. »
Historique. — Le projet d'offrir un
asile aux militaires blessés au service
de la patrie , fut conçu par le bon
Henri IV , et ces militaires furent placés
rue de l'Ourcine. Louis XIII destina le
château de Iliiètre au même usage; il
fit faire en conséquence , en 163i , des
bà;imens considérables. Sa mort seule
empêcha l'accomplissement de cette en-
treprise. Son fils disposa de cette maison
en 10o6 en 'aveur de l'hôpital général,
mais il projeta d'élever une retraite
magnifique aux militaires âgés pauvres
et blessés. Le 30 novembre 1670, on
commença les fondations de ce vaste
édifice, et huit ans après il fut en état
d'être habité.
Promenade dans l'intérieur.
Dipart
Après avoir passé le
Fosse et la magnifique porte de fer ,
nous an ïvons dans 1'
Avant . cour. — Des deux côtés de
celle porte, nous remarquons deux pa-
villons de pierre de taille enrichis de
trophées d'armes et surmontés d'une
masse de boulets. Dans le premier à
droite est un corps-de-garde : le second
qui est à gauche est occupé par les por-
tiers. L' ,
Artillerie de l'hôtel est placée a cote
des pavillons à droite et à gauche. Cette
artillerie qui fait ornement d'une maniè-
re convenable à une maison habitée par
des gens de guerre , sert d'ailleurs dans
les fêles et les réjouissances publiques :
c'est elle qui donne ordinairement la
première nouvelle des événemens qui
intéressent l'état; tels que des naissances
des enfans de France , victoires rem-
portées, etc.
Façade extérieure de l'édifice. —
Nous voici arrivés maintenant à la fa-
çade de l'édifice; faisons-en l'examen.
Celte façade est compo ée d'unrez-de-
chaussée et de quatre étages dont le
quatrième qui est au dessus d'un grand
W ' £«~,
23
GUIDE
tî
li'i
entablement est éclairé par des lucarnes
ornées de trophées. La
Porte d'entrée principale est au mi-
lieu dans un grand avant-corps, dont
le couronnement en plein - cintre est
orné de trophées d'armes. Au dessus est
un
Grand bits-relief représentant Louis
XIY à cheval ; au bas du pié lestai sont
deux figures qui représentent la Justice
et l'autre la Prudence. Aux
Extrémités de lafaçddesovi deuxgros
pavillons sur lesquels on a placé deux
croisées en mansarde ornées de tro-
phées. De l'avant - corps du milieu
nous entrons dans un beau
Vestibule orné de colonnes. A l'un
des côtés est le
Grand corps-de-garde. De ce vesti-
bule nous passons à la
Cour royale , laquelle est entourée
de quatre corps-de-logisavec des avant-
corps dans le milieu et des pavillons
dans ses angles. Toutes les faces sont
décorées de deux rangs d'arcades, d'une
très belle forme , couronnées chacune
d'un entablement dont les profils sont
admirables et terminés par de riches
lucarnes ornées de trophées de pierre.
Derrière ces deux rangs d'arcades font
ménagées des galeries qui conduisent
dans tous les logemens, ce qui procure
une grande commodité. Les bâlimens
qui bordent la droite et la gauche de la
cour royale sont divisés de chaque
côté par trois cours moins spacieuses.
Dans la partie des bâlimens qui occu-
pent la droite et la gauche de la cour
royale, sont quatre
réfectoires contigus aux galeries que
formentlesporiijues des rez-de-chaus-
sées. Ces réfectoires qui peuvent conte-
nir lbOO personnes, sont ornés de pein-
tures à fresque exécutées par Martin ,
peintre célèbre, élève de Vander Meu-
len. Atlenantetauxcôtésdes réfectoires
des soldats sont ceux des officiers. Ils
sont à table ronde de douze. A côté des
ré'ectoires qui occupent la partie de
j'hotel du côté de Paris , nous trouvons
la
Cuisine dans laquelle rien ne man-
que de tout ce qui peut être nécessaire
pour préparera manger à toutleit onde.
Nous y voyons d'abord cinq énormes mar-
mites dont deux grandes et trois moyen-
nes. Les plus grandes servent pour fidre
cuire la viaude des soldats, les moyen-
nes pour celle des officiers. De chaque
côté de la cuisine sont des dépenses
très propres ; elles sont destinées à
recevoir les viandes.
Si nous continuons à suivre le rez-
de-chauss-ée par une troisième cour ,
nous arrivons aux
Infirmeries qui occupent un espace
considérable. Le bâtiment qui est
orienté du levant au midi, u'est éle-
vé que d'un étage au dessus du rez-de-
chaussée afin qu'il ne nuise point à la
vue du grand édifice et principalement
de l'égl se à laquelle il est contigu. L'in-
firmerie se compose de six grandes sal!es
dont les quatre principales s'appellent
les
Salles de Notre-Dame ; elles forment
une croix : les officiers malades y sont
séparés des autres. Les deux autres salles
sont placées, l'une au midi, l'autre à
l'orient. Celle qui est au midi se nomme
la
Salle de Saint-Joseph; elle est desti-
née pour les vieillards infirmes; celle
qui est à l'orient et qu'on appelle la
Salle de Saint-Corne , est pour les
blessés. Au delà des infirmeries, et à
l'extrémité de l'enclos de l'hôtel , se
trouve la
Boulangerie, don t les dimensions sont
immenses.
Maintenant que nous avons vu la bou-
langerie, nous allons suivre le corridor
de ce nom et joindre la cour Royale ,
pour de là parcourir l'aile opposée du
bâtiment.
Bâlimens de l'ouest. — ha. même dis-
position existe de ce côté que du côté
opposé, à quelque chose près. Les cours
moyennes sont en tout pareilles, mais
à la place qu'occupent les cours d'in-
firmerie, s'élève un vaste
Jardin destiné aux pi êtres attachés à
la maison. Après le
Logement des prêtres, nous trouvons
le
Jardin du Gouverneur, qui a une
forme carrée et qui est entouré par des
magasins et des logemens particuliers.
Revenons un instant dans la cour royale
afin de pouvoir examiner l'église des
Invalides, seule curiosité qui nous reste
à voir.
Eglise des Invalides. — Cette église
se divise en deux îiarlies , qui forment
véritablement deux églises, savoir : celle
des soldats, dont chaque jour on se
BU VOYAGEUR EN EUROPE.
29
sort pour le service divin , et celle
que l'on nomme l'église Royale ou le
Dôme. La première a son entrée dans
la cour Royale, et celle du Dôme a la
sienne du côté 'lu midi. Bédiécsau mê-
me patron, les deuv églises n'en for-
ment qu'uncseule ; on les app lie l'une
et l'autre l'église de Saint-Louis.
/■glise île la maison. — La ai lie de
l'égli e qui e-l du coté du noid futeon-
slruiteen même temps que 1 sbàlimens
de ia cour Ro. a e et sur les des i ns de
Libéral Bruant, habile architecte, dont
nous avons déjà eu occas on de pailer.
Son
s ortail est composé d'ornemens de
fort bon goût. Pénétrons dansl'
Intérieur. — L'intéiieur de celte égli-
se est magi iflque. La
Nej est décorée en arcades plein-
cintre, entre lesquelles sont des pilas-
tres d'ordre corinthien couronnés 4*1 n
entablement de même ordre, niais dont
la cimaise est supprimée. Toute cette
église est éclairée par cinquante-qua-
tre croisées ou vilreaux, dont ceux d'en
haut sont peints avec reflets, blasons et
omeniens. La
Voûte de cet édifice est aussi plein-
cintre et construite en pierre. Il yadeux
rangs d'arcades : le premier communi-
que aux bas-éôtés'èt le second aux tri-
bunes. Dans la nef nous voyons, à
droite, contre un des piliers, une
Chaire à prêcher, d'un bon goût de
dessin et d'une belle exécution.
Do la nef nous entrons dans le
Chœur, qui est surtout remarquable
par la beauté des stalles, qui sont d'un
beau travail. Au bout du chœur est V
Autel, placé sous une grande arcade
quj termine l'église de la maison et
teisse apercevoir le dôme. Un
Baldaquin, de la plus riche compo-
sition.est au dessusdecet autel. Quant
au v
Buffet d'orgues , dont il nous resle à
dire uu mot , il mérite quel ,ue atten-
tion, tant à l'égard de la menuiserie que
par rai port à la savante ordonnance de
ses jeux. Nous y voyons ure montre de
seize pieds, d'élain parfaitement poli,
et bien fournie de tous les différensjeux
qui peuvent concourir à la perfection
de l'harmonie. Le
Buffet d'en haut a viogl-qualre pieds
de ace sur cinq de profondeur; celui
d'enbas,où est le positif, porte neuf pieds
de hauteur et de largeur sur cinq de
profondeur : louies les proportions sont
exactement observées dans ce grand
morceau ; chaque p:èce est enrichie
d. s oruemens qu, lui conviennent, tels
que chnpite 11*, aicli.Uvves.fi esques,
corniches , consoles, < nls-ile-lajipes,
clai es-voies, têtes de chérubin . etc.
Eglisç Itoj aie ou le Doute. - Forme.
— La l'orme de cette ég ise est une croix
grecque : dans le centre est le grand
dôme soutenu par quatre gros piliers, qui
sont percé-' pour laisser à découvert les
quatre chapelles dans les diagonales.
Les pilastres a pliqués contre des piliers,
a'nsi que les colonnes qui sont de>aut,
sont d'un ordre corinlli en, cannelés et
exécutés dans la dernière perfection de
même que lou le reste de l'ouvrage.
Autel principal. — Cet autel est d'un
goût admirable , tant par sa magnifi-
cence que pour la correction du des-
sin. Il est orné de bronze artislement
travaillé. Aux côtés et sur le devant, s'é-
levaient six colonnes torses, d'ordre
composite, groupées trois à trois et en-
tourées de pampres de vigne, d'épis de
blé et de feuillages. Leurs chapiteaux,
qui sont de feuilles d'acanthe, portent
un entablement sur lequel s'élèvent
quatre grands enroulemens ornés d'un
compartiment rempli de roses et de
fleurs de lys, au dessous et aux côtés,
et de palmes. Au dessus s'élève un ri-
che
Baldaquin, garni de eampanilles. Au-
tour et au dessus de ce baldaquin sont
plusieurs figures d'anges et de chéru-
bins. Les deux
Chapelles principales qui terminent
à droite et à gauche la largeur de la
croix grecque , sont celles de la sainte
Vierge et de sainte Thérèse.
Chapelle de la Vierge. — Cette cha-
pelle , qui a trente-huit pieds de pro-
fondeur sur quarante de largeur, est
d'une beauté reinarqnab'e. Son autel
est pi icé s ims une croisée, dans une ar-
cade smb.iissée, sur l'archivolte de
laquelle sont deux figures de femme,
dont l'une représente la Prudence et
l'autre la Tempérance. Sous cet autel
est un tabernacle accompagné de deux
anges; au dessus est la statue en mar-
bre d • la Yierge. Quant à la
Chapelle de Sainte- Thcrhe, qui est en
face de la précédente, elle a les mêmes
proportions et possède la statue de la
if.:
so
GUIDE
î
«Inte par Philippe Magnier. Aux deux parfaitement groupées, qui semblent
côtés du tabernacle sont deux figures former des concerts de musique. Le la-
d'anges , dont l'une est de Lemome et
l'autre de Lapierre. Les deux figures
de femmes qui sont placées sur l'archi-
volte de la croisée représentent, l'une
la Force, l'autre la Justice.
Chapelles des Anges. Ces chapelles,
qui ont quatre-vi; gt-qualorze pieds
d'élévation sur trente-sis de diamètre,
sont décorées de même dans leur archi-
tecture et leurs ornemens. Huit colon-
nes toutes d'ordre corinthien, élevées
sur des piédestaux à égale distance, ont pendentifs est un entablement et un at-
dans leur intervalle trois niches et tique en mosaïque , ornés de niédail-
deux croisées, et portent un enlable- Ions en bas-reliefs, de douzede nos rois_.
ment au dessus duquel est une espèce Cet attique sert de soubassement à
de piédestal ou attique qui reçoit la vingt-quatre pilastres d'ordre compo-
nais=ance de la voûte; il est revêtu de site, accouplés, entre lesquels sont
bleau qui est à droite a été peint par
Bon-Eoulogne ; celui de gauche , par
Louis de lîoulogne.
Les voûtes des quatre parties de la
nef du dôme formaient quatre arcades,
danslespendenlifs desquels sont autant
de tableaux représentant les quatre
évîingélistcs dans des bordures chan-
tournées de plomb, dorées à l'huile. Ces
tableaux sont de Charles de La Fosse,
élè»e du fameux Lebrun. Au dessus des
naissance i
quatre groupes de figures en bas-re-
liefs. Ces ligures sont entre quatre
avant-corps ornés de sculptures, telles
que boucliers , des branches d'olivier,
de laurier et de palmes, entrelacées de
tiges de lys.de roses et d'autres fleurs,
selon les "dilférens symboles relatifs aux
quatre pères de l'Eglise à qui ces cha-
pelles sont dédiées.
Après ces divers détails sur les cha-
sont
douze croisées qui éclairent cette partie
du dôme ; elles sont ornées de riches
chambranles avec des consoles d'où pen-
dent des guirlandes. Les pilastres ser-
vent à porter le dernier entablement
d'où la première voûte s'élève. Des arcs
doubleaux ornés de cassettes remplies
de roses, et repondant aux pilastres
de dessous, ont la même largeur que
le bas et se rétrécissent par le haut.
pelles, il nous reste à présenta parler Entre ces arcs doubleaux et au dessus
du riche morceau qui fait le principal
ornement de cette église, c'est-à-dire
du
Dôme et des beautés qu'il renferme,
tant en architecture qu'en sculpture.
Descr ; plion. — Dans la description
que nous allons faire du Dôme , voici
la marche que nous croyons devoirsui-
vre.Nous allons commencer par lavoute
du sanctuaire, et procédant ensuite par
gradations jusqu'à la plus haute éléva-
tion de l'intérieur du Dôme , nous par-
lerons ensuile di s richesses que l'archi-
tecture la plus savante nous offre en
dehors.
des vitraux: sont douze tableaux repré-
sentant les douze apôtres , par Jean
Jouvinet.
La corniche qui est au dessus de ces
tableaux a sous son larmier un gros
cordon orné de pampres de vigne. Le
milieu percé d'une ouverture circulaire
de quarante-huit pieds de diamètre .
dans laquelle sont des jours pratiqués
avec un art infini. C'est dans celte der-
nière voûte que nous voyons le grand
morceau de peinture qui sert de cou-
ronnement à tout l'ouvrage. Le peintre
y a représenté saint Louis revêtu des
ornemens de la royauté , entrant dans
Intérieur du Dôme — Voûte du grand la gloire et environné d'anges , et pré-
Sanctuaire. — Tonte la voûte du grand
sanctuaire est ou peinte ou dorée. I)eux
magnifiques morceauv de Noël Coypel
fixent d'abord notre attention. Le pre-
mier est un tableau de la Trinité, qui
occupe toute la voûte de ce sanctuaire ;
le second, qui est placé au dessous de
ce même sanctuaire, représente l'As-
somption de la Vierge. Cette partie est
éclairée pardeux croisées, l'une adroite
et l'autre à gauche ; dans leurs embrâ
sentant à Jésus-Christ l'épée avec la-
quelle il a triomphé des ennemis du
nom chrétien.
Ce riche tableau est de la plus grande
exécution. Nous ne pouvons , suis ad-
miration , reconnaître que l'habile ar-
tiste a su , dans un espace de cinquante
pieds de diamètre, ménager les accidens
de lumière avec tant d'intelligence,
qu'il a réussi à les faire briller partout
avec la plus industrieuse économie , de
sures, nous voyons des figures d'anges, manière que , dans une coupe aussi
u
DU VOYAGEPR EN EPROPE.
Si
spacieuse , il n'est aucun point de vue
qui ne fasse l'impression la plus agréa-
ble. C'est un des chefs-d'œuvre du cé-
lèbre Charles Lafosse.
Extérieur de l'église .façade princi-
pale. _ Quant aux beautés du dehors
de ce superbe temple, elles ne le cè-
dent en rien à celles du dedans. La
forme extérieure du dôme est un qua-
drilatère régulier qui a vingt-huil toi-
ses en (ont sens. Sa façade principale
est au midi, du côté de la plaine de
Grenelle. Nous voyons dans le milieu
deux d flerens ordres d'architecture ,
ornés de colonnes et de pilastres , l'or-
dre dorique en bas , et le corinthien
au dessus. Un simple atliquc , orné de
pilastres, est élevé sur l'ordre dorique
aui extrémités de la même face et
dans celle des deux côtés. Un
Grand perron carré de quinze mar-
ches, placé au milieu de la façade prin-
cipale, sert à monter sous le portique
de l'église , qui est en avant-corps. Il
est orné de six colonnes doriques, der-
rière lesquelles il y a un pareil nombre
de pilastres. Quatre de ces colonnes
sont sur le devant et deux autres près
de la porte de l'église.
Quant aux autres colonnes moins
avancées que les quatre autres, elles ac-
compagn ni de part et d'autre deux ni-
ches dans chacune desquelles est une
statue de marbre blanc. L'une , qui est
vers l'occident, représente saint Loirs
en habit de guerre; et l'aut;e, qui est
de l'autre côté, représente Charlema-
gne, la couronne de France sur la tète
et revêtu d'une cuirasse à la romaine.
Au dessus de l'entablement dorique
s'élève un ordre corinthien de colonnes
et de pilastres qui répondent à l'ordre
de dessous. Au devant de deux pilastres
altiquessont qualie figures de femmes,
dont les deux qui sont les plus proches
du centre, représentent la Justice el la
Tempérance; et les deux autres plus
éloignées, la Prudence et la Force. L'a-
vant-corps du milieu est terminé par
un fronton , dans le tympan duquel
nous remarquons l'écu des armes de
France.
Des deux côtés du fronton et un peu
au dessous dans le pourtour de l'église,
règne une balustrade de pierre à hau-
teur d'appui.
Faces latérales. — Les deux faces
latérales ont chacune uu avant-corps
au milieu du bâtiment , où sont des
tables saillantes qui portent l'enlable-
ment dorique sur lequel s'élève l'atti-
que. Quatre pilastres servent à porter
un grand fronton, dont le milieu est
rempli par les aimes de France et par
divers orneuieus de sculpture.
Dôme. — Le dehors île ce dôme est
décoré d'une ordonnance de quarante
colonnes c mposites posées sur un sou-
bassement qui sert à élever tout cet
édilice, pour le mieux voir d'en bas et
d'un point de distance proportionné
à toutes les parlies; trente-deux co-
lonnes sont employées à cantonner huit
massifs qui servent de piliers baltans
au dehors; les huit autres sont accou-
plées au devant de quatre trumeaux
dans le milieu des quatre axes des qua-
tre faces de ce monument. Un attique au
dessus de l'ordre composite est décoré
de douze croisées plein-cintre.
Pour servir d'amortissement à tous
les massifs ornés dans l'attique , il y a
sur la corniche des socles qui portent
des candélabres. Derrière s'élève le
cintre du dôme. Il est fait en manière
de coupe renversée et d'une forme ad-
mirable. Les ornemens qui l'accompa-
gnent sont dune richesse surprenante.
De larges côtes qui répondent aux mas-
sifs de dessous ont, dans leurs inter-
valles, de grands trophées d'armes en
bas-reliefs et autres ornemens dorés à
l'huile.
Au milieu de ces trophées sont des
lucarnes formées par des casques dont
les wsières servent à éclairer la char-
pente intérieure du dôme : au dessus
du cordon où les trophées sont attachés
et où les côtes se terminent, est une
campanule très riche, qui s'étend jus-
qu'à un cordon et à des consoles qui
portent une plate-forme circulaire d'où
s'élève une
Lanterne environnée d'un ba'con de
fer, le tout entièrement doré. Celte
lanterne e;l tout à jour, à quatre arca-
des et douze colonnes, dont quatre plus
saillantes, qui sont isolées, portent qua-
tre slalues qui représentent autant de
vertus. Au dessus de la lanterne est un
Obélisque semé de (leurs de lys, qui
porte un globe aussi revêtu de fleurs
de lvs, au dessus duquel est une croix.
La "
Grande calotte intérieure du temple
de ce dôme est toute de pierre de
»
GtTDE
■:
taille. Au dessus est une imraanse et
magnifique charpente faite avec tout
l'art possible; elle est revêtue de
plomb, de manière que 'injure du
temps ne peut y faire aucune impres-
sion.
Ici se borne la description de l'hôtel
et île l'église royale îles I valides, main-
tenant nous allons continuer notre pro-
menade.
Départ des Invalides.
Suivons 1'
Avenue de Tourville, elle nous con-
duira à r
Ecole Militaire, qui et le s:ul édi-
fice qui nous reste à voir dans celle
promenade.
Destination. — Aini que son nom
l'indique , ce bâtiment fut fondé en
1731 par Louis XV pour l'éducation
gratuite de cinq cents jeunes nobles,
fis de païens morts au service. Depuis
long-temps celle école n'est plusa'.'fec-
tée à sa destination primitive : elle sert
de caserne et contient environ 3,000
hommes d'infanterie et cavalerie.
Description. — Façade principale.
Cette façade, qui regarde l'avenue Fou-
tenoy, est décorée par une ordonnance
dorique que surmonte un ordre ioni-
que. Au centre de cette façade est un
avant-corps formé par des colonnes co-
rinthiennes dont la hauteur embrasse
les deux étages : il supporte un fron-
ton surmonté d'un attique couronné
par un dôme quadrangulaire. Le
Vestibule q'ii s'ouvre sur l'avant-
corpî du centre de cette façade e t or-
né de quatre rangs de colonnes d'ordre
toscan et de quatre niches dans les-
quelles on a placé les figures en pied
du maréchal de Luxembourg, du comte
de Tureune, du prince de Coudé et
du maréchal de Saxe * Au
Prefnier étage est 1S' salle du conseil,
ornée d'atlribuls militaires et de ta-
bleaux représentant des batailles.
Considérons maintenant la façade qui
regarde le Champ-de-Mare,.
Façade du enté du Champ-de-Mars,
— Cette façade présente deux rangs de
croisées au rez-de-chaussée et au pre-
mier, chaque rang se compose de vingt
et une ouvertures, portes ou fenêtres, lu
centre est un avant-corps orné de co-
lonnes corinthiennes qui embrassent les
deux étages et supportent un fronton
orné de bas— reliefs ; derrière est le
dôme quadrangulaire dont nous avons
parlé.
Après cette description succincte de
l'Ecole-Ml it.tire. pa-sons à celle du
Champ-de-Mars. — On donne le
nom de Champ-qe-IHars à ■■elle vaste
place qui s'étend depuis lEcole-.llili-
luire jusqu'à la roule qui borde la rive
de la Seine. Son plan est un parallé-
logramme régulier, bordé par des fos-
sés revêtus en maçonnerie, et munis de
guérites aux cinq entrées et ;iux paral-
lélogrammes. Lesdeuxcôfésdu Chauip-
de-llars sont ornés intérieurement de
qu.ilre rangées d'arbres d'une fort belle
venue. Ce cb.amp Oit jusqu'à l'année 1770
un terrain occupé par des maraîchers;
destiné d'abord aux exercices des élè-
ves qui composaient l'Ecolc-Militaire, il
servit long-temps après aux exercices
militaires. Il sert aujourd'hui aux gran-
de- revues et aux courses aux chevaux.
Glacis ou gradins du Champ-de-
Mars. — Dans l'origine, le Champ-de-
Mars n'était pas ce qu'il est aujourd'hui.
Ava„t l'année iTUa. ses glacis ou gra-
dins n'étaient pas élevés. Ce fut à celte
époque seulement et lors de la fédéra-
tion, qu'ils furent élevés, afin que tous
les spectateurs fussent témoins du ser-
ment qui devait s'y prêter. Douze mille
ouvriers y furent employés, mais l'ou-
vrage avançait peu ; les habitans de Pa-
ris résolurent de prendre part à ces
travaux, et l'on vit alors des soldats,
des femmes et des religieux travaillant
tous ensemble pour élever ces gradins,
qui furet: t achevés avec une prompti-
tude incroyable.
Pour terminer ce qui a trait au
Champ-de-Mars, il ne nous reste plus
qu'à rappeler les divers souvenirs his-
toriques qui s'y rattachent.
Souvenirs historiques. — C'est dans
ce lieu qu'on prononça en 1792 la dé-
chéance de l'infortuné Louis XVI, et
que le sage ISailly, maire de Paris, per-
dit la vie sur l'échafaud. C'est ici qu'on
célébra les anniversaires de la fédéra-
tion du li juillet et les fêtes de l'Elre-
Suprème. de la liaison et de la journée
du 10 août. C'est encore ici qu'eut lieu,
en 1815, l'assemblée du Chauip-de-
Mai , où Napoléon pas^a en revue
toute la garde impériale et environ
DU YOÏAGEUR EN EUROPE.
35
soixanle mille hommes de la garde na-
tionale de Paris; ce fu: là enfin que
Charles X pa sa la dernière revue de
la garde nationale parisienne, si étran-
gement licenciée le lendemain,
Au bout du Chauip-de-Mars est le
sueprbe
J ont cVIêna ou de l'Ecole-Mililaire,
qui a été construit en 1813, sur les des-
sins et sous la conduite de l'ingénieur
Lamandé. Ce pont, qui est composé de
cinq arches à plein cintre dont le dia-
mètre est de vingt-huit mètre?, offre à
ses deux extrémités quatre piédestaux
en pierre de Châleau-Landon, dest nés
à porter de si ji tue . Au-dessus < e cha-
que i ile, et dam l'interval e de- arches
étaient sculptés des aigles entrelacés de
couronnes; maintenant ce' scu'plures
sont remplacées pur d'autres sigr.es.
Ici se borne notre deuxième prome-
nade, à demain la troisième.
Troisième promenade.
Dé pur t.
Quittons 1' Pont-Neuf et suivons le
Quai rie l'Ecole. Là i:OUS trouvons
sur ure place de peu d'.p;a;cnce une
jolie foulai' e qu'on a pelle
F nt ine de t'fùnte. — Cette fon-
taine, qui fut construite en 1806 se com-
pose dm e mase carrée qui s'élève i'U
milieu d'un bassin i irculaire surmonté
d'u i vaseoméedeba«-reliefs.I/iau jail-
litd'un mascaron de bron?e placé surcha-
que face du soubassement. Continuons à
suivre le qu i, là vient te dévelop^ er à
nos regards le
Louvre.
« L'étranger, à l'aspect Je celte masse
imposante et majestueuse, s'arrête saisi
(J'admi ration , et s'aperçoit bierilôr (pie celle
superbe demeure ne pouvait être destinée
qu'à des rois , qu'aux chefs d'un grand
peuple. »
H siniiqiic. — Vn voile éra's cache
l'origine du Louvre ; el'e se r erd cornue
relie des a i iennes r ilés, « an~ l'obscu-
rité des temps. Ceoend/i.t, si i n rli-
p'ôme cité p.T Puhoiil y est authen-
tique, il faudrait croire (|ue le Louvre
existait déjà du temps du loi Daeoberl,
c'est-à-dire veis le mi ieu <\u ep-
lième s è< 1 ■ ; nu i* en sui po ant qu'on
puisse di nner à son origine cette haute
antiquité, il faut croire en même temps
FftlKQE.
que ce n'était pas une maison royale,
ou qu'elle jouissat : lors de jeu de re-
nommée, car les historiens de la pre-
mière dynastie n'en font aucune men-
tion, tandis qu'ils parlent souvent de
Vincennes, de Ruelle, de Saint-Denis
et d'autres maisons de plaisance que
nos rois avaient alors coutume de par-
courir, et qu'ils habitaient plus volon-
tiers que la ville. Il n'existe pas de
preuves sufii antes pour faire adopter
une origine si ancienne ; mais ce serait
aussi la rapprocher beaucoup trop de
nos temp- modernes, que de l'attribuer
à Ph linpe- Auguste, co me l'a fa t Du-
haillaut. L'erreur qui a fait regarder ce
prince comme le f nda eur du Louvre,
vient de ce qu'effectivement il en répa-
ra les co structions. Ce t lui qui rit
élever celte gios-e tour, connue alors et
même long temps après sous le nom
de Tour-Neuve. S'il eût fait bâtir le
château en ier, R gord, son hMorien,
n'aurait i as manqué d'en faire men-
tion. Le nom neuve, qui fut donné à la
tour de Philippe-Auguste, prouve qu'il
en exis ail d'iiulres qui avaient «'té ion-
struilcs aui aravant. En effet, cette
tour, que R gord appelle netne, parce
qu'il n'y avait <iue dix i ns qn'ell • était
b't'e lorsqu'il écrivait, occupait au mi-
lieu du Louvre la place d'une autre
tour qui a\ ait aussi porlé le même i.om.
Repuis on l'appela Grose-Tour.
Sou-» le règne de Louis-le-.leune, on
trouve di-s actes où ce château est nom-
mé Louvre, sans qu'il suit ind que si ce
nom i rovenait de i'édilice lui-même,
ou du terrain sur lequel on l'avait bâti.
Le plan du Louvre était un parallélo-
gramme, et s'étendait en longueur de-
puis la riv ère jusqu'à la rue Béarnais,
et en largeur, d puis la rue Froidman-
leau j i qu'à celle d'Autriche, aujour-
d'hui de l'Oratoire. Il consistait en plu-
sieur^ corps de loeis d'une architecture
si i pie et si grossière, que la f ca 'e
re semblait à quatre ai's de muraille
percés de cro's es longues et élioiies,
( ù I ■ jour ■ onv il à peine pénéirer, et
placées au hasard le^ une" sir les au-
tres <~le châle n, d". il'eius, é'a t 'o li-
flé. (1 nqué d'un rrand no i brp d • ton s,
et environné de larges et p ofonds os-
SIS.
Les plus cornues de ce tours sont :
la gress.' tour du Louvre la lo r de la
Librairie, la tour de l'Artillerie, la tour
'*
54
GUIDS
de Windal, la tour du Bois, la tour de transportés après au couvent des Cèles
l'Ecluse, enfin la tour Neuve du pont tins, le 18 décembre 137-2 , par ordri
des Tuileries.
La tour du Louvre, qui était ronde et
sembla!) e à celles de la Conciergerie
du Palais éiaitle lieu où tous les grands
vassaus étaient tenus de venir tendre
hommage. Celait, dit Saint-Fpîx. un:
prison toute préparée i our eux s'ils y
manquaient. Ilappelous les divers sou-
venirs historiques qui s'y rattachent.
Souvenirs historiques de la Tour du
Louvre.
« Et c'était une tradition qu'il existait
des souterrains dans cette tour où l'on se
défaisait des criminels qu'on ne voulait pas
faire mourir en public. »
C'était dans celle tour que l'on ren-
fermait , ou les vaincus illustres, ouïes
grands coupables. C'est là que «aint
Louis fit conduire EnguerranddeCou -y,
qui avait fait pendre troi jeunes gentils-
hommes flamands pour avoir poursiiivi
sur ses terres des lapins qu'ils avaient
fait lever sur celles de l'abbaye. C'est
là que Couy , comte de Flandre, fut
amené avec .'es ënfaiis pour avoir pris
les armes contre Piiilippe-le-Bel , en
1299. Ce fut dans cette même tour que
Louis, comte de Flandre et de Ne- ers,
et Jean , comte de Richemont et de
Montfort, furent renfermés sous le rè-
gne do Charles-le-liel et de Philippe
de Valois, le premier pour avoir obligé
ses sujets à lui rendre hommage, ce qui
était contraire à un traité fait en 1310 ;
le second pour avoir usurpé la Bretagne.
G'eslencore dans cette tour qtie ce roi de
Navarre- i funeste à la France, Charles II,
dit le Mauvais, fut deux lois prison-
nier par o die du roi J au : d'abord à
cause de l'assassinat de Charles d'Es-
pagne, connétable de France, convaincu
ensu te d'avoir excité les Ang'a's à
envahir le royaume; enfin ce fut dans
cette tour que Louis XI lit renfermer ,
en 1474, Jean II, duc d'Alençon.
Maintenant que nous connaissons les
divers souvenirs historiques qui se
rattache il à celle tour , examinons
successivement les autres.
La tour de la Librairie reçut le nom
qu'elle portait parce qu'elle servit de
dépôt à la bibliothèque de Charles V.
Nous ns savons antre chose de la tour
de l'Artillerie sinon que les arsenaux
du Louvre, qui y étaient établis, furent
re
du roi Charles IX. La tour de Windal
élait située sur le bord de la rivière et
attachée à la porte d'une des basses
cours. La lour du Bois fut bà je en 1382
par ordre de Louis XI. Elle était si-
tuée vis-à-vis la tour de Nesle. entre
la Seine et la ba se cour du Louvre, et
environnée de fusses profonds. La tour
de l'Eclu e retenait par des vannes l'eau
du fleuve dans les fo-sés. Enfin la loin-
Neuve du pont des Tuileries était près
du logis du prévôt de l'hôtel et du pont
des Tuileries.
Depuis Philippe - Auguste jusqu'à
François I" r aucun changement re-
marquable ne fut 'ait dans le Louvre.
En 1339, lorsque Charles-Quint vint à
Paris, Fiancois L r fut obligé d'y faire
de- réparations considérab'es pour le
rendre digne de recevoir ce monarque.
Les travaux, dont l'effet étailsans doute
insuffisant pour la restauration entière
de l'édifice, lui firent naître l'idée de
le faire entièrement abattre et de con-
struiie à la i lace un palais plus digne
de la majesté des rois et de l'état de
civilisation où la nation élait parvenue.
A cet'e époque , les beaux-arts s'élaient
introduits eu France à la voix d'un
prince qui les aimait et les protégeait :
les plus grands arlite; de l'Italie étaient
à la cour; de ce nombre était Pierre
Le^cot, l'un des plus grands artistes de
sou siècle. Ce lut lui qui présenta au
roi le pan de ce magnifique palais
dont les travaux présentent trois épo-
ques principales : la première sous
François l' r , Henri II cl Louis XIII, la
deuxième sous Louis XIV , et la troi-
fième qui appartient au règne de
Loirs XV.
Premier'? époque. — Ce fut en 1341,
c'esl-à-dire cinq années avant la mort
de Fiancois I ,r que le nouveau bâti-
ment commença à sortir de terre. En
1348, Henri IÎ fit continuer l'ouvrage
commencé par son père. La partie éle-
vée sous ces deux rois et celle qui fait
l'angle de la cour actuelle, A partir du
pavillon qui occupe le milieu de la fa-
çade méridionale jusqu'au gros pavil-
lon surmonté d'un dôme qui est opposé
à la colonnade. Cette partie est la seule
qu'on eut complètement achevée du
côté intérieur sur les dessins de Pierre
Lescot. La façade offre un ordre corin-
DU VOYAGEUR EN EUROPE.
33
thien surmonté de deux composites dont
un est atlique.
Pendant les règnes courts et agités
des rois qui se succédèrent depuis
Henri II jusqu'à Louis XIII , il se rit
peu de changements cl d'augmentations
dans la construction du Loutre. Cathe-
rine de Wédicis commença la grande
galerie du Louvre, et fit le château des
Tuileries. Charles IX , Henri III et
Henri IV continuèrent après elle, sans
toutefois y mettre un grand intérêt ,
quelques parties du Louvre et de la ga-
lerie. On ne songea que sous Louis XI II à
achever la belle façade dont nous ve-
nons de parler; et Jacques Lemcrcier, a; -
chitecle protégé par le card.nal de Riche-
lieu, fut chargé de la direction decel ou-
vrage. Il suivit les dessins de Lescot,
dans toute la partie qui est nu delà du
pavillon du milieu, mais il crut devoir
s'en écarter dans la con-truclion de ce
pavillon, et c'est une faute qu'on ne
peut trop lui reprocher. Il couronna
l'atliqne de Lescot de huit figures en
bas-reliefs, modelées par Sarrazin, elles
furent surmontées par un dôme, le seul
qui reste aujourd'hui dans cette cour.
Le même architecte construisit le vesti-
bule orné de colonnes qui est au rez-
de-chaussée de ce pavillon, et ce mor-
ceau tl'est pas sans mérite. Il parait que
ce fut aussi dans ce temps là, et tou-
jours sous la direction de Lemercier,
qu'on éleva, en se coi formant encore
au plan de Lescot, l'autre partie de
cette aile du Louvre où étaient jadis
l'acad 'mie française et celle des belles
lettres. Ce fut toutefo's un des premiers
changemens survenus dans le plan ori-
ginal. Suivant ce plan , le Louvre ne
devait avoir en étendue que le quart de
la superficie occupée par la cour ac-
tuelle. Le projet devint p'us vaste sous
Louis XIH, on le quadrupla.
Deuxième époque. — Tel était l'état
de ce palais lorsque Louis XIV com-
mença à gouverner lui-même. Voulant
que tout autour de lui eut de la gran-
deur et de la majesté, il ordonna que le
Louvre fût achevé et rendu digne de
sa noble deslina ion. Claude Perrault
présenta un nouveau plan qui fut
adopté, et dès-lors on commença à élever
celle fameuse colonnade qui fait face à
l'église Saint- Germain- l'Auxerrois et
que nous allons examiner.
Colonnade du Louvre. Cette face
de l'édifice consiste en trois avant-corps
unis entre eux par des péristyles. Elle
a quatre-vingt-sept toises de longueur.
Sa princ pale porte est dans l'avant-
corps du milieu. Les péristyles sont
composés de colonnes accouplées d'or-
dre corinthien, et placées au premier
étage. L'intérieur de- péristv les et les
sollites sont entièrement décorés de
feuillages et d'enlrelas, exécutés avec
une grande déli alcse. La cimaise du
fronton esl formée de deux pièces feu-
lement, qui ont chacune 54 pieds de
longueur quoiqu'elles n'aient que 18
pouces d'é| ai seur. L'ordre coriiuh en
qui compose la colonnade est admira-
ble, et d'une belle proportion.
Troisième époque. — Sous le règne de
Louis XV on acheva, d'après le système
de Perrault, toutes les parties de la cour
du Louvre, qui lorment Tant. le depuis le
vestibule, ou pavillon de la colonnade ,
jusqu'à celui île la rue du Coq. L'ar-
ch tecle Gabriel, n'ayant point trouvé de
détails d'ornemens , fut dans la néces-
sité „de les composer lui-même, et la
vérité force à dire que toute cette par-
tie de décoration , soit pour le goût,
soit pour l'exécution, est loin de répon-
dre au beau caractère de la sculpture
faite du temps de Pierre Lescot.
Après cet exposé historique et des-
criptif du Couvre, il ne nous reste qu'à
examiner ses
fias-RelieJs. — Fronton de la colon-
nade. — Au dessus du cintre nous
remarquons une victoire , les ailes
déployées, les bras étendus et tenant de
chaque main une couronne de laurier;
elle est montée sur un char attelé de
quatre chevaux, et accompagnée de
deux cnf.ins qui portent des palmes.
Dais le fronton, les sciences elles arts,
Minerve, la Victoire, forment un groupe
de quatorze figures qui entourent le
bus:e de Louis XIV, et l'histoire écrit
sur le piédeslal qui le supporte, Ludo-
vico Dfagno.
Ces deux ornemens de sculpture du
plus grand style et d'une très-belle exé-
cution, sont le premier de M, Calelier
et le second de Lemot.
Fronton Intérieur de la Façade du
bord de l'eau. — Minerve debout sur un
trône, et entourée de figures allégori-
ques des sciences et des arts.
Fronton extérieur du même côté. —
Dans le cintre, au dessus de la croisée,
se
GUIDE
deux enfans dont l'un tient une épëe et
une brandie de palmier, et l'autre une
l\rc et une brandie île palmî r; à leurs
p'ieds sont des attributs de la guerre et
des arts.
Fronton intérieur de la façade, côté
de lu rue du Coq. — Minerve , un génie
ailé, Cy bêle, Mercure, et autres em-
blèmes des sciences et des arts, etc.
Fronton extérieur du même côté. —
Des figures allégori |ues de la guerre
avec tous les attributs qui les caracté-
risent.
Fronton extérieur du vieux Louvre.
Les armes de Fiance entourées de
trophées.
Souvenirs historiques. —Ce fut dans
ce palais (le vieux Louvre ) que Cathe-
rine de Médicis conçut et prépara le
massacre de la Saint-Barthélémy. En
1591, Charles, duc de Mayenne, fit pen-
dre, dans une des salles de ce palais.
quatre des principaux chefs de la Ligue
pour venger la mort du président Bris-
son et des conseillers Lai cher et Tardif,
que ces factieux avaient Indignement
fait périr du même supplice. Ce fut
aussi dans la grande salle du Louvre
que se tinrent les états de la Ligue, con-
voqués par ce même duc de Mayenne.
Henri IV, frappé par Ravaillac, fut ap-
porté dans cette même salle, dite alors
salle des Gardes, où il expira sans
avo'r pu proférer une seule parole.
Le 29 juillet -18:50, ce palais fut témoin
de la bravoure prisiet'ii •■. Les Suisses.
battus la veille de tous les côtés, se re-
tranchèrent dans cet éd fi' e, des colon-
nades duquel ils faisaient un feu meur-
trier sur les assaillans. Dans cette cir-
constance le succès devait être rapide,
ou il échappait; les Parisiens le senti-
rent. Marcher l'arme au bras sur la
porte du Louvre, la briser, c'était le
seul moyen d'en finir sans demie; mais
ce moyen é lait terrible, car il livrait à
une mort certaine les audacieux qui
oseraient marcher au premier rang
Qu'importe! cela était possible, cela
fut. Une première colonne se précipite;
e'ie reçoit le feu des assiégés, les rangs
s'ërlaircis' eut . mais aussilôt d'autres
combattant s'élancent, les Suisses à la
vu^ d'une réso'uUon si énergique et si
s iblinie «oit Trappes de terreur: à peine
songent- ls à se défendre ; ils ne com-
bat lent pi s. ils pensent à la retraite.
La grille du Louvre est eufoucée, les
citoyens se jettent sur les pas des enne-
mis qu'ils viennent de vaincre. Ceux-
ci fuient dan- la cour, dans les galeries
et même sur les quais; et tous ceux qui
parviennent à s'échapper vont porter à
la ré.-erve du duc de Raguse la nouvelle
de la piise du Louvre.
Si nous sortons du Louvre par le pa-
villon de l'horloge, nous nous trouvons
sur la
Place du Muséum sur laquelle donne
r
Entrée du Muste royal. — Ce musée
comprend la galerie des tableaux, les
superbes salles des anli ues, la galerie
des dessins et le cabinet des gravures.
On trouve dans les salles des livres d'ex-
plication que l'on ne peut se dispenser
o"e se procuret. L" Musée est ouvert le
dimanche au public, depuis dix heures
du ma in jusqu'à quatre. Les étrangers
qui voyagent sont s uls admis pendant
la sen aine, sur la présentation de leurs
passeports ou | ermis de séjour.
Continuons notre promenade, nous
voici dans la
Hue du Carrousel, au bout de laquelle
est la place du même nom.
l' lace du Carrousel ! — Cette p'ace qui
a été ouverte pour dégager la façade
orientale du châ eu des Tuileries, doit
son nom au carrousel que Louis XIV
donna à sa mère et à sa femme. L'or-
nement le plus remarquable de cette
llace est V
Arc de Triomphe , qui fait face à la
porte cenlrale des Tuileries et qui a été
élevé en I80(i pour célébrer les hauts
fails de la Grande Armée française
après la mémorable campagne de 18 o.
Description. — A l'imitation des arcs
de Constantin et de Septime-Sévèr'e, il
présente trois arcades ; celle du centre
a quatorze pieds d'ouverture: les arca-
de* latéral s en onl huit et demi. Cet
arc a 4o "iede d« hauteur. (10 de largeur,
et -0 1/2 d'épaisseur. Ces trois arcades
sont transvers dément coupées par une
arcade dont la direction se correspond
de l'une à l'autre, et traverse cel'e des
trois arcades de f ce. Chacune de ces
deux faces est ornée de huit colonnes
de marbre rouue d'ordre corinthien
dont les liae« et chapiteaux sont en
bronze. A l'a lomb de ces colonnes, et au
devant de l'altique , s'élèvent autant de
statues de soldats français de diverses
DU VOYAGEUR EN EUROPE.
armes. Au dessus de l'atlique, que sur-
monte nu double socle, s'élève un
Quadrige ou Char de triomphe au-
quel sont attelés quatre chevaux de
bronze guidés par la Victoire et la Paix.
Bas-lieliejs. — Sii bas-reliefs en mar
bre blanc qui retracent les événeinens
les plus remarquables de la campagne
de 1803 décorent les quatre faces de
cet arc de triomphe.
Passé l'arc de triomphe, nous en-
trons dans la
Cour (lu Palais des Tuileries, qui
est séparée de la pince du Carrousel par
une simple grille de fera lanees dorées.
Celte grille re ose sur un mur d'appui
de quatre pieds de haut et est soutenue
de distance en distance par des colon-
nes surmontées par des boules dorées.
Des massifs supportant des s atues mar-
quent les entrées de la cour qui sont au
nombre de trois dans l'étendue de la
grille. Les slalues de la porte du côté
du nord sont deux vic:ores, par Pctitot;
à la porte centrale est l'arc de triomphe;
enfin celles de la troisième, au midi,
sont la France et l'Hisloire. Quant à I'
Intérieur de ta cour, elle forme un
parallélogramme presque aussi vaste
que le Carrousel, séparé par deux lignes
de bornes de granit liées entre elles par
des chaînes de fer. C'est là qu'a lieu tous
les jours à dix heures la îarade de la
garde nationa'e.
Château des Tuileries.
« Que d'intrigues et de complots se sont
trames dans ce château! »
Historique. — Ce palais a été ainsi
nommé, i-arce qu'il est situé sur un
terrain où l'on avait anciennement établi
des tuileries. Charles IX ayant par le
conseil de sa mère ordonné de démolir
le château des Tournel!es,!a reine voulut
en faire bâtir un autre plus vaste et
plus magnifique. La po ilion de ces lui-
leries étant fort belle, lui parut propre
à ce dessein: elle acheta donc les bâti—
mens et les terres voisines, et fil com-
mencer en même temps le palais et le
jardin. Les deux plus haMIes archi-
tectes français, Philibert de Lorme et
Jean Bullant, furent chargés d'en faire
te plan qu'ils présentèrent en 1868 , et
dès le mois de mai de celte année on
commença les travaux. On travaillait
alors avec une grande ardeur à ce palais.
S7
Il était déjà composé des deux gros pa-
villons du mil eu , des deux corps de
iogi< qui l'acco npagnenL et de* deux
pavillons qui viennent immédiatement
après, lorsque Catherine, saisie d'une
crain e superstitieuse, lit ces er lout-à-
conp les travaux. Un astrologue avf.it
prédit à cette princesse qu'elle mourrait
auprès de Saint-Germain. Les bàii-
mens commencés et abandonnés par
Catherine de Médicis . furent repris et
continués sous Henri IV. Ils furent enfin
achevés sous le règne de Louis XIII,
sur les dessins de Danereau , qui ne
manqua point, suivant l'usage adopté
par la plupart des architecles, de chan-
ger l'ordonnance et la décoralion de
ceux qui l'avaient précédé. Louis XIV,
choqué dis disparates qu'offrait ce
palais , voulut mettre de l'ensemble
dans ses parties, et Louis Leveiu fut
chargé de ce raccommodement.
Jh scri/jtinn.— Extérieur. — Faça<lc.
— La fac de de ce palais consiste en
cinq pavillons et quatre corps de logis
sur une même ligne, dans une longueur
de cent soixante-huit toise». Le pavillon
placé au centre de la façade a une
forme quadrangulaire que couronne
une petite galerie. Son avant-corps est
décoré au rez-de-chaussée de dem sta-
tues anti mes de marbre , représentant
un Apollon et un Faune ; ces stalues
sont placées dans deux niches prati-
quées des deux côtés de la porte. Le
fronlon e9l décoré du cadran d'une
excellente horloge rie Lepaule , placée
entre deux slalues à demi-couchées ,
représentant la Justice et la Prudence.
Les corps de logis qui suivent, ainsi
que les deux pavillo.is des extrémités,
sont d'un ordre composite, en pilaslres
cannelés et surmontés d'une attique
ave>' des vases sur l'entablement.
Intérieur. — On enlre dans les ap-
partenions de ce palais par un grand
Visiilui'e, pratiqué dans le pavillon
du milieu, et dont le fond un peu bas
est soutenu d'arcades formées par des
colonnes Ioniques. A droite de ce ves-
tibule est placé le
Grand escalier auquel Louis-Philippe
a fall subir de nombreux changemens
que nous ne connaissons pa" assez pour
pouvoir en parler. La salle dite des
Cent-Suisses est au premier. Au palic .
supérieur est le
Salon de la chapelle. La
e».:
38
GUIDE
Chapelle est entourée de deux ordres
de colonnes en pierre et en stuc, for-
mant de trois côtés au premier étage
des tribunes. Au fond est l'autel , sur
le devant est la tribune du roi
l'orchestre au dessus d'elle. La
Salle de spectacle, qui se trouve dans
le voisinage , est décorée d'un rez-de-
chaussée de colonnes ioniques. La loge
du roi est placée vis-à-vis la scène ; a
droite et à gauche se développent des
amphithéâtres en corbeille réserves
aux dames. La
Salle des Maréchaux occupe le pa-
villon central. Les portraits des mare.
de-chaussée. C'était ce dernier qu'oc-
cunait Madame la duchesse de Berri.
Maintenant que nous connaissons en
entier le palais des Tuileries , allons
ayant joindre le jardin , en passant sous le
pavillon de l'horloge.
Jardin des Tuileries.
Promenade.
« Ce beau jardin est le rendez-vous des
élégantes et des bonnes ! v
Au sortir du pavillon central , nous
remarquons un jo'i
Parterre, formé depuis 1830 et divisé
srSce^rir^n^aFne: «^H^ïS^-Si^S
ment de celte salle. De cette pièce on respond a 1 allée principale du jardin,
«unique au , En suivant la gnlle de ce jardin, a gau-
Salon des nobles, lequel a six croisées
sur ses faces. Au pi fond sont peints
des sujets militaires traités poétique-
ment. De là nous passons dans la
Salle du trône, qui est éclairée par
trois croisées qui donnent sur la cour.
La
Salle du conseil qui vient après, n'a
de remarquable que ses cheminées sur
lesquell sM.Taunay a sculpté l'Histoire
et la Renommée, entourées de troph'es
militaires. A l'extrémité des grands
aipartemens nous voyons la
Galerie de Diane, dont le plafond
offre des copies de peinture du palais
Farnèse à Rome. Derrière est Y
Appartement de service du roi qui a
vue sur le jardin. Cet appartement est
composé de deux salons , du cabinet
du roi , d'un second cabinet , d'une
chambre à coucher et d'un cabinet de
toilette. Tousles plafonds de ces diverses
pièces offrent des peintures fort remar-
quâmes ; celui de l'antichambre, peint
en 1810, représente Mais faisant le
tour du monde , et marquant chaque
mois par des victoires. Tous les autres
olîrent des allusions flatteuses à la vie
de Loirs XIV.
Après l'appartement de service du
roi vient le
Pavillon de Flore ; les apparte-
nons qui le composent sont fort ëlègans
et bien décorés. Au dessous du rei-d'e-
chauss'c sont les
Cuisines. Le
Pavillon Marsan est à l'opposé de
celui-ci: il contient deux anpartemens
complets au premier, et l'autre au rez-
che nous arrivons à la
Terrasse du bord de Veau , qui est
plantée de tilleuls taillés eu rideau.
Parmi les i ombreuses
Statues dont cette terrasse est ornée,
nous remarquons deux Nymphes (par
Coustou); un laboureur en repos (par
Le Maire) ; un chasseur en repos (par
Couslou) ; le groupe de Laocoon. Vers
le milieu de cette terrasse et à droite,
nous remarquons un
Escalier, dans le mur duquel est la
Statue en bronze de Clèopalre. Près
l'extrémité de cette terrasse, nous re-
marquons un charmant
Kiosque que Napoléon fit bâtir pour
son fils. Passé ce kiosque, la terrasse
décrit une courbe et s'abaisse ensuite
progressivement jusqu'au niveau du sol,
en laissant une vaste ouverture par la-
quelle la vue pénètre dans les Champs-
Elysées. La terrasse du côté opposé ,
dite
Terrasse des Feuillans, est faite dans
le même principe que celle que nous
venons de parcourir. L'esp;tce com-
pris entre ces deux terrasses est occupé
par nn bo ; s et un parterre que nous
allons visiter successivement. Non loin
delà terra-se que nous venons de par-
courir, et presque en face, est un
Bassin circulaire autour duquel nous
remarquons les
Fleuvs : le Nil, le Rhône , la Saône,
le Tibre , la Seine et la Marne. Passé
ce ba sin, noirs entrons dans le
B. is, qui est formé de deux beaux
massifs d'ormes et de marronniers qui
sont partagés chacun par une allée lon-
gitudinale , où les branches des arbres
DU VOYAGEUR EN EUROPE.
59
forment un dôme ; puis par des allées
dans ces deux directions , mais peu
resserrées, el d'une quan i;é d'autres
ob!i s ui s qui coui| lètent la dhiion du
terrain. Au milieu de ces massi s d'ar-
bres et dans des clairières habilement
mé, âgées, nous remarquons vers la fin
du bois une
Salle de verdure ornée de (leurs, à
l'extrémité de laquelle se levé un pavé
de marlre blanc , un gradin terminé
par un siège antique ormanl hémicycle,
préparé pour les juges de paix. Apollon
adolescent y regarde H.ppomène et
Alalante, luttant à la course. Au bout
du bois nous t -marquons les
Siuiuet suivantes: Une Diane, Jules
César, Flore, Hercu'e, quatre copi s
de l'antique en marbre. Nous entrons
dans e
Parterre. Cs parterre se compose de
quatre grands carrés, dans les centres
desquels est du gazon et qui offrent à
leur pourtour une plate-bande toujours
garnie de fleurs, la iuelle est en oui ée
d'une grille de fer à haut -ur d'appui. Au
centre, et dans les angles que forment
ces parterres triangulaires, sont des
bassins circulaires dans lesquels on
nourrit des poissons de la Chine.
Départ du jardin des Tuileries.
Maintenant que nous connaissons le
jardin des Tui. cries, nous allons sum'e
V
Allée des orangers et sortir par la
porte qui fait face à la
Hue Caitiglione que nous allons sui-
vre. Dans celle rue te montre à nous la
magnifique
Colonne triomphale de la place Ven-
dôme que nous allons examiner.
Historique, — Le point sur lequel
s'élève celle colonne était occupé,
avant 1792, par une statue équestre de
Louis XIV. En 1800, Napoléon conçut
le projet d'y ériger un monument
triomphal pour célébrer les explo.ts de
la grande armée dans la mémorable
campagne de LS08. Commencée le il
septembre 1800, celle colonne fut ter-
minée m 1810.
Description. — Ce monument a deux
cen!s_ pu-ds de hauteur et douze de
diamètre. Le piédestal sur lequel il re-
pose a vingl-uu | kds de hauteur. 11
est entouré par un pavé de granit de
Corse. Une grille entourée de bornes,
en ceint carrément le pied. Au dessus
du piédestal sont des fe tons de chaînes
soutenus à leurs angles par autant
d'aij- 1 s de bronze. Sur la porie oe
l'escalier sont deux victoires tenant une
(ablette sur laquelle se lisait autrefois
la dédicace du monument. Ou parvient
au sommet de la colonne par un
Escalier à vis, composé de cent
soivanfe-seize marche-. Sur le dôme
qui surmonte le fut de la colonne, s'é-
lève la
Statue gigantesque de Napoléon , qui
a dé inaugurée après la révolution de
1830.
Fut de la colonne. — A l'imitation
de I» fameuse colonne d'Antonin , le
iùl de celle-ci est couvert d'une suite
de quaranle-ci: q tableaux en bas-re-
liif- el en bronze, disposés en spirale,
et dont le sujets représentent, par or-
dre chronologique , les principaux ex-
ploits qui Signalent la campagne de
18(lo, depuis le départ des troupes du
camp de lioulogne, jusqu'à la conclu-
sion de la paix, après la bataille d'Au-
sterlitz
Tout le bronze employé dans ce su-
perbe monument , provient des mille
deux cents pièces de canons prises en
trois mois sur les armées rus-es et
autrichienne^, pendant la campagne
de 1SQ3.
Revenons sur nos pas, el suivons la
Hue Saint-Honoré, où nous avons à
voir 1'
E$ ise Saint-liocli, qui est si'uée en-
tre î s numéros 2911 el 298. Cette église
convertie en paroisse en 1053, et re-
bâtie la même année sur les des ins de
Jacques Lemeicier, est d'une beauté
îemmquable. Son
Portail, qui a été construit en 1730,
sur les dessins de R< bert Décolle, est
composé de deux ordres d'architecture,
du dorique et du corinthien mis l'un
sur l'antre. Le premier en bas, comme
le plus solide, et le corinthien au des-
sus; ce dern er est couronné par un
fronton triangulaire au desus duquel
s'élève une croix.
Intérieur de l'Egli e. — L'intérieur
de celle égli e est composé d'une nef
el de trois chapelles qui se suivent dai s
l'alignement du portail, et se prolon-
gent ainsi en 1 gi,e droite jusqu'à l'ex-
trémité de l'édifice. La
I
GUIDE
belle
d
nien
re.
~hap-..
suivent relie ne:' offrent un ordre de
pilastres corinthiens disposes d- la
même manière; et le long «les bas-çolés
on a établi un assez grand nombre de
petiie« chapelles dont les autels sont pla-
cés de manière qu'on peut les aperce-
voir de la nef à travers les percées des
accords. La cliai e'ie dite
Chapelle du Calvaire, est digne d'e-
Ire remarquée. Elle représente la pas-
mo 1. L'ob curilé. le p u d'élévation de
con lent un principal e calier pince
à droite, el renfermé dans une espèce
de t'orne orl élevé. Gagnons la
Deuxième cour. — Cette cour, beau-
coup plus considérable que la précé-
dente, a également une forme carrée.
L'avant-corps de cette cour est décoré
au premier étage de huit colonne- can-
nelées, posées sur un soubassement, et
couronnées par un nltique devant le-
quel sont ; lacée» quatre statues de Pa-
la voûte, de< constructions massives et Joti, représentant Mars. Apollon, la Pru
dence et la Liber lité. A droite el à man-
che de celle cour sont deux galeries qui
te prolongent vers le jardin et qui com-
mun! nienl avec la
Galn-ie de pi?rre, que nous allons
traverser. Au sortir de cette galerie nous
entroi s dans le
Jardin, qui offre un parallélogramme
.. Ici la mode semble avoir établi son de 700 pieds de long sur 300 de large,
empire. » planté à droiic et à gauche d'une dou-
ble allée de tilleuls. Au milieu de ce jar-
ffistorique. — Ce fui en lfi-29, et sur din -ont dent pelouses garnies de plates-
1-s débri< de l'hôtel de Rambouillet, bandes garnies d'arbustes et de fleur?,
que le cardinal de Richelieu fit jeter |e S pmlégëes par une grille de fer. Au cen-
fondations de ce palais. Les coislruc- ire de la prên ière pelouse est la Haine
l'air silencieux c|ui y règne, inspirent le
reçu illement, et pénètrent l'âme d'un
sentiment lugubre et reli-ieux.
En continuant de suivre la rue Saint-
Honoré, nous arrivons au
Palais-Royal.
lions confiées à Jacques Lemercier f.i-
renl d'abord proportionnées à la r orlune
du ministre. Aussi, l'inscription placée
au dessus de la porte principale port?
en bronze de Piane, et près d'elle un
Canon méridien, qui annonce le vrai
midi. Eutie les pelouses est un
l'assin de 60 pieds de diamètre et de
t-e'le d'abord :H <lel Richelieu, et p'us 2 pieds de profondeur.
tard : "alais Cardinal. Le p: lais fui ache-
vé en 173fi: en 1043, t'poque de sa mort,
le cardinal légua le palais à Louis XIII,
le 17 octobre de celle année , ce prince
vint avec la reine y fixer sa demeure.
Alors l'inscription ■ orla : Palais-Royal.
Grande galerie de pierre. — Autour
de ce jardin , ? nt trois corps de hâli-
men élevés le quatre étages, exécutés
en 1781, sur le- dessins de Leveau.
Leur façade offre une ligne de 18') por-
tiques séparés iar des pilastres enrin-
Après avo'r accordé la jouissanee de ce Uiiens supnor'ant un entablement dans
palais à Monsieur, >on frère, Louis XIV
le donna au duc d'Orléans, son frère
unique.
Bescri' tinn. — Façade. — La façade
extérieure de la première cou ' offre un
Portique formant lerr.sse avec ba-
lustrade, et unis ant sur la place les
deux aiies avancées du palais.
/ rentière cour. — Trois b dles por-
tes autrefois incrustées de bronze et
d'ornemens divers, conduisent à la pre-
mière cour, dont la forme est carrée.
En face de nous nous remarquons l'a-
li fri c e duquel on a percé ces fenelres.
Au rez-de-chaussée règne une galerie
étroite, m is longue d'un qoarl de lieue,
qui permet de circuler à l'pbrî autour
du jardin. Les galeries de lierre ont
une bouti un à chaque arcade, et un
très grand nombre de passades obscurs
situ s entre ces boutiques. Là se trouve
tout ce qu'il est possible d'imaginer
pour snli'f i e le luxe.
QuiMons maintenant le Palais-Royal
et allons joindre le
Quai de la Mégisserie en (raversan
DU VOYAGEUR EN EUROPE.
41
le Louvre. Ce quai, qui est conslr it de-
puis peu, est superbe et conduit à la
Place du CknteUt, que nous allons
■visiter. (te place, qui e.-lf >ri vaste, a
pris son nom du grand Chàielet, sur
l'eraplaceii eut duquel e.le a été en i ar-
tie constru le. A son centre nous re-
marquons la fonlaine dde
Fontaine du Palmier, qui a été con-
struite en 1807, sur les dessins de l'in-
génieur lïialle.
Description. — La forme de cette
fonlaine est un quadrilatère au milieu
duquel s'élève au centre d'un bassin de
20 pieds de diamètre, une colonne de
st)le égyptien eu forme de palmier. Le
dé qui lui sert de base, s'appuie sur un
soubassement élevé, dont chaque angle
est orné d'une corne d'aboiidanre d'où
jaillit de l'eau : au deastis de la co'onne
s'élève une bouie dorée sur laquelle e^t
posée une Renommée également dorée,
ayant les ailes déployées et les bras ten-
dus, et tenant une couronne civique A
chaque main. Au bas sont placées qua-
tre statues représentant la Justice, la
Force, la Prudence ei la Vigilance.
La colonne, qui n'appartient à aucun
ordre, a le fut décoré de feuillages et
occupé à (les intervalles égaux par des
bracelets où sont inscrits en lettres de
broirre, les noms de? principales ba-
tailles gagnées par les armées fran-
çaises.
La forme du chapiteau évasé est or-
née de plumes et de palmes symétri-
quement arrangés. Le | ii destal décoré
d'un aigle aux ailes déployées et en-
touré d'une couronne de lauriers.
Continuons à suivre les quais; voici le
Quai de la Grive qui n'offre rien de
remarquable et auquel aboutit le
Pont Notre- Du me sur lequel est une
joie machine hydraulique. Plus loin est
le
Quai Pelletier, au bout duquel est la
Place de Grève où nous allons nous
arrêter pour vi iter 1'
Hôtel-de-Ville. — Description. — Ce
vaste édifice fut bâti sous le règne de
François I er sur les dessins de Domi-
nique Crotonne, architecte italien.
Façade. — La façade e c t percée au
premier étage de treize croisées et flan-
quée de deux pavillons. Nous y remar-
quons l'ordre corinthien employé dans
un élnge inférieur, lequel est surchargé
de petils détails et ornemens superflus.
Au dessus de la porte d'entrée, sur un
fond de marbre .nnir esl un grand bas-
relief représentant Henri IV à cheval.
L'c difice est surmonté d'une cani a-
nille renfermant u e horloge de Le-
paute é. Liirée la nuit par une lampe
parabolique établie en 1821. Du vaste
/ erroii qui se développe de^anl la
façade du bâtiment nous pénétrons
dans 1'
Intel ';er<raprès avoir monté une quin-
zaine de marches. Là nous trouvons
une >asle
Cour décorée d'arcades, dans l'une
desquelles nous voyons la
Statue pédestre en bronze de Louis
XIV.
Salles. — Parmi les salles les plus
remarquables de cet édifice, nous re-
marquons la
Salle du trône, dans laquelle sont
deux cheminées de l'ersique. La
Salle du Zodiaque qui est ornée de
bas-reliefs et de lableaux. La
Salle Saint-Jean que décorent douze
colonnes corinthiennes.
Dans cet hôtel sont réunis tous les
bureaux de la préfecture ; il est ouvert
tous les jours non lériés de trois à
qna're heures du soir.
Maintenant que nous connaissons Pa-
ris, parcourons les environs.
ENVIRONS DE PARIS.
Les endroils les plus remarquables
des environs de Paris sont ceux quiavoi»
sinent les boid» gracieux de la Seine ;
c'est donc de ce côté que nous devons
diriger nos promenades . et à cet effet
nous allons prendre les bateaux à va-
peur qui font le service de la haute et
basse Seine.
HAUTE-SEINE.
Promenade de Paris à Montereau.
Distance à parcourir : 2(1 lieues.
[ En montant 11 II.
Durée du trajet : /
! En descendant 8 h.
Bateaux affectés à ce service.
Ouatre bateaux à vapeur remontent
journellement le cours de la Seine;
savoir : le
Louqwr, qui va jusqu'à Mclun ; 1'
G
r-siss
GUIDE
Hirondelle, qui va également jusqu'à
cette ville ; la
VMe-de-Corbeil, qui mouille à celle
ville ; enfin le
Parisien qui se rend jusqu'à Mon-
tereau.
Embarquement et départ.
C'est au
Port de la Grève que l'on s'em-
barque; le Par sien part tous les malins
à 7 heures , les aulres à midi et ne re-
viennent que leL'ndemain. Après que la
cloche a sonné trois fois, on pousse
au large et bientôt nousavons franchi les
Ponts Louis-Philippe , de l'île Saint-
Louis, de la Tourne le, enfui de la Gare,
auj rès duquel nous a Ions tare une
Station pour prendre des passagers.
En face de nous est
Ber.y , gros bourg célèbre par les
immenses magasins de \in qu'on y a
é,abiis. Du côté opposé et un peu à l'é-
cart du fleuve s'élève 1'
H. pilai de la Sal/iétri're, ainsi nom-
mé parce que Louis XIII destina d'a-
bord cette enceinte à une fabrique de
salpêtre. Huit mille personnes à titre
demaladiesou de correction, enfermées
dans cet établissement, ont fait une au-
tre ville dans Paris même. Le premier
objet qui vient fixer notre attention
après la Salpétrière est le
Château <e Bercy situé à notre gau-
che et sur une légère colline. Ce château
qui a été construit vers la fin duXVIlI c
siècle par l'intendant des finances Mâ-
lon a beaucoup perdu de sa sp'endeur
primitive; son parc qui était d'une
beauté remarquable, i été ravagé dans ses
derniers temps , et il n'offre plus main-
tenant qu'un vaste champ.
Après le château de liercy et toujours
du même côté nous découvrons
Conflans, v liage fort joli et da' s le-
quel no-; premiers rois de la troisième
race ont eu une habitation de plaisance
nommée le séjour des rois, et vendue
en 1548 sous Henri II. Devenue plus
tard un fief, elle fut possédée par Dio-
nis du Séjour, célèbre aslronome.
Ce fut dans cette solitude
Que ,ou uénie a dacieux
Souda, libre d'inquiétude,
Les vastes mystères dis cieux.
Et c'est là que son'cril , armé d'une lunette ,
Poursuivait ecs srands corps , dociles à sa vois;
Prédisait tour à tour l'éebp.e ou la comète ,
Qui toutes b'empresEaieut d'obéir à ses lois.
ITeureux qmi , comme lui , terminant sa carrière ,
Après avoir tout fait pour la postérité ,
Est rûr de contempler à son beure dernière
Une double immortalité J
C'est dans ce village qu'est situé le
Château des archevêques de aris, bÀli
en 1672 , par François de Harlay, dans
lequel il mourut en 1695. Ce château
somplueuv quoique régulier jouit d'une
vue très étendue. Le peuple de Paris
en juillet 1830 et en février 1831, se
chargea d'en visiter les ap'iarteuiens et
de leur rendre la simplicité qui con-
vientà l'humilité q tic Jésus-Christ a prê-
chée à ses disciples et que ses ministres
partout d -vraient les premiers observera.
Apercevez-vous à l'extrémité de Conflans
une habitation d'un genre ancien, dont la
construction rappelle celles du com-
mencement du XVII e siècle? C'est le
Pavillon de Gabrielle, construit par
Henri IV pour Gabrielle d'Eslrée. C'est
de là qu'elle venait souvent à Vincenites
trouver son royal amant. La vénérable
duchesse douairière d'Orléans avait ac-
quis cette propriété peu de temps avant
sa mort , en 1821 ; elle la laissa par tes-
tament à une personne de sa maison.
Après le pavillon de Gabrielle est
Cha'renlon, bourg agréablement situé
proche du
Confluent de la Seine et de la Marne ,
sur la grande route de Paris à Lyon. Ici
nous faisons une
Station au large pour prendre des pas-
sagers. Pendant i efte station, jetons nos
regards sur la Marne, là nous décou-
vrons le
l'ont de Charenton, seule curiosité
que renferme ce village. Ce pont , qui
est un dos plus anciens des environs de
Paris , est regardé comme la clef de la
capitale de ce côté: aussi a-l-ilété sou-
vent attaqué. En l'an 865, il fut détruit
par les Normands ; en juin 1358 , le
dauphin Charles , régent du royaume
pendant l'absence de son père Jean,
prisonnier en Angleterre, l'attaqua et
s'y porta pour y protéger ses opérations
contre Louis XI. Les calvi, isles le pri-
rent en 1367. Le "25 avril 1590, Henri
IV l'enleva aux soldats de la Ligue qui
s'y dépendirent avec acharnement. Eu-
fin, au mois de février 1814, lorsque
l'ennemi inondait les ; Lunes de la Cham-
pagneet menaçait d'être bientôt à Pari",
les approches du pont furent fortifiées de
palissades et la défense en fut confiée
DE VOYAGEUR EN EUROPE.
45
aux jeunes élèves de l'école vétérinaire
d'Aliort.
Au delà du pont de Charenlon com-
mencent une foule d'îles charmantes,
qui font les dclices des Parisiens pen-
dant la belle saison. Au nord de ce
village , et un peu à l'écart de» bords
paisibles de la Marie, est silué le bois
et le château de Vincennes, où nous
alions nous transporter idéalement pour
en faire l'examen.
Excursion idéale au bois et au château
de Vincennes.
Distance à parcourir un demi-quart de 1.
■ Des environs divers de notre capital* ,
Yinccnne en plus grand nombre étale
Des souvenirs de gloire et d'opprol re à la fois.
11 vit Le pins pieux de nos roi*
Des vertus dans ses murs arborer la bannière-.
Et .l'Isabelle de Bavière
I! a ni l'impudique et fastueuse cour
Fixer dans ce château son odieux séjour.
Long-temps il lui l'asile où Vénus sur ses traces
Conduisait les amours . les plaisirs et les grâces ;
Plus tard , un lieu fatal de leireur et de deuil.
Où nos rois ont trouvé leur prison , leur cercueil. »
Un petit sentier tracé dans la plaine
nous conduit directement de Charenton
au
Bois rie Vincennes. — Ce bois , qui
est très fréquenté le dimanche pendant
l'été par la population de Paris, est fort
joli etcoi pé par une infinité d'avenues
qui toutes aboutissent à une vaste es-
planade qui fait face au
Château. C'est de là surtout que
celui-ci se montre dans tout son en-
tier ; son asi ect e-t fort imposant.
Voyons , faisons connaissance avec lui,
tracons-en d'abord 1'
Histnritjue. — C'esl. si nous som-
mes bien instruits, Philippe- Auguste
qui en jeta les premiers fondemens vers
1337; menaçant de tomber en ruine,
Philippe de Valois le fit raser complète-
ment, et fit élever celui que nous nvons
sons les yeux, sauf la cha- elle qui ut
fondée en i 30 par Charles V, et ter-
minée par Henri en 1553.
Sous Charles IX, plusieurs tours qui
avaient été élevées successivement, me-
naçant de tomber en ruines, furent répa-
rées ; et plus tard, Louis XIII ordonna
la conslruction du château neut tel
qu'il existe aujourd'hui ; mais il ne fut
terminé que sous le règne de Louis XIV .
Après ce léger aperçu de l'histoire du
château de Vincennes, nous devons
rappeler les divers souvenirs historiques
qui s'y rattachent.
Souvenirs historiques. — De tous les
rois qui ont habité successivement le
château de Vincennes, Louis IX est
celui qui s'y plaisait le plus , et celui
surtout dont le souvenir s'y est le plus
conservé. C'est ici. près de la place que
nous occupons, et à l'ombre d'un vieux
chêne que le temps a fait djspai aître ,
que ce vertueux monarque écoutait ou
la plainte, ou la prière du plus humble
de ses sujets :
Pourquoi ne voit-on pas un monument durable,
Erigé par les mains des beureux qu'il a f ils ,
Retracer à nos yeux l'image et les bienfaits
De ce monarque vénérable ?
En des jours de nvalbrur. la seraient accourus ,
Suivant de leurs aïeux les antiques uaae.es .
Les femmes , les vieillards désertant leurs villages
Pour rendre liotninace à ses vertus:
lit grâce au monument où la clémence auguste ,
Des peuples opprimés ressusritailles droits ,
Les mis auraient a|qins que le roi I- plus juste
Est le plus grand de Ions les rois.
Ce fut dans ce château que Philippe-
le-Hardi , avant perdu son fils aîné , ce
qu'on crut être du à l'effet du poison ,
consulta les devins qui ne i urent riea
lui apprendre. Ce fut là aussi qu'En-
guerrand de Marigny fut condamné à
mort en 1315. Plus tard, c'est-à-dire
en 1335, Philippe de Valois y réunit les
prélats elles abbés de France, pour
leur faire décider sur l'opinion émise
par le pape Jean XXII , sur la vision
béatifique qu'il prétendait n'être ac-
cordée aux justes qu'après le jugement
dernier. La décision de celte assemblée
fut pour la négative. Le roi la transmit
aussitôt à ce pape, et lui fit dire en
même temps qu'il eût à se rétracter
sans cela qu'il le Terait brûler vif.
C'est au château de Vincennes qu'est
né, le 21 juin 1337, Charles VI sur-
nommé le Sage ; c'est là aussi qu'Isa-
belle de Bavière se retira en 1417 avec
ta nombreuse cour. C'est dans ce châ-
teau qu'elle se livrait à ses inclinations
galantes. Elle aimait alors Louis Pour-
don, l.rave chevalier qui s'était distin-
gué à la bataille d'Aiincourt. Un jour
qu'il allait à Vincennes, à «on ordinaire,
il passa devant le roi Charles VI qu'il
salua , mais sans s'arrêter ni descendre ,
et poussa ensuite son cheval au grand
galop. Ses amours avec la reine étaient
publics, mais cet excès d'audace aug-
menta la colère du roi, qui se vengea
eu le faisant mourir.
. ttMl
44
GUIDE
C'est au château de Vincennes que
Charles IX termina ses jours le 3 I mai
1574 Depuis ce te époque, ce château
cessa d'être habité par le* rois; il fut
converti en prison d'é al. C'est source
dernier aspect qoe nous al ons le con-
sidérer inninlenant.
Pincennes, prison d'état. — Les pri-
sonniers qui ont été eiilcmis successi-
vement dans les cachots lugubres du
donjon de Vincennes, depuis 1371 jus-
qu'au règne de Louis XVI , sont très
nombreux ; parmi les personnes de dis-
tinction qui y ont été renfermées, nous
citerons Gaspard de Har, sieur de Bui ,
le prince de Condé , le cardinal de
Retz, Reaufort, etc. Depuis ce temps
jusqu'à la restauration, Vincennes reçut
dans ses murs d'autres illustres per-
sonnages. Entre autres se remarquent
le duc et le prince de Polignac , le duc
de Rivière, le baron de Vilrolles, qui,
tous dévoués à la cause royale , devin-
rent les victimes du pouvoir qui domi-
nait alors. Maintenant il n'y a plus de
prisonniers à Vincennes , les bâiimens
intérieurs servent de caserne à un régi-
ment d'artillerie. L'esplanade sur la-
quelle nous sommes, fert aux divers
exercices de cet arme.
Après avoir tracé l'histoire du châ-
teau de Vii cennes, rappelé divers sou-
venirs qui s'y rattachent, et fait connaî-
tre les principaux prisonniers qui y ont
été renfermés, il ne nous reste plus
maintenant qu'à en faire la
OeScription, — La forme générale de
ce château est un parallélogramme ré-
gulier d'une grandeur immense, com-
posé de vieux bâiimens construits p^r
Charles V, et de modernes, les uns éle-
vés par la reine Marie de Médicis, et les
autres commencés par Louis XIII et
achevés par Louis XIV. La
Principale entrée du château e?t du
coté où nous sommes, c'est-à-dire sur
l'esplanade. Elle consiste en une porte
bâtie en forme d'arc de triomphe, com-
posée de six colonnes doriques enga-
gées et ornées de deux bas-reliefs" de
marbre et de ligures antiques. Pénétrons
dans 1'
Intérieur du château. — Ici nous re-
marquons une vaste
^ Cour dans laquelle nous remarquons
a gauche le bâtiment qui renfermait les
appartenons du roi et de la reine, et à
droite, celui qui renfermait ceux de la
reine-mère. De cette cour nous passons
ensuite par une porte décorée de co-
lonnes toscanes à une
r/euxième cour, dans la (uelle nous
remarquons à droite la Sainte-Cha-
pelle, et à gauche le Donjon. La
Sainte-Chapelle est d'un gothique of-
frant extérieurement toute la magnifi-
cence de ce genre d'architecture. L'in-
térieur, très simple, n'offre rien de re-
marquable, que de. vitraux peints par
Jean Cousin , sur les dessins de Ra-
phaël. Quant au
Donjon, il est entouré de fossés par-
ticuliers, profonds d'environ quarante
pieds. La forme de ce donjon est car-
rée, ayant à chaque angle une tour.
L'intérieur de ce donjon est divisée en
cinq étages auxquels on monte par un
escalier en voûte, et dont la liard esse
est étonnante. Chacun des étages entiè-
rement voûté est composé d'une grande
salle carrée, soutenue par un fort pilier
central, et dans laquelle est une chemi-
née. A chacun des quatre coins de cette
salle est une prison de forme carrée,
ayant une cheminée. A la hauteur du
troisième étage est une galerie exté-
rieure, en saillie, qui règne autour du
bâtiment. Le comble du donjon forme
une terrasse cintrée , dont la coupe
des pierres qui la compose est très cu-
rieuse. A l'un d 's angles de celte ter-
ra se s'élève, à eue hauteur considéra-
ble , une guérite en pierres , d'une
grande délie >tesse.
La salle du rez-de-chaussée du don-
jon s'a qielail la
Chambre de la Question. Son nom
indique a c sez quel était son usage. Celle
du dernier étage s'appelait la
Salle du Conseil, parce que les rois
y tenaient leur conseil lorsqu'ils habi-
taient le donjon. La pièce commune
était fermée par une porte très épaisse,
et celle de chaque cachot l'était par
trois autres, et toutes é'aient doublées
en fer et pourvues de deux serrures et
de tro : s verroux. Quelques uns de ces
cachots, et certes c'est la majorité, ne
reçoivent pas de lumière; pour les autres
qui jouissent de cette insigne faveur, elle
n'arrive qu'après avoir traversé une in-
finité de barreaux formidables, et dis-
posés de telle manière, que la malheu-
reuse victime ne pouvait rien voir au
dehors.
Tels sont les cachots du donjon de
DU VOYAGEUR EN EUROPE.
4S
Vincennes. Que de gémissemens, que de
sanglots ont élé poussés dans ces lieux
de mi -ère.
Voyez en proie à sa longue torture.
Ce morte] connue d;ms sa noire clôture]
Pour unique plaisir et [jour seul passetrmps ,
De sa lenle journée il compte les iustans ,
Ou de son noir caobol mesure l'étendue,
Ou médite en «ecret sa fuite inattendue ,
Ou de ceux qu'. vaut lui renferma 1 i prison ,
Lit sur ces tris'es murs la complainte et le nom ;
Et lui même y traçant sa douloureuse histoire ,
A ceux qui le suivront en transmet la mémoire.
Cest peu d'être enchaîné dans ces tristes tombeaux;
romliien de souvenir- viennent aigrir ses mau xi
Urbis 1 tandis qu'auprès de leurs jeunes cooipfiguee ,
Dans les riches cités , dans les v;i-ti s campagnes ,
Ses amis d'autrefois errent en liberté ;
Lorsque l'heure propice à la société
fleconduil chaque soir , la jeunesse filàlre ,
Aux entretiens jov eux . à la danse, au théâtre,
Ou d'un plaisir plus doux annonçant le retour
Du moment fortuné lient avertir l'amour.
11 est seul... en un long et lugubre silence ;
Pour lui le jour s'achève et le jour ri commence.
Il u'enlend point l'accent de l.i douce amitié;
11 ne voit point les pleurs de la d uce pitié ;
N'ayant de mouvement qui- pour traîner ses chaînes,
Tu creur que pourl'eumui . des sens que pour les | eincs.
Pour lui plus de beaux j'iurs . de ruisseaux . de gazon ;
Celte voûte est son ciel . ci s murs son horizon ;
Sun regard élevé vers le flambeau céleste
Vient mourir dans la nuit de ces cachols funestes ;
Rien n'éeaie à ses yeux leur r.ioiue obscurité ,
Ou si par des barreaux . avans de elarlé ,
Un faible jour se glisse en ces anires Funèbres ;
11 redouble pour lui les horreurs des ténèbres ;
Et e cceur consumé d'un regret sans espoir,
Il cherche la lumière et gémit di: la voir
( DFI.II.I.E. )
Départ du confluent de la Seine et de ta
Marne.
Pendant no're exe rsion idéale au
château de Vincennes, notre navire a
fait des progrès rapides, déjà nous
avons franchi le
Pnru de l.osse-de-Marne et \i joli
village d'
I"iy, situé à noire droile et un peu à
l'écart du fleuve. C'est dans ce pelit
bourg, que pendant long-temps une
prêtresse de Thalie, mademoiselle Con-
tât, renommée p.tr son talent et sa dou-
ceur, venaii se reposer de la scène dra-
matique, enlourée de ses nombreux
amis au nombre desquels élait Legou-
vé, l'un de ses plus assidus. Hais hélas !
■ Jouet d'un essor trop sublime
Un jour que , seul au fond des bois ,
llans les cirux il cherchait la rime ,
Il tombe , et s us nrec et sai s voix.
I. 'amour, l'amitié . la nalure
oient en vuîn à son secours.
En vain l'un vent sauver -es jours ,
Mien ne peut guérir sa blessure ;
lit nouveau ma tyi d'Apollon ,
Pi ivé de sens et de mémoire ,
Il rierit pauvre de raison :
Mais il renaît riche de gloire. %
Après avoir parcouru une faible dis-
taice, nous remarquons du même côté
qu'Ivry le
l'art-à—V Anglais , hameau célèbre
parmi les Parisien*, pour les excellentes
maleloltt s que l'on y mange, et [es dé-
licieux bains froids que l'on y vient
prendre en été. Après le Porl-à-l'An-
glais vient
Vitry, bourg situé dans une position
très avantageuse, sur la pente de la
montagne de Villejuif, ce qui lui donne
l'agrément d une vue très variée et
fort élendue. C'est dans ce village que
vint mourir en lOdO, le troisième roi
de Fnnce, de la race des Capétiens,
après trenle ans de iè r ne. Henri I e ',
petit-fils de Hugues Capet, qui gouver-
na, dit V il}, son royaume avec justice
et autorité, chose depuis long- emps in-
connue en l'rance.
Diit s les guerres qui eurent lieu en
France pendant le règne du roi J> an,
les Anglais ravagèrent Vitry. Charles V,
en monlanl sur le trône, répara les dé-
sastres de ce village, et y fit élever l'é-
glise que nous y voyons aujourd'hui.
Parmi les
Maisons de plaisance que Vitry ren-
ferme, nous citeroi.s cornu e les plus
remarquables, la n a son de madame
veuve Agasse et celle de M. Dubo s,
l'un de nos plus célèb es chirurgityis
de la cap laie. Celte dernière est l'an-
cien château seigneurial , mais M. Du-
bois y a fait exécuter tant d'enibellisse-
meiis. que celte propriété n'est plus re-
connaissable.
Pu côté opposé à Vitry est la
Ferme de la Folie, et plus haut, pres-
qu'en face, est
i'huisy-le- oi , bourg dans une des
plus belles positions, où nous allons faire
une
•Station, pour prendre et poser des
passagers.
Ce village possédait, avant la pre-
mière révolution, un magnifique clnl-
leau, construit par M nsard, par les
ordres de mademoiselle de Montpensier.
Aînés sa mort, armée en 1693, le dau-
phin, fils de Louis XIV, en lit l'acquisi-
lion et s'y fixa. Ce prince avant par
suite échangé celte terre avec madame
de Louvtii-s, pour le château et la sei-
gneurie de Meudon : Choisy passa <<uel-
que temps après entre les mains de la
princesse de Conly, femme célèbre par
m
GUIDE
sa beauté et son esprit, et du portrait quelles nous
de laquelle Mulei -Ismaël, roi de Maroc,
devint éperdument amoureux. C'est
ce qui porta J.-B. Rousseau à faire les
■vers suivans :
Votre beauté, grandp princesse ,
Porte lc§ traits dont elfe blesse
Jusques aux plus sauvages lieux.
L'Afrique aVeo roua capitule .
Et les QOoqltêles de vos jeux
Vont plus loin <|ue celles d'Hercule.
En 1739, Louis XV acheta le château
de Choisy.et par des dépenses énormes
en fit un séjour vraiment royal. Au-
jourd'hui tout est détruit, et sur son
emplacement se sont élevées des manu-
faclures qui font la richesse de la plu-
part des habitans. Ses jardins, autre-
fois si fréquentés, sont maintenant sil-
lonnés par la charrue
L'ingénieux imitateur d'Ovide habita
long tem; s Cltoisy-le-Roi.
s Cet enfant chéri de Cythère ,
Savant sous les deux étendards ,
Du dieu qui répand la lumière
Et du dieu sanglant des hasards.
Ce poète qui , par Voltaire,
Fut sur no ni nié Gentil Btrnord ,
Dont la muse vive et Légère
Levant le voile du mystère
Peignit la nature sans fard ;
Qui professant l'amour en chaire.
Du sentiment ne til (pi un art ,
Et dont les vers, souient miguards,
i Endoctrinaient mainte écolière ;
Leur donna par un fol écart,
Le seul Ovide pour bréviaire.
Vers le déclin de sa carrière ,
Ce voluptueux troubadour.
Toujours savant dans tait de plaire ,
(hanta la helle Ponipadour ,
Et de Louis , pour son salaire ,
Eut le brevet de séculaire.
Dés lors sa muse solitaire
A t'.hoisy boioant son séjour.
Vécut pour l'amitié sincère,
Qui, leudie et lidèle à Sun tour.
Ferma sa mourante paupière
Entre les grâces et l'amour. »
Le Pont sons lequel nous ruons passé
et près duquel nous stationnons , a été
construit fous Louis XV, et n'olTre rien
de remarquable.
Du côlé opposé à Choisy , et après
avoir parcouru une course assez consi-
dérable, nous découvrons.
Villeneuve-Saint- Georges ( Seine-
et-Oise ), bourg dans une position char-
mante , au pied d'une montagne assez
roide , sur laquelle est assise l'église
paroissiale qui nVlIYe rien de curieux.
Ce grand village renferme un grand
nombre de
Maisons de plaisance, parmi les-
remarquons celle de
M. Monlorient , désignée sous le nom
de
Beauregard. placée sur le haut de la
montagne d'où l'on découvre le vaste
bassin de la Seine. Un peu au dessus
de Villeneuve-Saint-Georges est t'
Embouchure de VYères, rivière qui
dans ses méandres irréguliers dispa-
raît en plusieurs endroits , sans laisser
de trace de son existence. Sur ses bords
est le village de
Crosne , dans lequel est né, en 1386,
Boileau De*prèaux, le législateur du
Parnasse fiançais.
Là naquit Despréaux, leur maître en l'art d'écrire ,
Lui qu'arma la ra son des l rail s de la satire,
Qui .tonnant le précepte et l'exemple à la fois,
Etablit d'Apollon les rigoureuses lois.
Après Villeneuve- Saint- Georges ,
nous découvrons du côté 0|ipo é
Ablon , bourg célèbre dans les an-
nales de la religion réformée pour avoir
étélepreuiieretidroit, prèsde Paris, où
les protestans, du consentement du roi ,
firent bâtir , dans le ïf siècle, un
terni le détruit sous Louis XIV à l'épo-
que de la révocation de Pédit de Nantes.
C'est dans l'église de ce village que se
célébra, en 1005, le mariage de la fille
de Sully, avec le duc de Rouan, homme
fort aimé de Henri IV et duquel Voltaire
a dit :
Avec tous les lalens le ciel l'avait fait naître :
1 1 agit en héros , en sage il écrivît ;
Il fut même grand homme en combattant son maître .
Et plus grand lorsqu'il le servit.
Un peu au dessus d'Ablon est
Mons, bourg peu considérable, placé
sur une hauteur comme son nom l'in-
dique. En face sont les
Fermes de Noisy et de la Maison
Blanche. Plus haut et en face est
Jlliis, charmant village, silué sur la
pente d'une cote et dont le clàleau
que vous apercevez a appartenu à la
duchesse de Châlillon et au duc de
Rohan- Chabot. Bientôt après nous
longeons les
Château et Parc de Chaige et le vil-
lage de
Vigny , élevé sur un côleau frais et
riant qui semble vouloir nous barrer le
passage et au pied duquel coule la pe-
tite
Rivière d' Orge , sur laquelle est un
pont remarquable par sa construction.
DU VOYAGEUR EN EUROPE.
-57
Du môme côté , et plus haut , sont les
hameaux du
Petit et Grand Chritillon, qui n'offrent
rien de remarquable. En face est
Viry, village renommé par sesexcel-
lens fromages à la crème . qui sont
trè-i recherchés par les gourmets de
la capitale. Un peu plus haut, et du
même côté, sont les hameaux de
Chtimp-Rosuy et la horde qui sont
remplis de maisons de plaisance. A
quelque distance de là est
Mis, village fort joli, où nous admi-
rons un beau
Pont suspendu , dû à M. Aguado ,
banquier espagnol. Du côté opposé est
Sois) , situé dans une agréable posi-
tion et entouré de jolies maisons de
campagne. A l'opposite est
Evry, village dans une belle position
et entouré de fort jolis châteaux, dont
le plus remarquable est celui qu'on
nomme le
Château île Petit-Bourg , qui est
d'une élégante construction ; la vue
dont on y jouit s'y étend sur le plus
beau paysage que l'on puisse voir ; les
I arlerres , les jardins fruitiers et pota-
gers, les pièces d'eau, les hautes futaies
renfermées dans un parc de deux cents
arpens, rendent cette habitation infini-
ment agréable.
Ce château, avant la première révo-
lution , a toujours été habile par des
personnes de distinction, telle- que M. le
duc d'Antin , madame la pré^dente
Chauvelin , M. le marquis de Pa.'anne,
et Madame la duchesse de Bourbon. Il
a été fréquenté par Louis XIV , et a
servi plus eurs foi; de rendez-vous de
chasse à Louis XV, lorsqu'il allait
prendre cet exercice dans la forêt de
Senart. Ce château appartient actuelle-
ment à M. Aguado.
Après avoir parcouru une pet le dis-
tance, nous découvrons.
Corbeil, qui e>t le terme du voyage
de la Ville de Corbeil et où nous allons
faire une nouvelle
Station d'un demi-quart d'heure ,
temps nécessaire pour prendre et poser
des pas-agers.
aperçu général de Corbeil. — Cette
ville est agréablement située sur la
Seine qui la divise en deux parties iné-
gales: l'une, la plus considérable, porte
le nom de Nouveau Corbeil , l'autre ,
assise sur la rive droite du fleuve, celle
de Vieux Corbeil , ou quartier Saint-
Léonard. Les rues sont en général
étroites, mais bordées de maisons assez
bien bàiies.
Corbeil possède une société d'agri-
culture, une bibliothèque publique ri-
che d'environ quatre mille volumes, un
petit théâtre, un hospice civil, une belle
place plantée d'arbres, une superbe
halle aux grains construite en 1780 sur
les dessins de l'architecte Yiel, enfin
deux églises, dont la plus remarquable
est ce le de Saint-Spire, fondée , dit-
on, au IX e >iècle, par Haimon, p;emier
comte de Coibeil.
Histoire de Corbeil. — L'origine de
cette ville remonle au commencement
du IX e siècle, à cette époque ce n'était
qu'un amas de cabanes habitées par des
pécheurs; plus lard on y construisit un
château fort et l'on y établit un comte,
dont le premier fut Haimon. Après sa
mort ce château passa successivement
entre les mains de lîurchard, d'Eudes,
et du fils naturel de Philippe I er . Louis-
le-Gros en dépouilla ce piince, sous
prétexte de conspiration, et reunit cette
ville au domaine de la couronne : elle
cessa alors d'être le Chef-lien d'un
comté et devint le siège d'une châtelle-
nie et d'une prévoie.
« En 1 57, Corbeil fut pillé parmi chef
de guerre nommé Le Bègue de Vi lains;
en 1;,63, par les Anglais et les Navar-
rois, et en 13ii8, par les routiers fran-
çais six ans après Koberl Knolls, capi-
taine anglais, en brûla les faubourgs.
En i'tlo , le duc de Bourgogne ayant
formé le projet de s'en emparer,- afin
d'affamer Paris, l'assiégea inutilement
et fut obligé de se retirer. Charles V11I
fit enfermer. En 1862, te prince de
Conrfé , chef des protestans, tenla en
Tain de prendre Corbeil; tombée en
489 ! au pouvoir île Henri IV, cette cité
fut reprise par la Ligue : dans la même
année , par le duc de l'arme, après un
siège de vingt-quatre jours et un assaut
meurtrier. Depuis ce temps Corbeil ,
heureusement pour ses habitans , n'a
pas attiré l'attention des his'oriens. »
Souvenirs bis oriques. — Ce fut à
Corbeil que mourut, en 123G . Ingel-
burge de Danemarck . femme de Phi-
lippe-Auguste , qui l'y avait reléguée
lorsque le pape Inocenl lit l'eut con-
traint de la reprendre après sa répudia-
tion; elle fut inhumée dans l'église de
48
GUIDE
Saint-Jean-en-1'Ile. C'est à Corbeil que
le célèbre Abeilard vint se réfugier
lorsqu'il fut forcé de quitter Mclun par
les intrigues de ses ennemis. Il n'y resta
pas long-temps, el se retira dans son pays
na'.al pour y refaire sa santé, ébranlée
par les persécutions non interiompues
qu'il avait eu à souffrir. La Harpe vint
aussi dans cette ville chercher un asile
après le 18 fructidor et le 13 brumaire,
et le 28 février il y vint pour la der-
nière fois-
Biographie de Corbeil. — Cette ville
a vu naî re le savant antiquaire
Ansse de Villm on.
Départ de Corbeil.
Anrès avoir q itté le qu i du Ponl-
de-P.iris et franchi Corbeil, nous re-
marquons en face
Essorftie, petit bourg peuplé de treize
à quatorze cents habilans, et situé sur
la petite
Rivière d'Essonne, et remarquable
par les i.omb eux établissemens indus-
triels qu'il renferme. Après a\oir par-
couru une petite distance, nous remar-
quons la magnifique propiiété de
( hamplaireux dont le château est
admit able. Du même côté est la jolie
commune de
Samtory , peuplée de cinq cents
habilans. Plus haut et du côté opposé
est la
Ferme du Pressoir. — Plus haut en-
core est le hameau du
Plesis Chenet, où nous remarquons
un superbe château orné de beaux jar-
dins. En face se déploie la
Ferme de Saint-Gurfdarct le village
de
Morsang-snr-Scine remarquable par
le beau clocher octogone de son église.
Bientôt nous rencontrons du côté op-
posé
£e Coudray, village qui compte cent
vingt habiians et où nous remarquons
un très beau
Château qui a élé possédé par le
marée ai Jourdan. Plus haut et du coté
apposé est
Croix-Fontaine , pe'it village qui
n'offre rien de rernar ni ble que sa
Fontaine qui coule au pied d'une
croix, d'où sen nom lui esl venu. Sur
le même côté est
S inr-Port, village dans l'une des
plus belles situations des rhes de la
Seine, et remarquable par les nombreu-
ses
Maisons de plaisance qui l'ornent, et
dont les | lus remarquables et les plus
agréables sont le
Pavillon Boiirettc, ou le Pavillon
dit Roi , ainsi nommé , parce que
Louis XV, attiré par le magnifique
point de vue dont on y jouit, venait
souvent s'y reposer dans ses promena-
des vers ces parages et y goûter un
calme et une tranquillité que la politi-
que et le Parc-aux-Cerfs étaient peu
propres à lui donner, et que la simp'e
nature accorde toujours à celui qui sait
l'aimer et se contenter, et jouir de ses
heureux dons. Entin , le
Château île ■ cine-Assise , qui est
placé dans une situation admirable et
appartenant à M. le comte de Puurlalès.
Plus haut, et du côté opposé, esl le
hameau de
Ttlly, qui n'offre rien de remar-
quable que sa situation. Après avoir
parcouru un peut coude qu'offre la
Seine, nous apercevons
Fteaulieu, hameau assis sur une col-
line et où sont plusieurs maisons
fort jolies. En face est le joli village
de
Ponthièry, p'acé dans une situation
charmante. Plus haut est
Boissy—le-Roi , hameau peuplé de
soiiante-dix habilans, situé sur une
éminence des pus agréables, et où nous
remarquons un
Château d'une assezjolie apparence.
Du côté opposé se présente
Biissetie, petit hameau entouré de
plusieurs maisons fort jolies. A l'oppo-
sile se montre
Furcy, où les amateurs d'horticul-
ture doivent visiter les belles pépi-
nières de M. Eterhart, qui possède
aussi une belle collection de rosiers.
Sur le même plateau est le
Lys, village où sont les
Restes de t' Abbaye de* fi les du Tys,
fondée en 1240, par B anche de Cas-
tille, mère de saint Louis, et qu'on a
convertie a> jonrd hui en maison de
plaisance. Plu- haut , et dans la même
direction , est le
Chat au rie Bel-Ombre , qui est re-
marquable par -a be le situation et sur-
tout par les eaux qui s'y trouvent. Non
loin de là, et du coté opposé , est
Lemée , vi.lage peuplé d'environ
VU VOYAGEUR EN EUROPE.
cinquante habitans , et possédant une
charmante propriété, dont les ter-
rasses dominent la Seine et offrent un
aspect enchanteur.
Fourneau qui vient après nous,
offre une suite de jolies habitations.
Enfin nous entrons dans
Melun, où nous allons faire une
nouvelle
Station d'un quart d'heure.
Aperçu général de Melun. — Cette
ville est agréablement siluée au pied
d'une colline et traversée par la Seine
qw la divise en trois parties. La pre-
mière, ou quartier Saint-Aspais, borde
la rive droite ; la seconde. ou !e quartier
Notre-Dame, occupe uneîle du fleuve ;
la troisième enfin, ou le quartier Saint-
Amboise. est située sur la plaine de
la rive gauche, et est unie à la Cité par
le Ponl-aux-Moulius, le seul qui soit
resié à la navigation et près duquel
nous stationnons.
La vi le de Melun est en général bien
bâtie , bien percéj et d'un aspect
agréable. Elle possède deux églises:
Saint-Aspais et Notre-Dame; une so-
ciété libre d'agriculture, une bbl othè-
que publique, contenant huit mille vo-
lumes, une salle de spectacle, un
collège communal, un hospice civil et
militaire, deux ponts , une école gra-
tuite de dessin , une caserne , enfin une
maison centrale de détention.
Histoire <ie Melun.— Celte ville, qui
occupe l'emplacement d'une ancienne
forteresse gauloise , fut prise par les
Normands lors de leurs premières inva-
sions en France. En 1420, elle sou-
tint un siège de quatre mois contre
les Anglais. La famine obligea les assié-
gés de se rendre. Melun était alors une
ville importante à cause de son château
que Charles V avait fait bâtir, et qui
depuis long-lemps apparlenait aux rois
de France. Plusieurs y firent de longs
séjours.
Souvenirs historiques. — C'est à Me-
lun que moururent les rois Robert et
Philippe l"; l'un en 1031, et l'autre
en 1108. C'est aussi dans cette ville que
le célèbre Abeilard donna ses pre-
mières leçons et juta les premiers fon-
demens de cette grande réputation qui
lui valut une foule de disciples , d'ad-
mirateurs, de persécuteurs, ainsi qu'une
maîtresse, une épouse aussi tendre.
aussi savante que belle, et un événe-
ment dont le récit fait frémir.
Biographie rie Melun. — Deux hom-
mes remarquables par leurs vastes con-
naissances ont reçu le jour à Melun,
savoir :
Jacques Amyot, en 1813; et
Malet (abbé), savant professeur.
Environs de Melun. — Excursion
idéale.
Excursion au château de Vaux-le-
Praslin.
Dislance a parcourir : 1 lieue.
Direction : le Nord-Est de Melun.
Historique. — Le château de Vaux-
Îe-Praslin a été construit en 1059 par
le célèbre Fouquet, surintendant des
finances. L'architecte Levau construisit
les bàtimens ; les jardins commencèrent
la réputation de Le Nôtre ; les peintures
furent exécutées par Lebrun et par les
meilleurs artistes du temps. C'est dans
ce s jour somptueux que Fouquet
réunissait tout ce que la ville et la cour
pouvaient offrir d'aimable et de grand.
Arrêté par ordre de Louis XIV, à la
suite d'une brillante fête qu'il lui don-
nait , il fut condamné trois ans après
à un bannissement perpétuel ; mais
Louis XIV, craignant qu'il ne rendît à
l'étranger les secrets de l'état, le fit
conduire aux îles Marguerites : il fut
l'homme au masque de fer qui languit
si long-temps dans les prisons de ces
îles.
Ce château appartient maintenant à
M. le duc de Choiseul , pair de France.
Description. — Extérieur.— L'avant-
cour de ce château est décorée de por-
tiques et fermée du côté de l'avenue
par une grille que soutiennent des ca-
riatides ; deuv bassins enrichis de grou-
pes ornent la cour du château lui-
même, qui est entouré de larges fossés
remplis d'eau vive, et bordés d'une ba-
lustrade de pierre. Un superbe vesti-
bule communique à un salon d'une
grande beauté. L'architecture se com-
pose d'arcades et de pilastres d'ordre
composite; quatre statues de marbre,
d'après Panique, remplissent quatre
de ces arc.ides.
Côté du jardin. — Va côté du jardin,
la façade du château offre deux pa-
villons ornés de pilastres ioniques.
Deux petits avant-corps qui les accom-
fctJIDE
pagnent sont surmontés d'une balus-
trade régnant pareillement sur le dôme,
qui est terminé par une campanule.
Le milieu de la façade e-t décoré de
quatre colonnes doriques , au dessus
sunt autant de pilastres ioniques avec
un fronton ; et sur l'entablement , qui
est du même ordre , s'clè\ent quatre
figures de pierre: des chiffres et des
armes, supportés par des lions et des
génies tenant des couronnes , surmon-
tent le bandeau des croisées du rez-de-
chaussée.
Intérieur. — Appartemens. — Les
appartenons sont superbes, ornés de
figures en stuc et de peintures magni-
fiques: nous remarquons, du célèbre
Lebrun, un plafond superbe, représen-
tant l'apothéose d'Hercule et quelques
uns de ses travaux; un autre plafond
du même peintre se compose de cinq
figurer : la Fidélité, le Secret, la Force
et la Prudence , groupées et soutenues
par la Renommée. Pans le fond, Apollon
renverse à coups de flèches l'Envie et
d'autres monstres, qui se perdent dans
l'épaisseur des nuées.
Le plafond du cabinet présente une
femme qui dort, ia tête api u\ée sur
son bras ; elle laisse tomber des pa-
vots.
Dépendances du château. — Parc.
— Les dépendances du château sont
immcnsesel d'une beauté remarquable.
Dans le parc, nous remarquons quatre
magnifiques bassins, une belle pièce
d'eau d'un arpent carré, au centre de
laquelle est une figure en marbre re-
présentant Neptune , sur une conque
marine tirée par trois chevaux; une
chute d'eau, un canal de cinq cents
toises de longueur occurent toute la lar-
geur du parc , qui est de six cents ar-
pens. De nombreux piédestaux jeltent
chacun par un mascaron de l'eau dans
une coquille, yuanl aux
Jardins , ils étaient autrefois décorés
de fort belles statues en marbre, dont
plusieurs antiques ; nous y remarquons
encore une crotte en forme d'amphi-
théâtre, d'où s'-.'lève une grosse gerbe
au milieu d'un ba<s'm ; on y monte par
deux rampes , ornées de balustrades et
de quatre piédestaux qui supportent
chacun une figure de lion.
Tels sont les principaux ornemens
de cette vaste propriété, jadis si splen-
dide, aujourd'hui si délabrée. Eu par-
courant ces jardins , on se représente
le bon La Fontaine, assis, la lête bais-
sée , le regard triple, adressant aux
nymphes de Vaux cet'e prière à la fois
si louchante et si pathétique , dans la-
que le il les supplie d'inlercéder pour
son bienfaiteur.
Si le long de vos Lords Louis porte ses pas ,
Tâchez .le l'adoucir, fléebistez non courage:
11 aime ses sujels, il csl jusle il esl saue;
llu titie de élément rendu le ambitieux.
l'est par là que les rois sont semlilalilca aux dieux.
Du magnanime née, enfin la
Salle de la comédie.
En sorlantdela cour de laFontaine
on entre dans la
Cour ovale ou du Donjon , par la
Porte dorée, laquelle suppoite un
gros pavillon à sept étages, dont la
masse est assez imposante.
Les deux tiers des bâtimens commu-
niquent en dehors par un balcon cons-
truit sous Henri IV; sous un superbe
portique sont deux escaliers , l'un est
nommé
Escalier du F.oi et l'autre
Escalier de la Reine.
A coté de la porte dorée , à droite en
entrant, est encore un escalier composé
de cent trente marches formantehacune
un seul noyau. Non loin de cel escalier
est la
Conciergerie , où l'on s'adresse pour
voir le château. Au rez-de-chaussée de
ce bâtiment est la
Chapelle basse qui fut rebâtie sous
François 1 er et dont quelques ornemens
sont encore d'une grande fraîcheur.
"*Ù
u
GTJIDB
Entre les deux pavillons qui terminent
les corps de bàlimens est la
Porte du Dauphin , ainsi nommée
parce qu'elle fut construite en l'an 1601
à l'occasion de la nais'ance du Dauphin
depuis Loui-i XIII. Cette porte , qui a
soixante-six pedi d'élévation, est ornée
des armes de France, soutenues d'un
côté par des anges et de l'autre par des
renommées.
Gagnons maintenant 1'
Intérieur du château, en prenant 1'
Escalier du Roi qui est situé prés la
porte dorée dans la cour ovale. ^
l re Pièce. — La première pièce qui
se présente à nous est 1'
Ancienne salle des gardes, dont le
plafond est peint par Barlhélemi; et
représentant un
Triomphe d'Amphitrite.
2« Pièce. — La deuxième pièce est la
Chambre à coucher de Saint-Louis ,
sur la cheminée de laquelle nous re-
marquons une A
Lèda avec ses deux fils en bas âge.
A côté d'elle est
Jupiter sous la figure d'un cygne. _
3' Pièce. — Cette pièce , qui a été
construite sous François 1 er , porte le
nom de
Salon des nobles. Les ornemens dont
elle est décorée ont été peints par
Paul Bril.
4 e Pièce. — La quatrième pièce est la
Salle à manger du lioi, dont le lam-
bris est du temps de Louis XIII.
5 e Pièce. — La cinquième pièce est la
Salle des gardes de la Reine, qui n'a
de remarquable que le
Portrait d'Anne a" Autriche,qmOVî)e
le dessus de la cheminée.
6* Pièce. — La sixième pièce est 1'
Antichambre de la Reine , dont le
pla f ond est soutenu par quatre colon-
nes.
7 e Pièce. — La septième pièce est la
Galerie de Diane, construite en 1600 et
restaurée dans ces derniers temps avec
beaucoup de goût. Aux deux extrémités
de cette pièce des arcs doubleaux sup-
portés par des colonnes accouplées
d'ordre dorique en stuc . lesquelles à
l'entrée ménagent une espèce de vesti-
bule. Au milieu de cette galerie sont
huit pi astres de même ordre qui rap-
pellent l'ordonnance des deux extré-
mités. Quant a la décoration elle est
parfaite «ous tous les rapports.
8 e Pièce. — La huitième pièce en
revenant sur nos pas est le
Salon des jeux, où l'on remarque une
superbî
Table en porcelaine de Sèvres , sur
laquelle sonlpeints,encinq médaillons,
des objels gracieux tirés de la fable.
9' Pièce. — La neuvième pièce est
'a
Grande Chambre de la Reine, dont
le plafond est très bien conservé, et
d'une beauté rare. Le
Lit de Parade , dont il est orné ,
ainsi que le restant de l'ameublement,
est fort remarquable et digne de fixer
l'attention des curieux.
10 e Pièce. —La dixième pièce est
un
Boudoir, dont le parquet est en bois
d'acajou, et meublé avec goût.
11" Pièce. — La onzième pièce est
la
Salle du Trône , dont le plafond et
l'ameublement sont dignes de remar-
que.
12 e Pièce.
la
— La douzième pièce est
Salle du Conseil, au milieu de laquelle
est une
Table en noyer d'Amérique. _
13 e Pièce. — La treizième pièce en
sortant de la salle du conseil est la
Grande Chambre à coucher du roi,
qui est enrichie de divers ornemens en
or et en couleur et d'une belle exécu-
tion.
14 e Pièce. — La quatorzième pièce
est la
Petite Chambre à coucher du roi,
dont le lit, les tentures et les meubles
sont d'un goût admirable.
16? Pièce.— La quinzième pièce , que
j'app lierai
Chambre de l'Abdication, parce que
Bonaparte y signa son abdication , est
garnie et décorée avec beaucoup de
goût et d'éclat.
C'est ainsi que se composent les
grands appartenons du roi et de la
reine, desquels on est conduit à la
Grande Bibliothèque , qui est placée
dans une ancienne chapelle dite cha-
pelle haute, enfin à la
..S'a 7e de Bal qui fut construite sous
François W, et décorée par Nicolo et
Toussaint Dubreuil.
Maintenant que nous avons parcouru
et admiré l'intérieur des appartement
DU VOYAGEUR EN EUftOPtL
3S
il ne nous reste plus qu'à voir le
dehors du château , c'est-à-dire ses
dépendances.
Promenade extérieure. — Nous
allons commencer notre promenaJe
extérieure par le
Janlin de P Orangerie , auquel nous
arrivons par la cour de la fontaine. Ce
jardin qui , avant la révolulion , était
orné de beaucoup de statues , n'en
oirre plus aujourd'hui qu'un très petit
nombre. Du jardin de l'orangerie, nous
allons visiter 1'
Etang et les
Petits Jardins. L'étang est borné à
l'est par la chaussée royale, au sud par
l'allée du chenil, à l'orient par l'allée
royale , et au nord par la cour de la
fontaine. Le
Petit Pavillon que vous apercevez,
a été reconstruit en 1811 et décoré avec
goût.
Quant aux petits jardins qu'il y avait
autrefois, ils ont été détruits soui Louis
XIV, et Le Nôtre traça le jardin tel
que nous le voyons aujourd'hui. Le
Parterre reçut sa première forme sous
François I er ', et la seconde sous
Henri IV. Il serait inutile d'entrer dans
quelques détails à son égard. Descen-
dons la
Terrasse du Parterre, et allons visi-
ter la
Cascade et le
(anal. L'ancienne cascade qu'il y
avait a été détruite et remplacée par
une de meilleur goût. Quant au parc,
il est fort joli, ainsi que le canal qui est
bordé de chaque côté d'ailées et de
lapis de gazon.
Au bout de la partie gauche du parc
existe un
Labyrinthe qui est fort marécageux,
mais d'assez bon goût.
Tels sont les divers ob'efs que nous
avions à visiter au dehors du château ;
il ne nous reste plus maintenant qu'à
parcourir les
Environs de Fontainebleau.
Excursion à l'Ermitage de Franchard.
Dislance à parcourir: 1 lieue et demie.
Direction : le Nord-Est.
Départ.
Franchissons l'enceinte de la ville et
dirigeons nos pas vers la route de Frau-
chard, dont l'aspect est assez agréable.
Après une heure environ de marche,
nous commençons à cire en vue de 1'
F.i-mitage , qui est placé dans la
partie la plus agreste de la forêt, et au
milieu des sables et des rochers. Ici
on se croirait volontiers transporté au
centre des'\asles solitudes de l'Améri-
que septentrionale; d'un côté s'élèvent
d'immei ses enlassemens de rochers, de
l'autre sont de profondes anfracluosités;
partout un sombre horizon de forêts et
de déserts.
Historique. — C'est dans ce lieu
plein d'horreur que se fixa l'ermite
Guillaume, chanoine régulier de Saint-
Euvert d'Orléans , à qui Philippe-
Auguste en fit la donation à vie. Bien-
tôt l'ermitage de Franchard se peupla
à un tel point de religieux qu'il devint
un monastère considérable , soutenu
par les pieuses largesses qu'il recevait
de toutes parts. Ce monastère ayant été
détruit par les guerres intérieures ,
Louis XIV le rétablit en 1072,eten
remit les titres, sans revenus, aux reli-
gieux Mathurins de Fontainebleau. A
dater de cette époque, ces religieux
allèrent tous le* ans, le mardi delà
Penlecôte, y célébrer l'office divin. Mais
comme ce lieu était désert pendant tout
le resle de l'année, le roi en ordonna
la démolition en 1712, dans la crainte
que cet asile de paix ne devînt un lieu de
débauche ou une retraite de voleurs.
Dans le même temps il fil détruire, par
la même raison, un beltédèrequ'il a\ait
fait construire pour procurer à la reine
la vue des beaux paysages qui sont au
delà des rochers.
Dans les ruines du monastère de
Franchard on a construit une
Maison de Garde de la Foret, et pour
son usage, on a creusé tout à côté un
puits curieux par sa beautéet dont l'eau
est excellente.
Fêle de Franchard.
Allons d.insci
Aniinea vous
Allons danse
Galans , |
mus les ormeaux ,
jeunes lilleltesi
er sous les oimeaui,
nez vos chalumeaux.
J.-J. Il La Devin du î'illage.)
Au pieux pèlerinage qu'on faisait
jadis à Franchard le mardi ée la Pen-
tecôie, a succédé une lête brillante à
laquelle se rend une foule immense.
Ici, comme aux autres fêtes villageoises.
I M
a«
GUIDE
on danse sur la pelou-e , à l'ombre des
chênes, au milieu des boutiques ambu-
lantes, des paniers de eomeslibes, des
chevaux de bois , et au son déchirant
des violons faux, des fifres aigus, des
tambourins à contre-mesure, au bruit
in ernal des enfans qui crient et des
joueurs qui se d sputent.
Excursion à la montaqne dite le Mail
d'Henri IV.
Distance à parcourir : un quart de lieue.
Situation : au bout do l'allée de Mainlenon.
Quels sut limes aspects, quels tableaux romautiques!
bur ces vastes rochers, confusément énars.
Je crois voir le e,énie appeler tous les arts.
Le peintre y vient obercher, sous des teintes sans nombre,
Les jets de la lumière et [es masses de l'ombre ■
Le poète y former ses plus sublimes chants ;
Le sage y retrouver des souvenirs touchans,
( Delillb , L'Homme dos Champs. }
Cette montagne, dont nous allons
gravir le sommet pour jouir des nom-
breux points de vue qu'elle offre, était
autrefois toute nue et très escarpée.
L'infortuné Louis XVI la fit adoucir, et
sur l'avis de son premier médecin, il l'a
lit couvrir de pins de Bordeaux et d'E-
cosse qui ont réussi à merve.lle. Cartel,
dans son joli poème sur la forêt de Fon-
tainebleau, s'exprime ainsi au sujet de
cette plantation.
Un peuple d'ttrbres verts nous tppelle à son tour :
ÎV'é prés de la Baltique , il orne ce séjour,
Occupe lescôteau\ rebutés par les chênes ,
Et prospère au milieu de stériles arènes.
Honneur à I.LvioxtKt , qui sur cet heureux bord
A fart croître ei fleurir les parures du nnrd !
Par lui Fontainebleau voit malgré la froidure ,
Au front de tes rochers éclater la verdure ;
Et nos ports n'auront point compté cinquante hivers ,
Les mâts qu'il a semés vogueront sur ks mers.
C'est, dit J.-J. Rousseau, sur la cîme
des montagnes solitaires que l'homme
sensible aime à contempler la nature;
c'esllà que, tête-à-tête avec elle, il en
reçoit des inspirations toutes puissan-
tes, qui élèvent l'âme au dessus de la
région des erreurs et des préjugés.
Excursion à Avon.
Dislance à parcourir: une demi lieue.
Direction: à l'Est.
* ;,*,.". ' ^"re sludious Ut me sii ,
And hold high converse wltk Ihe mighlj dead.
Je veux ici , ne recueillir et lier entretien
avec lesi'lustres nmils.
ITuousox, Poème des Saisons, p. 43l et 4Ô2.)
Autrefois, de l'Obélisque à Avon ce
n'était qu'une vaste plaine inculte ; au-
jourd'hui se présente à l'œil le plus
agréable tableau que l'on puisse voir,
par les diverses plantations qu'on y a
faites
Le village d'
Avon, qui est peuplé d'environ neuf
cents âmes, n'offre rien de curieux que
son
Eglise, dans laquelle sont renfer-
més les
Tb/nieat/xd'Ambroise Dubois, pein-
tre, qui travail! a beau coup pour le châ-
teau de Fontainebleau, et qui y mourut
le 27 décembre Kilo ; et de Monal-
desclii. Près le bénitier est la pierre
tumulaire du malheureux marquis de
Monaldeschi ; elle a environ dix-huit
pouces de long sur quinze de large ;
nous y lisons ces mots :
Ci git ilonatdesclii !
Dans le
Cimetière de l'église sont les
Mausolées du naturaliste E tlme-Louis
Daubenton , mort le 12 décembre 1783,
en sa maison de Saint-Aubrin; et du
mathématicien Etienne Bezout , né à
Piemours le 13 mars 1730, et mort en
sa maison des Belles-Loges, le 27 dé-
cembre 1783.
Départ de Fontainebleau.
Maintenant que nous avons vu tout
ce que Fontainebleau et ses environs
renferment de curieux, nous allons re-
prendre li route tic Valvin, et de là nous
allons continuer à tracer l'itinéraire du
cours de la Seine.
Départ de Valvin.
Peu de temps a rès avoir quitté Val-
vin, nous trouvons à noire gauche
Samoreau, village sur le penchant
d'une colline, et dans lequel nous re-
marquons un
Château construit sous le règne de
François I er , dont le parc et les jardins,
distribués en terrasse, sont très remar-
quables. Plus haut et du côté opposé,
est
Lariviere et la
Ferme de Montmélian , près de la-
quelle on exploite un rocher de grès.
Plus haut en> ore , nous découvrons le
Chàlcau de Sainl-Aubin, le char-
mant
Bois Gautier et le hameau d'
EJfrondé, en face duquel est le joli
Château des Pressoirs du Boi, con-
DU VOYAGEUR EN EUROPE,
ST
struit par François I", et sur les murs
duquel nous remarquons les chiffres et
devises de ce prince. Du côté opposé et
plus haut, est
Thomery, village dans lequel On
compte cent Iiabilans, et très renommé
pour le commerce considérable qu'il
fait en fruits et surtout en raisins. Du
côté opposé et plus haut, est
Champagne , village ayant un petit
port fort commode , et où l'on cultive
d'eveellens chasselals.
By, se trouve un peu au dessus et de
l'autre côté, après lequel nous décou-
vrons
Venau, village de huit cents âmes ,
qui semble vouloir nous barrer le pas-
sage. Bientôt après nous passons devant
le'
Canal du Loing , qui baigne lïloret
et qui commence dans le département
du Loiret. A quelque distance du canal
est
Saint-Mamè , village peuplé de i inq
cents habitans, et où nous allons faire
une nouvelle
i talion pour débarquer les passa-
gers que leurs affaires ou la curiosité
atltiient à
Moret, où nous allons faire une ex-
cursion idéale.
Excursion idéale à Moret.
Distance à parcourir : une demi-lieue.
Direction: le Sud.
Moret est une petite ville fort jolie,
située sur la roule de Fontainebleau à
Sens, et sur la rive gauche du Loing ,
qui y fait tourner plusieurs moulins.
Son origine nous est inconnue: il s'y
tint un concile en 8oO. Louis-le- Jeune
y avait un palais en 1128. Cette ville
est bien bâtie, propre, bien percée et
d'un aspect agréable. C'était autrefois
une place forte qui fut assiégée et prise
en 14^0 par le roi d'Angleterre et le
duc de Bourgogne. Charles VII la re-
prit d'assaut vers 1430. Aujourd'hui
ses fortifications sont bien délabrées ,
à l'exception de deuv portes d'entrée
fort élégantes, lesquelles sont flanquées
de tourelles rondes et couvertes d'un
toit élevé , terminé par un pan coupé
que décorent deux girouettes. Le vieux
château n'offre plus aujouid'hui que
des ruines pittoresques et un vieux
donjon en terrasse. Quant à l'église de
Moret , c'est un vaste édifice du xv
siècle.
Après cet aperçu général de Moret,
revenons à notre
Itinéraire fluvial. A l'opposé de
Saint-Mamé est la
CeUe-SQUs-Mnret, village fort mi-
sérable, qui n'a rien de remarquable
que le joli
Belvédère que vous apercevez sur
le haut de la colline. Bientôt nous dé-
couvrons du même côté , et au milieu
d'un bois,
Ver non , village peuplé de sept cents
habitans , et à côté le
Château cPArgevilie, placé au centre
d'un grand parc , qui communique à
la Seine par une longue avenue. A côté
coule le
fiuisseau de Champigny, qui fait
tourner plusieurs moulins. Après une
courte navigation , nous découvrons à
droite
Froide Fontaine , hameau situé au
pied d'une jolie colline , au sommet de
laquelle s'élève 1'
Obélisque de la Heine, monument de
marbre veiné de blanc, érigé à la place
même où Louis XV, vint au devant de
Marie Leczinska, fille de Stanislas, roi
de Pologne , pour en faire une reine
de France. Plus haut et à gauche, se
montre
Tavers, hameau de peu d'importance,
où nous remarquons une maison fort
jolie et dont le jardin est disposé en
amphithéâtre. En face est la
Ferme des Loges, et plus loin, dans
la même direction, celle de
Pinavant , en face de laquelle nous
remarquons la
Grande Paroisse , village n'offrant
rien de curieux. Bientôt nous décou-
vrons à droite
Varennes, dont le clocher de l'église
est assez beau. La
Diaison de plaisance, dont le parc
vient border le fleuve, est fort jolie et
bien distribuée. Enfin, après un léger
détour, nous entrons dans
Montereau, qui est le terme de notre
voyage.
Jlperçu général de Montereau. —
Cette ville est placée dans une situation
très favorable au commerce, au con-
fluent de deux rivières navigables, sur
lesquelles sont jetés deux pouls d'une
construction hardie. Elle est générale-
*8
GCIM
ment bien bâtie et divisée en trois par-
ties, dont la plus considérable, la ville
proprement dite, occupe la rive gauche,
l'Yonne et la Seine ; au nord , sur la
rive droile de celle rivière, s'étend le
fauboug Saint-Nicolas, qui forme l'a-
venue de Melun ; un aulre faubourg,
celui de Saint-Maurice, par lequel on
sort pour se rendre à Bray-sur-Seine,
est sur la pointe formée par la réunion
de deux cours d'eau.
Montereau possède de fort jolies mai-
sons , une superbe église , un hospice
civil et militaire, et de belles prome-
nades.
Débarquement , séjour et promenade.
Débarquons et allons loger à 1*
Hôtel de la l'osle, comme étant celui
où on est le mieux. Après avoir pris
possession de notre logement , nous
allons examiner successivement les
diverses
Curiosités de Montereau , en com-
mençant par 1'
Eglise Notre- Dame que longe la
grande rue. Celte église est bâtie dans
le style gothique , elle est flanquée de
deux tours carrées a.«sez massives, dont
le sommet ne dépasse pas le comble du
temple, et dont l'une, celle de gauche,
est surmontée d'une petite aiguille. Pé-
nétrons maintenant dans 1'
Intérieur de l'église , qui n'offre
rien de remarquable que le
Peut jeu d'orgues qui se trouve au
dessus de la grande porte. Autrefois on
voyait suspendue à la voûte l'épée de
Jean -sans -Peur, duc de Bourgogne,
dont le corps y a même reposé pen-
dant environ un an , au bout duquel
on en fit la translation dans l'église des
Chartreux de Dijon.
Dirigeons nos pas maintenant du
cote de 1'
H6tel-de- Ville , dont la construction
est fort belle; et de là vers le charmant
Quinconce , situé sur la rive gauche
de l'Yonne. Là sur celte pelouse ver-
doyante , et à l'ombre que donnent ses
ormes, je vous tracerai rapidement 1'
Histoire de Montereau. — Celte ville
doit, dit-on, sa fondation à un monas-
tère de Saint-Martin qui y fut fondé on
ne sait a quelle époque , et autour du-
quel «élevèrent quelques habitations
qui en reçurent le nom de Monasteria*
lum, dont on a fait Montereau.
Les premières fortifications qui eu-
rent lieu à Montereau furent faites par
Raynard II, comte de Sens, en 1026,
qui con'trui'it, à l'angle formé par
la réunion des deux rivières, un châ-
teau-fort d'où il pilait les baleaux qui
se rendaient à Pain et tous les environs.
En 114:5, Louis-le-Jcune eut à Mon-
tereau une entrevue avec saint Bernard
à l'occasion des croisades. Plus tard,
c'est-à-dire en 1389, sous le rè^ne de
Jean, ce château fut pris par le Dauphin
sur les troupes du roi de Navarre , qui
s'en étaient emparées. Après la mort
du duc de Bourgogne, Jean-sans-Peur,
assassiné sur le pont de crtte ville ,
cette cilé tomba ainsi que son château
au pouvoir du nouveau duc de Bour-
gogne , Pbilippe-le-Bon. En 1438 , les
Anglais s'en rendirent maîtres: mais
Charles villes en chassa. Depuis cette
époque jusqu'à 1387, cette ville jouit
d'un repos parfait; mais alors elle prit
le parti de la Ligue , à laquelle le duc
d'Epernon l'enleva deux ans après ;
bientôt elle fut au pouvoir du duc de
Mayenne. Mais la seule journée du 14
avril 1570, suffit à Henri IV pour l'arra-
cher aux factieux.
Depuis cette époque, Montereau pa-
raissait enfin goûter quelque repos,
lorsque l'invasion des alliés en France,
en 1814, vint de nouveau ramener
malheureusement son nom gur la scène
historique. C'e*t en effet à Montereau
que se livra , le 18 février de cette
année, la célèbre bataille qui porte le
même nom, dans laquelle les Français,
commandés par Napoléon , défirent un
corps d'armée wurtembergois et au-
trichien , qui fut forcé d'évacuer la
ville dont il s'était emparé.
En 1815, cette ville fut le théâtre de
nouveau* désastres : cinq à six mille
bavarois vinrent camper dans ses envi-
rons, où ils pillèrent toutes les habita-
tions isolées.
Telle est, cher lecteur, l'histoire de
Montereau et des divers événemens mi-
litaires qui y ont eu I eu, depuis nos pre-
mières guerres jusqu'en 1815. Mainte-
nant que ma tâche est remplie , je quitte
ces brillantes contrées pour passer dans
d'autres non moins intéressantes, et
que le fleuve baigne plus bas.
DU VOYAGEUR EN EUROPE.
B9
Basse-Seine.
Promenade de Paris à Sainl-Cloud.
Distance à parcourir: 2 lieues un quart.
i En montant demi-heure
Durée du trajet: j
[En descendant 20 min.
Bateaux affectés à ce service.
Un seul bateau à vapeur, d'une mar-
che fort aianlageuse , fait le trajet plu-
sieurs fois par jour de Paris à St-Cloud,
et de St-Cloud à Paris, en louchant
aux ports intermédiaires duPoint-du-
Jour, du Bas-ÎVIeudon et de Sèvres. Le
Prix des places à bord de ce baleau
est fixé à soixante-quinze centimes les
premières, et à cinquante les secondes.
Embarquement et départ.
C'est au
Quai d'Orsaiet non loin du Pont-
Royal que nous allons nous embarquer ;
et, comme tous les édifices et monu-
mens qui avo sinent le fleuve, depuis
ce pont jusqu'au
Pont de l'Ecole Militaire , nous
sont connus, c'est là seulement (pie va
commencer noire itinéraire fluvial.
Pa s sé ce pont , nous remarquons immé-
diatement la jolie
II? de Grenelle , et à notre gauche
le village du
Beau Grenelle , au dessus duquel
s'élève sur une magnifique colline le
Château de Vanvres , ancienne pro-
priété du prince de Coudé. Ce château,
qui fut bÉtti en 1698 , par M. de Mon-
tarçis, sur les dessirs de Julcs-Har-
douin Mansard, consiste en un grand
Corps-de-logis construit en pierre de
taille, d'une structure simple et si belle,
qu'elle remplace les ornemens d'archi-
tecture dont on aurait pu le décorer.
Son
Parc, qui s'éiend au bas de la colline,
du châieau , est surtout remarquable
par les belles eaux que lui fournissent
les fontaines de Vanvres. Le dessinateur
de ce jardin a su tirer un très grand
parti de ces eaux. Les bassins , les ca-
naux, les petilcs rivières et les jels-
d'eau y sont d'une b auté extraordi-
naiie ; et , ce qui leur donne un
charme de plus, c'est que, produites
par des sources très abondantes , ces
eaux sont d'une activité continuelle et
jamais interrompue. A côté de ce châ-'
teau , et dans le fond de la vallée, est
situé le village de
Vanvres, qui n'offre rien de très re-
marquable, mais qui est célèbre par le
fameux procès de l'âne de lierre Le-
clerc , contre l'âne de Jacques Féron,
et dont voici les faits:
Femme Leclerc , sur sa monture
Traversait un jour ce canton.
Quanti lïine de veuve Féron
Broutait , errant à l'aventure.
C'était déjà dans la saison
Qui , par son influence heureuse ,
Vient rajeunir les animaux
Et féconder les végétaux.
Près de l'anesse vov accuse ,
Dont la voix reuque témoignait
Une passion amoureuse.
Voilà crû 'aussitôt le baudet
Lève le col , se met à braire
Et veut prouver à sa manière
Les feux d'amour qu'il ressentait.
Leclerc pour écarter la bête
D'un ptus liâtou frappe sa tête.
L'animal furieux s'aigrit ,
Sur la dame à l'instant s'élance,
La mord , la renverse et s'enfuit.
N'écoutant plus que sa vengeance,
Elle se relève, et poursuit
Maitre Aliboron qu'elle accroche
Et nombre de coups lui décoche.
Non contente de sa rigueur
Par un esprit déraisonnable ,
Des soltises du serviteur
Rendant le maitre responsable,
Elle saisit cet mimai
Et l'établit sou commensal.
Féron s'iuquiete et se damne
Croyant avoir perdu son âne:
Mais . par hasard , le découvrant ,
Leclerc demande pour dommages
Des morsures et des outrages
Quinze cents francs . argent comptant,
Le procès qui déjà s'intente
Faisait rire tout le pays,
Quand 1 attestation suivante.
Produite a la cour de Themis ,
Rendii l'affaire plus plaisanta,
t INous soussignés, prieur-curé et ha-
bitans de la paroisse de Vanvres, avons
connaissance que Marie Françoise ,
femme de Jacques Féron, avait un iine
depuis quatre ans, pour le service de la
commune, et que pendant tout le temps
qu'ils l'ont eu, personne ne l'a connu
méchant, et n'a jamais ble«sé personne ;
même pendant six ans qu'il a appartenu
à un autre habitant; qu'aucun ne s'en
est jamais plaint, ni entendu qu'il ait
fait des malices dans le pays : eu foi de
quoi, nous soussignés, lui avous délivré
le présent témoignage.
A Vanvres, ce 19 septembre 1739.
Signé : Pintuel, prieur-curé de
Vanvres , Jérôme Patens ,
Claude Jannet, Louis Rétoré,
«0
GUIDE
Louis Senlis, Claude Carbon-
nel. s
Eu continuant d'avancer, la rive de-
vient peu pittoresque; à droite nous
remarquons le joli petit village du
Point-du-lour, et à gauche les hau-
teurs de Meudon, couvertes de bois et
de vignes. bîenlôt nous passons devant
une magnifique île après laquelle nous
remarquons
Sèvres, joli petit village dont il sera
question lorsque nous parcourrons les
régions de l'ouest, et à l'issue duquel
viennent les dépendances de
Saint-Cloud, qui est le lieu de notre
destination.
Débarquement et promenade.
Maintenant que nous sommes arrivés
au lieu de notre promenade, quittons
notre navire et dirigeons-nous vers le
Château Royal , car le vil âge de
Saint-Cloud ne nous offre rien de re-
marquable. Montons l'avenue du châ-
teau, et allons joindre sa première cour
dite
Cour du Fer à cheval; là nous ferons
une station pour tracer son
Historique. — Ce château ne date pas
d'une époque bien reculée. Dans l'ori-
gine il appartenait à Jérôme Gondi. Flo-
rentin, où logeait Henri III lors de son
assassinat. Il passa dans la suite aux
descendais de Gondi, parmi lesquels on
compta successivement trois évêques de
Paris, dont le cardinal de Retz fit partie.
Eu 1660 Louis XIV fit l'acquisition de ce
vieil édifice ainsi que des trois maisons
d'Hervard, contrôleur général, de Fou-
quet,surintendanldesfinances,etdeMon-
crot, pour en faire présent au duc d'Or-
léans, son frère unique. Sur ce terrain
alors on fit bâtir le magnifique château
que nous remarquons, et dont mainte-
nant nous allons faire la
Description. — Le château propre-
ment se compose d'un corps-de-logis et
de deux ailes : cette façade qui donne sur
la cour d'honneur devant laquelle nous
sommes, domine la plaine de Boulogne ;
l'aile droite a un étage et un comble en
mansarde ; l'aile gauche n'a qu'un étage
en soubassement, qui hii est commun
avec l'ordre du corps principal. Ce der-
nier a de plus un étage et un comble
en mansarde.
La principale façade est ornée de plu-
sieurs morceaux de sculpture remar-
quables. Sur le fronton nous remar-
quons le Teni| s avec ses attributs. Il
découvre d'une main un cadran entou-
ré d'enfans qui représentent les quatre
parties du jour. La corniche, d'un très
beau stvle, est portée par quatre co-
lonnes de l'ordre cor.nthien, et sur-
montée de quatre statues allégoriques
représentant la Force, la Prudence, la
Richesse et la Guerre.
Le premier étage est éclairé par onze
croisées de face, au dessus desquelles
sont des bas-reliefs représentant les
douze mois de l'année; celui du milieu
comprend ces deux comparlimens :
août et septembre.
L'aile droite est également ornée de
sculptures. Nous y remarquons Cybèle,
la déesse de la terre ; et dans les niches,
quatre statues, savoir : la Jeunesse, la
Musique et la Bonne-chère. Le fronton
de l'aile gauche, qui fait face à celui de
l'aile droite, présente Bellone, la déesse
de la guerre. Dans les niches sonl les
quatre statues suivantes : la Danse, la
Comédie, la Paix et l'Abondance.
Ces diverses statues ont été laites par
Denizot, et les frontons sont l'ouvrage
de Dupont. Quant à 1'
Intérieur du château, il est magnifi-
que et parfaitement distribué, et comme
il n'est pas public, nous sommes dis-
pensés, par cette rai-on, d'entrer dans
aucun détail à cet égard. Visitons main-
tenant les
Dépendances du château. — Les dé-
pendances de ce château sont immen-
ses, elles consistent en deux parcs qu'on
appelle, l'un, petit parc, ou parc parti-
culier, et l'autre, le grand parc. Le
Petit parc commence aux apparte-
nions même du château, et s'étend à
gauche, en montant presque au sommet
de la colline. Sur la droite et au des-
sous même du château est une espèce
de vallée qui a permis de donner à celte
partie du parc les genres d'agrément
qui sont propres aux lieux bas et en-
foncés.
Le petit parc contient aussi des par-
terres ornés de bouquets, de gazons, de
bassins, et décoré par des statues dont
la plupart sont des chefs-d'œuvre di-
gnes de figurer à Versailles. Quant au
Grand parc, auquel nous allons nous
rendre en prenant les grilles qui avoi-
sinent le pont, il s'étend depuis la Seine
DU VOYAGEUR EN EUROPE.
81
usque et par delà le sommet de la col-
'ine. Après avoir passé la grile, nous
entrons dans l'allée double ap; elée
Grande avenue, à la droite de la-
quelle nous remarquons une longue
suite de boutiques construites en 1807.
Viennent ensuite, toujours du même côté,
deux quinconces plantés en marronniers
et tilleuls, au milieu desquels se trou-
vent la grande cascade et le grand bassin.
La
Grande cascade est divisée en deux
parties : la première est connue sous le
nom de haute cascade, et la seconde
sous celui de basse cascade. La
Haute cascade est du dessin de Le-
paute. Elle a 1(18 pieds de face sur à
peu près autant de pente. Au milieu de
celle première cascade est un beau
groupe sculpté par Adam l'aîné, et re-
présentant la Seine et la Marne. L'eau
jaillit des urnes de ces deux statues, et
va tomber dans une vaste coquille.
Quant à la
Basse cascade, elle est construite sur
les dessins de Mansard , et n'est pas
moins imposante que la précédente,
par l'abondance et la rapide expansion
de ses eaux. Elle est bien plus vaste et
ses effets sont plus multipliés. Disposée
en fer à cheval, elle a avec son cai a!
270 pieds sur 98. dans sa plus grande
largeur. Trois buffets d'eau tombent
dans un bassin circulaire. L'eau retombe
en faisant nappe, dans un second, puis
dans un troisième, plus enfoncé que les
deux autres. Les intervalles sont ornés
de dauphins et de grenouilles qui pro-
jettent une grande abondance d'eau par
la bouche et les narines.
Toutes les eaux réunies se précipi-
tent avec violence par une dernière
nappe, dans le canal où >e rendent les
deux cascades, qui lui-même est orné
de quatorze jets.
A gauche de ces cascades et un peu
au dessous rions remarquons le
Grand jet d'eau , qui s'élance avec
une force et une rapidité étonnante du
grand bassin, dont il est le point du
milieu.
« raîmfi ces tels où l'onde en des canaux pressée,
Part, sVehappe et jaillit a>'ec force tancée.
A l'aspect de ces flots qu'un art audacieux
Fait sortir de la terre et tance jusqu'aux cieux.
L'homme se dît : C'est moi qui crée ces prodiges;
L'homme admire son art dans ces brillans prestiges.
C'est peu; tout doit répondre à ce noble ornement.
Que tout prenne à fenlnur un air d'enchantement!
Peisuadez aux yeux que , d'un coup de baguette,
Une fée, en passant, s'est fait une retraite.
Tel j'ji vu de Snint-Cloud le bocage enchanteur
L œil de son jet hardi mesure la hauteur;
Aux eaux qui sur les eaux retombent et bondissent ,
Les bassins , les bosquets, les grottes applaudissent;
Le gazon est plus vert, l'air plus Irais : des oiseaux
Léchant s'anime au bruit de la chute des eaux,
El les bois inclinant leurs tiges arrosées
Semblent s'épanouir à ces douces rosées, n
Après avoir vu le grand parc et les
eaux qui le décorent, il ne nous reste
plus qu'à voir le
Bois de iSuint-Cloud, que nous avons
déjà aperçu depuis le bord de notre na-
vire, et surtout depuis la cour du Fer à
cheval. De là, après avoir passé les murs
de la terrasse du château, le bois s'of-
fre à nous dans tout son entier, et sur-
tout le monument désigné sous le nom
de
Lanterne de Diogènc, espèce d'obé-
lisque, du sommet de laquelle nous
jouissons de la vue la plus étendue et la
plus variée. Asseyons-nous ici et rappe-
lons maintenant les divers souvenirs
historiques qui se rattachent à âaint-
Cloud.
Souvenirs historiques. — Le plus an-
cien souvenir historique qui se rattache
à ce lieu est celui du jeune Clodoald, à
qui son extrême jeunesse mérita la pi-
tié de ses oncles, les rois francs Chil-
debert et Clotaire , assassins de ses frè-
res, mais on lui coupa les cheveux, et,
confiné dans un monastère, il fut dé-
pouillé par là de ses droits à la royauté.
Le lieu de son exil fut No gentum. Ce
prince, devenu célèbre par sa piété et
ses vertus chrétiennes, porta le nom de
saint Cloud.
La situation de ce lie a lui donna en tout
temps une grande importance militaire ;
nous en retrouvons la preuve dans no-
tre histoire dès 1358, où il fut réduit en
cendres par Charles-k-Hauvais, roi de
Navarre, et le roi d'Angleterre. Sous le
règne de Charles V il existait un pont
sur lequel s'élevait une forteresse qui fut
plusieurs fois prise et reprise par les
Armagnacs et les Bourguignons.
Pendant les guerres de religion, la
terre deSaint-Cloud fut souvent arrosée
du sang des deux factions. Ce fut à
Saint-CIoud que Henri III et le roi de
Navarre se rendirent après leur récon-
ciliation. Henri résidait dans la maisou
de Gondi : c'est là qu'il succomba sous
es
ftUlDE
le poignard d'un moine fanatique, Jac-
ques Clément.
C'est à Saint-Cloud que le 18 bru-
maire de Tan vm, eut lieu la dé-
chéance du directoire et de ses deux
conseils. Ce fui dans ce jour mémorable
qu'un jeune homme, sorti des rangs in-
férieurs de l'armée, mais à qui peu
d'années avaient su.fi pour orner sou
front des lauriers de trente victoires,
arracha les rênes de l'état à des mains
inhabiles, et jeta les fondemens de son
pouvoir despotique. Bonaparte, devenu
empereur, garda toujours une prédilec-
tion marquée pour le château de Saint-
Cloud , qui avait été le théâtre de sa
première élévation ; aussi en faisait— il
sa résidence habituelle, et c'est là qu'il
a imait à se rendre de préférence quand
jl n'habitait pas les Tuileries.
Hôtels recommandés à Paris. — Hôtel
de Bristol , principale entrée rue Tra-
versirre Saint-Houoré, n° 22, et l'autre
rue Richelieu, n° 13.
Ce joli hôtel , près le Palais-Royal et
les Tuilerie?, décoré à neuf, a de belles
pièces parquetées et bien aérées. On y
parle anglais , allemand et espagnol.
Table d'hôte à cinq heures, délicatement
servie , à 2 francs 50 ceut. L'hôt 1 pos-
sède de vastes écuries et remises.
Hôtel fentadour , même rue 7.
Cet hôtel situé au centre du plus beau
quartier de la capitale, est avantageu-
sement connu par sa bonne tenue et
par son excellente table d'hôte. On y
trouve des bains et des voitures pour la
promenade. ainsi que les divers journaux
de la capitale.
DIVISION ROL'TIEKS DE LA FRANCE.
ta France est divisée en quatre régions, qui sont la région du Nord, la région du
Centre, la région de l'Est, enfin la région du Midi. Telle est la division routière de la
France ; telle est aussi la marche que nous allons suivre pour la parcourir.
PREMIERE REGION. -
De Paris à Rouen et de Rouen au Havre.
Mantes. — Hôtel du Cheval-blanc te-
nu par M. Degournay.
Cet hôtel connu depuis long-temps se
recommande à tous les voyageurs par sa
bonne tenue et son excellente table qui
est toujours bien fournie et très variée.
Sa maison possède un joli jardin, et de
vastes écuries et remises.
Rouen. — Hôtel de France, rue des
Carmes , n° 99.
Madame veuve Marc Rohée, cédant
aux sollicitations de ses nombreux ha-
bitués, continue à tenir ce bel établis-
sement où MM. les voyageurs trouve-
ront ce que peut attendre l'exigence la
plus rigoureuse; d'importantes amélio-
rations ont été faites à l'hôtel.
Havre. — H tel de l'Europe, situé
rue de Paris, 121, tenu par M Guérin.
Cet hôtel situé dans le centre des af-
faires, à proximité de la Bourse, des
bassins et de la salle de spectacle, pos-
sède des appartement convenables pour
recevoir toute espèce de voyageur. La
maison est construite depuis 13 ans.
Hôtel de Hollande, rue Saint-Julien,
- REGION DU NORD.
n» 6, tenu par madame Duprey-The-
venot.
Cet hôtel, qui est situé près le quai ,
en face des bateaux à vapeur et de l'en-
trée du port , est richement meublé et
décoré. Sa table est en tout temps bien
pourvue et très variée.
Routes.
Trois routes différentes conduisent à
Rouen ; celle d'en bas étant la plus suivie
et la plus pittoresque , nous allons la suivre.
Route d'en bas.
Dislance à parcourir : 54 lieues et demie ,
17 postes un quart.
Durée du trajet : 11 heures.
Topographie de la route.
Départ.
Nous avons déjà franchi les rues
bruyantes Saint-Honoré et de Rivoli,
nous voici à la
Place de la Révolution , au centre de
laquelle nous remarquons le majes-
tueux.
U/iélucjue de Louqsor, et en face
les magnifiques
Chevaux de Marly.
DD VOYAGEUR EN EUROPE.
65
Bril
ans jumeaux que l'aîné des Couslous
Fit élancer des roches de Carrare
Fougueux coursiers, de j-râce, arrêtez-vous,
Pa:is le veut, Paris n'esl plus barbare.
Pendant un siècle , auprès d'un abreuvoir,
vous avez su conserver l'abstinence ;
A non rentiers prêtez votre savoir,
A nos tribuns prêtez voire silence.
Mais quand Delille eut quitte scs loyers,
Pégase ici vous choisit pour' modèle ,
El comme vous laisse ses écu vers
Toujours à pied , et jamais sur la selle.
Vos mouvemens que l'instinct a guidés,
Frappent l'artiste et foui penser le sage,
Toujours ruans, quoique toujours biidts ,
Des nations vous nous montrez l'image.
Si la colère étincelle en vos jeux,
Ah I c'est de voir au sein de nos misères ,
Que chaque jour . dans des chars orgueilleux.
'J ant de faquins sont traînés par i os frères.
Nous traversons la superbe
Avenue de Neuilly, au bout de la-
quelle s'élève comme un géant le su-
perbe
Arc de Triomphe , élevé en l'honneur
de celui qui siégeait alors sur le trône
impérial. Cet Arc de triomphe qui fut
commencé sur les d.-ssins et sous la
conduite de itt. Clialgriu, s'élève à qua-
rante -quatre mètres de hauteur, ou
cent tient -trois pieds. Sa largeur est
de cent (rois pieds et son épaisseur de
ijuarante cinqpieds. L'arcade du centre,
placre sur l'ave de la route de Neuilly '
a vingt-trois pieds de liauleur ; sa lar-
geur est de quaranle-cinq pieds. Les
arcades qui s'ouvrent sur l'axe du bou-
levart du Roule et celui de Passv ont
vingt pieds de largeur et leur hauteur
est de cinquante pieds.
Les bas - reliefs qui doivent orner
cet arc ne sont pas encore posés. Après
avoir franchi l'Arc de Iriomphe et par-
couru une petite distance nous décou-
vrons à gauche le joli
Bois de Boulogne, qui est dans la
belle saison le rendez-vous des heureux
du jour. Les routes qui le traversent
dans tous les sens sont piesque toules
couvertes d'équipagrsél'gans; c'est aus»i
dans s s longues et belle? allées que 'es
brillantes cavalcades rie Paris, «près
avoir charmé de leur tumul ueiv éclat
l'admirable avenue rie Neuillj viennent
te faire admirer emoie Ses réduits
servent aussi d'asile aux atours et aux
duellistes.
Sur les limites du Itois de Boulogne
et piè s des rives de la Seine est
B as aulle, joli château élevé sur une
maison de plaisance habitée par made-
moiselle de Charolois, femme remar-
quable car son extrême beauté, qui eut
la singulière fantaisie de se faire peindre
eu cordelier . ainsi que l'attestent les
vers suivans de Voltaire :
...Frère de f harolois ,
Itis nous par quelle aventure
Le cordon de Saint François
Sert à Vénus de ceinture.
"Plus tard le comte d'Aï lois (Charles X)
fit l'acquisition de Bagalele, et en un
instant tout prit un autre aspect; un
logement, un jardin magnifique et
d'une ordonnance aussi belle qu'aima-
ble se trouvèrent bâtis , dt ssinés comme
par miracle : et quel est l'architeee qui
opéra celte mélamorj hose ? L'archi-
tecte Bel'anger. Ses dessins réunissent
la noblesse , la grâce et le bon goût.
Le château de Bagatelle est précédé
de trois cours ; au dehors de la porte
d'une d'elles nous lisons l'inscription sui-
vante qui donne une idée assez exacte de
cette habitation :
Parut! sirf apia.
Une rampe conduit à la porte du pa-
villon qui est décoré de belles colonnes.
Dans le vestibule sont de belles statues,
dues au ciseau des plus grands maî-
tres. Le sa ou est dans le goût italien ,
et offre une rotonde d'une belle éléva-
tion décorée de glaces et de bas-re-
liefs représeulant des arabesques et des
figures allégoriques. A gauche de ce sa-
lon est un cabinet de bain, orné de
plusieurs laideaux peints par Robert.
A côté est un boudoir parfaitement dé-
coré par Callei. Un escalier qu'éclaire
une lumière douce lombanl du comble,
conduit aux appartemens supérieurs
qui se font remarquer par leur belle
décoration. Quant aux jardins ils sont
superbes et ornés de belles statues.
Après la restauration, Bagatelle fut
donné au duc de Berri, et devint plus
lard un lieu de récréation pour ses en-
fans. Aujourd'hui cette bel, e propriété
est m ; se en vente.
L'immortel Delille, dans son délicieux
poème des Jardins, a chanté ainsi l'il-
lustre créateur de celte belle propriété.
Et loi, d'un prince aimable, ô l'asile fidèle 1
Don lie nom nop modeste est indigne de toi .
Lieu charmant, otlîe-lui tout ce que je lui dois
Un lortunè loisir, une douce retraite 1
bienfaiteur de tue» vers, ainsi que du poète ,
:'#
64
GUIDE
C'est lui qui dans ce choix d'écrivains enchanteurs ,
Dans ce jardin paré de poétiques fleurs ,
Daigne aceueillir ma muse.. . Ainsi du sein de l'herbe
La vio ettccroît auprès du lys superbe.
Compagnon inconnu de ces hommes fameux,
Ali! si ma vois pouvait chanter comme je veux,
Je peindrais tes iardins, le dieu qui les habile ,
Les arts et l'amitié qu'il y mène à sa suite !
Beau lieu , fais son bonheur : et moi .si quelque jour,
Grâce à lui , j'embellis un champêtre séjour,
De mou illustre appui j'y placerai 1 image :
De mes premières fleurs je lui promets 1 hommage -,
Pour elle je cultive et j'enlace en lestons
Le myrte et le laurier, tousdeu* chers aux Bourbons I
Et si l'ombre , la paix, la liberté m'inspire ,
A l'auteur de ces dons je dévouerai rua lyre.
A la suite du bois de Boulogne est
Neuilly . village situé sur la droite de
la Seine , où nous remarquons un
Pont d'une beauté remarquable, long
de sept cent cinquante pieds et sup-
porté par cinq arches qui ont chacune
cent vingt pieds d'ouverture et trente
pieds de hauteur sous clef. Ce pont fut
construit sous le règne de Louis XV ,
d'après les dessins de Peronnet.
A droi e , et non loin du pont et des
rives de la Seine s'élève sur p usieurs
terrasses qui descendent en amphithéâ-
tre jus qu'au rivage du fleuve le
Château de Neui'ly désigné autre r ois
sous le nom de Pavillon «le Sainte-Foin.
Ce château 1 , qui a été bâti sous le règne
de Louis XV pur M. le comte d'Argen-
son , a été habité successivement par
M. de Sainte-Foix, madame de Mon-
tesson , le prince Talleyrand , et Murât.
A la restauration , cette habitation ayant
été jointe au domaine extraordinaire,
Louis X VIII la donna à sa m;sjesléLiOuis-
Philippe.en échange des écuries WO/ 1 -
iéans.
Dès le temps de M. de Sainte-Foi , ce
château était déjà remarquable par la
beauté de ses jardins , de son p ire , de
son architecture , et par le luxe des
appartenons. Depuis quelques années
le roi a tout agrandi, tout embelli; des
bronzes, des statues, de précieux ta-
bleaux, tout y atteste son goût pour
les beaux arts qui s'y montrent à cha-
que pas. On doit au talent de M. Fon-
taine les nouvelles constructions et les
heureux changemens qui y ont été faits.
De vastes et magnifiques jardins, dessi-
nes par le roi lui-même , s'étendent
jusqu'à la Seine. Plusieurs îles récem-
ment plantées ajoutent encore aux nom-
breux agrémens du parc, et l'on com-
munique avec elles à l'aida de petites
embarcations.
Après avoir passé le pont, nous en-
trons dans
Courbevoie (Curva via), joli village
bàli sur une hauteur d'où l'on jouit d'une
vue fort étendue, et dans lequel sont
plusieurs châteaux dont le plus re-
marquable est le
Ch teau de Colonnes, bâti parM. Poze
fermier gi'néral. Ce château, qui ap tar-
dent aujourd'hui à M. Woreau, se d s-
tingue pnr une gracieuse élégance.
L'architecture peut en être proposée
comme un véritable modèle : il y a
dans l'ensemble de l'édifice une har-
monie et une variété qui lui donnent
un aspectaussi nouveau que pittoresque.
En avant de la facude principale
règne un large perron dans toute son
étendue, au dessus duquel est une ga-
lerie formée par une colonnade de l'or-
dre Poestmn. A droite et à gauche, sur
cette façade, sont deux pavillons en
saillie , formant un premier étage , des
lcrra : ses ornées de colonnes doriques;
le loutest surmonté d'une corniche du
même ordre et d'une altique au cen-
tre.
Dans les jardins , qui «ont dessinés
dans le genre pittoresque , sont de
belles statues, mais les plus remarqua-
bles sont celles qui sont placées sur
la vaste pelouse qui règne devant la
maison.
Dans la partie la plus élevée de Cour-
bevoie, se voit la superbe
Caserne construite sous Louis XV,
pour loger le régiment suisse , et d.ins
laquelle est maintenant un régiment de
ligne. Nous montons une
Petite cite, au haut de laquelle notre
vue s'arrête sur le
Mnni Valérien, montagne, l'une des
plus hautes qui soient aux environs de
Paris, a Les vues des terrasses du mont
Valérien sont uniques pour leur éten-
due et pour la beauté des objets qu'elles
offrent ; on y découvre les beaux paysa-
ges des environs de Paris , les vastes
détours de la Seine , à dix lieues à la
ronde , et la multitude de villages qui
décorent ses rives; c'est un véritable
panorama, »
Bientôt le mont Valérien disparaît
derrière nous et nous rentrons dans
Nanterre ( Nemplodorum ) , village
DU VOYAGEUR EN EUROPE.
fort ancien , renommé par ses gâteaux
et remarquable par plusieurs
Evénemens historiques. — En 393,
Ciotaire II, âgé de sept ans, et fils du
roi Chilpéric, fut baptisé à Nanterre.
En 1346, les Anglais quitenaient de s'em-
parer de Saint-Germain et de le brû-
ler, prirent Nanlerre et lui firent éprou-
ver le même sort. Plus tard, c'est-à-
dire en 1411 , les Anglais réunis aux
Armagnacs , s'emparèrent une seconde
fois de ce village et signalèrent celle
nouvelle apparition par de nouveaux
excès.
Le 2 juillet 1813, il y eut à Nanlerre
un engagement entre les troupes an-
glaises et les Français. Les der -
niers eurent l'avantage; un bataillon
Prussien y fut haché sans qu'il en
échappât un s ul homme. Mais le len-
demain les troupes anglaises ayant pris
possess on de Nanterre, elles traitèrent
les habi ans de la même manière que
leur nation avait traité les leurs aux
xiv e et xv e siècles.
A noire gauche, et à l'écart de notre
route est la
MalmàisonW château célèbre par le
séjour qu'y firent Napoléon et l'impéra-
trice Joséphine. Aprèsavoir été pendant
long-temps une habitation obscure . la
Malmaison est devenueun des châteaux
les plus agréables des environs de Paris.
Vendue comme bien national, en 1792,
elle fut acquise par Leeoulieui de Can-
teleu, alors banquier et depuis séna-
teur. L'année suivante, il la céda à
Joséphine Tascher de la Pagerie, veuve
d?Beauharnais, et f mme de Napoléon
Boiaparle, à l'époque où ce général
commençait sa première campagne d'I-
talie. Joséphine, que ses goots purs et
simples portèrent toujours à aimer les
plaisirs champêtres, s'qvliqua dès ce
moment à embellir encore cette re-
traite déjà reno nmée par ses beaux
jardins et les eaux aborda les qui les
arrosaient, devenue impératrice .'es
Francis . Joséphi e consena s s goûts
simples et son amour pour la campagne;
aussi l'un des premiers usages qu'elle
fit de sa puissance, fut de la fnire ser-
vir à l'embellissement de ces beaux jar-
dins. Instruite dans les diverse- bran-
ches des sciences naturelles, elle foi ma
à la Malmaison un superbe musée con-
sacré spécialement à celte science et
dans le parc, elle fit établir un jardin
France.
«S
botanique , une ménagerie , et une
école d'agriculture.
Le jardin botanique contenait , soit
en pleine terre , soit dans les serres
chaudes, loi: tes les plantes exotiques les
plus remarquables. La inéncgerie ren-
fermait tous les animaux terreslres,
aquatiques et volatils, pouvant vivre
dans notre atmosphère, enfin l'école
d'agriculture était consacrée à des ex-
périences utiles. Pour organiser ces di-
vers éiablissemens , Joséphine sacrifia
des sumuies énormes, mais el e ne son-
gea jamais à se fair.. construire un pa-
lais digne d'elle: sa modeste habilalion,
composée d'un rez-de-chaussée et d'un
premier élage. parut toujours suffis, nte
à son ambition. Mais, si l'aspect de ce
réduit chami êlre n'annonçait point à
l'étranger l'impératrice des Français. le
récit de ses vertus, de sa douce bien ''ai-
sance , les pleurs d'amour que répan-
daient en parlant d\ lie lous les liabitans
des villages voisins, la faisaient bien vite
reconnaître, et le vova>;eur s'en retour-
nait pénétré d'admiralion pour une
femme qui ne semblait vouloir régner
que pour se faire chérir. Aussi a-l-on
remarqué que les malheurs de Napoléon
ont commencé au moment où son in-
satiable ambition l'engagea à se séparer
de cet ange de bonté , qui semblait, à
toute heure , réconcilier le ciel avec
lui.
De même qu'elle avait accepté son
élévation sans orgueil, Joséphine sup-
porta avec noblesse, avec la plus tou-
chante résign.dion , l'outrage que lui
faisait soi ingrat époux. La Malmaîson
avait fait ses plus chères délices durant
le cours de sa grandeur , cl ai.rès sa
disgrâce, elle fit encore sa plus douce
consolation.
En 181 i. iors de l'occupation de Paris
par les abiés, l'empereur Alexandre se
fil un devoir de lui rendre visite, et de
lui témoigner, par là, sa ha île eslime.
Il accepta même, le 2(i mai , le dîner
qu'elle lui avait Tait préparer; mais cet
honneur lui fut bien funesle, car trois
jours après elle n'existait nlus.
Après la mort de Joséphine, la Mal-
ma son apparii t à -o • fils, le pnnee
de lie tiV rn is, gei dre du roi de Ba-
vière. Rn 1813, e> raison de l'ordon-
nance de Louis XVIII qui commandait
à tous les membres de l'ex-fairiillé im-
périale de se défaire des propriétés
6*
éUIDE
qu'ili araiënt en France, la Malmaison
fut mise en vente. J'ignore qui en est le
propriétaire actuel.
Après avoir traversé une
Plaine sans importance, nous arri-
vons à
Chaton ( Seine-et-Oise ) , fort joli
village sur la rive gauche dé la .Seine,
que l'on passe en cet endroit sur un
Pont, qui fut rompu en 1813, pour
opposer des obstacles à l'approche des
ennemis vers la capitale.
A côté de Clialou , et sur les bords
gracieux de la Seine, s'élève au milieu
d'un magnifique parc, le
Château d,- Chàtou , bâti à grands
frais par Berlin , qui fui un des minis-
tres de Louis XVI Ce château et tout
ce qui en dépend, est construit sur les
dessins de Soufflol.
Au sortir de Chatou nous entrons dans
le
Bois de Vézinct, qui est assis sur un
plaieau calcaire ,. recouvert de sable
ou limon d'aftérisseinei t semblable à
celui du bois de Boulogne. Henri IV
panât être le premier de nos rois qui
se soit occupé de ce bois, encore s'il
y a donné quelque attention, "c'est
jîarce qu'il avait i'avaniage de sfe trou-
ver en face de Sai . .t-Germain et sous
les fenêtres du château neuf. Ce fut
probablement ce prince qui y fit ouvrir
les principales routes qui toutes abou-
tissent à une très belle place circulaire
au midi de la Seine.
Henri IV et ses successeurs prenaient
le plaisir de la chasse dans le boi-i du
Vézinet. Lou s XIV , même lorsqu'il
eut livé sa (four à Versailles , venait se
récréer dans les environs du château
où il avait pris naissance.
Dan- un lieu isolé et aliénant au bois
du Vézinet se t ouve Ja
Faisand rie. C tte maison qui, avant
la révolu'ion, faisait partie de l'apanage
du comte d'Artois, était un rendez-vous
de clias-e remarquable par la simpli-
cité de sa construction , qui lui donne
l'aspect d'un joli ermitage , par son
jardin entretenu et rempli de superbes
plantations d'arbres étrangers, et par
son point de vue magnifique, d'où l'on
découvre depuis la Malmai on jusqu'à
Saint-Germain. Elle a été aliénée pen-
dant la révolution, avec quaraute ar-
pens du Vézinet.
Peu de tenip9 apre9 avoir quitté le
bois du Vézinet, nous entrons dans le
Pec (Al\ icum), petit village situé sur
la pente d'une monïagne très escarpée,
qui touche d'un bout au rivage de la
Sci.'.e, que l'on passe en Cet endroit sur
un
Pont de Bois, et de l'autre au pre-
mières maisons de Saint-Germain, dont
on croirait qu'il est le faubourg.
Si le Pec n'offre aucune curiosité
remarquable, il est célèbre <'ars l'his-
toire pour avoir été l'endroit où les ar-
mées de l'Europe, coalisées contre
Napoléon , effectuèrent le | assage de
la Seine en 1813. Exposé pendant plu-
sieurs jours au passage de l'a presque
totalité des Anglais et des Prussiens,
cet ii foriuné village fut successivement
dévasté par tous. Il est un de ceux qui
ont le plus souffert pendant cette fu-
ne.-te campagne de 1818.
Après avoir traversé la grande rue
du Pec , nous entrons dans
Saini-Germuin-en-Luye , où nous
allons f.iirc une
•Station idéale.
Jtperçn général de Saint- Germain,
— Cette \illc e^t bâtie sur un pi teau
élevé, tirés de la rive gauche de la Seine.
Ses rues sont en général assez larges
et suffi-amment aérées , mais elles sont
percées très irrégulièrement.
Saint-Germain possède un mont-
de-piété, trois établ s-emens de bains,
un petit théâtre exploilé par la troupe
de Versailles qui y joue la comédie,
l'opéra-comique et le vau eville , une
belle église , trois places , [ iusieurs
fontaines publiques , une halle , un hô-
pital desti ié aut malades de tout genre
et aux vieillards des deuv sexes, plu-
sieurs maisons d'éducation , établies la
plupart dans des locaux chartnans, qui
tous possèdent l'avantage d'un air pur
et salubre ; enfin un
Cliâieau Royal d'une grande beauté.
Ce château
....Est assis sur une montagne
Oui découvre (II' loin iuie \aslo campagne :
]l lemoifme aux pa'sans. leur donnant lie l'pfl'roi ,
Ou il esl lepu'S loup, temps la demeure d'un roi.
11 commande de plus à toute cetle plaine
Oui lut rend des donneurs comme à sa souveraine;
Jit la Seine , qui vient et lui lave les pieds ,
Forée tout à lui cendre ses soins humiliés.
La foret ijui parait, avec une arrogance ,
S'élever au dessus de ta toute puissauee,
DU VOYAGEUR jEN EUROPE.
Dont les arb ra obenus teniblonl loucher le« cieui,
fcout louleloi* braui-nup au dessous de ici vn-i.
L'on mil un immbie inlini de village*.
Qui d'un cour UVre.d liane lui i enduit leurs honi
El les pstils buissons , les Imites , les ormeaux ,
Ne seul pas les derniers tjui s en disent lassau'ï.
(Uahriel Qrisir.;
Historique. — Le château de Saint-
Germain fut bâti par Hèhrj IV en 1(300.
Après sa mort , arrivée le 14 mai .1610 ,
sou (ils Louis XIII fil ornçï la chapelle
du cliâteau d'une manière as'mi able :
mais LousXlV est, sans contredit . un
des rois qui contribua le (lus à l'em-
bellissement de ce lieu. Il fit planter de-
vant le château un parterre et plusieurs
bassins qui ajoutèrent de nombreux
charmes à la beauté de cette habitation,
et une superbe terrasse dont i'exec.ution
fut confiée à Le Noire.
Ce château ne pouvant contenir la
nombreuse cour de Louis XIV, ce
monarque fit construire en 1Ô80 les
cinq gros pavillons qui flanquent ses
encoignures afin d'augweuler le nom-
bre des appartenons. Pendant que l'on
s'occupait de cette réparation , il vint
habiter Versailles qu'il venait de bâtir ;
il le trouva si beau, qu'il y établit pour
toujours le séjour de sa magnifique
cour.
Ce château, jadis si fréquenté , resta
sous Louis XV et Louis XVI entièrement
abandonné ; le gouverneur seul y de-
meurait. Pendant la révolution, il servit
de caserne; et sous l'empire. Bonaparte
y fonda une école spéciale d'officiers
de cavalerie. A son retour, Louis XVIII
licencia celte école et y établit une
compagnie de ses gardes. Aujourd'hui ce
château n'est pas liabilé, et encore
quelques années, il tombera en ruiné.
^ Description. — Le château de S.iint-
Germain forme un pentagone irrégulier,
et occupe une superficie de un hectare
cinquante ares seize centiares. La fa-
çade du côté du parterre est gâtée par
une avance en pierres de tai. le, qui ren-
ferme des lieux d'aisance. Celle sur la
place dite du Château, bâtie par
François l ur , est en pierre , et eu con-
séquence d'une décoration différente
du renie du bâlimenl, partout ailleurs
en pierre et eu bii jue. La
( hapelledu château, tie cong'.rucliou
gothique, fait partie de la masse du
bâtiment et ne s'élève qu'à la hau-
teur de sou second étage. Elle est eu-
67
tourée de corridors et d'escaliers qui y
communiquent par des pontes ina-
peiçues de l'intérieur. Elle a environ
quarante pieds de hauteur, trente de
largeur et soixante-dix de longueur. La
voûte est soutenue par des piliers ornés
de fuseau* du même style que le re'te
du bâtiment et qui se croisent dans
(mis les sens. La coupole du château 6e
distingue par sa légèreté : dis rosace
en pierre, fort biensculi lie ,et laissant
apercevoir une tête couronnée au centre
de leur assemblemei t , servent de clefs
aux diliérens lires de la \oule. 1,'iiué-
1 leur est éclairé par des ouverture.- gar-
nies de trèfles en pierre et surmontées
d'ogives en fuseaux.
Lors de la tourmente révolutionnaire,
l'autel fut démoli , les colonnes furent
renversées et transportées | lus tard au
musée des Petits-Augustin* à Paris , où
l'on les voyait encore il y a quelques
années. Les boiseries du chœur furent
brisées, les grilles vendues, les parquets
arrachés, les carreaux en marbre de la
nef mutilés et détruit^, et des inscrip-
tions cachées depuis des siècles aux
yeux des hommes , furent mises à dé-
couvert. lUcn ne fut épargné de ce
qu'on aperçut et de ce qu'où put at-
teindre.
Les peintures de la voûte échappèrent
cependant comme par miracle à cet
affreux désastre.
Tel est l'état de dégradation que cette
chapelle a offert jusqu'en 1820 , époque
à laquelle Charles X accorda cin-
quante mille francs pour la réparer. Ce
travail fut confié à M. Meunier, ingé-
nieur militaire ; et le 27 janvier !,si>7,
jour de l'Epiphanie, la chapelle fut
bénite en présence des autorités civiles
et militaires et de l'élite de ta popula-
tion de Saint-Germain.
I ersoniiages historiques qui ont oc-
cupé le château de : aiiit-Cr/uain. —
Louis-le-Groa est le premier roi qui ait
habité Saint-Germain. Son fils Louis-lc-
Jeune y vint résider en l'an 114. i. n y
était encore en Ub9, et. ce fut dans ce
lieu qu'il eut une longue conférence
avec Henri, roi d'Angleterre, et conclut
avec lui un traité de paii. Phil ppe-
Augus'.e y lit plusieurs voy a es ai si que
saint Louis , qui y reçut'en 1-247 l'em-
pereur de Conslanlino le, Baudouin,
lequel lui fil don de plusieurs reliques
qui furent placées dans la Sainte-
• '
m
UUIDE
Chapelle à Paris. Le 22 mai 1271 , le
roi Philippe-le-Hardi se retira à Saint-
Germain; Pliilippe-le-Bel y séjourna
quelque ternes : c'est là qu'il perdit, au
mois d'octobre 13U6 , son fils Robert,
jeune en'ant d'une grande espérance.
Philippe V séjourna aussi à Saint-Ger-
main ; il y rendit, en juin 1326, deux
ordonnances dont l'une concernait la
loi salique, et l'autre relative à fies con-
testations qui s'étaient élevées entre
deuxévêques. En 1390, le roi Charles VI
et son épouse Isabeau de Bavière pré-
sidèrent au conseil extraordinaire , as-
semblé au château de Saint-Germain ,
pour délibérer sur une augmentation
d'impôt qu'on proposait et dreser un
tableau général des tailles. C'est au
château de Saint-Germain que fut cé-
lébré le mariage de François 1" avec
Madame Claude , princesse du sang.
Henri II naquit à Saint-Germain , le
31 mars 1518 , et y fut baptisé le 25
juillet 1519. Charles , fils de Henri ,
naquit aussi à Saint-Germain: Charles
IX fut à Sainl-Germain le 23 «oui, et
y réunit le duc de Guise et le prince
de Condé, qu'il voulait réconcilier.
L'assemblée des notables, convoquée en
1583, par Henri III, pour la réforma-
tion des abus , se tint au château de
Saint-Germain. Le résultat de cette
assemblée fut, comme en 1789, de
préparer tous les éiémens de la guerre
civile. Henri IV se plaisait beaucoup à
Saint-Germain , ainsi que Marie de
Médicis. Louis XIII habita souvent
Saint-Germain , et y faisait son séjour
habituel pendant la belle saison ; il y
tomba malade au mois de février 16i4
dans le château neuf qu'avail bâti son
père, et y mourut le 14 mai de la même
année. Son fils Louis XIV y reçut le
jour, et y fut baptisé à l'âge de cinq
ans.
Quand ,1a reine Christine vint en
France , après avoir abdiqué la cou-
ronne de Suède , elle parut se p'aire
beaucoup à Saint-Germain ; Louis XIV,
envieux de se rendre agréable à celte
reine, lui assigna le vieux château pour
séjour, el donna désordres pour qu'elle
y trouvât tous les plaisirs qui pourraient
lui convenir. La reine Anne d'Autriche
fit son lest nient à Saint-Germain , le
3 août 16îi5. L' fière et hautaine Mon-
lespan ayant succédé dans le cœur de
Louis XIV à la douce et intéressante La
Vallière, le roi donna à cette amanle
abandonnée le château de Saint-Ger-
main. Après madame de la Vallière, le
châleau de Saint-Germain fut occupé
par Jacques II, roi d'Angleterre. Ce
monarque , que sa faiblesse , son fana-
tisme et son esprit de vengeance pré-
cipitèrent pour la seconde fois d'un
trône où son frère était heureusement
remonté, se réfugia en Fiance en 1689,
après avoir couru risque mille fois
d'être arrêté par ses propres sujets.
Louis XIV l'accueillit avec sa magnifi-
cence accoutumée, el lui donna le châ-
teau de Saint-Germain pour y résider
avec la reine son épouse el les seigneurs
anglais qui l'avaient suivi dans son in-
fortuné. Ce roi détrôné et digne de
l'êlre , mourut à Saint-Germain, le 16
seplembre 170i. Un poète du temps lui
fit l'épitaphe suivante , qui peint fort
bien son genre de vie :
C'est ici que Jacques second.
Sans ministres et s;ins maîtresse.
Le malin allait a ]j messe ,
Et le soir allait au sermon.
Marie Stuart, fille de Jacques, mourut
aussi à Saint-Germain, le ISavril 1712 ;
et Josephe-Marie d'Est, sa femme , le
9 mai 1718. Enfin . Jacques II est le
dernier personnage historique que nous
trouvions avoir occupé le châleau de
Saint-Germain.
Environs de Saint-Germain.
Excursions idéales.
Panorama. — C'est à la terrasse du
château que nous de\ons nous trans-
porter pour découvrir les environs de
Saint-Germain, de là la vue s'étend à
pins de trois lieues. A notre gauche ,
nous découvrons, entre le coteau et le
lit onduleux de la Seine qui se déroule
à nos pieds comme un ruban d'azur,
le château de Maisons, les villages et
hameaux de Meni'-Vaux . Carrières-
sous-liois, le Uelloi et le Pec. En face
de nous , de l'autre côté du fleuve et
vis-à-vis le Menil, nnu* découvrons les
villages d'IIerb'ai, Montigny, la Fretle,
Cormeil, S irlrouvillc, Houille, Montes-
son, le Bois, Vezinet, Croi^sy, Chalou,
Argenté uil , Colombes , Bezons et les
tours de l'antique abbaye de Saint-
DU VOYAGEUR EN EUROPE.
Denis. A droite , nous apercevons le
Port-Marly, la rompe à feu et l'impo-
sant aqueduc suspendu dan ; les nuages,
l'île de la Ln^e, Primai, Louveciennes,
Voisin-le-Bnis, la Malmaison, la Celle-
Bougiva) , la Chaussée, la.fonchère,
Ruel,]\aiiterre et le Mont-Valérien.
Tels sont les divers endroits que nous
découvrons de lu terrasse du château,
et dans lesquels nous allons nous
transporter idéalement.
Excursion au château de Maisons.
Dislance à parcourir : 1 lieue et demie.
Xe château de Maisons est peut-ê(re
le plus beau de tous ceux qui sont dans
les environs de Paris. Placé dans une
position charmante, à peu de distance
de la Seine, il oflYe dans sa décoration
extérieure des preuves du goût et du
talent de Mansard , qui le construisit
pour René de Longueil, surintendant
des finances. Vol'aire. en décrivant le
temple du goût , semble avoir décrit
cette habitation dans ces vers :
Simple en était la noLle architecture ,
Chaque ornement à s:t |i]aec arrêté
Y semblait mis par la nécessité.
L'art s'y car liait sous l'air tie la nature :
L'œil satisfait embrassait sa structure ,
Jamais surpris , et toujours enchanté.
En novembre lfioS , la terre et le
château de Maisons furent érigés en
marquisat, Le 10 avril 1671, le jour du
décès de Philippe, duc d'Anjou, le roi
et toute la cour vinrent habiler ce châ-
teau. Louis XV eut, le 6 mai 1717,
envie de l'acheter pour madame de
Pompadour, mais il changea d'avis.
Le château de Maisons passa d'abord
au marquis de Soyeeourt. puis ensuite
au président de Maisons. Vollaire , qui
y futsouvent reçu, s'y plai ait beaucoup :
c'est là qu'il devait un jour lire, pour
la première fois , sa tragédie de Ma-
rianne, quand il fut tout-à-coup frappé
par la fièvre et par la manifestation de
la petite-vérole. Un mois se pa-sa sans
qu'il lui fut possible de revenir à Paris,
et l'instant de son départ fut celui d'un
grave accident: le 'eu éclata dans la
chambre qu'il venait de quitter, et em-
brasa en grande partie une des ailes du
château. Devenu en 1778 la propriété du
comte d'Artois (Charles X) . il fut sou-
vent honoré de la'présencede la famille
royale. Le roi, la reine Marie-Antoinette
et les princes y avaient chacun un ap-
par ement, A la révolution , il fut vendu
comme propriété nationale , et subit
alors de grandes dégradation- commises
par d'avides spéculateurs habitués à éri-
ger leur fortune sur les ruines. Les plus
beaux arbres des avenues furent coupés,
les marbres et les grilles vendus , les
bàtimeus laissés dans un déplo.able
abandon. Tel était le triste état du châ-
teau de Maisons lorsqu'il devint la pro-
priété du m réchalLannes,ducde Mon-
tebello ; et ce fut A peu près à cette épo-
que que fut décidée l'exécution du pont
actuellement existant sur la Seine, con-
struit dans la direction de l'axe du châ-
teau. Le maréchal avait eu la pensée
d'y faire d'importantes réparations, mais
une mort aussi glorieuse que préma-
turée ayant enlevé ce héros à la France,
ce projet resta sans exécution.
Ce fut en 1820 que M. Jacques Laf-
filte acheta Maisons; bientôt sous sa
main tout changea de face, le château
fut restauré avec habileté , le parc et
le jardin subirent aussi d'heureuses
métamorphoses.
La façade du château de Maisons, du
côté de la cour, se compose de deux
ordres d'architecture : le dorique et
l'ionique. Celé du côté oppo«é, est éga-
lement belle et répond parfaitement au
reste de l'édifice. Le bâtiment des écu-
ries , situé dans l'avant-cour, sur le
parc, est d'une construction élégante ;
et l'orangerie, d'une architecture gra-
cieuse. Un petit pont en fer, très
éléga t, est jeté sur le fo~sé en face le
château. Le parc est d'une vaste éten-
due, de superbes avenues le divisent.
A côté du château et sur un bras de la
Seine sont deux superbes moulins qui
dépendent de cette propriété. Auprès ,
on a établi en 1S22 une machine à va-
peur de la force de douze, chevaux, pour
fournir de l'eau dans le château, qui
était alimenté par une pompe construite
en 1081 , par Morelan , Anglais habile
en hydraulique.
Excursion à l'aqueduc de Marly , a Lu-
demies et à Marly-te-Roi.
C'est sur celte jolie colline qui est à
70
GUIDE
notre droite et qui se dirige du côté de
Paris que sont situés ces divers lieux.
L'Aqueduc de Marly élant l'objet qui
frappe le premier nos regards i.ous
allons nous y arrêter. — Cet aqueduc
assis sur la crête de la montagne de
Marly, fut construit par Louis X(V pour
recevoir les eaux de la Seine transmises
par une belle pompe à feu et destinées
à alimenter le. pare de Versailles. Cet
aqueduc , ouvrage digne des Romains
par sa conslruclion simple, sulide et
majestueuse , est composé de trente-
six arcades et sa longueur est de rois
cent trente toises : ses deux extrémités
sont terminées par deux beaux châteaux
d'eau, ou réservoirs, dont l'un reçoit
l'eau de la mSchine , et l'autre les dé-
verse danS les canaux pratiqués pour les
conduire S Versailles.
Au pied iriè'iîië de l'aqueduc de Marly
est le
Pavillon de Lucicnnes, charmante
habitation bâtie pour la fam use Du-
barry , maîtresse de Louis XV. Ce pavil-
lon , dont tous les arts concourent à em-
bellir l'intérieur, est décoré au dehors
de plusieurs colonnes de marbre B'àjic.
Il appartient maintenant à Jacques La-
fitte L'église, située non loin delà . et
dédiée à saint Martin : elle a un aspect
antique : cependant le chœur et le sanc-
tuaire ne semblent appartenir qu'au goût
du XIII e siècle.
Non loin de l'aqueduc est
Marly -le- Foi , joli village dans le-
quel Louis XIV avait fait élever un
superbe château royal digne par sa ma-
gnificence de rivaliser avec celui de
Versailles. Tous les auteurs qui en ont
parlé l'ont également célébré et en font
un pompeux élo:;e. Le chantre des Jar-
dins , Jacques Delille, les a chantés
ainsi :
C'est là que tout est grand , que l'art n'est point timide;
Là , tout est enchante :c'est le palais d'Arniide ,
C'est le jardin d'Aloine , où 6e riait un liéro3,
Noble dans sa retraite et grand dans son repos.
Qui cherrlie eneore à vaincre , à dompter «les obstacles ,
Et ne marche jamais qu'enlouré de miracles.
Voyez vous elles eaux , et la terre et les bois.
Subjugués à leur tour, obéir à ses lois ,
A ces douze palais d'élégante structure */
Ces arbres marier leur verte arebrteetu
Ces bronzes respirer; ces fleuves sus: eadus,
En gros bouillons d écume à grand In ni t descendus,
Tomber, s, prolonger dans des canaux superbes ;
Là. s'épancher on nappes: ici mont- r en gerbes ;
Et dans l'air l'enflammant aux feux d'un soleil pur
P'euvoir en gouttes d'or, d'émeraude e! d azur î
Si j'égare mes pas dans ces bocages sombres ,
Dei Faunes , des Sylvaius en ont peuplé le» ombres.
Et Diane et Vénusenchantent ce beau lieu.
Tout bosquet est un templ», et tout marbre est un dieu ;
El Lnujs , rc-pirent du tracas des conquêtes ,
Semble avoir uni lé tout l'OKmpe à ses fêles.
Tel était Marly, ce lieu créé , embelli
par le plus grand ro! de France, et
maintenant il n'offre plus que des rui-
nes, que l'aspect d'un affreux désert.
Li charrue se promène sur l'emplace-
ment des douze palais de Louis XIV.
L'humble plante consacrée à Cérès a
succédé à ces arbses dont l'ombrage
couvrait et ornait le palais du Dieu de
la France.
Départ de Saint-Germain.,
Nous sortons de Saint - Germain par
la
Grille de Poissy, qu'on vient de re-
faire à neuf et nous entrons immédiate-
ment après dans la
F'orct de Suiiil — Germain , une des
■plus belles de l'Europe. Celte forêt est
percée de belles et vastes avenues et de
routes de chasse toujours bien entrete-
nues. Elle est peuplée d'une grande
quantité de cerfs, de daims, de che-
vreuils et de sangliers nourris avec soin
pour les chasses royales.
Vers le milieu de la forêt et à droite
est la
Itoute de la Croix de Mont- Che-
vreuil, conduisant aux
Loges, joli château célèbre par la
foire du même non qui s'y tient sur la
p'ace du pavillon, et par les établisse-
mens auxquels il a servi.
Ce château fut d'abord hab'té par des
erm tes qui s'y établirent en 1624; plus
tard, c'est-à-dire en 1683, Louis XIII
le donna à des religieux Auguslins pour
s'y établir et la reine sa femme y fit bâ-
tir un monastère et des pavillons. Cette
maison, vendue à la révolution, fut d'a-
bord occupée par un instituteur, ra-
chetée ensuite par Bonaparte, et fut
consacrée par lui à un établissement
d'une succursale de la maison impériale
d'Ecouen , que Louis XVIII à son re-
tour abolit.
C'est dans celte maison que fut exilée
madame Pubarry, pendant la dernière
maladie de Louis XV. I a
Foire des Loges, qui se lient le pre-
mier dimanche qui suit immédiatement
le 30 août , est , après celle de Saint-
Cloud, la plus célèbre des environs do
DU VOYAGEUB EH EUROPE.
*
Paris; mais elle est plus bruyante, plus
tumultueuse et en général fréquentée
par me société très mêlée. « De tous
les villages environnans, et même de la
capitale, on y ai'cmi t avec l'.mpressi:-
ment que donne l'espoir du plaisir.
Peux cents à deux ceiit cinquante
fiacre?, cabriolets de p'ace . voitures et
charrettes conduisent la petite propriété
de Saint-Germain au lieu du rassem-
blement, pendant que plus de trois
cents voilures de maître, atlelées de
coursiers fiingans, y i orient avec rapi-
dité la classe distinguée.
i Sur des lapis de mousse et de ga-
zon , et sous des ormes et des chênes
antiques, s'élèvent une multitude de
lentes qui donnent à la fêle l'aspect
d'un campement militaire. Devant des
feux allumés sur la terre tourne le gigot,
la pièce de bœuf ou de venu , que era
bientôt disparaît e l'appétit des ama-
teurs. De tous les côtés des tables
dre sces en plein vent, appellent les
buveurs; ils s'v placent en riant, et
la
f Cruche au large ventre est vide
en un instant.
k Leurs saillies, leurs prétendus bons
mots, l'air d'hilarité répandu sur leur
figure, et leur pose grotesque, amusent
l'observateur qui vient tourner autour
de leurs groupes et qui y trouve mille
sujets de tableaux pour le pinceau d'un
nouveau Téniers. D'un autre côlé ,
tous les saltimbanques et les farceurs des
places de Paris s'y trouvent réunis oour
lever un tribut sur la curiosité publique
et la b dauderie. Ih offrent à l'admira-
tion ''es amateurs et des connaisseurs
des choses rares, curieuses et surpre-
nantes ; et , par d 'S paroles bouffonnes
et des annonces burlesques, cherchent
à donner à leur aud toire un avant-
goût des plaisirs qui l'attendent, et qu'il
peut se procurer dans l'intérieur pour
la modeste somme de dix centimes.
_ « D'autres amusemens appellent la
jeuness.': le violon adonné le signal
de la
Danse :
Voyez ces beautés ravissantes
Panseren rninl , leur* lol.e:; \ol!i;caiites
O'ii sont à peine un voile à lèl rs attraits.
Le doux li\ liireu se Jmu;im l après
Laisse flotter Uurfl tresses onaoyaDtea :
Sur l'herbe tendre elles forment leurs pal,
Itasaut ta lerrc el ue la tournant poj»
s Ici lesdilTérentcsclassesdela société
se séparent; chacun prend son rang et
cherche au milieu de ses égaux la li-
berté qu'il ne trouverait point ailleurs,
et sans laquelle il n'est i oint de plaisir.
Sous une lente richement ornée, l'élé-
gante cherche à répéter sur la pelouse
les nas brillans qui la firent admirer
l'hiver précédent dans les salons somp-
tueux du quartier il' Anlin ; à côté d'elle,
les filles d'un honnête marchand dan-
sent avec réserve et modeslie sous les
yeux de leur famille , et viennent ,
lorsque le chassé-huit a donné le Signal
de la retraite, prendre à côlé de leur
mère la place que celle-ci leur réserve.
Plus loin, la jeune grisette, riche de sa
fraîcheur , de son insouciance et de
ses dix-huit ans , se livre tout entière
aux plaisirs du jour, sans se souvenir
îles peines de la veille ni prévoir celles
du le'demain ; tandis qu'en plein air,
et au bruit du tambourin . la fllle du
village voisin, ronge et joufflue omine
une pomme. s>ue lourdement hors de
cadence, s'essouffle, rit et ne s'en amuse
que mieux.
«i Pendant les trois jours que dure
l'assemblée, on se livre aux mêmes di-
veilissemens ; on élève a quinze mille
le nombre des personnes qui se réunis-
sent aux Lot.es le premier jour seule-
ment. Tant que la fête a lieu, ces grou-
pes de mangeurs, ces cantiniers Iule-
tans , empressés de répondre à vingt
demandeurs à la r ois , c s bouteilles,
ces verres éuars à côlé des buveurs ,
forment le spectacle le plus pittoresque
et le plus curieux. i>
Après avoir parcouru une légère
Descente, nous entrons dans
Poissy (Pisciacum'i, petite ville située
dans un vallon , baignée par les eaux de
la Seine, sur laquelle e=t un
Pont remarquable par sa longueur et
la belle vue dont on y jouit
Cette ville est très ancienne , car
Charles H, dit le Chauve, y Itat le par-
lement en 8(>S. Les rois de France ont
habité le château qui existait à Poi«sy,
avant que celui de Saint-Germain fut
construit. Ce château sert maintenant
de
Maison de force et de correction.
Sainl Louis v naquit le 24 avril 1213.
L'
/église paroissiale de Poissy, qui est
sous l'iuvocaion de la sainte Vierge ,
72
GUIDE
passe pour avoir été bâtie par le roi
Kobert. Dans une chapelle de la nef ,
on conserve précieusement les fonts sur
lesquels la traflilion assure que saint
louis fut baptisé. Les
Vitraux <1e cette chapelle représen-
tentl'accimehemenlde la reine Blanche,
au bas on lit cette inscription:
Saint Louis fut enfant de Poissy,
E' baptisé en la présente église ;
Les fonts en sont gardes encore ici
Et honorés comme relique exquise.
A côté de cette chapelle , on lit sur
une table de marbre cette épitaphe en
sonnet:
A la mémoire
De noble demoiselle Marguerite Galloi* ,
Femme lie noble. François Pammeret , esrujer ,
Sieor de La Valade , et de noble denwisette
Pammeret , leur fille. Ici leurs corps gistent ,
Passons , priez Bien pour eux.
Tiècèdie le 39 novembre ,6 14 , âgée do 1 ans.
Celle qu'avait hymen à mon coeur attachée ,
Et qui fut ici-bas ee que j'aimai le mieux,
Ail; ntrhanger la Une en de plus dignes lieux ,
Au marbre que lu vois sa dépouille est cachée.
Comme tombe une fleur que l'hiver a sécliée ,
Ainsi fut abattu ce chef d oeuvre des cieux,
Et depuis le trépas qui lui ferma les jeux ,
L eau que versent les miens 11 est jamais élauchée.
Ni prières , ni vœux , ne m'y purent servir ;
La rigueur de la mort se voulut assouvir,
Et mon affection n'eu put avoir dispense.
Toi dont la piété vient sa tombe honorer.
Pleure son infortune ; et , pour la récompense ,
jamais autre douleur ne te fasse pleurer.
Il se tient à Poissy trois marchés par
semaine : les mardi , jeudi el sumedi.
Celui du jeudi est très considérable en
bestiaux de tou'e espèce , qui servent
principatement à rapprovïsiohiiement
de la capitule. Ce marché est connu gé-
néralement sous le nom de
Marché de Poissy. Après avoir pasf é
cette ville , nous remarquons
Triel, village pittoresquement éche-
lonné sur une hauieur parallèle au
fleuve, et dont l'église , construite à mi-
côte , est un véritable chef-d'œuvre
d'architecture gothique. Ce village
possède un
Hospice, desservi par 1rs soeurs de la
charité. Il s'y tient aussi un marché
toutes les semaines, et deux feis par an
une foire.
Après Triel, vient
Vaux, village fort agréable et assez
bien bâti. Ici le chemin cesse d'être
plat, et une montée assez rapide, bor-
dée à droite et à gauche par des habi-
tations élégantes , va nous éloigner du
fleuve pour quelques inslans. Plus loin,
nous trouvons
Meulan, ville ancienne et assez mal
bâtie, qui a eu dans le moyen-âge une
importance à laquelle elle ne prétend
plus aujourd'hui.
Deux ponts , dont l'un assez remar-
quable, traversent la Seine devant Meu-
lan. A une faible distance sur la rive
gauche, est le
Château de Bécheville, résidence de
M. le comte Daru.En quittant Meulan ,
nous continuons à suivre la rive droite
de la Seine jusqu'à
Limay , d'où nous entrons dans
Mantes. Cette ville , qui est dans
une position fort agréable, remonte aux
premiers temps de la monarchie, aussi
se raltache-t-elle essentiellement à l'his-
toirejde notre pays, par le rôle important
qu'elle a joué constamment durant nos
guerres, tant politiques que civiles.
Dès l'an 1087, Guilla mie-le-Conipié-
rant, duc de Normandie et roi d'Angle-
terre, faisant la guerre à Philippe I er ,
roi de France . avnnt de faire le siège
de Paris , passa à Mantes, s'empara de
la ville, la pilla d'abord, massacra tous
les habita ns, sans épargner ni les fem-
mes, ni les enfans . ni les vieillards , et
la réduisit en cendre en'uile: enfin il
tua , pilla et brûla tout ce qu'il ren-
contra , jusqu'à ce qu'il fût arrivé à
l'église No're-Pame de Paris , comme
il l'avait juré. En général , Mantes fut
toujours une des victimes, dans tous les
siècles et à toute- les époques, des in-
vasions et du joug auquel les nombreux
ennemis de la France voulurent con-
stamment la soumettre.
C'est à Mantes que mourut Philippe-
Auguste, en 12-23 ; c'est au c si dans celte
ville que Henri IV vint tenir son pre-
mier chapitre de l'ordre du Saint-E'prit,
dans lequel il admit le maréchal de
Biron et Benaud de Beaune , arche-
vêque de Bourges. Quant aux
Curiosités de Mantes , elles sont peu
nombreuse». L'
Eglise paroissiale , qui est d'un bon
goût et d'un aspect imposant; la
DU VOYAGEUR EN EUROPE.
Tour de l'église Saint-Maclou , re-
gardée comme un monument précieux
à cause de ton antiquité; enfin 1'
Hôtel-Dieu. Telles sont les curiosités
que nous remarquons dans celte ville.
Après avoir passé Mantes, nous re-
marquons à droite et à l'écart de la
roule
Gassicourt, village qui n'offre rien
de remarquable. Plus haut et du côté
opposé est un
Petit bois fort joli, non loin duquel
est
Rosny, village fort remarquable , si-
tué en face deux îles, dans l'une des-
quelles (la plus grande), est placé le
joli
Château rie Rosny, ancienne rési-
dence du duc de Sully, ministre de
Henri IV. Ce châleau, qui a élé la pro-
1 riété du comle Edmond de Périgord,
fut acquis en 1818, par la duchesse de
Berri, qui se plut à l'embellir. Apres la
catastrophe du 15 février 1820, cette
princesse fonda, la même année, dans
ce village, un
Hospice, sous l'invocation de saint
Charles Borromée. Ce monument de
piété et de charité entièrement termi-
né, la bénédiction de la chapelle et l'i-
nauguration de la statue eurent lieu. Un
mois après, c'est-à-dire en avril 1834,
eut lieu le translation du cœur du duc
de Bcrri. Ce cœur fut placé dans un céno-
taphe de marbre blanc, el sur ce céno-
taphe, dont la hauteur est de dix pieds,
s'élève la statue de saint Charles Bor-
romée, patron du prince. Son attitude
est celle d'un minisire de Dieu donnant
la bénédiction. Cette statue est due au
ciseau de M. Ruthchiel, sculpteur.
Sur le piédestal est gravée en carac-
tères lapidaires, l'inscription suivante :
Est déposé le coeur
De
C.-F. d*Jrteis , duc de Berry.
Vigne fis de Saint foui'..
lit du grand Henri,
Il eut la valeur elles vertus
De son auguste race.
Pète des pauvres ,
Appui des malheureux ,
lt péril avant l'âge
Sous le poignard des factieux ,
Le l3 février i8ao.
Sa mort fut hère ique.
Au delà de Rosny s'élève en amphi
théâtre, sur un coteau, le village de
Rolboise, dont la vieille
Tour de l'église est surtout remar-
quable par son ancienneté. Après avoir
traversé un coin de
Forêt, nous retrouvons la Seine, dont
la rive opposée est couverte d'une vé-
gétation admirable. Bientôt nous arri-
vons à
Bonnièves , où s'embranchent les
deux
Routes de Caen el de Rouen. Plus
loin est le village de
Port-de-p 'illiez, bâti dans les flancs
d'une montagne crayeuse, et en face
duquel la
Rivière d'Epié vient se décharger
dans la Seine. Sur la rive droite, au
delà du
Ruisseau le Grand-Val, commence
le
Département de l'Eure, et finit celui
de Seine-et-Oise.
Vcrnon est la première ville qu'on
rencontre quand on a passé cette li-
mite. Un
Beau pont, un
ancien château, Y
Eglise paroissiale et quelques restes
du moyen âge recommandent Yernon à
l'intérêt du voyageur. Au dessus de
cette ville est le
Château de la Marlelaine, maison de
plaisance de M. Casimir Delaviyne.
Bientôt nous arrivons à
Gaillon, j etil bourg qui ti'a rien de
remarquable qu'un
Château , qui fut successivement la
résidence de Louis XI et des archevê-
ques de Rouen. Après avoir parcouru
une
Route montueuse et peu agréable,
nous découvrons
Lnufiers, sur la rive droite du bras
le plus occidental de l'Eure ; l'église
qu'elle renferme est fort élégante et
d'un style sarrazin. Bientôt nous ar-
rivons à
Poitt-de-V Arche, gros bourg dont les
rues sont étroites et mal bâties, et re-
marquable par le
Pont, qui n'a pas moins d'un tiers de
lieue de longueur. Passé ce pont, nous
entrons dans le
Département de la Seine-Inférieure,
et bientôt à
Rouen , qui est le lieu de notre em-
M
GU1DB
barquement pour Elbeaf , la Bouille
et le Havre.
Aperçu général de Rouen. — Cette
ville e^t dans une situation très agréa-
ble, sur la rive droite de la Seine, au
bas d'une vallée dès ouverte, aulour de
laquelle règne une chaîne de monta-
gnes coupées par les vallées de De-
ville et de Parnetal. Elle est en général
très mal bâtie, la plupart des maisons
sont construites en bois ; les rues sont
étroites et mal pnvées; quelques quar-
tiers ont des maisons construites avec
élégance. Ses quais sont superbes et
d'une belle étendue.
Rouen possède un archevêché, une
préfecture, une cour royale, un tribu-
nal de première instance, une chambre
de commerce, une direction de l'enre-
gistrement, une belle bibliothèque, un
riche musée, un jardin botanique, deux
salles de spectacle, de superbes halles,
plusieurs belles églises, enfin de ma-
gnifiques promenades.
Historique. — Rouen est une ville
fort ancienne : elle était déjà considé-
rable avant la conquête des Gaules, les
Romains la connaissaient sous le nom
de Rothomagus, nom qu'elle portait
encore au dirièrae siècle, lors de la
conquête des Normands, qui le changè-
rent en celui de Rouen. Vers le fin du
neu\ième siècle, Rollon, fameux chef
de Normands, s'empara de cette ville,
qu'il fortifia et en fit sa place d'armes.
En 1204, Philippe-Auguste assiégea et
prit Rouen, qu'il réunit à la couronne,
ainsi que toute la province de Nor-
mandie. Lors de la démence de Char-
les VI, Henri V, roi d'Angleterre, mit
le siège devant Rouen, et ne parvint à
s'en emparer qu'après six mois de la
plus vigoureuse défense , où la famine
fit périr plus de trente mille habitans.
Les Anglais conservèrent cette ville
pendant trente années, et y commirent,
le 20 mai 1431, un exécrable assassinat
juridique sur la personne de Jeanne
d'Arc. Rouen fut encoie assiégée par
Charles IX et par Henri IV.
Séjour et promenade.
Prenons gîte à 1'
Hôtel de France, rue des Carmes, 99,
comme étant celui où on est le mieux.
Cet hôtel , qui est tenu par madame
V e Marc , est richement meublé ; il y a
une excellente table d'hôte à 5 heu-
res, et un restaurant à la carte. Se puis
assurer que c'est un des meilleurs hô-
tels que j'aie rencontré dans mes voya-
ges.
Promenade dans Rouen.
Pour parcourir Rouen avec fruit,
nous allons prendre notre
Point de départ, au commencement
del'
nous suivrons les quais jusqu'au jardin
des Plantes , ensuite nous pénétrerons
dans l'intérieur de la ville.
Départ.
Après avoir passé le
Quai au Cidre, et parcouru en par-
tie celui du Havre, nous trouvons la
Douane, bâtiment construit au com-
mencement du dix-huitième siècle, et
d'un assez beau style ; son fronton re-
présente un Mercure et les attributs
du commerce.
Pans le moment où j'écris cet arti-
cle, on construit à côté de ce monu-
ment un nouveau local pour la douane,
son peu d'avancement ne permet pas
d'entrer dans aucun détail à son
égard.
Après la Douane vient la
J uridiction consulaire , bâtiment fort
élégant, ayant plusieurs destinations;
La pièce du rez-de-chaussée de cet
édifice sert aux réunions des commer-
çans ; les trois pièces supérieures sont
destinées aux audiences du tribunal de
commercé, et l'autre pour les con-
certs.
Après la maison consulaire s'offre le
Cours Boïeldiett, l'un des plus beaux
et des plus fréquentés de Rouen. Vers
le milieu de ce cours et au milieu de
la rangée d'arbres dont il est ombragé,
s'élève une jolie
Fontaine de ■ Granit , surmontée
d'une urne et d'une couronne décou-
pée en coquillages. Au bout du cours
et à gauche est le
Théâtre des Arts , qui fait le coin de
la rue Grand-Pont, et dont le péristyle,
de forme circulaire, est composé de co-
lonnes d'ordre ionique, supportant un
entablement au milieu duquel on recon-
naît le médaillon de Pierre Corneille ,
le père de la tragédie, né $t Rouen.
1)V VOYAGEUR EN EUROPE.
7S
Cette salle, qui a été construite sur
les dessins de Guérault architecte de
Rouen , est très commode et bien dis-
posée pour la vue de la scène et pour
bien entendre les acteurs. Son plafond,
qui a été peint par M. Lemoine, repré-
sente l'apolliéose du grand Corneille
couronné par la Tragédie accompagnée
i!e divers personnages de ses princi-
pales pièces. La Sculpture et la Peinture
s'empressent de retracer les traits de ce
poète célèbre, tandis que la Renommée
va publier ses grands lalens ; Apollon
paraît resplendissant de lumière dans
le hautduUbleau. Vers le bas, le Temps
frappe de sa faux vengeresse l'Envie et
les autres passions destructives de la
gloire de cet homme célèbre.
Plus haut est le
Quai de Paris en face lequel est le
l ont suspendu, construit depuis peu.
Non loin de ce pont en bois est le
Pont de pierre ou Pont-Neuf, au
centre duquel nous remarquons la
Statue de Pierre Corneille , élevée
par les Rouennais. Plus loin est le
Jardin des Plantes, qui est un des
plus curieux de France après celui du
muséum d'histoire naturelle. Plus loin
encore, et toujours du même côté, est
le
Champ-de-Mars et la belle
Caserne lïlartainville; enfin en face
de nous est 1'
Ile de la Croix et le
Grand Cours, où nous allons nous
rendre en prenant le pont de pierre
dont nous venons de parler. Ce cours,
qui offre une des plus belles promena-
des de la France, est très fréquenté les
dimanches et les fêtes de 1 été. La plus
brillante société s'y réunit en foule et y
procure le plus admirable coup-d'œil
parla variété des modes, eldes couleurs
qui, vues sur la terrasse et la pelouse
du cours , ressemblent à un parterre
émaillé de fleurs.
En quittant ce cours, nous trouvons à
notre gauche le
Théâtre du Pont-Neuf, et plus loin,
dans la rue LafajcUe, le
Cirque de Rouen, dirigé par M. La-
lanne, écuyer distingué. Plus loin et en
face est la
Place Saint-Sever et la Caserne de
ce nom. Sauf quelques étahlissemens
industriels, c'est tout ce qu'il y a de
curieux à voir de ce côté de la Seine ;
gagnons maintenant l'autre rive et al-
lons visiter 1'
Intérieur de la fille et d'abord la
Cathédrale, en suivant la rue Granrl-
Pont. Apercevez-vous au bout de celte
rue une petite place occupée par des
marchands de fleurs? C'est la
Place de la Cathédrale , qui lui fait,
face. Arrêtons-nous ici afin de pouvoir
étudier la
I<\içadede la Cathédrale. Vous voyez
cette église est de sUle gothique , son
portail est orné de riches sculptures et
présente trois portes d'enlrée, le* deux
latérales seut de forme ogive, enfoncées
et couvertes de sculptures. Au dessus
de la porte principale s'élève un fron-
ton de forme pyramidale tout àjour.au
bas duquel est placé un vaste cadran ;
quatre autres pyramides en forme de
tourelles pointues comme les minarets
d'orient s'élèvent à parlieségales sur le
portail et remplissent l'espace que lais-
sent entre elles les tours qui terminent
les deux extrémités de la façade.
. Les deux tours qui flanquent à droite
et à gauche le portail, ont deux cent
trente pieds. L'une de ces tours porte
le nom de
Tour de Saint-Romain , son fonda-
teur, et l'autre de
Tour de Beurre, bâtie par le cardi-
nal d Amboise. C'était dans cette der-
nière tour qu'était la fameuse cloche
appelée George d'Amboise , du nom du
cardinal qui l'avait donnée et qui n'a-
vaient sa pareille qu'à Moscou. Au com-
mencement de la première révolution ,
quand les canons furent devenus plus
néces-aires que les cloches , on les fon-
dit pour le service de l'artillerie.
Dans la tour Saint-Romain se trou-
vaient encore, en 1789, onze cloches,
monnaie de Geori.e-d'Amboise et dont
le carrillon cessa par suite de la desti-
nation nouvelle qu'on donna à ces
masses d'airain.
Après cette inspection de l'extérieur
passons à celui de 1'
Intérieur, — Ainsi que vous le remar-
quez, cette église ala forme d'une croix
latine : sa longueur est de quatre cent
huit pieds, et sa largeur de quatre-vingt-
trois pieds, et celle descôlés de quarante
deuv. Les ailes qui forment les portails
latéraux, et qui, avec la ne, figurent la
croix latine , occupent une largeur de
cent soixante-quatre pieds, ou à peu
70
GUIDE
près la moitié de plus que la largeur du
vaisseau dans ses autres parties. Sur ce
point l'élévation de la voûte est de
cent cinquante-deux pieds. Quatre pi-
liers, qui ont chacun trente pieds de
diamètre, s'élèvent de* points d'inser-
tion à la même auteur de cent cin-
quante-deux pieds : c'est sur la lan-
terne soutenue par ces quatre colonnes
que montait extérieurement la fameuse
flèche haute de trois cent quatre-vingts
pieds , qui, consumée pour la seconde
fois par la foudre en 182-2, s'abîma sur
la voûte de l'église qu'elle écrasa de son
poids. Des arceaux formés d'un assem-
blage de colonnes étroites et longues
soutiennent la voule de la nef, séparée
du chœur par un élégant jubé de mar-
bre.
Dans la
Chapelle de la Vierge est le
Tombeau du Cardinal d'Amboise;
ce monument, en marbreblanc, et du
quinzième siècle, est digne de fixer votre
attention par la perfection des sculptu-
res et par le détail des arabesques.
A gauche, de l'autre côté de la cha-
pelle, est le
Tombeau de Dreux de Brézé , séné-
chal de Normandie , célèbre surtout
pour avoir été l'époux de Diane de Poi-
tiers, qui lui fit élever ce monument, dû
au ciseau du célèbre Jean Cousin, pein-
tre et sculpteur français.
Voilà, cher compagnon de route ,
tout ce que cette grande église offre
de remarquable. Certains curieux en
admirent encore les roses en verre de
couleur qui sont au dessus de chaque
portail.
Quittons maintenant cet asile de paix,
continuons notre promenade, et diri-
geons nos pas vers le
Palais de Justice, en prenant la rue
de la Groose-Horloge et celle du Bec
qui lui fait face. Ce vaste bâtiment, d'un
gothique extrêmement délicat et 1res
hardi dans son exécution , a été bâti
sous le ministère du cardinal d'Amboi?e,
alors ministre de Louis XII, qui fixa la
résidence de l'échiquier à Kouen. Fran-
çois I er érigea celte cour en parlement.
L'édifice fut achevé en 1499; mais le
parlement ne commença à y siéger
qu'en l'année 1306. Cette cour fut sup-
primée, ainsi que les autres parlemens
de France, dès les premières années de
la révolution.
Après ce léger aperçu de son histoire,
gagnons 1'
Intérieur qui est assez remarquable.
La
Première Salle par laquelle on y pé-
nètre s'appelle la
Suite des Procureurs ; on y arrive
par un escalier ou perron très élevé,
composé de plusieurs rangs de degrés.
Cette salle qui n'offre rien ds curieux,
a cent soixante-dix pieds de long sur
cinquante de large, etsousson plancher
sont placées les
Prisons de la Conciergerie. A droite
de cette salle est la
Chambre de la cour d'Assises, dont
le plafond est surtout admirable , et à
côté la
Chambre du Tribunal de première
instance.
L'édifice que vous voyez en face le
palais et qui servait jadis au logement
des présidens du parlement est la
Cour Royale , qui est la dernière
pièce à voir.
Maintenant dirigeons nos pas vers une
autre curiosité. Prenons les rues Saint-
Lô, des Carmes , et Voltaire, de là nous
allons découvrir 1'
Abbaye S aint-Onen, qui mérite d'ê-
tre visitée. Cette église, qui fut jadis une
abbaye du même nom, est d'un joli go-
thique, plus moderne que la cathédrale,
mais dont le portail n'a jamais été ter-
miné.
La nef principale est accompagnée
de deux parties latérales, ou bas-côtés,
mais exhaussés : on fait le tour de ce
monument par derrière le choeur, où se
trouve une chapelle de forme circu-
laire.
Le bâtiment moderne des religieux
sert aujourd'hui d'
Hoiel.-de-ville; dans le bas sont quel-
ques bureaux ; en face du principal
escalier est une vaste salle destinée aux
cérémonies publiques, de l'autre côté
se trouve le
Bureau des Passeports. On peut monter
au premier par ce grand escalier à deux
côtés, dont les voûtes aplaties ne lais-
sent pas que d'avoir de la hardiesse et
de l'éléganee. Le
Premier étage est occupé par les
Appartemens du Maire et par diffé-
rens bureaux de cette administration.
En suivant le corridor dans toute eon
&*t±
DU VOV'AGEUR EN EUROPE.
77
étendue, on arrive à un second esca-
lier qui conduit au
Deuxième étage. Là nous trouvons
le
Musée qui renferme plusieurs tableaux
de nos plus grands maîlres. La
Salle d'Assemblée de l'Académie, et
enfin la
Bibliothèque publique, qui est ou-
verte tous les icurs depuis dix heures
du matin jusqu'à deux, et qui renferme
trente-deux mille volumes et des ma-
nuscrits précieux. Le
Catalogue de celte Bibliothèque est
imprimé en format in-8°, et un assez.
grand nombre d'exemplaires sont pla-
cés sur les tables de lecture pour la
commodité des lecteurs. C'est la seule
bibliothèque, à ma connaissance, dont
le catalogue soit rendu public.
Après avoir visité le mu e ée et la bi-
bliothèque, il nous reste à voirie
Jardin de V Abbaye , qui est très joli
et très fréquenté par les personnes du
voisinage et particulièrement par les
enfans. Ce jardin a trois entrées, la
principale est par le vestibule du bâ-
timent ; la seconde en face, par une
grande grille qui donne entrée par la
rue de l'Epée, et une troisième par le
coin de la place à droite près l'église.
Si de l'abbaye de Saint-Ouen nous des-
cendons la rue Malpalu, nous trouvons
1'
Eglise de Sainl-Maclou, qui, à l'in-
térieur, est un diminutif de la précé-
dente ; c'est à peu près le même genre
de construction ; le style pyramide s'y
trouve partout. L'intérieur mérite toute
l'attention des curieux; nous signalons
particulièrement ici le charmant esca-
lier , sculpté à jour, qui conduit à
l'orgue.
Il existe encore une foule d'autres
églises que nous pourrions visiter, telles
que St-Mcaise, St-Vivien , St-Eloi , St-
Louis et Sle-Marie ; mais une pareille
entreprise demanderait plus d'une jour-
née de marche, et peu d'amateurs sont
disposés à accorder une journée en-
tière à visiter des églises: nous avons
vu les plus remarquables, je pense que
cela e>t suffisant. Gagnons maintenant
la rue de la Grosse-Horloge, où nous
allons voir la
Tour de la Grosse— Horloge , qui est
à côté de l'hôtel du Nord. Cette tour, qui
fut élevée en 1389, est carrée et d'un
gothique simple et fort remarquable.
Elle est percée de grandes croisées en
ogive, et s'é!ève majestueusement jus-
qu'à la plate-forme, environnée d'une
balustrade en fer. Dans son intérieur
est placée l'horloge principale de la
ville, ainsi que la cloche du beffroi.
Non loin de la tour de la Grosse-
Horloge et de Sainl-Eloi, est la
Place de la Pucr/le. C'est ici , cher
lecteur, sur cetle place même, que le
jugement le plus inique fut exécuté sur
la personne de la malheureuse Jeanne,
Pucelle d'Orléans , condamnée comme
sorcière , et brûlée en cet endroit , le
30 mai 1431. Cetle
Fontaine que vous voyez au milieu
de la nlace , sur laquelle est sa slalue ,
rappelle encore !e souvenir du 30 mai
1431. A l'ouest de cette place est 1'
Ancien hôtel du Rourg-Theioulde ,
bâti à la fin du xv e siècle. Nous y
voyons des bas-reliefs très curieux, re-
présentant l'entrevue de Henri VIII et
de François I er au champ du Drap-
d'Or.
Ici finit notre promenade intérieure,
il ne nous reste plus maintenant qu'à
parcourir les
Environs de Rouen.
Excursion au château de Canteleu.
Distance à parcourir: I lieue.
Itinéraire.
Pour nous rendre au château de Can-
teleu, nous devons suivre l'avenue du
Mont-Riboudet jusqu'à l'octroi. Là
nous prenons le dieinin à notre gau-
che, et bientôt nous entrons dans le
village de
Bapaume , qui est célèbre par l'in-
dustrie de ses habilans , par ses fabri-
ques de teinture en rouge des Indes, et
par ses manufactures d'impressions en
indiennes. Après avoir traversé le vil-
lage et gravi la côte, nous nous trouvons
en face du village de
Canteleu et de l'ancien château de ce
nom, entouré par la forêt de Rotimare.
Ce château , bâti sous Louis XIII , est
d'une belle architecture. Les
Jardins s'étendent sur une ferrasse
très hardie, couverte en partie de
lierre épais qui lui donne un air anti-
que et pittoresque qui plaît à l'amateur
78
GUIDE
de paysage. De celte terrasse, on jouit
du plus
Beau point de vue que l'on puisse
vo r ; l'œil embrasse une étendue de
plus de six lieues. A droite, nous «per-
cevons la Bouil e, les deux Couronnes,
le grand el le pelit Quevilly, le fau-
bourg St-Sever el li route de Rouen
à Paris, bordée de ses roches grises
qui , sur une rive ou sur l'aulre , ac-
compagnent et marquent pour ainsi
dire le cours de la Seine. A gauclie,
nous découvrons la côte de Bonsecours
et les grandes roches qui terminent la
barrière St-Paul , la montagne Ste-
Calherine , la côte Beauvoisine , les
hauteurs du Mont-aox-IHalades ; enfin
plus près de nous , Rouen , avec ses
nombreuses églises et leurs flèches d'ar-
chitecture sarrasine, qui semblent à
l'œil autant de minarets.
Excursion au Monl-aux-RIalades.
Distance à parcourir : demi-lieue.
Itinéraire.
Pour nous rendre au Mont-aux-Ma-
lades, nous devons traverser le
Faubourg Cauchoise. Après avoir
passé la barrière, le chemin que nous
suivons est très pittoresque , bordé de
quelques maisons assez jolies. Lorsque
nous sommes parvenus près du village,
qui est l'endroit le plus élevé , nous
jouissons du plus
Beau point de vue que l'on puisse
voir ; de là l'oeil plonge sur un immense
bassin traversé par le cours de la Seine,
bordé de prairies et d'une longue chaîne
de montagnes, et terminé à l'horizon par
des lointains qui se prolongent jusqu'à
Eibeuiet la forêt de Pont-de-PAiche.
Plus pris de nous, et en face, notre œil
se promène avec plaisir sur Rouen et
sur le cours de la Srine qui, de chaque
coté de ses bords, offre une suite non
interrompue de paysages enchanteurs.
A droite , nous découvrons une partie
de la va'lée de Deville , le hameau de
Bspaume et les montagnes qui le do-
minent, les plaines inimensrs des deux
Quevilly, les côtes de Canteleu et de
Dieppedale , qui se prolongent jusqu'à
la Bouille. A gauche, nous apercevons
les riches côleauv de la commune rie
Boisguillaume , lue naturellement i ar
des fonds cultivés à ceux du Mont-aiix-
Halades, couverts d'une verdure magni-
fique, sur laquelle dominent les ruines
de l'ancien prieuré , ainsi que son
église qui sert aujourd hui de parorse.
Tel est le vaste et varié cou; -d'œil
qu'offre le Monl-aux-Malartes, aus>i les
maisons de plaisance y sont-elles nom-
breuses et les promenades fort com-
munes.
Maintenant que nous avons vu tout
ce que Rouen offre de curieux, ainsi
que ses environs, il ne nous reste plus
qu'à tracer la
Biographie de Rouen. — Celle ville
a donné naissance à
Jienserade , poète du xtii' siècle ; à
Berruyei-, jésuite, historien, auteur
de l' Histoire du peuple de Dieu ; à
Brunny, à qui l'on doit une traduc-
tion du Théâtre des Grecs ; à
_ Pierre Corneille , le père de la tra-
gédie française ; à
Thomas Corneille , poète tragique,
frère du précédent; à
Edouard Adam . célèbre chimiste , à
qui l'on doit le perfectionnement de la
distillation ; à
Joui>en>t, peinîre célèbre du xvn'
siècle; à
Lucas, célèbre voyageur; enfin à
Jlestoul, peintre distingué.
Communications.
A. De Rouen à Elbeuf par les bateaux
à vapeur.
Distance à parcourir : 6 lieues.
i En montant 2 heures.
Durée du trajet :< En descendant 1 heure
' et demie.
Bateaux affectes à ce service.
Un seul bateau à vapeur (la T ille
d'ElùeuJ) fuit le voyage journalier de
Rouen à Elbeuf. Ce bateau, qui est
situé à l'origine du grand Cours , près
l'octroi , part d'Elbeuf tous les jours à
six heures et demie du matin ; el de
Rouen , tous les jours à cinq heures du
soir. Le dimanche et seul ment pen-
drai! l'été, il part deux fois de chaque
ville , savoir : d'Elbeuf, à six heures et
demie du matin et à deux heures du
soir ; de Rouen , à neuf heures du
matin et à cinq heures du soir. Le
Prix des places e.-t fixé à un franc
les premières, et à cinquante centimes
les secondes.
DU VOYAGEA» EN EUROPE.
W
Embarquement et départ.
Quels tableaux riches et variés.'... cette
iiappe azurée.'... ces lointains vaporeux!...
les profils gracieux (les montagnes!... les
accidens du rocher.'... Que de détails inté-
ressaus!,.. Quel ensemble admirable!
Déjà la cloche s'est fait entendre
Srois fois, la corde qui retenait notre
navire captif est larguée, la planche qui
a servi à nous embarquer est h ssée à
bord , et nous voilà gagnant le large
en laissant Rouen derrière nous. Pla-
çons-nous maintenant sur l'avant du
navire, pour étudier à notre aise les di-
vers objets qui vont s'offrir à notre vue.
Jetons nos regards à gauche , là nous
VOJOI1S P
Ile de la Croix , et de là le
Mont-Sainte— Catherine , dont les
flancs déchirés nous laissent voir sa
nature pierreuse. Ce mont, qui s'élève
à environ trois cent quatre-vingts pieds,
offre au naturaliste une grande quan-
tité de coquillages fossiles de différent
genres, et dont plusieurs espèces ne 9e
trouvent plus que là. On y trouve aussi
des vertèbres , des os , des dents de
poisson, et surtout beaucoup de madré-
pores , qui sont toujours convertis en
silex imparfaits, comme la plupart des
lits horizontaux qui traversent le corps
de celte montagne. Non loin de sa base
est 1'
Eglise Saint-Paul , dont le clocher
s'élève à peine à la hauteur des arbres
qui l'en- irounent. Plus haut est
Cauplet, village orné d'élégans pa-
villons, dont quelques uns sont des
châteaux en miniature. Le groupe de
maisons que vous apercevez au dessus
est
Blossepille-Bon-Seeours , espèce de
faubourg de Rouen , célèbre dans toute
la Normandie par sa
Chapelle- gothique, dédiée à la Vierge.
Le portail de ce petit édifice est un
ogive orné de ceps de vigne, de gaillar-
des et d'ornemens à jour. L'intérieur
est lapi-sé d'une multitude d'e.i voio,
au nombre desquels on remarque un
grand nombre de petits vaisseau?, dé-
posés -ans doute par quelques matelots
sauvés du naufrage.
De cette petite chapelle on jouit
d'une
Vue admirable sur une partie de la
ville de Kouen , sur ses maisons bizar-
rement construites, dominées par les
flèches élégantes des clochers de ses
nombreuses églises. On y embrasse
d'un coup d'oeil le port et ses innom-
brables navires, le faubourg Saînt-
Sever et les prairies qni l'avoisiucnt.
Bientôt nous sommes au
Bout du grand Cours, là notre vue
s'étend sur d'i.nmen es nrairies qui
au printemps charment l'œil par les
diverses fleurs dont elles sont ornées.
Apercevez-vous dans le fond de ces
prairies un clocher ? C'est le clocher du
village de
iiotiei'ille-lès-Rouen , où nous re-
marquons une superbe fabrique de sa-
von à fouler les draps. Plus loin et du
même côté est
Saint— Etienne de lïouaray , village
peuplé d'environ quinze cents habitans.
Bientôt la scène change. aux prairies suc-
cèdent de superbes champs couverts de
céréales, dont quelques uns clos de haies
vives fort belles. La côte du côté op-
posé a aussi changé d'a'pect, elle est
plus riante et moins élevée.
Après avoir passé quelques îles fort
jolies , nous apercevons à droite
Oissel , village remarquable par son
clocher svelte el effilé. Autrefois ce
bourg était environné de vignes qui
ont disparu, ainsi qu'une île, où les
Normands se fortifièrent au ix° siècle.
C'est dans ce village que le célèbre
d'Ambourney s'est endormi du dernier
sommeil. Après avoir longé une
Petite Ile, nous nous trouvons en face
le
Château d' Oissel, qui est fort remar-
quable , ainsi que la végétation qui l'en-
toure. Mais bientôt tout change de face,
la côte perd de sa beauté et ne présente
plus qu'une suite de rochers qu'on dé-
signe sous le nom de
Rochers W'O/ïiW, dont les faces gri-
sâtres et blafaidi.-s annoncent la tris-
tesse. La plupart de ces rochers qui sont
couverts d'arbres toujours verts dont
plusieurs semblent sortir avec effort par
leurs fentes , offrent plusieurs étages
dans lesquels les hommes se sont creu-
sé ou bâti des demeures. L'aulre rive
nousdffre une suite d'îles couvertes d'ar-
bres entrecoupés de chaumières remar-
quables par leur couleur et leur cons-
truciion. Après une courte navigation,
nous arrivons à
«0
GUIDE
Elheuf, qui est le terme de notre
voyage
aperçu général d'Elbruf. — Cette
ville est agréablement située sur la rive
gauche de la Seine , dans une belle val-
lée, bordée au nord par cette rivière,
et au midi par une chaîne de montagnes.
Elle est en général fort mal bâtie, mal
percée et encore plus mal pavée. El-
beuf possède une jolie place publique,
deux églises et uu très grand nombre de
manufactures de draps fins d'excellente
qualité, enfin d'immenses teintures.
Débarquement et promenade.
Quittons notre navire et allons visiter
les
Curiosités d'Elbeuf. Ces curiosités
sont peu nombreuses, elles consistent
en ses
Deux Eglises. Commençons par vi-
siier r
Eglise Saint- Etienne qui est située
sur une plate-forme exhaussée à côté
d'Orival. Cette église se compose d'un
chœur, d'une nef et de deux collatéraux.
Les piliers de séparation sont de forme
octogone et surmontés d'une couronne
ducale. La voûte du chœur est ornée de
culs-de-lampe. Dans la chapelle de la
Vierge, située au fond du collatéral
gauche et regardant le maître-autel, on
a pratiqué un faux jour qui produit sur
les ornemens dorés environnans uu ef-
fet de lumière tout-à-fait majestueux.
A l'extrémité inférieure de ce même
collatéral est un Saint - Sépulcre. Pa-
rallèlement à la chapelle de la Vierge ,
dans le collatéral , est unechapelle de la
Vierge surmontée d'une immense cou-
ronne. L'
Eglise Saint-Jean , située dans la rue
qui conduit au port, est plus vaste,
mais moins ancienne que l'autre ; sa
distribution est à peu près la même et les
vitraux en sontaussi fort remarquables.
B. De Rouen à La Bouille par le bateau
à vapeur.
Distance à parcourir : 4 lieues.
( En montant 1 heure.
Durée du trajet : v En descendant ô quarts
l d'heure.
Bateaux affectés à ce service.
— Pour le moment il n'y a qu'un seul
bateau à vapeur, 1'
Emma, qui fait le trajet de Rouen à
la Bouille , mais bientôt on va lui don-
ner un compagnon de route, qui dit-on,
sera d'une marche fort avantageuse.
Cejbateau, qui stationne au quai du Ha-
vre , fait ordinairement trois ou quatre
voyages par jour à la Bouille et ne sé-
journe dans cet endroit, de même qu'à
Rouen , que le temps nécessaire pour
prendre les voyageurs. Quant au
prix des places, il est fixé, comme au
bateau d'Elbeuf, à i franc les pre-
mières et à 50 centimes les secondes.
Observation. — Comme dans notre
voyage au Havre, je dois décrire la
route que parcourt ce bateau, j'y ren-
voie le lecteur pour la connaître.
C . De Rouen au Havre par les bateaux
à vapeur.
Dislance à parcourir: 22 lieues.
iEn montant heures et
demi.
En descendant 7 heures.
Bateaux affectés à ce service.
— Trois bateaux à vapeur font jour-
nellement le trajet de Rouen au Havre,
savoir : le
Louis-Philippe , qui est d'une force
de quarante chevaux, le
Gaulois, fort joli bateau, mais d'une
marche peu avantageuse: enfin la
Normandie , qui est d'une force de
cent vingt chevaux et l'un des plus
beaux bateaux qu'il existe sur la Seine,
et faisant ordinairement six lieues à
l'heure. Quant au
Prix des places dans ces trois ba-
teaux, il est à peu près le même, c'est-
à-dire 8 francs les premières et 5 francs
les secondes.
Embarquement et départ.
Gagnons le
Quai du Havre, lieu de notre em-
barquement, et plaçons-nous sur l'avant
de notre navire, afin de pouvoir mieux
jouir des sites variés que présente le
cours de la Seine.
Entendez-vous le son argenlin de la
cloche ? c'est le signal du départ de no-
tre bâtiment. Voyez-vous la fumée s'é-
chapper de son tuyau en bouillonnant
dans L'atmosphère? déjà la vapeur forte-
ment comprimée dans la chaudière a
frappé le piston qui met en jeu ses nom-
DU VOYAGEUR EN EUROPE.
81
breuses roues, tout annonce son prompt
départ. Bientôt une voix mâle fait en-
tendre ces mots :
Pousse au large! alors le bateau, par
un mouvement unifornie.s'isole de lerre;
les roues mises eu jeu par la force de la
vapeur, commencent leur battementsuc-
cessif, et le voilà fendant le fleuve avec
une rapidité étonnante. Quais, navires,
promeneurs, tout s'éloigne de nous, tout
fuit ; nos regards jusque là ne savent à
quoi s'arrêter, mais bientôt la
Vallée de Bapaume , se présente à
nous, couverte de nombreux bestiaux.
Au pied du coteau de Canteleu nous
remarquons le
Croisset et
Dieppediile , villages connus surtout
par leurs caves creusées dans le roc , à
une profondeur immense, et qui ser-
vent d'entrepôt aux vins destinés pour
la consommation de Rouen et des pays
voisins. Plus bas , et du même côté, est
W aldelnye , petit hameau fort joli ,
où sont plusieurs maisons de plaisance
fort élégantes. A notre gauche, et un peu
plus bas, se montre
Couronne, village un peu à l'écart de
la Seine, et bordé au midi par la
Forêt de Rouvray , qui sans doute
s'est élevée sur les débris de quelques
établissemens romains , puisqu'on y a
découvert, en 1760, des médailles en
bi onze du haut empire, portant presque
toutes l'effigie de Trajan, de Marc-Au-
rèle, d'Antonin , d'Adrien , etc , et des
ins'rumens aratoires. C'est dans cette
forêt que les Druides célébraient les
mystères de leur culte. Plus bas et
dans la même direction est le
Moulineaux , bourg bàli dans une
belle situation près de la forêt de la
Londe. Plus bas et du même côté est
la
Bouille, village bàli au pied d'un co-
teau escarpé, dominé par les
Ruines d'un ancien château , aux-
quelles les chroniquesdutempss'accor-
dent à donner pour fondateur Robert, fils
d'un gouverneur de Neustrie, que ses
déportemens firent appeler
Rnbert-le- Diable ... Sa position élait
forte, sos moyens de défense simpl s ;
poin d'ouvra;es avancé-, mais de, fos-
sés larges et pro r onds, des tours peu
escarpées, des souterrains vastes, etc.
Malgré sa défense présumée, ce châ-
teau figure peu dans notre histoire du
¥l\\HCK.
moyen âge ; c'était Jean Sans-Terre qui
le fit démolir, lorsque précipitant sa
fuite , il allait cacher sa honte dans les
murs de Londres, et abandonnait aux
Français vainqueurs ses provinces d'où-
Ire-mer. Cette place fut mise en état de
défense durant les guerres civiles ou de
religion, puisqu'on a retrouvédes boulets
dans ses ruines. Le silence de l'histoire
étend son voile obscur sur celui des
siècles précédens, où le jour éclaira ses
premiers débris , la pensée a beau ré-
trograder vers le passé , elle n'y trouve
rien qui la fi ie, et l'oeil ne s'y repose plu»
que sur quelques pierres dont la mousse
et le lierre se disputent la naissance.
Excursion idéale aux ruines du château
de Robert-le-Diable.
Distance à parcourir: 1 quart de lieue.
« Tout est dégradé! tout est rompu!.,.
Où sont-ils les jours où ces lieux retentis-
saient du bruit des armes , du hennissement
des coursiers, du son des cors?... où la
bannière des preux flottait sur ce donjon?..
Que de pompe et de magnificence alors !...
Aujourd'hui , quel silence !... Oui ; mais que
de poésie dans ces ruines!.,, comme l'es-
prit et les yeux sont captivés par un vieux
manoir qui s'écroule. »
Topographie de la route.
Pour nous rendre aux ruines de ce
château, nous devons suivre le petit che-
min qui est à côté de l'église île ce vil-
lage et qui longe le bas de la côte. Après
avoir passé le
Cimetière de la Bouille , plusieurs
fermes et deux moulins à eau, situés à
notre gauche, nous montons une
i etite côte , au bout de laquelle est
le
Chemin de Caen, et enfin les ruines
du châleau qui sont masquées pir une
ma-se de verdure. Montons la butte sur
laquelle gissent ses ruines, lànous allons
jouir du plus
Beau point de vue que l'on puisse
voir. A nos pieds circule la roule de
Caen ; plus loin , quelques villages élé-
gamment groupés enrichissent de leurs
fabriques et de leurs vergers les deux
rives de la Seine, qui se déroute avec
majesté dans une plaine immense à tra-
vers les paysages les plus gracieux. A
gauche, le lit du fleuve, qui s'élargit de
plus en plus en plus, annonce la proxi-
mité de l'Océan. De l'autre côté, en
82
GUIDE
suivant les îles de verdure qui se suc-
cèdent, qui se confondent, el entre les-
quelles la Seine se perd et se retrouve
à chaque instant, les regards s'arrêtent
sur les superbes tours de Rouen.
Après avoir admiré le brillant tableau
qui se déploie sous nos yeux et contem-
plé le bout de mur qui semble prêt à
tomber, descendons le
Petit sentier tortueux et allons par-
courir les
Souterrains qui nous restent à voir. L'
Ouverture principale des souterrains
fait face à la roule de Caen : c'est une
espèce de ve tibule , de forme assez irré-
guiière, n'offrant rien d'intéressant que
les divers noms que les visiteurs y ont
tracés contre le mur. C'est dans ce vesti-
bule que sont les ouverlures des trois
souterrains existans. En face la porte du
vestibule est l'entrée d'un souterrain qui
était fort vasle , mais dont l'entrée est
presque obstruée aujourd'hui par les
éboulemcns. A droite en est un plus
petil, débouchant dans les fossés, d'où
il reçoit le jour par une pelite ouverture
due à réboulement du mur dans cet eu-
droit. A gauche est Je dernier souterrain
qui est le mieux conservé; on peut y pé-
nétrerfort avant, mais je crois qu'il se-
rait imprudent de le parcourir dans toute
son étendue, à cause des nombreuses
cavités que présente le sol. A côté, et près
de la porte, nous remarquons une vaste
ouverture, due sans doute à la chute de
sa voûte.
Voilà le tableau que présentent ces rui-
nes; maintenant je vais continuer à tra-
cer notre route.
Eu face la Bouille, et non loin du pas-
sage , est le joli
Château de Sahur , appartenant
à M. de Trémoville ; après la Bouille
nous découvrons les
Carrières de Caumont, d'où l'on tire
la meilleure pierre à bâtir, de tout le lit-
toral de la Seine. Les amateurs dj géolo-
gie doivent visiter dans ces carrières les
Grottes de Caumont, célèbres par les
stalactites qu'elles renferment.
nps.
Ci-8 et ot! es ont leur voûte en merveilles féconde ,
Où brillent suspendus les chefs-d'œuvre de l'onde,
Areliit' cte , sculpteur et peintre en même lemp
L'onde seule eml.ellit ces liunbris éclataus,
Descend en girandole et se courbe en arcade,
S arrondit en bassin , s élevé en colonnade ,
Se découpe en festons, se moule en chapiteaux,
Se groupe quelquefois en brillans végétaux.
A mil re tous ces jeux dans leur caprice extrême ,
L'ùuaginaliou se fatigue elle-même.
Jouissant, admirant et créant à la fois
L inconstante souvent les compose à son choix;
Elle en fait des bouquets, des sortes de trophées.
Ou dirait qu'en ces.lieux habitèrent les fées;
On dirait que Cvbéle a dans ces antres frais
(.Large le dieu des eaux de bâtir son palais ;
Non , jamais dans ses traits , jetés à l'aventure ,
Le hasard ne sut mieux embellir la uature.
Apercevez-vous sur la crête de ces
rochers une belle maison? C'est le
Cliâlcau de Bardouvûle , manoir
dont le nom n'est pas étranger aux tra-
ditions des vieux temps. Aptes un léger
détour nous arrivons à
Ducluir, qui n'a de remarquable que
son quai. Les Normands détruisirent
dans le bourg une abbaye d'hommes,
qu'ils y trouvèrent dans leurs premiè-
res invasions.
Les alo-es et les éperlans pèches à
Duclair jouissent d'une réputation im-
mense , parce que le mérite de ces
poissons croît à mesure qu'ils sc.t pris
à une plus grande distance de l'embou-
chure du fleuve.
Sur la rive opposée, et non loin de
Duclair, s'élève une pointe de rocher
qu'on nomme
Chaire de Gargantua. Cette émi-
nence.en raison de son élévation, se-
rait très propre à porter un fanal de
navigation pour éclairer les bâtimens
qui descendraient ou remonteraient la
Seine.
Peu de temps après avoir passé Du-
clair, nous découvrons à droite et à l'é-
cart du fleuve 1'
abbaye de Jumièges, dont les tours
s'élèvent au milieu d'une presqu'île
formée par le contour de la Seine.
Dans le premier temps de sa fondation,
celle abbaye était fort vaste, car elle
contenait neuf cents religieux et onze
cents frères cornets. En K'67.Gui!Iaurae
Longue-Epée, fils deRollon, la fit con-
struire telle que nous la vo\ons aujour-
d'hui. L'architecture est saxonne, les
deux principales tours sont carrées jus-
qu'aux trois quarts de leur hat'leur; la
partie supérieure offre un polygone ir-
régulier.
C'est à Jumièges que Tassillon, duc
de Bavière, vaincu par Charlemagne,
contre lequel il s'était révolté, fut ."at-
elier sa honte et ses revers; forcé de
renoncer au monde, c'est là qu'il em-
brassa la vie monastique avec son fils
Thedon, après avoir eu la tête rasée en
punition de sa félonie.
DU VOYAGEUR EN EUROPE.
85
Charles VII aimait Jumièges, il s'y
était fait bâtir une maison de plaisance
où il resirla long-temps ; c'est là qu'il
perdit la belle Agnès Sorel, cette maî-
tresse d'un roi, qui fit servir à la gloire
et à la liberté de son pays, la passion
qn'elle avait inspirée à son souverain.
Le monument qui contenait dans
l'abbaye le cœur et les entrailles de l'a-
mante royale, fut le premier que détrui-
sit à Jumièges la fureur révolutionnaire:
les débris en furent disperses, et le
marbre qui les couvrait sert aujour-
d'hui de nerron à un bàlimeutde la rue
Saint-Maur, a Rouen.
Dans le moment que je visitai les rui-
nes de Jumièges (le 28 juillet 1835), je
trouvai un jeune artiste de l'iris
M. All?gré, occupé à les [dessiner; sur nia
demande il voulut bien me monder les
dessins qu'il en avait déjà faits. Je les
trouvai parfaits, et je suis certain qu'a-
près ceux de M. Langlois, sur ce sujet,
ce sont ceux qui offrent le plus de vé-
rité. C'est un hommage que je me plais
à rendre à ce jeune artiste , qui donne
les plus belles espérances.
A gauche et en face Jumièges sont
les
Marais de la Harel, entourés d'ar-
bres et d'une belle végétation.
Ici le fleuve décrit une courbe très
considérable, et coule entre deux fo-
rêts qui bornent l'horizon. Bientôt nous
commençons à apercevoir la
Mailleraie, bourg où se trouvent les
premiers chantiers de construction na-
vale qu'on rencontre depuis Rouen.
A l'eitrémité de ce bourg se trouve
le
Château de la Mailler me, dont les
terrasses élevées et les constructions ir-
régutières sont parallèles au cours de la
Seine. Ce joli cas!el, qui appartient .
aujourd'hui à madame la marquise
douairière de Mortemart.aété habité par
mademo s»lle de la Vallière, à cet âge
heureux où, pour la première fois, fon
cœur s'ouvrit à l'amour. Apercevez-
vous au nord-ouest de celle vaste habi-
tation une
' o'onne iJemar'rc s'élever du milieu
d'un parterre? C'est un monument éle-
vé par l'ancienne et honorable proprié-
taire (Madame la marquise de Nagu ),
pour perpétuer 1 ■ souvenir d'une visite
de madame la duchesse de Béni, en
1824.
En quittant le parc de la Mailleraie,
nous découvrons en un instant le
Clocher de Blicquetuit, et bientôt la
rive gauche ne présente plus que des
prairies sans fin, bornées à l'extrême
horizon par les premiers plants de la
forêt de Biotonne; à droite, la forêt
du Trait s'est rapprochée du littoral.
Après un léger détour nous décou-
vrons
Caudebec , placé entre deux coteaux
élevés, au débouché d'une vallée très
agréable qu'arrosent plusieurs gros
ruisseaux. Dans son port on j eut dé-
charger, de haute marée, des navires de
150 tonneaux. Le célèbre Vernet. pein-
tre maiitime et assez bon juge en celle
partie, re ; ardail le point de vue pris
du quai de Caudeb c , comme l'un
des plus beaux qui existent en„France,
par l'ellipse parallèle que décrit la
Seine au dessus et au dessous de ce
point.
A quelque dislance de Caudebec, en
suivant toujours les bords de la Seine,
la vue s'arrèle fur un
Vallon d'un aspect sauvage : c'est là
que gisent les
Jiuines du monastère de Fonlenelle.
Cette abbaye, dans les temps les plus
reculés, a compté jusqu'à trois cents
religieux. C'est dans son enceinte que
Théodore, fils de Childérie, dernier roi
de France de la dj nastie mérovingienne,
termina ses jours. Ecole de beaux arts
et de science, tout cela se trouvait à
Fonlenelle avant que le relâchement de
la discipline monastique, l'oubli des
mœurs, qui en fut la suite, la soir des
honneurs, des titres et des privilèges
eurent remplacé la ferveur exemplaire
et la vie simple et laborieuse des reli-
gieux des premiers temps.
Du même côté ciue Caudebec, et un
peu plus bas est
Villequier, petit village où e?t la
Première station Au pilotage de la
Seine, entre ,'touen et le Havre. Les
pilotes de Villequier sont au nombre de
trente-neuf maures, avec ui e liste sup-
plémentaire de pilotes apprentis; leur
ministère se borne à conduire les bâii-
mens autres que les pelits caboteurs
de la rivière, depuis Villequier jusqu'à
la Mai leraie. Au delà de ce point la na-
vigation ne présente plus de danger.
A l'ouest de Villequier s'élèvent des
chantiers de construction pour les bâ-
84
GUIDE
thnens d'un petit tonnage. Un peu au
dessous de ce village, apercevez-vous
une grosse roche dans le fleuve ? c'est
la
Pierre du poirier, où finit le minis-
tère des pilotes de Villequier et com-
mence celui des pilotes de Quilleboeuf.
Du côté opposé à Villequier, et un
peu plus bas, est le hameau de la
Vaqueri-, placé dans une position
fort agréable, et où se fabriquent des
fromages carrés renommés dans le pays
même, mais peu connus au delà d'un
rayon d'une lieue.
Après avoir parcouru un détour assez
considérable, nous découvrons à droite
Norville, village assez pittoresque et
entouré de prairies.
Plus bas s'élève le
Ch tenu de Saint-Maurice-d'Eter-
lan, et plus bas encore l'église du vil-
lage du même nom ; enfin celle de
Petite-Ville,
jézier et le
Vieux-Port sont situés à notre gau-
che, le premier vis-à-vis
Saint-Maurice , le second vis-à-vis
Petite- Ville. C'est en face de ce dernier
endroit que commencent les nombreux
Bancs de sable, que nous remarquons
lors de la basse mer, et qui s'étendent
jusqu'à Honfleur. Ces bancs, qui font le
désespoir des marins, sont distingués
en
Bancs ripuaires, ou qui tiennent an
rivage, tels sont ceux de Fiquefleur, du
Tôt, d'Azier, et en
Bancs médiostaires, ou qui occupent
différens points du milieu de la Seine,
et qui ne tiennent pas à terre : tels sont
ceux de R^tier, d'Honfleur, de Quille-
boeuf, de Tancarville, etc.
Les bancs de la première espèce doi-
vent leur formation à un banc tourbeux
qui retient le sable apporté par les cou-
rans ; quant à ceux de la dernière es-
pèce, ils sont formés par le caprice de
l'eau. Les premiers , bien qu'ils of-
frent une certaine résistance à la force
des courans, sont souvent détruits en
peu de jours, sans qu'il en reste le
moindre vestige; les seconds étant tout-
à-fait mobiles, changent de place et de
forme d'une marée à l'autre, et ren-
dent par ce moyen la navigation non-
seulement dilficile, mais fort dange-
reuse.
Maintenant que nOus avons une idée
de la formation des bancs de sable, re-
prenons nos descriptions. Après Saint-
Maurice nous apercevons à notre gau-
che, sur un coteau boisé,
Quilleboeuf, si connu et si redouté
par les navigateurs. Cette petite ville
n'a point de port , mais seulement un
très beau quai contre lequel viennent se
ranger les navires auxquels l'eau ou le
vent manquent, soit pour descendre la
Seine jusqu'au Havre ou jusqu'à la mer,
soit pour la remonter jusqu'à Rouen.
Quatre-vingt-dix-neuf pilotes sont
attachés au port de Quilleboeuf et à
toute la partie du fleuve qui s'étend de-
puis la pierre du Poirier, jusqu'à son
embouchure. L'
Eglise de Quilleboeuf est située h
l'angle formé par le quai et l'ouverture
de la Lagune: c'est un bâtiment assez
bien construit, mais qui n'est ni d'un
style remarquable , ni d'une grande
étendue. Quant aux
Environs de Quillebœuf, dont je dois
vous dire un mot, ils sont fort jolis ; de
la
Plaine de Saint-Aubin , la vue est
magnifique. Au nord et au levant , on
voit les côtes du pays de Caux qui
tournent circulairement autour de la
Seine, et lui offrent un bassin dont le
moindre diamètre est d'une lieue. Au
midi et un peu au couchant , d'autres
coteaux plus élevés, en regard desquels
la campagne de Saint-Aubin forme une
vallée, prosentent une anse ren'ermant
des marais et des terrains cultivés en
jardirages, pour l'approvisionnement
des villes de Pont-Audemer et de
Quilleboeuf. Derrière ces coteaux, plu-
sieurs autres s'avançant davantage vers
la mer, forment une chaîne de coteaux.
A l'extrémité des côtes du pays de
Caux, où se trouve la ville du Havre,
on voit la voûte azurée se confondre à
l'horizon avec la nier.
La nature, dans tous ces parages , est
riante et animée, et tout y semble réuni
pour fixer l'attention : mais rien n'est
plus digne d'admiration que l'aspect
imposant de la
Barre, qui, s'avançant par un mur-
mure dont elle est précédée de quatre
à cinq lieues, et qui , parcourant avec
rapidité des espaces considérables,
brise et emporte tout ce qui gêne sa
marche , engloutit les navires échoués
qui n'ont pu trouver dans le portun re-
DU VOYAGEUil EN EUROPE.
8â
fuge contre ses fureurs , déracine les
arbres, détruit les digues, renverse les
murs et vient frapper avec une vio-
lence ef rayante les quais qui en sont
souvent ébranlés. 5a niasse, quelque-
fois de douze à quinze pieds d'élévation,
roulant devant elle et le sable et diffé-
rens débris des rivages du fleuve dont
elle repousse les eauv, établit des cou-
rans auxquels rien ne peut résister dans
la première heure de la marée mon-
tante ; et , à ce tumulte étonnant, suc-
cède un calme qui s'étend jusqu'à
l'àme. Plus de courant dans la rivière,
plus de mugissement dansl'almosphère.
Bientôt le nombre prodigieux de
navires dont le fleuve est couvert, vient
occuper l'attention et compléter cette
scène variée, d'une manière plus ou
moins intéressante.
Du côté opposé à Quillebœut et en
face , est
Lillebonne, petite ville située au mi-
lieu d'un vallon fort agréable, et ren-
fermant une grande quantité de
Ruines romaines, paifaitement con-
servées. On ne saurait creuser la terre
à Lillebonne sans trouver des fonda-
tions, des médailles, des débris de toute
espèce. En descendant la vallé ■ vers le
Ménil, un vaste emplacement à droite
et à gauche du chemin est tout rempli
d'urnes, de vases, pour la plupart en
verre , et de sculptures romaines. En
remontant le vallon opposé, un
Aqueduc, qui allait chercher l'eau à
plus d'une denii-lieuede la ville, existe
encore par portions aliénâmes au vil-
lage; enfin se voient les importantes
Huines d'un théâtre romain, dont la
scène présente environ cent vingt-trois
pieds d'ouverture. Ce théâtre est con-
struit en tuf 1res léger. Ses pierres sont
très petites el carrées par leur face
extérieure; le parement du morier a
été fait de manière à laisser une grande
rainure entre elles, après un certain
nombre d'assises de grandes briques
assez dures.
La scène et les décorations étaient
probablement de bois , car on n'y dé-
couvre aucun vestige même de fonda-
tions; des deux côtés sont de grandes
chambres ou coulisses : celle de l'est a
trente-huit pieds de large dans œuvre ,
sur cinquante-sept de long; les murs
ont environ quatre pieds d'épaisseur.
Derrière cet appartement , après une
muraille de six pieds d'épaisseur, on
trouve un cabinet ou couloir de trente-
huit pieds de large sur neuf de longueur,
sans communication avec le premier.
La distribution, et à peu de chose
près les dimensions , sont les mêmes de
l'autre côlé.
De chaque côté, après 1rs apparte-
nons dont je viens de parler, sont des
espèces de vomitoires conduisant des
galeries extérieures dans le rez-de-
chaussée. Celui de l'ouest a environ
trente-neuf pieds de large ; celui de
l'est n'en a que dix-huit à vingt. Vient
ensuite l'emplacement semi-circulaire
des gradins dont les revêlemens n'exis-
tent plus.
A l'ouest, une galerie avec vomitoire,
règne autour d s gradins et se prolon-
geait infailliblement autrefois tout au-
tour de cet édifice. Cette galerie a
quinze pieds de longueur ; ses murs,
dans lesquels on remarque des assises
de briques , sont beaucoup plus rappro-
chés, et soutenus de place en place par
des arcs-boulans de trois pieds sur
quatre, faisant saillie dans l'intérieur
de la galerie.
Telle est, en peu de mots, la compo-
sition et la distribution de ce théâtre,
que je conseille aux amateurs d'anti-
quités de visiter, et surlout le vieux
Ch iteau que vous apercevez à l'est ,
ancien manoir de Guillaumc-le-Con-
quérant , qui l'appelait son palais ducal.
Quant à la
Population de Lillebonne , elle se
compose de moins de mille habitans,
répartis dans deux cents feux , et qui
appartiennent presque sans exception
à la classe industrielle ou ouvrière.
Du même côlé de Lillebonne, et après
un détour assez considérable, nous dé-
couvrons
Tancarville , vieux manoir en ruine,
dont la masse grise se dessine sur le
fond sombre d'une colline boisée. Tan-
carville , aulrefois domaine seigneurial
d'une des branches de la maison de
Montmorency, appartient aujourd'hui
à madame la maréchale Suchet. Les
débris de ce vieux château datent en
partie des temps féodaux , en partie
du siècle dernier ; mai9 les monu-
mens de son premier âge sont restés
plus intacts que ceux de sa deuxième
époque ; les constructions en pierre
étant les seules que la deitruction n'ait
%
a«
GUIDE
point atteintes. C'est, dit-on, dans ce
château que M. Lebrun a composé sa
belle tragédie de Marie Sluart.
Du côté opposé, s'avance dans la
Seine le
Cap de la Roque. Plus loin s'éten-
dent les
Prairies de Saint-Samson, traversées
par la
Mille, petite rivière qui vient se jeter
dans la Seine en cet endroit , après un
cours d'une trentaine de lieues qui
n'est naugable aux caboteurs de la
Se. ne que jusqu'au dessous de Pont-
Audemer.
A une faible distance de l'embou-
chure de celte rivière, de l'autre côté
des prairies de Saint-Samson , s'élève
Bertille , d'un aspect moins sauvage
que la pointe de la Roque.
Ici le fleuve est très large; on ne dis-
lingue que confusément les objets de la
rive opposée, et c'est avec peine que
nous apercevons le
Chiteau d'Orcker, qui domine la
dernière chaîne des falaises qui termi-
nent vers la Seine le plateau entre
Bolbec et Harfleur.
Le coteau sur lequel est assis ce châ-
teau, offre dans ses mousses incrustées
un aliment à l'attention de l'observa-
teur. Les eaux très sélénileuses qui
s'échappent à travers la pierre calcaire,
chargent de leurs dépôts et revêtent
d'une croule assez solide les substances
diverses sur lesquelles on les voit cou-
ler : elles leur impriment des formes très
variées par les incrustations qui se suc-
cèdent chaque année.
Du côté où notre navire s'avance ,
nous ne tarderons pas à longer Saint-
Sauveur et
Honjleur, d'où nous dirigeons le cap
vers le
Havre, qui est le terme de notre na-
vigation.
Le Havre , charmante ville!
Elle fut mon berceau , n'ouï climat , sol fertile,
D'aimables habitans; un si te J ah I quel tableaul
Après Constantinbple , il n'est rien de plus beau,
f Casimir Del*vio\b. )
Aperçu général du Havre. — Celle
ville, qui est située au bord de l'Océan,
sur la rive droite de la Seine, et à l'em-
bouchure de ce fleuve , est assez bien
bâtie. Ses rues sont droites et assez lar-
ges; la plus belle est celle de Paris.
Elle traverse la ville du nord au midi ,
et aboutit aux quais d'où l'on aperçoit
au loin la mer.
Le Havre possède vingt fontaines pu-
bliques, neuf quais, trois superbes
bassins séparés les uns des autres et
de l'avant-port par quatre écluses ,
deu\ églises , une salle de spectacle,
un établissement de bains, enfin une
bourse lort mesquine.
Historique. — La ville du Havre n'est
pas ancienne ; elle était fort peu de
chose vers le milieu du xv e siècle. Ses
fortifications consistaient alors en deux
tours, qui lurent emportées de vive orce
par les Anglais, sous le règne de Char-
les VII. En 1309, Louis XII les fil aug-
menter ; mais c'est à François I er que
celte ville est redevable des premiers
dévelopi eniens de sa splendeur mari-
lime. Sous Henri II , son enceinte fut
agrandie ; ma s on ne comprit loute son
importance qu'à l'époque où le prince
de Comlé la livra à 1 Angleterre. En
1553 , le Havre fut repris, et ses fortifi-
cations furent augmentées. En 1694 ,
les Anglais bombardèrent celte ville
sans y causer de grands dommages.
Débarquement et séjour.
Nous voilà dans le port , quittons
notre navire et allons "prendre gîte à
1'
Hôtel de l'Europe, comme étant ce-
lui où on est le mieux.
Promenade dans le Havre.
Maintenant que nous sommes pourvus
d'un logement, laissons pour un instant
l'enceinte de la ville ; allons jouir de
la
Vue de la mer à la
Jetée du no;-rf.Un plus imposant spec-
tacle ne pourrait être offert à nos re-
gards; cet aspect inspire des pensées
élevées , de nobles motifs de méditation.
La surface de l'Océan, d'une extrême
mobilité, offre des vues singulièrement
variées : elles sont quelquefois belles et
majestueuses , quelquefois aussi horri-
bles et épouvantables.
Pour nous rendre à la Jetée du nord, ■
nous allons prendre la
Forte du Perré , située à côté de 1'
Hotel-de-Ville, Après avoir franchi
cette porte , nous trouvons à gauche
le
DU VOYAGEUR EN EUROPE.
87
Goulet ou Passe du Port, qui se ter-
mine à la
Tour de François I", où il prend
le nom d'
rivant-Port. Cetle passs est formée ,
du côté où nous sommes placés, par la
Jelée du nord , qui s'aia ice en mer à
une distance décent toises de la tour
de Fiancois 1 er , et à 1 opposite par la
Jt. têe du sud-est.
Plaçons-nous maintenant à l'extré-
mité de la jetée, et examinons le spec-
tacle que présente la
Manche. Jetons nos regards sur
cette masse de liquide : voyez, elle est
couverte de bâlinicns ; en voilà qui cin-
glent avec rapidité vers des contrées
éloignées , et d'autres qui se dirigent
vers le port. Apercevez-vous dans le
lointain celte fumée s'élever clans l'at-
mosphère ? C'est un bateau à vapeur
qui vient d'Angleterre. Voyez- vous
près du rivage des points grisâtres? Ce
sont des
Barques de pêcheurs, qui naviguent
soit à la voile, soit à la rame. Examinez
maintenant la mer avec beaucoup d'at-
tention, mais surtout les bords; vous
voyez , elle baisse et laisse à découvert
une mullilude de pierres et de bancs
de sable; c'est cet état qu'on désigne
sous le nom de
Basse-mer. Les bâtimens que vous
avez vus se diriger vers le port, jettent
l'ancre et se dispersent çà et là sur la
rade, en attendant qu'ils puissent entrer
au lieu de leur destination.
Tel est le spectacle que présente la
merpar un temps calme; mais lorsqu'elle
devient furieuse, tout change de face ;
le tableau le plus sinistre s'offre à nos
yeux: c'est ce tableau qu ou appelle
une
Tempête , et dont je veux essayer
l'esquisse. Jusqu'ici tout est calme , la
mer est parfaitement unie ; mais bientôt
les dois commencent à se soulever et à
s'agiter, un bruit sourd et lointain se
fait entendre. L'horizon disparaît pro-
gressivement sous de gros nuages , le
vint souille d'abord modérément, puis
ensuite avec une extrême violence, Tout
alors concourt à remplir d'épouvante;
des nuages d'une couleur sinistre sont
chassés avec impétuosité dans l'e-paee,
les vagues blanchissent la mer d'écume ;
elles se succèdent tantôt lentement,
tantôt avec une extrême rapidité ; il
s'en élève un bruissement d'une affreuse
monotonie. L'horizon semble se con-
fondre avec la mer, on y aperçoit des
flots qui se soulèvent, puis ensuite ils
sont engloutis et sans cesse remplacés
par d'autres.
Sous ce ciel rigoureux, sur cette mer
furieuse, ces vagues écumantes, voyez-
vous ces
Oiseaux aquatiques qui , contre les
efforts de la tempête, sllonnenl l'air
comme par un beau jour, en taisant
entendre des sons rauques , plaintifs,
exprimant plutôt la souffrance que le
bien-être ? Mais quel est ce
Canon qui se fait entendre non loin
des récifs do la Hève ? C'est un bâti-
ment qui demande du secours. Voyez,
on ne voit plus que l'extrémité de ses
mâts , il lutte contre la fureur des va-
gues ; à ce signal, tout le monde se porte
en foule vers le lieu de détresse , n ais
hélas ! tout a disparu !.. et les corps des
malheureux nautonniers arrivent au ri-
vage, mutilés et privés de vie !
A cetle scène d'épouvante et de dé-
sastre, succède bientôt le
Bi au temps , et la mer reprend son
même calme.
Si , faligué de ce spectacle, votre vue
cherche des objets d'un aspect moiii9
sévère, jetez vos regards au midi; là
vous apercevez les
Côtes de la Busse-Normandie , dont
les bords agrestes forment un des
côlés de l'embouchure de la Seine. Au
nord, vous apercevez d'abord les
Cabanes des bains de mer, et ensuite
la
Ilève , au-dessus de laquelle sont
deux
Phares; non loin de là le charmant
village de
Sainte- Adresse , situé dans un petit
vallon; enfui la
( 'nie d'Ingouville, couverte de belles
habitations, et sur le prolongement de
cetle même côte, la
Vieille Abbaye de Grouille, jadis
Occupée par des Génovéfains.
A l'orient, la
Tour de François I" et le
Port du Havre, surmonté d'une forêt
de mâts.
Maintenant que votre première cu-
riosité est satisfaite, nous allons visiter
les
Quais et les
88
GUIDE
Bassins, car après la jetée du nord ,
c'est ce qu'il y a de plus intéressant à
voir. Que de variétés d'objets s'offrent
ici à notre vue ! Près de nous sont
des navires de toute grandeur , dont la
vue ne peut se rassasier ; à nos pieds
sont des tentes renfermant de riches
cargaisons; plus loin sont éparses çà et
là des marchandises des régions éloi-
gnées; à côté sont des machines d'une
forme étrangère et d'un emploi in-
connu.
Voyez à bord de ce bâtiment quel
mouvement parmi les hommes qui le
montent; les uns hissent des mais , des
voiles; les autres disposent les cordages:
On
appareille , et le départ est pro-
chain. Si vous voulez jouir de ce specta-
cle , il faut vous rendre à l'instant delà
marée près du
Bassin de la Barre, qui est l'endroit
où sont ordinairement rangés les navi-
res qui doivent partir. L'heure de par-
tir étant enfin arrivée, on ouvre la porte
qui sépare le bassin du port ; ses voi-
les sont déjà tendues, il sort majestueu-
sement et cingle vers le lieu de sa des-
tination : alors le marin jetle un dernier
regard sur le sol natal, en songeant aux
êtres qu'il chérit, consolé par l'espoir
d'y revenir.
Ma'nlenant que nous avons vu la mer,
visité les quais et les bassins, contem-
plé l'arrivée et le départ des bâiiwens,
nous allons parcourir 1'
Intérieur de la Paille pour y exami-
ner les divers monumens qu'elle ren-
ferme. Commençons d'abord par la
Douane qui est à côté de nous, la-
quelle n'a de remarquable que son in-
térieur. De là, nous gagnons la
/lue de Paris, où, vers son milieu et
à droite, nous trouvons 1'
Eglise Notre-Dame, dont les fonda-
lions ont été jetées en 1886. Cette
église est bâtie en forme de croix, dans
le style de l'architecture florentine ou
de la renaissance . mélange bizarre de
l'antique et du gothique. La longueur
du vaisseau est de quatre-vingts mètres;
sa voûte est soutenue par viniîl arcades
en plein cintre , entre le développe-
ment desquels pendaient autrefois des
culs-de-lampe maintenant abattus.
Le9 balustres culs-de-lampes des croi-
sillons de son portail, comme ceux de la
galerie extérieure qui ceint l'église de
Caudebec, sont formés de lettre' décou-
dées, dont l'assemblage donne les pre-
miers mots du Pater et de X Ave. Ce
portail offre un mélange d'ionique et
de gothique.
Attenant à l'église est le
3/arché-uux-jleurs qui est fort mé-
diocre. Plus loin et du même côté est
le
Marché, en tête duquel nous remar-
quons le
Prétoire, bâtiment d'un beau style,
renfermant la
Bibliothèque, riche d'environ 13,000
volumes. Du côté opposé est le
Bureau des Messageries Boyales ,
enfin vient après le
Bassin d'Ingouviile, en face duquel
est la
Salle de Spectacle. Cette salle, qui a
été commencée en 1817, n'a de remar-
quable que sa belle position. Placé aux
fenêtres du foyer, on aperçoit plusieurs
bassins couverts de navires , la porte
Royale et les coteaux, d'un aspect très
pittoresque.
Voilà, cher lecteur, à peu près tout ce
que le Havie renferme de curieux eu
fait de monumens et édifices; il ne me
reste plus maintenant qu'à vous faire
voir ses environs, puis ensuite Honfleur,
car c'est une promenade que vous ne
pouvez pas vous refuser.
Promenade aux environs du Havre.
Le parc aux huîtres , ln^ouville , les
Phares de la Hèvc, Honfleur, tels sont
les lieux que nous allons visiter dans
celle promenade. Le
Parc aux Huîtres est situé au pied
des restes d'une citadelle que Louis XIV
fit élever par le célèbre Vauban, et qui
fut démolie sous Louis XV. A l'entrée
du parc est un
Superbe Instaurant, où les visiteurs
ont l'habitude de manger les délicieux
mollusques. Au milieu d'un agréable
jardin , traversé par une foule d'allées
plantées d'arbres et de fleurs , sont
deux
Bassins, dans lesquels sont disposés
en confusion les coquillages A voir
l'eau verdâlre de ces bassins, vous pour-
riez croire qu'elle doit leur communi-
quer une mauvaise qualité* pas du tout,
elle leur donne au contraire une saveur
plus agréable. Cette
Colorisation de l'eau et de Vhuilre
DU VOYAGEUR EN EUROPE.
89
n'est pas due à sa stagnation comme
vous pourriez le croire, mais bien à
une grande quantité ô'animfllcules verts
microscopiques du genre vibrion de
Muler et navicules de 15 or y de Saint-
Vincent. Ces animalcules , qui sont en
très grand nombre dans ces bassins ,
forment au fond du parc et sur le co-
quillage des huîtres des globules d'un
vert émeraude foncé. L'eff. t colorant
de cet animalcule a lieu parla nutrition;
l'huître les absorbe avec l'eau qu'elle
hume et dont elle se renaît. Outre la
couleur, ces animalcules communiquent
aux huîtres un goût styptique et piquant
qui les lait rechercher par lesgaslro-
nomes. Ces deux qualités s'augmentent
d'au tant que le séjour des huîtres se pro-
longe dans le parc en verdure fans re-
nouvellement de l'eau qu'il renferme :
lorsque le renouvellement a lieu fré-
quemment, l'huître perd peu à peu
celte intensité de nuance verte, et re-
prend au bout d'un certain temps sa
couleur naturelle.
Du Parc aux huîtres , allons visiter
maintenant
lngouville\\\ petit bourg qui n'est
séparé du Havre que par ses fortifica-
tions et dont la population s'élève à en-
viron cinq ou six mille habitans, parmi
lesquels sont beaucoup d'Anglais. La
pin sionomie de ce bourg est toute mo-
derne et d'un aspect fort agréable.
Si maintenant vous voulez jouir d'un
beau spectacle, gravissez la
Côte d'Iugouville\\\ qui nous fait
face, là sont
Des ombroge9 , des jardins rians,
Il'éli'-fians pavillons, des bosquets verdnyans
Oll'runt à L'oeil épris des beautés poétiques :
Lariviinllies , berceaux , vergers, temples , portiques ,
ltoehers, où l'ooéan voit expirer ses flots ,
Feux Lrillansde La ilève , espoir des matelots.
Du haut de cette côte vous apercevez
successivement la mer, l'embouchure
de la Seine , les rivages de la Basse-
Normandie, les vallées de l'Eure et de
Gi avilie , Ingouville et le Havre. Des
plaines d'une immense étendue présen-
tent les plus heureux travaux cham-
pêtres.
Tel? sont en peu de mots les divers
tableaux qui s'offrent à voire vue du
haut de la côte d'Ingouville. Gagnons
maintenant les
Phares de La li'we , en prenant le
village de
Sainte-Adresse. Là va s'en présenter
d'autres à voire vue d'une nature toule
différente et digne de fixer votre atten-
tion. Après avoir descendu et gravi
une
Petite Cote , nous découvrons les
Phares.
Doux feux, qui protégez et Tliémis et la Seine ,
Sûrs et bi illans rivaux des deux frères d'Iièlètie ;
Pliures , je vous salue; Assurez à jamais
Le commerre opulent de 1 heureuse iVellstrie ;
Fixez dans ma patrie
L'aboudance , les ails, tous les fruits de la paix.
(fllom.EXT, )
La construction de ces phares fut
ordonnée par Louis XY, en 1773, pour
guider les bâlimens vers le Havre, et
les préserver des écueils du cap sur le-
quel ils sont édifiés. La mer, \ue de
l'extrémité de ce cap, paraît d'une im-
mense étendue; elle offre quelque chose
d'indéfinissable qui donne l'idée d'un
être suprême. Là, tout est aperçu sous
un aspect grand et majestueux. Du le-
vant, les 3 eux distinguent une longue
suile de montagnes bleuâtres , au pied
desquelles la Seiue étend sou cours
sinueux.
En approchant du
Bord de la Falaise, il est impossible
de considérer sans émotion la pro'on-
deur de l'abîme qui esl près du roc; et
les énormes
Rochers détachés du Cap, gisant çà
et là sur le rivage. C'est parmi ces ro-
ches nombreuses que les pêcheurs, à la
ba'se mer, viennent à la recherche des
étrilles , des crabes et de- crevettes.
Quelquefois un ciel chargé de vapeurs
fait apparaître ce qui environne , sous
des formes indéterminées , comme ces
objets fantastiques qu'on voit dans les
songes.
En ce lieu, la tempête semble exer-
cer de plus grands ravages qu'ailleurs.
Son bruit sinistre résonne dans le3
rochers avec un fracas horrible. La
grève est blanchie des vagues furieuses;
parfois la sensibilité est vivement émue
en apercevant, au milieu de cet épou-
vantable désordre, des bâlimens voguant
au gré de l'ouragan.
La vue du cap de la Hève présage au
nautonnier en butte à toule la violence
des vents, lacessalion de ses souffrances;
elle répand aussi la consolation dans
l'âme du vieux matelot qui revient dans
sa patrie après une longue absence.
Après avoir joui du coup-d'œil que
90
GUIDE
présente le cap de la Hève nous allons
visiter
Harjleur, petite ville fort heureuse-
ment située sur les bords de la Stine,
au milieu d'une agréable vallée , à l'em-
bouchure de la Lézarde.
Cette ville , qui n'offre à l'intérieur
que des ruines, des fortifications con-
sidérables et en dedans qu'un triste
abandon, fut jadis forte, populeuse,
commerçante; «on port reçut des flots
de diverses nations de l'univers ; il est
devenu une prairie dans laquelle les
troupeaux paissent, et où chaque année
se lient une foire ; singulière destinée
des travaux des hommes.
Après avoir visité l'intérieur de la
ville et particulièrement l'église, dont
le clocher offre de beaux détails d'ar-
chitecture gothique , nous a'ions re-
joindre Ia^Hève où nous alloi;s prendre
le bateau à vapeur pour visiter
Honfleur.
Cité paisible, inconnue , ignorée ,
Que les beaux arts n'ont jamais illustrée.
Voyage à Honfleur.
Dislance à parcourir : 2 lieues.
Durée de la traversée : demi-heure.
Bateaux affectés à ce service.
Trois bateaux à vapeur stationnant
près la douane , font le trajet journalier
du Havre à Honfleur savoir : le
ftouennais , le
Français , le
Havrais, tous Irois d'une marche assez
avantageuse. Le
Prix des places à bord de chaque ba-
teau est fixé à 50 cenlimes.
Embarquement et départ.
Déjà la cloche s'est fait entendre, les
passagers arrivent en foule de tous les
côlés, et bientôt nous allons quitter le
port et gagner le large , en passant suc-
cessivement devant la tour de François
I", et la jetée du Sud-Est , au bout de
laquelle nous commençons à diriger le
cap vers Honfleur en laissant le Havre à
notre gauche et derrière nous. Pendant
que nous longeons les bords du fleuve ,
jetons un coup d'oeil sur celle ville
dont l'aspect d'ici est des plus agréables.
Flus loin noire vue s'arrête sur Har-
fleur, dont le clocher s'élève majes-
tueusement au - dessus de la vallée. En
face sont les
Terrasses de Gonfreviile d'Orcher%
lieu de rendez-vous des Havrais pen-
dant la belle saison. Par suite de notre
navigation, tous les objets de ce côté du
fleuve disparaissent en partie à notre
vue et bientôt nous n'apercevons plus
que les
Bàtimens qui remontent ou descen-
dent le cours de ta Seine. A mesure que
nous approchons de la rive oppo-ée,
l'œil est enchanté à l'aspect des coleaux
agrestes et à celui plus intéressant des
lieux couverts d'abondantes moissons.
Honfleur, dont la vue nous était dé-
robée par la montagne de Grâce, qui se
découvre tout-à-coup, par la bizarrerie
de quelques unes de ses constructions,
reporte la pensée vers le te.ips de la'
féodalité , où l'on songeait plutôt à se
mettre a l'abri d'une attaque qu'à éta-
ler l'eléganle décoration de l'architec-
ture grecque.
Débarquement et promenade.
Nous voici enfin arrivés au terme de
notre voyage ; quittons notre navire ;
laissons de côté la ville d'Honfleur, qui
n'offre rien de curieux, et allons parcou-
rir ses environs qui sont fort jolis.
Environs de Honfleur.
Excursion à la côte de Grâce.
Dislance à parcourir : un quart de lieue.
« Le botaniste et le peintre trouvent éga-
lement à s'y occuper agréablement. »
Dans celte excursion, nous allons vi-
siter successivement le Calvaire et la
chapelle de Noire - Dame - de - Grâce.
Départ.
C'est au sommet de celte élévation et
au milieu d'un bosquet d'arbres qui
forment d'agréables avenues , qu'est le
Calvaire. Un peu plus loin et dans
le même ombrage est la
Chapelle de Notre-Dame-de-Grâce ,
l'une des madones les plus vénérées dé
tous les marins de la Manche, ainsi
qu'en témoignent de nombreux tableaux
et des offrandes de toute nalure
suspendus dans le petit temple. A quel'
que heure que nous visitions le sanc-
tuaire de Notre - Dame - de - Grâce
il est rare qu'on n'y trouve pas quelque'
ieinme du peuple en piière.
En sortant de ce lieu de recueillement
nous allons nous rendre sur le penchant
de la montagne du côté de la Seine, afin
d'y jouir d'un
fe»tà
DU VOYAGEUR EN EUROPE.
91
Beau point de vue — La côte d'Ingou-
villenousa offert un magnifique point de
vue ; celui que nous avons ici ne lui cède
en rien. Pour mieux en jouir, pienons
le point le plus élevé. Portons d'abord
nos regards de l'autre côté du fleuve;
en face de nous paraît le Havre et les
nombreuses raâturi s des vaisseaux qui
sont mouillés dans son port et ses bas-
sins. L'œil , en suivant les bords de la
la mer, du côté du nord, y découvre
successiiement la jetée et dans le loin-
tain les deux phares et le village de
Sainte-Adresse. Plus près et au dessus
du Havre se déploie le riche coteau d'In-
gouville parsemé de charmantes habi-
tations. Si nous abaissons notre vue ,
le fleuve vient à son tour nous présenter
son tableau ; si c'est dans le moment de
la marée , nous découvrons une foule
de bâlimens qui le remontent ou le
descendent, parés de toute leur voi-
lure, fendant l'onde avec une rapidilé
étonnante. La mer est-elle basse ou
calme , tout chsnge de face} les nom-
breux bàtimens qui naguère sillonnaient
le fleuve avec tant de rapidilé, ont
amené leurs voiles, et l'ancre les retient
captifs jusqu'à la marée suivante , où
le même tableau vient se renouveler.
Retour à Honfleur et au navre.
Maintenant que nous avons vu le Cal-
vaire , la chapelle et la côte de Grâce ,
et oui du beau point de vue qu'elle
nous offre , nous allons nous rendre sur
le port et de là dans un café où nous
attendrons l'heure du départ du bateau,
qui est toujours fixé au retour de la
marée.
L'heure de la marée étant enfin arri-
vée, il fautnous embarquer, et comme
nous avons tout vu dans notre première
traversée . nous allons desrendre dans
la chambre et prêter l'oreille au chant
des musiciens qui suivent le bateau dans
ses divers voyages.
De Paris au Havre.
(Voyez de Paris à Rouen et de Rouen au
Havre.)
De Paris à Calais.
Hôtels recommandés. — Chantilly. —
Hôtel de Bourbon-Condè. Cet hôtel,
qui est situé près la porte et les pro-
menades, est un des meilleurs de la
ville ; on y trouve des appartemens
nombreux , bien meublés , et surtout
une bonne cuisine.
Boulogne. — Hôtel du Nord, tenu
par M. Muhlberque. Cet hôtel, qui est
le plus beau et le plus recommai dable
de lïoulogne , est figuré dans l'Atlas ,
auquel nous renvoyons le lecleur.
Calais. — Ordre de la souscj'iplion. —
.11 mars. — Hôtel île l'Europe (ancien
Grand-Cerf) , rue Royale et de Guise,
tenu par M. Foube.
Cet hôtel , qui vient de recevoir de
grandes améliora! ions, continue d'èlre
le rendez-vous général du commerce.
Ses prix sont, comme par le passé,
très modérés.
115 Mars. — Hôtel Quillacq, tenu par
M. Quillacq.
De même que tous les autres hôtels
de premier ordre, l'hôtel Quillacq offre
de vastes et beaux appai temens riche-
ment meublés , une excellente table
d'hôte et une jolie salle de bains. Dans
cet établissement on loue des voilures
pour tous les pays étrangers.
21 mats. — Hôtel Jiignolle, lenu par
Rignolle frères.
Ce joli hôtel, que nous ne saurions
trop recommander à MM. les voyageurs,
est représenté dans l'Atlas.
23 mars. — Hôtel du Belvèder, tenu
par M. P. Chapuis, rue de la Mer, 3j8.
Si l'établissement de M. Chapuis n'a
pas, à l'extérieur, celle belle appa-
rence que nous remarquons dans quel-
ques hôtels de Calais, il est, en re-
vanche, fort joli intérieurement, et
ne laisse rien à désirer, soit par sa
distribution , soit par sa décoralion et
son ameublement. Sa lable, sans èlre
des plus splemlides, est néanmoins fort
bonne, et mérite quelques éloges, et
surtout les vins qu'on y sert. Du bel-
véder de cette maison, on jouit d'un
vaste panorama , sur la mer et sur une
partie des environs de Calais.
2 avril.— - Hôtel Meitrice, tenu par
madame Dunker, rue de Guise.
Cet hôtel , le plus ancien et pendant
long -temps le plus considérable des
hôtels de Calais, vient d'être remis en-
tièrement à neuf ; son propriétaire met
tous ses soins à conserver sa nom-
breuse et honorable clientelle.
Bains de mer.— A l'exemple de Bon-
3»:>V
92
GUIDE
logne, Dieppe et le Havre, Calais vient
de former un joli établissement de bains
de mer qui , dit-on , ne laisse rien à dé-
sirer sous aucun rapport. Dans la pro-
chaine édition du Guide , nous nous
proposons d'entrer dans quelques dé-
tails à son égard; pour cette fois, nous
nous contenterons de le citer.
Roules.
Nous pouvons nous rendre à Calais
par deux roules différentes , savoir :
par Amiens, Hesdin et Saint-Omer;
enfin par Beauvais, Abbeville et Bou-
logne.
Première route.
Roule par Amiens, Hesdin et St. -Orner.
Dislance à parcourir : 73 lieues.
Durée du trajet : 20 heures.
Itinéraire et topographie de la route.
Départ.
Nous sortons de Paris par la
Porte Saint-Denis , et le premier
village que nous rencontrons est
La Chapelle Saint-Denis , dont les
premières maisons font , pour ainsi
dire , par leur rapprochement des
barrières de la capitale , la continua-
tion du faubourg Saint-Denis.
L'origine de ce village est due à une
chapelle élevée en ce lieu, en l'hon-
neur de sainte Geneviève , patronne
de Paris , et son surnom à son voisi-
nage de Saint-Denis. Ce village est
remarquable en
Evénement militaires. En 135S,
Charles-le-Mauvais, aidé des Anglais,
brûla l'église et le village de la Cha-
pelle. Il fut encore incendié , le 8
juillet 1418, par la faction des Arma-
gnacs. En mars 1S1Ï, la Chapelle fut
le dernier village de France emporté
de vive force par le général prussien
KJeist , également aidé des Anglais.
Le 3 mai 1814, Louis XVIII partit
à midi de la Chapelle , pour faire son
entrée solennelle dans la capitale.
Après avoir traversé le village de la
Chapelle, nous remarquons, à gauche,
les
Buttes Montmartre , sur lesquelles
s'eleve un
Télégraphe , machine fort ingénieuse ,
et dont un poète a décrit élégamment
l'utilité quand il a dit :
Par la main du mystère , arlislement tracée ,
La parole se peint sur le rideau des airs ,
Et l'homme, au même instanl , (ait voler sa pensée
Au bout de l'univers.
Après avoir parcouru la belle
Avenue et traversé le
Canal, nous entrons dans
Saint-Denis , ville située dans une
vaste plaine et sur la
Rivi'ei-e du Croutt. Saint-Denis était
autrefois une ville fortifiée , et soutint
plusieurs sièges remarquables. On voit
encore quelques restes de murailles,
et des débris d'une grosse tour, qui
semble , par sa position , avoir servi à
sa défense.
En l'an -240, Saint-Denis n'était qu'un
lieu sur lequel était une chaumière,; il
s'appelait alors Ovie de Cantulle. Saint
Denis y avait été inhumé avec saint
Rustique et saint Eleulhère , ses com-
pagnons martyrisés comme lui , par lès
soins d'une dame pieuse nommée Can-
tulle , à qui sans doute appartenait la
masure dont nous venons de parler. On
leur éleva plus tard un tombeau. Dago-
bert y fit bâtir une église ; ensuite et
peu après , ce village s'agrandit. Ce
ne fut guère qu'à l'époque du ministère
de l'abbé de Suger , que Saint-Denis fut
considéré comme ville.
iprès avoir été plusieurs fois démolie
et rebàlie, l'église de Saint-Denis fut
achevée en 1201 , sous le règne de Phi-
lippr-Ie-Bel. En 1793) elle fut menacée
d'être entièrement détruite par le van-
dal's ce révolutionnaire ; mais on se
contenta seulement d'enlever les vi-
traux et la toiture en plomb, et de la
laisser ainsi exposée à l'intempérie des
saisons. Napoléon , qui la deslinait à
devenir la sépulture des empereurs et
de leur famille, la fit rebâtir dans tout
son éclat. Dans le-i bâlimens claustraux,
il forma une maison d'éducation gratuite
pour les demoiselles pauvres des cheva-
liers de la Légion-d'Honneur, et des au-
tres ordres royaux.
Maintenant que nousconnaissonsThJs-
torique de Saint-Denis et de son antique
abbaye, nous allons nous transporter
idéalement dans son enceinte, pour y
jouir du magnifique coup d'oeil qu'elle
offre.
Station idéale dans l'abbaye de Saint-
Denis.
L'intérieur de celte église est noble
DU VOYAGEUR EN EUROPE.
93
et imposant , et bien digne d'être la
dernière riemeuredenosrois. De chaque
côté , s'élèvent avec orgueil leurs anti-
ques tombeaux , que l'œil ne peut se
rassasier de contempler. Nous regret-
tons de ne pouvoir en donner ici la
description ; de pareils détails nous
coniluiraient trop loin : nous nous con-
tenterons seulement de parler de la
violation des caveaux, ce sujet offre trop
d'intérêt pour le passer sous silence.
Violation des caveaux de Suint-Denis.
n Ah J laissez relégués dans leurs caveaux pompeux ,
Sous le marbre imposteur qui flatte encore leurs ombres,
Tous ces rois fainéans , qui bous ces voûtes sombres
Ont changé de sommeil, et qu'a jetés le sort
Du néant de la lie au néant de la mort, m
C'est le 12 octobre 1792 que celte
violation eut lieu. Les ractieux qui gou-
vernaient alors la France, non contens
d'avoir fait périr sur l'écltafaud le der-
nier de nos rois , décidèrent que les
lieux destinés à leur sépulture seraient
dépouillés, non seulement des divers
tombeaux élevés en leur mémoire, mais
encore que leur corps seraient enfouis
dans une fosse. La plupart des tom-
beaux furent donc transportés à Paris,
au musée des monumens français , et
les corps de tant de rois, de princes,
de princesses et d'hommes célèbres
furent enfouis, rien ne fut épargné.
Gloire, talent, Tertus , rien n'arrêta leur râpe.
( Legotjvê. j
Le jour prescrit pour l'exhumation
étant arrivé, le peuple accourulen foule
de toutes parts pour être témoin de
cette barbarie. Le tombeau de Turenne
fut celui qui fut ouvert le premier. Ce
grand capitaine fut trouvé dans un état
de conservation tel qu'il n'était \t s dé-
formé et que les traits de son visage
n'étaient point allérés. Le corps de
Turenne , après être resté près de
huit mois exposé aux regards ries cu-
rieux dans la petite sacristie de l'église,
fut transporté en grande pompe dans
l'église ries Invalides , qu'on nommait
alors le Temple de iïfars, où il fut placé
dans l'intérieur du monument qui lui
avait été érigé à Saint-Denis.
Turenne. Duauesclin , vos ombres désolées
Désertent en pleurant ces pompeux mausolées;
Et vos rois, exhumés par les niants des bourreaux ,
Sont descendus deux fois dans la nuit des tombeaux.
(Micuacd, Pi'lnlempM d'un Prosrrit , ell.ll. )
Après le tombeau de Turenne , le
caveau des Bourbons fut ouvert; le cer-
cueil de Henri IV fut celui qu'on ou-
vrit le premier.
O prodige ! la mort laisse à son front livide
L'empreinte de la gloire et de la majesté.
Pour épargner ses [rails, le temps s'est arrêté ;
11 osa le frapper, mais non pas le détruire,..
J'ai vu les scélérats , tremblant à son aspect ;
liais bientôt rappelant leur audace première ,
Par l'outrage et 1 insulte aggravant leur fureur.
Ses osseoiens traînés , souilles par la poussière...
O des trônes mortels , maître et dispensateur,
Des m on arques parfaits , si la main est avare ,
Si les jours fortunés que leur régne produit,
Semblent de courts éclairs dans la profonde nuit ;
Deva s-lu de tels rois à ce peuple barbare?
C'est doue là ce Henri , laineux par sa bonté ,
Qui nourrit de sa main son peuple révolté,
El qui , forcé de vaincre , en pleurant sa victoire ,
Sut, par tant de 1 i en fuis , expier tant de gloire ?
C'est lui : deux fuis puni par un règne si beau ,
Vivant, ou l'assassine, on l'outrage au tombeau.
(Madame de Van.vox.)
Après le cercueil de Henri IV, ceux
des autres Bourbons furent ouverts;
ce fut d'abord celui de Louis Mil,
mort en 1043, puis ensuite celui de
Louis XIV, mort en 1715.
Ce monarque si fier, si grand par ses conquêtes,
Qui fut de cet empire et l'orgueil et l'appui ,
Qui força l'univers àlrembler devantlui,
Dont la \ oix appela tous les arts à ses (Vies
Louis, le grand Louis, frappe par des brigands ,
Tombe enfin sous le seuil de ces funestes voûlcs :
Du haut de ces degrés ses mânes triompbans ,
Des antres de ia moi t semblaient garder les toutes.
C'est là qu'il fut trappe : là , qu'un peuple insolent
Déchira ses lauriers sur sou lionl éclatant:
Le s ce | lie avec effort qui II a sa main livide.
31 ai s que peut eonlic lui ce peuple régicide ?
Tout brillant de clarté , son lègue glorieux
Jette encore son éclat sur notre âge envieux :
A son eei eue il détruit ses monumens survivent ,
Et montrent sa grandeur aux siècles qui le suivent.
(Madame os Vannox.)
En vain le grand Louis, paré par la victoire ,
Repose environné des rayons de sa gloire;
Le hasard . le premier le présente à leurs coups.
Barbares , contre lui que peut votre courroux ?
L'orgueil de vos cités , ses sièges , ses batailles ,
Les palmes de Ilenain . les lauriers de Navaillcs;
Les arts , d'un doux loisir nobles anvusemens I
El conlie tous ces rois que votre est oir dévore ,
De son débris royal vous vous armez encore.
( DtLiLt.F , Imagination , ch, VIL )
Les cercuei's de Médicis ; d'Anne
d'Autriche; de Marie de Savoie, femme
du duc de Bourgogne ; de Xavier de
France; du duc d'Aquitaine, fils de
Louis dauphin ; tels sont les cercueils
des divers personnages qui fure I sor-
tis après celui rie Louis XIV. Vinrent
après, ceux de Louise-ÏHarie de France,
fille de Louis XV ; de Louise-Elisabeth
de France , fille de Louis XV; et de
Gustave-Jean-Bapliste, duc d'Orléans»
94
GUIDE
fils de Henri IV; de Marguerite de Lor-
raine, seconde femme de Gustave. Plus
tard on enleva ceux de Henriette-Marie
de France, fille de Henri IV, femme de
Charles I" roi d'Angleterre , morte en
1669, âgée de soixante ans.
Et toi , toi de Stuart épouse infortunée,
Par de si grands revers en ces lieux ramenée ,
Ton ombre , à Saint-Denis , crut retrouver la pais.
Malheureuse Henriette! Ali ! les mêmes forfaits
Du irône et du lombeau tour à tour t'ont bannie
Tu reconnais ton sort , tu revois tes bourreaux
El deux peuples souillés par des crimes égaux.
Ont profané ta cendre, ont tourmenté ta vie.
( Madame DE Vaùkoz. )
De Henriette Sluart, fille de Char-
les I" roi d'Angleterre, première lemme
de Monsieur, trerede Louis XIV, morte
en lf>70, âgée de vingt ans; de Châties
de France, d c de Boni, petit-fils de
Louis XIV. mort en 171 i, âgé de vingt-
huit ans ; de Philippe d'Orléans , petit-
fils de France, régent tlu royaume sous
la minorité de Louis XV, mort le 2 dé-
cembre 1723, âgéde quarante-neuf ans;
de Louis XV; de Chanes VII , mort en
1461, âgé de cinquante-neuf ans; de
celui d'Anjou, sa femme, morteen 1398;
de sa fille, F.lam he de INavarre, seconde
femme de Philippe de Valois, morte en
139S;de Jeanne, si fille; de Marguerite
de France, fille de Henri II, première
femme de Henri IV, morte le 27 mai
Kilo, âgée de 62 ans; de François duc
d'Alençon, quatrième fils de Henri II,
qui a régné un an et demi, mort le
S décembre 1360, âgé de dix-sept ans;
de Marie-Elisabeth de France , fille de
Charles IX, morte le 2 avril 1378, âgée
de six ans; de Charles VIII, mort en
14S9, âgéde 70 ans; de Henri III, mort
le 2 août 1389, âgé de trente-huit ans;
de Louis d'Orléans , second fils de
Henri II, mort au berceau; de Char-
les IX; de Louis XII, mort en 1313, âgé
de cinqii'nle-lrois ansjd'Annede Bre-
tagne . son épouse et veuve de Char-
les VIII, morte en 1344, âgée de 37 ans;
de Jeanne de France, reine de Navarre,
fil'e de Louis X, dit le Hutin, morte on
1349, âe;ée de trente-huit ans : de
Louis X . mor! en 1310 , âgé de près de
\\\ gl-sept ans; du pe:it roi Jean son
fils posthume qui n'a vécu que huit
jours.
Mais rien ne les (faillit: digne oufa de courroux,
La tombe d un enfant attire aussi leurs coups I
Monaïque d un instant belasl sa sépulture
£». tout ce qu'il obtint de sa fraudeur future ;
Enfant, il échangea , saûS connaître son sort ,
Les langes du berceau contre ceux de la mort.
(Madame de Vaxnoz }
De Hugues, dit le Grand , comte de
Paris , mort en 936 , père de Hugues
Capet, chef de la race Capétienne ; de
Charles le Chauve, mort en 877, âgé de
cinquante-quatre ans; de Louis-Phi-
lippe - Auguste , mort en 1223 ; de
Louis VIII, père de saint Louis , mort
le 8 novembre 1226 , âgé de quarante
ans ; de saint Louis , mort en 1220
( Ses os en furent retirés lors de la ca-
nonisation qui eut lieu en 1297).
Mail déjà des bourreaux le liras lassé de crimes
Semblait chercher en vain d tutres grandes viclimei.
L'impiété leur olfi e un triomphe nouveau;
On court , on va briser te ceuolaphe auguste ,
Tlu vertueux Louis du roi pieux ei juste
Que l'univers entier proclamait à la fnis
Saint pai mi les mortels et grand parmi les rois.
De Philippe-le-Bel, âgé de quarante-
six ans; du roi Dagobert , mort en 638;
deBertrand-Duguesclin, mort en 1380.
Auprès de lui (Charles V) repose un défenseur des lys .
lluguesclin , dont le nom seul gagnait des batailles,"
Dont le cercueil vainqueur s'est ouvert des murailles.
( Madame iie Variiez.)
De François I er , mort en 1347, âgé
de cinquante-deux ans.
Arraché du cercueil par le peuple en fureur,
Je reconnais ce roi , noble amant de la gloire,
Oui tous te poids des l'ers conserva son grand cœur;
Ce roi qui dans un jour perdit tout , fins l'honneur.
( Madame de Va.vsoz.)
De Louise de Savoie, sa mère, morte
en 1331; de Claude de France, sa remine,
morleen 1324, âgée de vingt-cinq ans;
de Franc, lis dauphin , mort en 1336 ,
âgé de dix-neuf ans; de Charles son
frère , duc d'Orléans , mort en 13 i3,
âgé de vingt-trois ans; de Charlotte sa
sœur, morte en 132!, âgée de huit aos;
enfin de Philip- e-le-Grand , mort en
1322.
tel est l'ordre dans lequel ces divers
personnages firent evhumcs ; il nous
resterait, pour complet -r cet article, à
indiquer ce que l'ouverture de ces cer-
cueils a offert de remarquable, mais ces
détails, quoique fort curieux, nous con-
duiraient trop loin.il est lempj que
nous reprenions notre route.
Départ de Saint-Denis.
« I.'œil ne découvre ici que des champs,
que (les plaines sans bornes ; aucun arbre
no repose la vue; la cognée dévastatrice
les a tous fait tomber. »
DU VOYAGEUR EN EUROPE.
»3
Nous sommes hors de la Tille ; rien
ici ne captive notre attention. Après
avoir parcouru un pays plat, sans im-
portance, nous découvrons à droite, et
un peu à l'écart de la route,
Ècouen (Seine-et-Oise), gros bourg
situé sur le penchant d'une colline cou-
verte de bois à l'occident. Le
Ch teau que vous apercevez fut bâti
d'après les de.'sins de l'architecte Bu-
lan, par Anne de Montmorency, grand
connétable sous François l<*. L'aspect
de ce château est plus imposant qu'il
n'est romantique , nous n'y voyons
point de ces tours couvertes de lierre,
de ces créneaux délabrés, de ers (lèches
aiguës qui terminent les toits de nos
anciens châteaux : mais notre œil se
repose avec plaisir sur un ensemble
noble et majestueux, sur des formes
pures et régulières, sur desdétai's pleins
de goût et de délicatesse qui rappellent
si bien eelte architecture dont Yilruve
nous a transmis les règles et dont les
beaux modèles se retrouvaient dans les
ruines des beaux monumens de la Grèce
et de Rome.
Ce château, de forme carrée, est com-
posé de quatre corps de bâtimens aux
angles desquels sont autant de pavil-
lons plus élevés et plus avancés que le
reste de l'édifice. Dans les angles ren-
trons des pavillons, de hautes et étroites
tourelles qui se terminent en cône ,
semblent n'avoir été placées là que pour
indiquer l'époque de la construction,
époque où les réminiscences gothiques
se mêlaient encore à la pureté du style
que les grands maîtres avaient récem-
ment introduite en France. L'ensemble
du château rappelé d'une manière frap-
pante un des plus célèbres palais, le
Luxembourg , auquel en effet elle a
servi de modèle.
On entre au château par un pont
construit au dessus d'un fossé large et
proCoad. La principale partie a été en
dlfférens temps cruel'ement dégradée,
mais on y remarque encore evec inté-
rêt des détails d'un goût fini et d' lirai :
c'était au dessus de cette porte que l'on
voyait au'refoi* la statue équestre du
brave connét ble de Montmorency ;
elle a été détruite ainsi qu'une riche
galerie soutenue nar des colonnes qui,
du côté de la principale entrée, for-
maient un superbe portique.
La cour est pavée de marbre de dif-
férentes couleurs, nous y admirons,
en entrant, les avant-corps qui servent
de milieu aux grandes façades de la
cour. L'une est formée de deux ordres,
le dorique et le corinthien; l'autre plus
grande et plus majestueuse, d'un ordre
de colonnes corinthiennes dont la hau-
teur est égale à celle de tous les bâti-
mens. Celle-ci forme un beau péristyle
de quatre colonnes.
L'entrc-colonncment du milieu, beau-
coup plus large que les deux autres,
s'ouvre pour indiquer l'entréequi abou-
tit à cet endroit. Le milieu est percé
de deux arcades et de deux cro s ; es.
Les deux espaces de deux enlre-colon-
nemens sont remplis dans le haut de
tables ou cadres profilés qui portent des
armoiries ; dans le bas, par des niches
où l'on vojait autrefois des statues pré-
cieuses.
Quant à l'intérieur du château, il est
fort beau, parfaitement distribué.
En tSOS, Bonaparte avait fondé dans
ce château , sous la direclion de feu
madame Campan , une maison pour
l'éducation de trois cents demoiselles.
En 1814, il fut restitué au prince de
Condé, auquel il apparlenait. et après
sa mort, il fat acquis par madame du
Cayla.
Après avoir traversé un pays frais et
ombragé, nous entrons daus
Luzarches, petite ville située agréa-
blement sur la pente d'une colline , et
offrant à la curiosité des amis des arts
deux
Châteaux , l'un sur la droite de la
roule, et l'autre sur la gauche. Nous
entrons ensuite dans le
Bois de Royaumont , où à gauche
est une
Balle ruine gothique; nous traver-
sons après la
Rivière de Th'evc , nous gravissons
ensuite la
Montagne de la Morlaie et nous en-
trons dans
Chantilly , bourg remarquable par
son étendue , sa position romantique,
son commerce, son industrie et sut tout
son
Ch 'teau , que nous allons parcourir
idéalement.
Station idéale.
a Qui n'a entendu parler du magni-
fique séjour de Chantilly ? Quel est le
I
96
GUIDE
Parisien assez peu oisif, ou l'étranger
assez indifférent pour ne pas le con-
naître? ji
Chantilly n'est plus ce qu'il était au-
trefois, la révolution qui a marqué par-
tout son passage, n'a point épargné ces
lieux. Les marbres ont été brisés, les
jardins détruits ; les édifices dévastés
sont devenus une prison et une caserne,
et les chevaux ont pâturé dans ses par-
terres abandonnés ; mais du sein de
cette affreuse dégradation , sous des
formes pour ainsi dire nouvelles, est
sorti un autre Chanlilly digne de son
ancienne splendeur. Un prince, héritier
du nom de Condé, s'est montré jaloux
de rendre à ce domaine la gloire que
ce grand nom même y avait attachée.
Les appartemens ont été restaurés ; les
jardins reconstruits sur de nouveaux
plans ont recouvré leur magnificence; et
grâce aux travaux continuels qui l'em-
bellissent chaque jour , Chanlilly est
encore digne de la curiosité des étran-
gers, et de la vénération que comman-
dent pour nous de grands souvenirs.
On arrive à l'entrée principale du
châleau par une belle route qu'on dé-
signe sous les nom de
Route du Connétable. — Cette route
qui a environ six toises de large a une
lieue de longueur. A gauche est le
Château proprement dit. C'était le
bâtiment de la capitainerie du temps
que Chantilly appartenait à la maison
de Montmorency. Les appartemens par-
ticuliers du prince sont au rez-de-
chanssée, et il n'est point permis de les
visiter. Les premières pièces dans les-
quelles on est introduit sont situées
sous les voûtes même de l'ancien châ-
teau : eles sont au nombre de trois,
dont une est la salle de spectacle , les
autres sont des cuisines immenses. On
monte de là par un large escalier, dans
une nouvelle construction élevée sur
la partie que le prince a fait alonger.
La première pièce est une chapelle ri-
chement décorée ; la seconde est une
salle à manger fort élégante; la troi-
sième une jolie bibliothèque contenant
une quantité considérable d'éditions
nouvelles reliées avec luxe ; la qua-
trième une fort belle salle debillard; la
cinquième un salon ; la sixième un ca-
binet chinois, peint par Yateau, d'où
l'on communique à la chambre du grand
Condé et à la
Galerie des Batailles. Cette longue
galerie est particulièrement intéres-
sante par les tableaux qu'elle contient.
Dans les grandes réunions, elle sert de
salle à manger.
Le premier tableau de cette galerie
représente a bataille de Rocroy, donnée
en 1G4 î. Le second, les combats donnés
devant Fribourg en 1644. Le troisième,
la conquête de Courtray, en 1646, celles
de Duukerque et Fumes. Le quatrième,
la bataille de Nordlingue, en 1645. Le
cinquième , les conquêtes d'Alger, en
1()47. Le sixième , la bataille de Lens,
en 1648. Le septième, le blocus de Paris.
Le huitième tableau est connu sous le
nom de repentir du grand Condé , etc.
La dernière pièce située à l'extrémité
de la galerie. est un cabinet de musique.
A droite, c'est-à-dire en face, est le
B itimentd'Enghien; il fut construit
dans l'espace de quatre mois, sur les
dessins de M. Roy, architecte du prince
Condé. C'est un château très vaste,
d'un architecture simple, composé d'un
rez-de-chaussée et d'un étage couronné
d'une corniche et d'une balustrade ; il
présente trente-six croisées de front sur
chaque côté; on y monte par quatre
grands escaliers ptarésàégale distance.
II n'est que d'un intérêt secondaire d'en
visiter les appartemens.
Maintenant que nous connaissons le
châleau, parcourons-en les dépendances.
Dépendances du château.
« Quels sublimes aspects, quels tableaux
romantiques ! ;j
Les
Dépendances du Château sont im-
menses; elles sont divisées en deux
parties, savoir : le parc, la partie fran-
çaise et le parterre anglais. Le
Parc, est fort vaste; sur la lisière du
bois, nous remarquons d'abord le
Canal des Druides, et ensuite le
Canal des Morfondus, sur lequel est
jeté un joli
Pont qui communique au
Hameau. Ce lieu est un des plus
agréable-; ; une rivière anglaise pro-
mène, entre deux rives couvertes d'un
vert gazon, ses limpides eaux; et deux
petits ruisseaux qui serpentenlentre les
arbres forment des chutes de loin en
loin, et font entendre leur doux mur-
mure sous ses feuillages épais. Des allées
tortueuses et toujours ombragées, des
s»i^
DU VOYAGEUR EN EUROPE.
9Ï
ponts de différentes formes que l'on
traverse successivement, des points de
vue qui varient sans cesse , la large
cascade du grand canal, blanchie parles
bouillons de ses chutes, dont la perspec-
tive lointaine, à travers les bois, frappe
plusieurs fois nos regards, tout cou tribue
à donner à ce séjour un charme inex-
primable.
Mnis ce qui mérite à ce lieu le litre
de hameau, c'est I-i réunion de plusieurs
bàlimens déiachés les uns des autres ,
disposés sans ordre et couverts de
chaume, offrant le tableau de tout ce
que les habitations des humbles villa-
geois ont de plus champêtre, déplus
riant et de plus simple. Au milieu est
une vaste place irrégulière , couverte
d'un vert gazon coupé par des sentiers
qui conduisent à chacune de ces rusti-
ques demeures. Celle que l'on remarque
d'abord est le
Moulin , dont une chute d'eau fait
mouvoir le mécanisme. Elle réunit tout
ce qui caractérise une construction
agreste, et contribue particulièrement
à animer ce joli paysage. Tout près de
là une
Chaumière dont l'extérieur modeste
n'annonce que l'asile de la pauvreté ,
présente à l'intérieur un contraste avec
l'opulence qui semble en avoir fait son
séjour. Elle contient un riche salon,
avec un ameublement couleur chamois ,
et un boudoir cramoisi des plus élé-
gans. Une
Seconde Chaumière renferme une
vaste salle à manger que sa décoration
rend extrêmement curieuse. Des arbres
entrelacés semblent noi's entourer de
leur épais feuillage , et forment sur
notre tête un dôme de verdure.
Après avoir visité tout le hameau,
nous repassons le canal des Morfondus,
et remontant son cours le long de la
lisière des bois, nous arrivons en peu
d'instans à la
Tête du Canal. Ici se présente une
belle
Chute d'eau circulaire de dix-huit
pieds de hauteur : elle tombe en cinq
ca'cades, dont la p'us haute forme une
napne de quinze pieds de larg ■, et la
plus basse , une nappe de trente-six
pieds. L'eau se répand dans un vaste
bassin à pans bordés d'arbre-; , et pré-
sente, par ses différentes révolutions,
ÏRAKCK.
un spectacle aussi animé que magni-
fique.
Au dessus de la cascade est un vaste
bassin circulaire, où vient se jeller la
rivière de la Konette, qui alimente le
canal. Près de là s'élève la
Statue colossale de M Tierce, de la-
quelle l'œil embrasse une grande partie
du canal , qui a tro s quarts de lieue
de longueur, sur environ quarante-trois
pieds de largeur.
De la tête du canal, nous revenons
sur nos pas , et nous entrons ensuite
dans le
Parc de Silvie, dans lequel nous re-
marquons un joli
Pavillon, précédé d'un joli parterre
de (leurs, au milieu duquel nous voyous
une statue.
Ici se termine notre promenade dans
le parc ; gagnons maintena it le
Parterre fiançais. Ce parterre est
magnifique ; il est coupé en partie par
le canal en face duquel s'élève au milieu
d'une pelouse circulaire la
Statue du grand Coudé. Après avoir
parcouru le parterre français, nous en-
tions dans la
Partie anglaise. Ici la multiplicité des
allées qui se rencontrent et se croisent,
et le peu d'importance qu'il y a à sui-
vre tel sentier plutôt que tel autre,
nous dispensentdu soin d'en déterminer
aucune.
Les objets les plus curieux que nous
rencontrons dans cette promenade sont
à gauche un
Vaste souterrain voûté , par lequel
nous pouvons arriver au
Jeu de paume. Un
Ermitage en bois brut avec, des tables
et des fontaines rustiques,- plusieurs
Statues dispersées dansle jardin ; une
Chapelle gothique , un
Kiosque , élevé sur un rocher formant
plusieurs arches et suspendu sur les
ea ;, x; 1'
Ile d'Amour , grande et belle galerie
en treillage , construite au milieu des
eaux et environnée de rosiers ; enfin le
Temple d'Amour , qui e t composé de
huit colonnes et élevé sur des rochers
couverts de mousse, du sein desquels
s'échappe une source qui murmure.
Tels ?ont les ohj.-ts qui ornent cette
partie angl ise , à laquelle s i borne i otre
promenade idéale. Mah tenant il ne nous
reste donc qu'à rappeler 1rs souvenirs
7
£2V
»8
GUIDE
historiques qui se rattachent à Chantilly.
Souvenirs historiques. — Ce château a
élé habité successivement ]>ar Henri de
Montmorency , ninrt à Toulouse le 30
octobre if>;!2 , martyr de lu liberté , vic-
time de Richelieu qui fut l'ennemi des
grands , sans être l'ami du peuple; par
Louis XIII , par la princesse de Coudé,
sœur de Montmorency: par Louis XIV ,
et enfin par le grand Condé. Lou ; s XIV,
qui affectionnait beaucoup ce lieu et
le grand Condé , s'y rendait assez sou-
vent ; un jour que ce monarque s'y était
transporté avec une partie de sa cour ,
il y fut témoin du suicide de Vatel , hé-
ros culinaire qui ne put survivre à la
honte de voir la marée manquera la
table du roi. Berchoux, dans son poème
de la Gastronomie, a consacré les vers
suivans à la mémoire de ce tragique
événement :
Condé , le priiul fondé que la France révère ,
Recevait de son roi ta visite bien clii'ire
Dans ce li-m fortuné . ce brillant Chantilly,
Long temps de race en race à grands fr;ùs embelli.
Jamais plus de plaisirs et de magnificence
N'av ient d'un souverain signalé la présence.
Tout le soin (les fesl-ns lut remis à Vatel , (
Du vainqueur de Rocroy fameux maître d'hôtel.
Il mit à ses travaux une ardeur infinie:
Mais, avec ses tab-ns . il manqua de génie.
Accablé d'embarras , Vatel est averti
Que deux ub^seti vain téclamcnt leur rôti.
11 prend pour en trouver une peine inutile.
— Ah I dit il , s'adressant à son ami Gnurville ,
De larmes , de sanglots , de douleur suffoqué ,
Je suis pet du d'honneur, deux lûtis ont mantille :
Un seul Jour détruira toute ma renommée.
Mes lauriers sont flétris et la cour alarmée
Ne peut plus désormais se reposer sur moi :
J'ai trahi mon devoir, avili mou emploi. ..
Le prince, prévenu de sa douleur extrême.
Courut le consoler, le rassurer lui-même.
— Je suis content , Vatel; mon ami, calme-toi;
Rien n'était plus brillant que le souper du roi :
Va, tu n'as pas perdu ta gloire et mon estime;
Deux rôtis oubliés ne seront pas un crime.
— Pi ince . voire bonté me touche et me confond ;
Puisse mon repentir ellacer mon allYout.
Mais un autre chagrin l'accable et le dévore:
Le matin, à midi, point de marée encore.
Ses nombreux pourvoyans. dans leur marche entravés,
A l'heure du dîner n'étaient poinl arrivés.
Sa force l'abandonne et son esprit s'effraie
D'un festin sans turbot , sans barbue et sans raie.
Il atteud , s'inquiète, et. maudissant son sort.
Appelle en l'urieux la marée ou la mort.
La mort seule répond : l'infortuné s'y livre,
Déjà , percé trois fois . il a cessé de vivre.
Ses jours étaient sauvés . ô refrets! ô douleur !
S'il eût pu suppoiter un inslat t son malheur.
A peine est il parti pour l'infernale rive,
Qu'on sait de toute part que la matée arrive;
On le nomme . mile cherche , on le trouve , grand Dieu!
La parque pour toujours avait fermé ses yeux.
Ainsi finit valcl . vielime déplorable,
Dont parleront long temps les fastes de la table.
Départ de Chantilly.
Pendant que nous avons parcouru
idéalement Chantilly , notre voiture a
fait du chemin , nous voici déjà à
Cn:il, jadjs ville de quelque impor-
tance, et où nO'is voyons les
Restes du chiteau qui renferma Char-
les VI , mais qui n'a plus que quinze à
seize cents habitar.s. Bientôt après nous
traversons
Liancnurt , village dont les enviions
ressemb'ent à un jardin.
CUrmontjiei tensuitejeette ville, qui
est fort jolie , est surtout remarquable
par sou
Château delà terrasse duquel on jouit
d'une vue admirable. Après avoir tra-
versé les villages de
Saint- Just ,
If' at'ig/ties,
Breteuil,
Fiers , et
Hébecourt . nous entrons dans
Amiens, où nous allons faire une
Station idéale.
Aperçu général. d'Amiens. — Cette
ville est située sur la Somme, qui en tra-
verse certains quartiers ; elle ?e divise
en haute et basse ville ; la hante ville se
compose des rues comprises dans l'é-
tendue des anciennes paroisse s de Saint-
Firmin - la - Pierre, Saint - Jacques ,
Saint - Firmin - en - Ctiâlillon , Sainte
Martin - au -Bonn,' et Saint -Kemi. La
basse ville commence à la porte Noyau,
en tirant vers la Barette , le pont Du-
cange et celui de Baraban , au delà elle
prolonge par le Mancreux , le Jardin
des Plantes et l'Ile Saint-Germain , puis
reprenant au bout du pont, elle conti-
nue depuis le Vidame, l'église Saint-
Germain , une ) artie du Marché aui
herbes, de la rue Saint-Firmin-le-Con-
fesscur, jusqu'aux Augustius.
Les rues d'Amiens sont en général
larges et droites. Ses places sont spa-
cieuses, particulièrement celle du Mar-
ché aux herbes qui a quatre cent deux
pieds de long, sur cent trente-deuv de
large. Les maisons sont construites sur
une ligne droite et un pan presque uni-
forme : leur hauteur moyenne est de
deux étages. La ville est ceinte par de
superbes boulevard qui ont près de
cinq mille mètres d'étendue.
Amiens possède plu ieurs églises, une
citadelle, un jard n botanique, une
halle au blé, une caserne de cavalerie,
un musée, une bibliothèque publique,
enfin une salle de spectacle.
DU VOYAGEUR EN EUROPE.
9»
Historique. L'origine d'Amiens se
perd dans les ténèbres de l'antiquité.
Cette ville existait sous le nom de Sa-
marobriva du temps de Jules-César qui
y tint l'assemblée des grands et y plaça
ensuite trois légions. Anlonin et Marc-
Aurèlc l'embellirent, et dès lors elle fut
considérée comme une des cités les plus
opulentes de la seconde Belgique. Ya-
lentinien y fit reconnaître son fils Gra-
(ien , en 367. Les Gépides, les Alains ,
les Vandales et les Francs s'en empa-
rèrent successivement. Wérovée y fut
proclamé roi et porté à son trône sur
un pivois ou bouclier. Pendant le règne
de ce monaque , le féroce Attila porta
la dévaslalion dans Amiens. Les INor-
mands la brûlèrent (rois fois.
Sous François I er et Henri II , les
impériaux cherchèrent, mais en vain , à
s'en rendre maîtres. Seshabiians, en-
traînés par l'exemple des vallées voisi-
nes, embrassèrent avec chaleur la Ligue,
ou Sainte-Union, et ne tardèrent pas à
sesoumet'reà Henri IV. Quelque temps
après , ce monarque ayant déclaré la
guerre à Philippe II, roi d'Espagne,
Amiens tomba au pouvoir des Espagnols
par un stratagème assez singulier, à
l'aide d'un sac de noix répandues sous
la porte de la ville , et que lti garde s'a-
musa à ramasser. Henri IV ne recouvra
Amiens qu'après un siège où il se cou-
vrit de gloire , mais qui fut long et
coûteux.
Les beaux esprits de ce temps firent
plusieurs pièces de vers sur la reprise
d'Amiens ; ceux qui suivent furent trou-
vés, suivant Cayet, d'une belle inven-
tion :
I.
Je ne sais crui des deux est le plus désirable.
D'avoir pris ou replis un Amiens si Tort;
Mais je Bail qui des drus est le plus honorable
De l'avoir pris par fraude ou repris par effort.
II.
On chaule en mille façons
Une si belle entreprise ;
Mais de toutes les chansons,
Le bon en est la reprise.
III.
Hemandez fut heureux de si belle entreprise ,
De surprendre Amiens sans force eu un instant \
Plus heureux d être mort avant d'être reprise ,
Pour ne mourir après , de houle en la quillanl.
( Dgsbvui. , HUtulte de ta ville d'Amiens.)
Promenade et séjour.
Prenons noire logement à l'
Hôtel de France, ruo Royale, qui est
un des meilleurs d'Amiens; et parcou-
rons ensuite la ville pour examiner les
diverses
Curiosités. Commençonsparvisiter la
Cathédrale, qui est le plus beau mo-
nument religieux que possède laFrance.
Ses fondations furent jetées en 1220, et
68 ai:s après elle fut terminée. Sa lon-
gueur, dans œuvre, est de quatre cent
quinze pieds de largeur sur cent trente-
trois d'élévation. Sa
Façade présente une masse légère,
flanquée de deux tours quadrangiilaires
décorées, ainsi que les trois porches qui
en divisent le bas, des ornemens les
plus riches et les plus variés du style
gothique. Parmi les nombreux
Bas-reliefs dont les porches sont or-
nés, nous distinguons le Jugement
dernier; les Vertus et les Vices mis en
opposition ; les quatre Saisons et les
douze Mois de l'année; les Mages con-
duits par l'étoile et voyageant en ba-
teau ; le Massacre des innocens ; la Fuite
en Egypte, etc. Quant à la
Flèche dont elle estsurmontée, elleest
octogone et s'élève à deux cents pieds
de haut. Passons maintenant à 1'
Intérieur de l'Eglise. Ici tout semble
concourir à charmer la vue. Sa vaste
étendue, la délicatesse de ses piliers, la
hardiesse des retombées des voûtes, sa
galerie circulaire et ses superbes vi-
traux offrent un aspect grandiose qui
tient du prodige.
L'autel de cette basilique, construit à
la romaine, est magnifique; derrière
est une Gloire d'une grande richesse.
Les stalles du choeur sont de véritables
ehes-d'œuvre de menuiserie. La chaire
à prêcher, qui est d'un beau travail,
supporte les Vertus théologales; enfin la
boiserie du jeu d'orgues est d'une exé-
cution parfa te.
De la cathédrale nous allons visiter 1'
Hùiel-de-Ville, dont la construction
remonte à l'année 1600. La façade en
est simple et de bon goût; elle porte
soixante-huit mètres de longueur. Le
soubass mentes! décoré d'arcades pein-
tes qui produisent un coup d'œil fort
agréable. La grande *alle du conseil
renferme de beaux tableaux dus à nos
meilleurs maîtres. La
Salle de spectacle mérite d'être vue;
sa façade est fort belle ; nous y remar-
quons deux groupes de grandeur natu-
relle, dont l'un représente la Danse et
tjO
GUIDE
la Musique, et l'autre la Tragédie et la
Comédie. La coupe intérieure de la
salle est ovale ; elle contient dans sa
hauteur trois rangs de loges qui, n'é-
tant séparés par aucun pilier , n'of-
frent point d'obslacle au développe-
ment de la voix des auteurs, ce qui la
rend aussi favorable au chant qu'à la
déclamation. Le célèbre acteur Larive
la regardait comme la plus sonore qu'il
connut en Fiance. Quant à la
Bibliothèque communale , qui nous
reste à voir, elle fut construite en 1823
sur l'empl cernent du couvent de Wau-
roneourt. La façade au levant, du côté
de la rue Royale, présente, entre deux
pavillons en saillie, un péristyle compo-
sé de dix colonnes d'ordre dorique, et
décoré dans le fond de niches destinées
à recevoir un jour les bustes des hom-
mes cilèbres dans les sciences et les
lettres, qui ont pitw naissance à Amiens,
et de ceux auxquels elle aura, parla
suite, l'honneur de donner le jour.
Le péristyle servant d'entrée à la bi-
bliothèque, établit en même temps la
communication entre les deux pavil-
lons. Celui à droite contient une salle
de lecture pour l'hiver, et une colec-
tion d'instrumens de physique, dont
M. Lapostalle a fait présent à la ville. Le
pavillon de gauche sert de logement au
bibliothécaire.
La bibliothèque ne forme à l'intérieur
qu'une seule pièce ayant à peu près
cent quarante pieds de longueur sur
vingt pieds de large. Elle est divisée en
trois piirlies par des arcades portées
sur des colonnes d'ordre ionique. La
travée du milieu est carrée, et les deux
autres ont chacune soixante pieds de
longueur sur vingt de largeur; leur
pou; tour est décoré de pilastres égale-
ment d'ordre ionique, enlre lesquels sont
posés des rayons ;>our les livres.
En face de l'entrée se trouve un en-
foncement en liémicycle. formé pour
donner plus de grandeur à l'édifice, et
y placer les escaliers au pourtour des-
quels on a aussi posé des rayons pour
les livres, portant sur la corniche qui
décore la parlie basse.
La bibliothèque rrcoit le jour du
haut par des caisons' percés dans le
plafond, disposition au moven de la-
quelle les per-onnes studieuses qui la
fréquentent jouissent de la clarté et du
calme si nécessaires pour la lecture.
Les boiseries, les colonnes et les pi-
lastres sont peints en marbre jaune de
Sienne, vert antique et blanc.
Dans la niche de l'enfoncement dont
nous avons déjà parlé, nous remar-
quons le buste en marbre blanc de
Gresset , sculpté par Barner , et dont
la vue et la solitude qui règne dans
celte salle, nous rappellent les beaux
vers de cet auteur.
Lorsqu
Est-on seul, après loot,
!que touché de plaisirs sapas.
Ou s'entretient dans les ouvrages
Des dieu, de la lyre et du goût?
Par une illusion charmante
Que produil la verve brillante
De ces chanlres ingénieux,
Eux-mêmes s'offrent à nos yeux ,
Non sous de:, vêleniens funèbres'
Non sous res dehors odieux
Qu'apportent du sein des ténèbres
Les fantômes des malheureux.
Quand . vendeurs des erinies célestes
Ils montent aux terrestres lieux;
Mais sous cetle parure aisée,
Sous les lauriers vainqueurs du sort,
Que les citoyens d'Elysée
Sauvent du souille de la mort.
A l'extrémité de là salle, du côté du
nord, nous voyons une collection d'an-
tiques recueillie par les soins de M
Delahaye.
Les livres imprimes sont au nombre
de quarante mille, parmi lesquels se
trouvent des ouvrages rares et d'un
grand prix. Les manuscrits se compo-
sent d'au moins quatre cent cinquante
volumes. Ils sont presque fous des ix,
x, xi et xu« siècles, et la plupart trai-
tent de la jurisprudence , de la théolo-
gie et de l'histoire.
Environs d'Amiens.
Le cimetière de la Madeleine et l'an-
tique château d'OEilly, sont les deux
seuls endroits des environs d'Amiens
que nous allons visiter.
Excursion au cimetière de la Made-
leine.
Situation : à l'extrémité du faubourg Saint-
Maurice.
' j ', , ', j i ■ ; Th "'' "'"""»• i" "" m ,
And haldhigh catictrie nilti th, mighty dead.
3c veux ici me recueillir et lier entrelien
aiec les illustres morts.
(Tuouson, Poimi deiSaiton,, p. 43, et43 s .i
Les hommes sont ici tous heureux,
Tci jamais de tristesse;
Ll paix rcfjtie toujours entre eux ;
t'oint de rang , de riche we :
OU VOYAGEUl EN EL'ROF
JOI
Ictl'ou n'admire pasunsol,
On fnt , un petit-maître ,
Enlin , les hommes, en un mol.
Soûl ici ce qu'ils devraient être i
■ • • Ahl que Je lis et la rose
Pleuvent sur le cercueil où leur cendre repose ,
El que ces don. trop vains, arrosés de mes pleurs ,
Leurprésentenl du moins mon Iribul de douleurs.
(Imitation de Vibcile, Enèid* , VI, 6S4 et suiv.)
Ce vaste dépôt où près d'une généra-
tion s'est déjà engloutie, est fort vaste.
Son entrée est loin de faire pressentir
sa lug.itire destination. Au premier as-
pect, on sj croirait au miiieu d'une
riante promenade, d'un jardin déli-
cieux. L'œil y contemple avec plaisir
des ma si s d'arbustes, de rosiers et
de fleurs qui embaument l'air des par-
fums les plus agréables. Un sentier
conduit à la demeure du prêtre chargé
d'inhumer les morts. De là on gagne
le
Champ des Tombeaux. La scène
change alors subitement ; nous ne
voyons pius qu'une terre aride et mon-
tucuse, dont les inégalités annoncent
que la cendre des morts y repose. A côté
des lombfs préparées s'offrent des ter-
res environnées de morceaux de craie
d'une blancheur éblouissante. Les uns
sont surmontés d'une simple croix, et
les autres sont de pompeux mausolées
que la piété filiale, la tendresse ou la
reconnaissance ont ornés d'inscriptions
touchantes.
Les symboles les plus fréquemment
employés dans ces monumens sont le
hibou, le sablier, la torche ardente ren-
versée et les vases cinéraires.
Quittons maintenant ce lieu de deuil
et de douleur, et allons faire notre
Excursion au château d'OEilly.
Distance à parcourir : S lieues.
Mais comment peindre tout ce qui s'offre
à moi? Mes sens suffisent à peine pour tout
voir: les souvenirs se pressent en foule; jo
m'égare avec délices.
(Arsène Tihébaut-de-ISernaud.)
Franchissons l'enceinte de la ville et
dirigeons nos pas vers le joli village
d'OEilly, dans lequel est placé le châ-
teau qui fait l'objet de notre excursion.
Ce château, quoique fort ancien, n'a
point l'aspect des autres Châteaux féo-
daux.
Nous ne Tojons ici ni glacis , ni créneaux ,
Ni de ces noirs donjons sortant du sein des eaux ,
Ni de ces murs épais ollV .tut partout lenipreinit
De la puissance , ou plutôt de la eraiute.
Ce château, qui est entouré de jar-
dins magnifiques, se compose de plu-
sieurs corps de bâtimens et de deux
tours sur l'une desquelles nous remar-
quons une fente. Cette fente, suivant la
tradition populaire, se fit le jour même
où un des seigneurs de ce lieu jura
devant Charles VII que s'il ne disait
vrai, la tour de son chàleau pouvait se
fendre.
Après avoir visité les dépendances du
chàleau et joui du beau point de vue
que ses terra-ses nous offrent, asseyons-
nous sous ses ormes antiques, et écou-
lons en silence le chant mélodieux de
ce rossignol.
Poursuis, chantre gracieux, ta romance plaint! re ,
C'est pour loi seul que nous sommes sous cesornieaux ,
Prêtant aux sons de ta voix une oreille attentive ,
El partageons tes maux.
Avant de quitter le village d'OEilly, nous
devons aller voir son église, qui est fort
jolie, et surloutson cimetière, dans le-
quel nous remarquons parmi quelques
ifs et cyprès, la tombé modeste d'un des
fi ! s de M. le comte de Choiseul— (Souf-
fler, ancien ambassadeur de France à
Con-liuilinople, et dont le voyage en
Grèce a fourni au poêle Delille le sujet
de ce charmant épisode :
Parmi 1rs voyageurs {fui , de ce beau rivage.
Emportent . en passant , une stérile image ,
Le génie oplnré de ces fameux remparls ,
Distingue dans la foule un jeune amant des arts
Qui. pour ces murs sacrés , rempli d idolâtrie.
Triste , semblait pleurer sur sa propre pairie;
Pour voir de ces beaux lieux l'augusle anliquilé ,
Paris , amis pareils , il avait tout quitté:
s Tu vois, lui dit le Pieu , ces merveilles divines;
» Le temps va dévorer jusques à leurs ruines ;
» Bientôt Pisil afflige ne reconnaîtra plus
» L'asile des beaux-ails et celui des vertus.
" Bâte-toi , rends la vie à leur gloire éclipsée ;
" Pour prix de tes travaux , dans un nouveau lycée
a Un jour je le promets la couronne des aits. n
Il dit, et dans le fond de leurs tombeaux épars
Des Platon , des Polon' les ombres l'entendirent;
Du jeune voyageur tous les sens tressaillirent.
Aussitôt, dans ces Jeux , berceau des arts naissans
Accourent à sa voix les avis reeonuaissatii.
Le Dessin . le premier , prend son crayon lidéle ,
El Ici quui leudre lils , lorsque la mol t cruelle .
D'une mei i adorée a terminé le sort ,
A ses re« tes sacr s s'attache avec transport;
Demande à 1 air eu temps . d'épargner sa poussière ,
Et se plail à tracer une image si chère;
Ainsi par l'amour même, instruildaiis ces beaux lieux
Le Dessin, de la Grèce enfant ingénieux ,
Va cliereher, va saisir, va tracer son image ;
Et , belb; encor , malgré les injures de l'âge ,
Avec ses monumens . ses héros et ses dieux ,
La Grèce reparait tout entière à nos jeux.
BiDLtOGRAPHIKD'AMiErVS.— Histoire
GUIDE
de la ville d'Amiens, par M. Duvesel,
2 vol. in-8°, avec 12 gravures . . 12 fr.
La flore du Département de la Somme
et des environs de Paris, par M. Ch.
Pauquy, médecin à Amiens, un gros
volume in-8° 9 fr.
Description historique de l'Eglise ca-
thédrale d' simiens , par M. Gilbert,
un gros vol. in-8°. avec 4 superbes
gravures en taille-douce . . . . C fr.
Notice sur le même monument, par
M. H. Dusevel 2 fr. 80 c.
Description d s églises de St.-Riquier
et de St.-Vuljian d'Abbeville, par
M. Gilbert, 1 vol. in-8 ., aussi avec
belles gravures 5 fr.
Le Guide de l'Etranger dans Amiens ,
contenant la liste des fonctionnaires
publics, celle de tous les commer-
çans, et la description des Monu-
mens, etc.; par G.Caron, un vol.in-18.
1 fr. 60 c.
( Imprimerie et librairie de Caron-
Vilet).
Communication
D'Amiens à Abbevitle par te bateau à
vapeur.
Distance à parcourir : 15 lieues.
( En descendant 6 h.
Durée du trajet : ;
) En montant i b.
Bateau affecté à ce service.
Le
Grand -Sire, tel est le nom du
bateau à vapeur sur lequel nous allons
naviguer. Ce bateau, dont la construc-
tion est due à M. Sabey, n'a point cette
forme gracieuse que nous admirons
dans les autres : il est extrêmement pe-
tit et a quelque ressemblance avec les
bains Vigier , établis sur la Seine.
Sur un petit pont de quelques pieds
de hauteur, sont élevées deux chambres
destinées aux passagers, séparées par
une troisième où est tout le mécanisme
du bateau. Àuiour de ces trois pièces
règne une jol e galerie garnie de bancs
fixes pour la commodité des voyageurs.
Telle est en peu de mots la forme et
la distribution de ce baleau à vapeur,
qui a été déterminée par la disposition
de la rivière qu'il parcourt laquelle offre
peu d'eau et de nombreuses écluses.
Embarquement et départ.
y Partons, la cloche sonae pour la der
nière fois et nous avertit que notre petit
navire va quitter Amiens et sillonner le
cours paisible de la Somme jusqu'à Ab-
beville. Partons, et pour jouir de la vue
que nous présente cette rivière , pla-
çons-nous sur l'avant du bateau ; là
nous pouvons tout découvrir. ÎSous ga-
gnons la large et nous fuyons avec la
rapidité de l'éclair ; déjà Amiens ne
nous présente plus qu'une masse de
maisons sombres et son beffroi qui do-
mine la campagne voisine.
Jusqu'ici rien de remarquable ne
s'est offert à nous, mais bientôt nous
découvrons à gauche,
Piquigny, sa belle
Ecluse et son
Antique Château , qui existait avant
le YII« siècle. Il fut ruiné en 14"?fl, par
le duc de Bourgogne, qui força la gar-
nison de sortir en pourpoint, et re-
construit depuis. Plusieurs auteurs ont
célébré, dans leurs ouvrages, ce vieux
fort,
. . . . Qui du haut des collines,
Tyran de la contrée, efl'roi de ses vassaux ,
Portait jusque* au ciel l'orgueil de ses créneaux.
Les terrasses de ce château présentent
un point de vue magnifique. Au dessus
de la porte d'entrée nous lisons, sur une
table de marbre noir, celte inscription
fameuse, en caractères hébreux, grecs
et latins :
Hê Deut et tirtus summlgeuuêre pariniti ;
Qui caret hit et mt , nobitilate caret.
Ce qui veut dire en français :
Dieu et la valeur, parens illustres , ine donnèrent
l'origine; sans eul et sanl moi il n'est point de no-
blesse.
Piquigny, autrefois baronnie, est de-
venu célèbre par l'assassinat commis,
eu 942, sur la personne de Longue-
Epée , duc de Normandie, qui y fut tué
à l'issue d'une conférence qu'il y avait
eue avec Arnoult , comte de Flandre.
Louis XI et Edouard, roi d'Angle-
terre, s'y abouchèrent le 29 août 147S.
Une mutuelle défiance présida à cette
entrevue : les deux monarques se par-
lèrent â travers un gros treillis de bois,
dont les ouvertures ne permettaient que
le passage des bras comme aux cages
de lion, dit naïvement Commines.
Apercevez-vous, plus loin, un bâti-
ment qui offre l'aspect d'uu palais ma-
gnifique, ayant de superbes jardins qui
s'étendent jusqu'à la rivière ? c'est 1"
2%f^
DU VOYAGEUR El» EUROPE.
10»
Abbaye du Gard, silencieuse retraite
de quelques trappistes. Bientôt après,
nous découvrons 1'
Etoile, joli village dans lequel les
Romains avaient conslruit une forte-
resse pour protéger le commerce ma-
ritime qui se fai-ait de leur temps sur
la Somme, et pour percevoir de* droits
sur les marchandises qui remontaient
cette riiière.
Aux enviions de ce bourg, nous re-
marquons un superbe
Camp romain, dont les fossés et les
retranchemens sont parfaitement con-
servés. Ce canp forme, comme le dit
Rivoire , un triangle appuyé sur une
prairie qui s'étend le long de la Somme ,
dont il n'est éloigné que de deux cents
toises. De ce côlé, il n'est guère acces-
sible, parce qu'il se trouve couvert de
monticules hauts d'environ cinquante à
soiiaole pieds. Le côté qui regarde le
couchant est encore plus raide, et hors
de toute attaque. A l'égard du côté op-
posé , il est couvert d'un boulevard de
sept à huit pieds de hauteur , et de fossés
larges et profonds qui ne laissent qu'une
seule ouverture , telle qu'il la fallait
pour le passage des troupes.
Quoiq ;e ce camp porte le nom de
César, nous ne pensons point qu'il ait
été élevé sous Jules-César j nous croj ons
plutôt, malgré l'autorité du Y. Daire,
(Histoire d'Amiens, 1. 1"), qui y place
l'une des trois légions laissées par ce
conquérant en quartier d'hiver dans le
Jielgium, qu'il ne fut élevé que sou»
Auguste, lorsqu'Agrippa fi! travailler à
la voie romaine qui conduisait d'Amiens
à Boulogne.
Après une courte navigation, nous
commençons à apercevoir
Abbeviile , qui est le terme de notre
navigation.
Aperçu général d' Abbeviile. Celte
ville est assez grande et assez bien bâtie ;
ses rues sont en général étroites et mal
pavées. Nous y remarquons beaucoup de
vieilles maisons en bois qui fixent l'at-
tention des antiquaires.
Abbeviile possède plusieurs églises ,
une caserne, un hospice pour les en-
fans trouvés , une bibliothèque riche
de quinze mille volumes, une salle de
spectacle ; une manufacture , établie
par Colbert, où l'on fabrique des draps
fins , un champ de foire , de belles pro-
menades ; enfin , un superbe rempart.
Historique. — L'origine d'Abbeville
n'est pas fort ancienne. En 992 , Hu-
gues Capel fit fortifier cette ville, crai-
gnant de nouvelles incursions des Danois
et des Normands , par l'embouchure de
la Somme. Sa devise est Fidelis. Elle
lui fut accordée comme un témoignage
honorable de «on attachement à la cause
de nos rois , et de la répugnance qu'elle
a toujours montrée à supporter la domi-
mination des princes anglais, devenus
comtes de Ponthieu. Il paraît même
que l'un de ses habitons, nommé Rin-
gois , aima mieux être précipité du
château de Douvres dans la mer, que
de prêter serment de fidélité à Edouard ,
roi d'Angleterre.
Ce fut à Abbeviile qu'en 14 '»3 Louis XI
compta au duc do Bourgogne quatre
cent mille écus qu'il s'était obligé de
lui payer pour le rachat des villes en-
gagées par le traité d'Arras. C'est aussi
dans celte ville que Louis XII épousa,
le 9 octobre loti, avec une pompe vrai-
ment rojale, la soeur d'Henri VIII, roi
d'Angleterre. C'est également à Abbe-
viile que Louis XIII , pendant le siège
d'Hesdin , en lfi:î7 , voua son royaume
à la Vierge eu présence du cardinal de
Richelieu. C'est enfin dans cette cité
que . le 1 er juillet 17G6, le jeune che-
valier de Labarre, accusé de quelques
actes irréligieux, termina sa vie sur
l'échafaud.
Débarquement , séjour et promenade.
Nous voilà rendus à notre desti-
nation ; débarquons, et allons loger
à 1*
H' tel de l'Europe, qui est le plus
beau d'Abbeville et le pluseslimé. Cette
ville est peu riche en
Curiosités. La
Cathédrale , qui est dédiée à saint
Vulfran , est la seule qu'elle possède.
Son
Portail , qui est la partie la plus
remarquable de ce monument , fut
conslruit sous le règne de Louis XII,
et par les soins du cardinal d'Amboise.
Ce portail pré ente une ordonnance
régulière et élégante. Les statues des
saints qui le décorent sont remarqua-
bles par la singularité de leurs costu-
mes et les divers ornemens dont ils
sont chargés. Les tours qui surmon-
tent l'église sont d'un assez bon style
101
GUIPE
gothique ; elles s'élèvent à emiren
Irenie toises de hauteur. La
l'nrie en bois du grand portail est
curieuse à cause de ses sculptures;
elle représente les douze apôtres et
les mystères de la Vierge. Sur la face
intérieure de cette porte, nous lisons:
Vierge aulx humai a, la porle d'aniour.
E,te,
In tirtutc labur l55o.
Passons maintenant à la
Biographie d' Abbevilie. Cette ville a
donné nuissance au cardinal Aiegrain,
patriarche de Constanrinopie sous Gré-
goire IX, au célèbre géographe San-
son, au graveur Mellan, à Pongerville,
traducteur élégant de Lucrèce, au sa-
vant médecin Hoequct , et enfin au
poète M llevoye, dont les muses pleure-
ront lon^'-temps la perte. On distingue
parmi ses meilleurs pièces X'Episode de
Bertlie la filanilière, qu'on trouve dans
son poème de Gharlemagne. Mais ses
vers les plus louchans sont ceux dans
lesquels, comms le cygne, près de pé-
rir, il peint cette langueur mortelle qui
l'enleva trop tôt aux lettres et à la so-
ciété.
Bois que j'aime J adieu.... je surcomlie,
Votre deuil me prédit mon sort ;
Et dans chaque feuille <|ui lomlie
Je vois un présape de mort.
Fatal oracle d Epidaure ,
Tu m'as dit: « Les feuilles des bois
a A tel yeux jauniront encore ,
« Mais c'est pour la dernière fois ;
11 (l'éternel cyprès t'environne ,
* Plus pâle que la pale automne,
'< Tu t'inclines vers le tombeau:
« Ta jeunesse sera tlêtrie
n Avaut l'herbe de la prairie ,
a Avant les pampres du coteau. »
Environs d' Abbevilie,
De tous les lieux qui environnent Ab-
bevilie, deux seuls méritent d'être vus,
savoir : le champ de bataille de Crécy
et le château de Hambures.
taille de Crécy, nous devons prendre la
route qui conduit à Calais par Hesdin
et Sainl-Omer. Arrivés au village de
Fontaine, nous prenons la gauche et
nous nous trouvons bientôt en face du
c!iams> de bataille, que nous recon-
naissons à la croix qu'on y a élevée, et
à un moulin à vent dans lequel on as-
sure qu'Edouard se tenait pendant le
combat.
Quoique plusieurs siècles se soient
écoulés depuis celte sanglante bataille
qui y fut livrée, on n'en éprouve pas
moins de peine à y contempler ce théâ-
tre de guerre, où trente mille Français
perdirent la vie, par la faute du duc
d'Aleuçtin.
Cinq rois se trouvèrent à ce funeste
combat, savoir : Philippe de Valois, roi
de France, Jean de Luxembourg, roi
de Bohême, Charles, son fils, roi des
Romains, le roi des îles Baléares, et
Edouard, roi d'Angleterre. Le roi de
Bohême étant aveugle fit attacher son
cheval à ceut de quatre cavaliers,
puis, chargé d'une masse d'armes, s'é-
lança au milieu de la mêlée où
En un clin d'an! il abattait
Porte .guidons . soldats, trompette,
Tiien ébaubis de leur défaite.
De droit , de gauche , il Tons les dépêchait ;
C'était miracle. A l'un , le nez il écrasait ,
lie l'autre , il perçait les prunelles;
Cassait jambes et bras , vous ouvrait les eerrelles :
Fendait des reins, brisait des dents:
Tel Jupiter foudroya les Titans.
Mais à la fin il tomba sous les coups
d'un baron anglais. Edouard fit remet-
tre son corps au roi îles Romains, et on
le déposa rendant quelque temps dans
l'église de Valoires, où l'on grava ces
quatre vers.
L'an mil quarante-six trois cens,
Comme la chronique témoigne ,
Fut apporté , puis mis céans
Jean de Luxembourg , roi de Bohême.
Excursion au champ de bataille de Crécy. Environs du château de Rambures.
Distance à parcourir : i lieues. Distance à parcourir: 4 lieues.
Infortunés mortels! quelle est donc votre
furie , de rompre le fil d'une existence déjà
si précaire? La brièveté de son cours ne
vous indique-t-elle pas assez que vous de-
vriez travailler de concert pour embellir
le plus possible son passage rapide?
Pour nous rendre au champ de ba-
« Allons au milieu des décombres cher-
cher sous ses débris poudreux quelques
souvenirs des siècles passés !..»
Ce château, dont la construction
date du quatorzième siècle, se compose
de quatre tours et d'un donjon dont les
toits se terminent en pointe. Il est con-
DU VOYAGEUR EN EUROPE.
10»
strnit en briques à l'exception de la
galerie qui règne tout autour, qui est
en pierres. Il reçoit le jour par de pe-
tites croisées ce qui donne aux diver-
ses pièces un air de tristesse et de mé-
lancolie.
Un effroi vague, une secrète peur,
Saisil l'âme au sein de ces vastes salles .
Soint ces arceaux donl la froide épaisseur,
H'un j'ourdouleui brille par intervalles.
Ce château est environné de murail-
les prodigieusement hautes et d'un a -
peci fort triste. Les sires de Rambures
figurent avec honneur dans l'histoire
des grands officiers de la couronne.
Départ d'Abbeville.
Au sortir d'Abbeville nous gravissons
un
Petit coteau au haut duquel nous
trouvons à gauche la deuxième route
de Calais; nous parcourons ensuite une
Plaine crayeuse jusqu'à
Canchy, village composé de chau-
mières et entouré d'arbres , comme
presque tous ceux de la Picardie. Après
Canchy, le pays devient montteux;
nous longeons à gauche la
Foret de Crécy, et bientôt nous ar-
rivons au village de
Fontaine, non loin duquel est le
Champ 4e bataille de Crécy, dont
nousavoi s déjà parlé.
Après le village de Fontaine, nous
traversons la
Rivière d'Authie, et nous entrons en-
suite dans le
Département du Pas-de-Calais , et
bientôt après dans
Htsdin, jolie petite ville située dans
une vallée délicieuse, où se réunissent
la Ternoise et la Candie, dont les eaux
traversent la prairie Du côté du Nord
Hesdin est couvert par la foret et par
la montagne sur le penchant de laquelle
se trouve l'église rie Saint-Leu ; au pied
de cette montagne est le faubourg du
même nom, qui ne communique à la
ville que par une digue étroite; tout le
reste est inondé, et présente l'aspect
d'un vaste ba-sin entouré d'écluses. Du
côté du midi, le terrain est aussi élevé
que la montagne opposée : il offre un
fronton inégal entrecoupé de ravins et
de vallons. Vers l'orient, à la dislance
de mille pas, est l'extrémité de la col-
line dont la croupe sépare les deux ri-
vières. A l'occident la vallée s'étend
le long de la Ternoi-e et de la Canche
réunies, et forme une vaste plaire entou-
rée de ruisseaux d'eau vive et couverte
d'avenues d'ormes et rie tilleuls, qui
contribuent à rendre le pajs pitto-
resque.
Après les forlificalions d'Hesdin, la
seule curiosité à voir est la
Cathédrale, qui est un joli édifice
élevé en lbtio. Cette église , après
avoir beaucoup souffert ] endant la ré-
volution, a été restaurée en 1811 et
1812. et rendue au culte en 1823.
En sortant d'Hesdin nous passons sur
la Ternoise, nous gravissons la
Cote, et nous entrons ensuite dans la
F'orél d'Hesdin, dont la longueur a
près d'une lieue. Au sorlir de la forêt
une
Descente rapide nous conduit à
Fniges , petite ville bâtie au pied
d'une côte extrêmement rapide et très
pittoresque. Bientôt nous arrivons à
Fauquemberg, grand village qui n'of-
fre rien de remarquable. Après avoir
pa'sé le village rie
Saint-Avoult, le pays devient plus
plat et continue d'être ainsi jusqu'à
Sainl-Omer , jolie et forte ville située
dans une contrée marécageuse , sur l'Aa
qui est navigable , à l'embouchure du
canal Neuf-Fossés et à la jonction de six
routes.
La ville de Saint-Omer est peu riche
en
Curiosités ; nous ne remarquons que
sa
Cathédrale qui est digne de fixer notre
attention. Cette église qui est située sur
le haut et au sud-ouest de la ville , fut
originairement bâtie par saint Orner , et
n'était point parachevée vers le milieu
du XV e siècle. Sa longueur est de trois
cent cinquante pieds ; elle forme une
croix latine avec bas - côtés entourés
d'une ceinture de chapelles, dont lesar-
cadessont fermées par de» balustrades en
marbre. Des pil iers d'une forme gothique
soutiennent les voûtes de la nef princi-
pale et des bas-côtés , au dessus des-
quels règne un rang de galeries. La har-
dies c e des voûtes élevées à soixante-huit
pied s au dessus du pavé, dont les nervures
sont croisées avec art , la boiserie du
choeur, la chaire à prêcher, suspen-
due entre deux piliers , le buffet d'or-
106
GUIDE
gués , placé au dessus de l'entrée prin-
cipale, et l'horloge qui se trouve à l'ex-
trême gauche de la croisée , dont le
cadran indique les heures, les mois,
les signes du Zodiaque et les phases de
la lune sont autant d'objets dignes de
fixer l'attention des connaisseurs. Son
frontispice consiste en une tour car-
rée, de cent cinquante -un pieds trois
pouces d'élévation, dans laquelle se trou-
ve encore la cloche nommée la Julien-
ne, du poids de seize à dix-huit mille
livres.fondue en 1474; de sorte que, con-
sidérée dans son ensemble, quoique d'un
style grave , c'est aujourd'hui , après
Saint-Vaast d'Arras, le plus bel édiiiee
qui existe dans le département. Quant
aux
Environs de Saint - Orner, ils sont
fort jolis, mais c'est surtout ces
lies flottâmes qui doivent fixer ici
notre attention. C'est entre les fau-
bourgs de Haupont.del/rzel et de Clair-
marais qu'elles se trouvent. Ces îles,
citées par tant d'auteurs , et visitées
par tant de voyageurs, sont regardées
comme un jeu bizarre de la nature. Leur
forme et leur étendue varie A l'infini ,
elles sont formées par une masse de terre
liée par des racines nombreuses d'her-
bes, par des roseaux et des arbustes, ce
qui leur permet de se soutenir ainsi sur la
surface de l'eau et de pouvoir, par con-
séquent , se transporter d'un lieu à un
autre. Eu 1781 , à l'occasion de la nais-
sance du Dauphin, les Hauponnais pré-
parèrent un feu de joie sur une de ces
îles , réduite à quarante-quatre pieds de
longueur sur douze de largeur, qu'ils pro-
menèrent ensuite sur la rivière de l'Aa
jusque sous les murs de la vilie , au
grand étonnement des spectateurs. Nous
sortons de Saint-Omer par la
Porte de Calais; là nous traversons
un bras de l'Aa et bientôt le village de
La Recousse qui n'offre rien de re-
marquable. Vient ensuite
Arrhes, petite ville et place de guerre,
située sur le canal de son nom, entre
une plaine fertile et un marais tour-
beux. Nous continuons à cheminer sur
une route plaie et droite , bordée de
champs, de prairies et de marais, qui
aboutit , à une lieue d'Ardres.à un pont
remarquable, dit le Pont-à-quatre-Bran-
ches, où les deux canaux de Saint-
Omer à Calais et d'Ardres à Gravelines se
croisent à angle droit. Après ce pont ,
une route directe nous conduit à
Calais , où nous arrivons en traver-
sant dans sa longueur le faubourg de la
ville basse.
Deuxième roule.
Route par Beauvais , Abbeville et Bou-
logne.
Dislance à parcourir : Gi lieues et demie.
Topographie de ta route.
Départ.
C'est non loin de Pierrefitte, et dans
l'endroit appelé le Barrage , que les
deux routes de Paris à Calais se sépa-
rent; ce n'est donc que depuis cet en-
droit que. nous devons commencer notre
description.
Barrage, Passé le Barrage, nous en-
trons dans le
Département de Seine -et- Oise , et
bientôt après dans
Saint-Brice , village presque entière-
ment composé de maisons de plaisance.
Après avoir parcouru un pays assez va-
rié , nous arrivons à
Mouettes, village sans importance. De
Moi^elles nous allons ensuite à
Beau)?iont(Ohe), petite ville située sur
une des côtes qui bordent la riche val-
lée de l'Oise. Après avoir franchi le joli
Pont de l'Oise , et parcouru un es-
pace peu considérable , nous arrivons à
Chambly , joli bourg orné d'une
Place magnifique et d'une
Promenade très pittoresque.
Puiseux vient ensuite , village situé
dans un pays frais et gracieux, et re-
marquable par sa
Fabrique d'éventails. Après viennent
les vidages de
More d'Orv Hier,
Sainte-Geneviève ,
IV ou illes et
Varlui, qui n'offrent rien de remar-
quable. Après ce dernier village , nous
avons une
Cote à descendre et nous entrons en-
suite dans
Beauvais, ville fort ancienne, située
dans un riche vallon entouré de colline»
boisées, au confluent de l'Avelon et du
Therain qui baigne une partiede son en-
ceinte, circule dans son intérieur, et se
divise en plusieurs branches et canaux
très favorables à l'exploitation des di-
DU VOYAGEUR EN EUROPE.
iOT
verses manufactures. Parmi les nom-
breuses
Curiosités que renferme Beauvais ,
nous remarquons : la
Cathédrale, qui n'est pas encore
finie ; il n'en existe que le chœur et la
nef transversale, destinée à former avec
la grande nef, qui manque, la croil
latine. Dans I'
Intérieur nous voyons le
Tombeau en marbre blanc, du cardi-
nal de Forbin-.lansou, évêque de Beau-
vais, mort à Paris le 24 mars 1713, à l'âge
de 83 ans. Près de ce tombeau un petit
Cabinet d'horloge de stj le arabesque,
dont le mécanisme fait mouvoir un ca-
ri Ion. Ce cabinet est surmonté d'un
dais de style gothique d'une forme élé-
gante.
Au dessus des grilles du chœur sont
tendues huit belles
Tapisseries de la manufacture de
Beauvais , représentant plusieurs sujets
de l'ancien et du nouveau Testament et
les actes des apôtres d'après les cartons
de Raphaël. L'
Eglise Saint-Etienne, seconde pa-
roisse de la ville de Beauvais, est beau-
coup moins vaite et moins élevée que !a
précédente. Les premières fondations
en furent jetées par saint Firmin , vers
l'an 220. et fut réédiflée en 997. Ses vi-
traux sont d'une admirable beauté. Le
Pa/a!s J E>iseo / >a2 dont la construction
remonte vers le XV' siècle, ressemble
beaucoup à une petite forteresse , par
les tours dont il est flanqué et par ses
hautes murailles en pierres. L'
Hôtel-de-VMe, qui est situé sur la
place, est le plus bel édifice de Beau-
vais; nous y remarquons une très belle
horloge à équations , composée par le
céltbie Lepaute et placée le 15 sep-
tembre 1810. Quant à la
Manufacture Royale de tapisseries ,
elle mérite d'être v e.
Telles sont les diverses curiosités que
renferme Beauvais et que nous avons
signalées, maintenant reprenons notre
route.
Départ de Beauvais.
Au sortir de Beauvais nous remar-
quons à droi'e la
Route de Brmeuil, là nous commen-
çons à gravir une
Cote de peu d'étendue, au bout de
laquelle est le village de
Toissereux, qui est sans importance
et où nous voyons les
Roules de Dieppe et de Saint— Oiner.
Après avoir parcouru une faible dis-
tance , nous tra\ersons
Clermont, village qui n'offre rien de
remarquable que son
Eglise paroissiale et son
Ancien château stigneurial. Vient eu-
suite
Marseilles, petit village situé au mi-
lieu d'un joli terrain, ombragé d'arbres
et arro«é par la
BUnère d'Herbouval, laquelle nous
passons sur un pont de peu d'impor-
tance. Bientôt nous arrivons à
Ùranàvillîers, joli bourg, peuplé d'en-
viron trois mille liabilans, et renommé
par ses fabriques de serges et de bonne-
terie de laine. Après avoir passé la
petite
Rivière de Tonac et parcouru un
beau vallon , nous entrons dans le
Département de la Somme, où nous
avons à gravir une
Montagne assez forte, au bout de la-
quelle est
Poix, village bien situé dans un fond
assez pittoresque. Après avoir traversé
la
Route de Rouen à Amiens, et par-
couru une
Plaine assez étendue, nous traver-
son le
Camp-Lamienois, hameau sans inté-
rêt et bientôt après
J lii , ai.ie,boiiiga*sezbien bâti etagréa-
blement situé sur trois petites rivières,
dont deux prenne leur source à une
lieue de dislance environ. Après avoir
parcouru une certaine dislance et cô-
toyé la Somme, noua arrivons à
"Abbeville , ville dont il a été question
dans notre première roule à laquelle
nous renvoyons le lecteur.
Au sortir d'Abbeville nous remar-
quons à droite la
Route de Saint-Omer. Après avoir
franchi une
Cote aviez forte nous entrons dans
Non vion, village peu considérable,
au bout duquel nous longeons à gau-
che lé
Parc du château de Cl rmont-Ton-
nerre, et à droite la
Forêt de Crécipion, OÙ est situé
Forét-:houtier, hameau qui n'offre
rien de remarquable. Plus loin est
103
GUIDE
B-rnay, village assez bien silué et
possédant une excellente auberge. Après
avoir parcouru une faible distance, nous
remarquons à gauche une
Avenue très pittoresque conduisant
au
Château d'Arry, que nous voyons à
peine à cause des arbre dont il est
entouré. Plus loin et du même côté est
Rue, petite ville sans importance, et
plus loin encore
Nampont, village aussi sans impor-
tance et divisé en deux parties, par la
Rivière A' Authie que nous traver-
sons. Ici commence le
Département du Pas-de-Calais, dont
le sol est tout pareil à celui que nous
venons de parcourir. Après avoir par-
couru une certaine distance, nous tra-
versons
WùiUy, village long et agreste et
remarquable par son
Château situé à notre droile. Vient
ensuite
<>Joiitreuil-sur-mer,\\\leagrê'Ablement
située sur une colline, près de la rive
droite de la Ganche. Elle est bien bâtie
en briques, astez bien percée, défen-
due par une citadelle et ceinte de rem-
parts d'où l'on jouit d'une vue déli-
cieuse sur Ja verdoyante vallée de la
Ganche, sur les dunes et sur les côtes de
la mer, qui en esta plus de trois lieues.
Après que nous sommes sortis des
fortifications, nous passons sur un
Pont de pierre , situé sur la Candie
et nous franchissons ensuite le
Faubourg de Laneuville , où bientôt
après nous traversons à gauche un
Chemin d'embranchement condui-
sant à Etaples. Vient ensuite la
Forêt de Longviliiers et
Cormant, ferme isolée qui réunit à
une auberge propre un relai des mieux
montes de Fiance. Bientôt après nous
arrivons à
Sanur, joli bourg , silué sur une pe-
tite élévation, au milieu de grandes
prairies. Nous y remarquons les restes
de la plus célèbre abbaye du Boulon-
nais, fondée vers le milieu duVII° siècle.
Ici le pays devient plus montagneux,
et a la suite va succéder bientôt le grès
qui nous indique l'a] proche de
['oulognc qui est l'un des ports de
mer de la Manche où l'on s'embarque
pour 1 Angleterre, et d'où nous par-
tirons pour nous rendre à Londres lors
de notre voyage dans ce rojaume.
_ Aperçu général de lioulogne. — Cette
ville qui est située à l'embouchure de la
Lia:sne,au pied et sur le sommet du
Mont-Lambert, s:; divise en haute et
basse ville. La première est bien per-
cée et as?ez bien bâtie en pierre bien
taillées, mais équarries et placées par
assises égales à la manière des anciens;
la seconde n'est pas aussi bien percée,
ni aussi .'olidemenl bâtie, cependant
elle o fre un coup d'oeil assez agréable.
Cette dernière renferme toute l'activité
du commerce et plus des trois quarts
de la population ; l'autre est presque
entièrement peuplée de rentiers, de no-
bles et d'Anglais. Elle est ornée de deux
places publiques décorées de plusieurs
belles foniaines et entourée d'un rem-
part planté de beaux arbres , qui offre
du côté de l'ouest une belle perspec-
tive maritime, d'où l'on découvre par-
faitement les côtes d'Anglelerre.
Boulogne possède une bibliothèque
publique, riche d'environ 21,000 volu-
mes, un musée d'histoire naturelle et
d'antiquités, un hôpital général, une
belle caserne , enfin une salle d'hydro-
graphie.
Historique. — Cette ville était connue
des anciens sous le nom de Gesoriacum;
n'était alors qu'une bourgade située
dans une île comprise dans le pays des
Morins, l'un des peuples les plus puis-
sans des Gaules. L'an 50 avant l'ère
chrétienne, Pédius, parent de Jules-
César, fit construire sur une colline ,
vis-à-vis de Gesoriacum, une ville à
laquelle il donna le nom de lionia. Ce
fut dans son port que Jules-César pré-
para la première expédition contre
l'Angleterre , l'an 38 avant notre ère.
Peu à peu le nom de Gesoriacum dis-
parut et l'on ne se servit plus que de
celui de Bonia, dont plus tard ou a fait
Boulogne.
« En 882, la ville de Boulogne fut
assiégée par les Normands , et quoique
vaillamment défendue par ses habitons,
elle fut prise d'assaut, et tous seshabi-
tans passés au fil de l'épée sansdis;in;>
tion d'âge ni de sexe ; les édifices fu-
rent brûlés, les murailles renversées,
et la ville presque entièrement détruite;
ce ne fut qu'après le départ des Nor-
mands, en 012, qu'elle fut reconstruite
et que ses fortifications furent rétablies.
DU VOYAGEUR EN EUROPE.
109
Edouard III , roi d'Angleterre, (enta
«ans succès de s'emparer de Boulogne
en 1347. Sous le règne de François I er ,
Henri VIII , roi d'Angleterre, s'empara
de cette ville après six semaines de
tranchée ouverte. Après avoir soutenu
huit assauts et plusieurs attaques suc-
cessives, les habilans se rendirent, par
capitulation, le 13 septembre 1544.
Les Anglais restèrent maîtres de
Boulogne jusqu'en lobO, époque où
Edouard VI rendit celle ville à la
France , moyennant 400 mille écus.
Charles- Quint la détruisit de fond en
comble, en looo , après un siège de six
semaines. »
En 1804, Napoléon fit de Boulogne
son quartier général et le point de sta-
tion de l'armée destinée contre l'Angle-
terre. Un camp immense fut établi à
droite et à gauche du port de Boulogne,
depuis la tour d'Ordre jusqu'à Witnille,
et depuis le sommet de la montagne
d'Outreau jusqu'au Porte] . Huit demi-
brigades d'infanterie de ligne, deux
d'infanterie légère, et vingt compagnies
de canonniers formèrent le noyau de
l'armée qui allait se rassembler.
Séjour et promenade.
C'est dans la
Bue de l'Ecu et à Y
Hôtel du Nord que nous allons des-
cendre, nous ne pourrions mieux trou-
ver. Le port, les bains et le camp sont
tout ce que Boulogne possède de re-
marquable. Commençons par visiter
le
Port. La rue de l'Ecu nous y con-
duit tout droit. Ce port est formé de
deux longs bassins joints ensemble par
un joli quai. A gauche est la
Lionne, rivière dont le fond vaseux
n'est sillonné que par un filet d'eau
quind la marée l'abandonne; à droite
sont les
Bains de mer. Ce superbe édifice, au
pied du uel la mer vient rouler ses
flots , est d'ordre ionique romain d'une
belle proportion. Il est divisé en deux
parties; une est consacrée aux dîmes
et l'antre aux hommes. La première
comprend un grand salon particulier ,
une chambre de repos, une salle de
rafraîchissement et un salon de musi-
que, avec des dégagemens convenables;
l'autre partie est composée d'une belle
salle de billard, d'un logement parti-
culier et d'autres pièces. Ces deux
çorpg-de-logis sjniélriquement dispo-
sés , et n'en formant qu'un seul à l'ex-
térieur, communiquent, par des salons,
à une très grande salle d'assemblée et
de bal, décorée de colonnes et de pi-
lastres ioniques. Cette salle est précé-
dée d'un porche du côté de la ville, et
d'un péristyle du côté de la mer. Un
escalier, ménagé dans l'ii teneur du
porche, conduit à une belle plaie-forme
qui recouvre tout le bâtiment, et de
laquelle la vue est aussi riche que va-
riée.
Telle est la distribution des appar-
tenons consacrés aux baigneurs; exa-
minons maintenant ceux des bains. Sur
la façade qui domine le port , s'élèvent
deux pavillons, l'un sert d'entrée aux
hommes, et l'autre aux dames. Au bout
de la grille est une terrasse entourée
d'apparlemens pour les baigneurs. Les
bains sonl sous terre, mais parfaite-
ment éclairés, et comme ils sont com-
posés de deux étages, le Jour y tombe
d'à-plomb par deux ouvertures circu-
laires de neuf à dix pieds de diamètre.
L'étage inférieur contient seiz.e robi-
net», huit pour le côté des hommes et
huit pour celui des femmes. L'étage au
dessus contient vingt autres robinets ,
dix pour chaque côté. Sous les bâti—
mens sont placés des réservoirs pour
l'eau.
En face le bâtiment des bains , aper-
cevez-vous sur la plage de petiles voi-
tures ? ce sont les
Bains à la Lame. Approchons pour
en faire l'examen; ces bains se compo-
sent d'une douzaine de. voitures élé-
gantes et commodes , formant autant
de cabinets de toilette assez grands pour
contenir à l'aise plusieurs personnes.
Ces voilures qui sont attelées chacune
d'un cheval , prennent les baigneurs
au bord de la plage cl les conduisent
au lieu destiné à cet effet. Des bains ,
nous pourrons nous rendre au
Camp en suivant le bord de la mer.
En parcourant ce camp , nous voyons
encore l'emplacement qu'occupaient les
baraques construites par l'armée, a ; nsi
que les petits j îrdins dont elles étaient
décorées. C'est en cet endroit que fu-
rent distribuées , le i'ô août 1804, les
premières décorations de la lég'on
d'honneur. L'année, pour retracer à la
m
GUIDE
■: ,
postérité l'époque de la création de cet
ordre célèbre , résolut d'ériger à ses
frais une
Colonne Monumentale , capable de
résister aux siècles, et le 9 novembre ,
le maréchal Sowlt en posa la première
pierre sur laquelle on grava cette ins-
cription :
Première pierre
Du monument décerné
Par l'armée expéditionnaire de Boulogne
Et la lloltille
A l'empereur Napoléon,
Posée par le maréchal Soult, commandant en cher,
18 brumaire an XIII (o novembre 1804).
A la rentrée des Bourbons en France,
cette colonne n'étant pas achevée , ils
la destinèrent à rappeler leur retour et
la concession delà Charte, et en 1821
elle reçut cette destination.
Avant de quitter ce lieu auquel se
rattachent tant de souvenirs, jouissons
un instant du
Seau point de vue qu'il nous offre.
A gauche nous découvrons Boulogne
dans toute son étendue; à droite nous
apercevons une multitude de villes et
de villages; en face de nous s'offre d'a-
bord l'Océan , puis ensuite les côtes
d'Angleterre sous la forme d'une longue
bordure bîeuâire qui tranche également
avec l'azur de l'Océan et celui du ciel.
Départ de Boulogne.
Nous sortons de Boulogne par la
Porte de Calais; à droite nous re-
marquons la
Roule de Saint-Omer, nous longeons
Wicard , nous traversons ensuite la
Rivière de ttfimereux et nous entrons
dans
Wimille, village situé au fond d'un
étroit vallon, entre deux côtes rapides
dont il faut descendre, l'une en arrivant,
et l'autre en parlant. C'est clans le
Cimetière de ce village que furent en-
terrés , en 1786, Maire du Rosier et
Romain , qui périrent d.ins cet endroit
par suite de l'incendie de leur ballon,
qui leur avait servi a traverser la Man-
che. Sur la route sont trois pierres por-
tant chacune une inscription ; shr la
première on lit le malheureux événe-
ment, sur celle de gauche l'inscription
suivante :
Ces deux mortels , des airs franchissant la banièro ,
Et planant sur le monde abaissé devant eux ,
Du trûne le plus glorieux
Retombant dans la poussière ,
Montrent de l'homme , au même instant,
Et la grandeur et le néant.
Ar'îent ami des arts et de la vérité
Au printemps de ses jouis , par un noble courage ,
Le premier dans les airs il s'ouvrit un passage ,
Et périt au chemin de l'immortalité!
Enfin , au milieu , sous la grande
inscription :
L'estime , la douleur et l'amitié leur ont élevé ce
monument , en l'année 178O.
Après Wimille vient
Marquise, joli bourg situé sur la petite
Hiyière de Maek qui se jette dans
l'Océan, à Ambleteuse. En face l'église
de ce village, nous remarquons un til-
leul qui pusse à juste titre pour un des
plus beaux arbres de la contrée : son
tronc après de cinq pieds de diamètre,
et son feuillage couvre un carré de plus
de cinquante pieds. Après avoir passé le
Relui du Haut-liuisson, nous descen-
dons jusqu'au
Fort Nieulai, qui est situé à notre
gauche et à l'embouchure de la
Rivière de Hàmes. Cette forteresse,
qu'on présume être une de celles ori-
ginairement bâties par Charlemagne
en 810 pour empêcher l'accès aux peu-
ples du nord, présente un carré long
de cent toises de l'est à l'ouest , et de
quatre-vingts de largeur; elle est défen-
due par quatre bastions et deux demi-
lunes qui en couvrent les deux ports.
Peu de temps après avoir passé le
fort Nieulai, nous entrons dans
Saint- Pierre , faubourg de Calais,
placé sur un banc de galefs , vers le
milieu de cette zone appelée les
Pierrettes. En 1632, suivant la tra-
dition, lecardinal Armand de Richelieu,
principal ministre de Louis XIII, mani-
festa le désir de convertir ce latibotirg
en ville, dont les rues furent seulement
alignée* comme on le remarque encore
aujourd'hui. Plus tard, e'es!-à-d ira en
16o9, on construisit dans la grande rue,
et près le pont de pierre, une tourelle
assez élevée dans laquelle on plaça une
horloge qui fut renversée par l'oiiragan
survenu dans la nuit du 31 décembre
au premier janvier 177(1. Après avoir
franchi Saint-Pierre, nous entrons dan»
Calais, qui est le terme de notre
voyage.
Aperçu général de Calais.— Celle
ville est située sur le détroit de la Man-
che et sur un terrain plat et sec, dont
le fond est de sable , On n'y pénètre, ainsi
DU VOYAGEUR EN EUROPE.
111
que nous l'avons vu , qu'après avoir
franchi quatre ou cinq portes ; son en-
ceinte est pclite, mais l'aspect de l'inté-
rieur esl fort agréable. Sei rues sont lar-
ges, bien pavées, et pour la plupart
bordées de trottoirs. Sa place d'Armes,
qui est situéepresqu'au centre de la ville,
est vaste et ornée de belles maisons et
de l"Hôtel-de-Ville. Son port, défendu
par plusieurs forts , est formé par un
grand quai que terminent deux môles
eu pierre.
Calais possède de belles promenades,
une école de dessin fondée en 17.S7,
une école d'enseignement muluel, une
chambre de commerce, un tribunal,
une justice de paix, un conseil de
prud'hommes, une société d'agricul-
ture, une bibliothèque publique, une
salle de spectacle, une société philhar-
monique, enfin un cercle littéraire.
Historique. — Les premiers titres où
il est fait mention de Calais ne remontent
guère qu'au neuvième siècle. Dans l'o-
rigine , ce n'était guère qu'une espèce
de village formé de cabanes construi-
tes le long de ce qui forme aujourd'hui
les quais, et habitées par des marins qui
fréquentaient son port, formé par la
nature, creusé et amélioré en 9D7 par
ordre de Baudouin IV, comte de Flan-
dre. Toute sa défense ne consistait
alors qu'en deux grosses tours , dont
une, attribuée à l'empereur Caligula,
était située sur les sables au nord de la
ville, entre la mer et le port actuel, et
l'autre placée à gauche de l'embouchure
de la rivière de Guines à la mer et à
l'angle nord-ouest de l'enceinte ac-
tuelle de la ville. La première de ces
tours a donné naissance au Risbouc, et
la seconde au château.
En 12-24, Philippe de France, comte
de Bourgogne, fit entourer Calais d'un
mur flanqué de petites tours de distan-
ce en distance, avec des fossés exté-
rieurs : ce premier mur d'enceinle fut
construit avec une telle solidité, que six
cents ans de vétusté n'ont encore pu
le détruire. Trois ans après, c'est-a-
ûire en 12-27, ce nièmePhilipi e fit con-
struire un vaste donjon que dès lors on
nomma le château, qui fut démoli en
laUO, et remplacé | ar la citadelle.
En 1G46, Edouard, roi d'Angleterre,
ayant gagné sur Philippe de Valois la
sanglante bataille de Crécy, voulut
mettre cette victoire à profit, en es-
sayant d'enlever à la France la ville de
Calais, commandée par Jean devienne.
S'étant emparé de Wissai t, il vint in-
vestir Calais le 1 er août 1346. Le siège
durait déjà depuis plus de onze mois,
lorsque Philippe rassembla une armée
de soixante mille hommes, et se présenta
pour secourir les assiégés; mais ayant
jugé la position des Anglais inattaqua-
ble, il se retira avec son armée, et les
habitans de Calais, en proie à la plus
horrible famine , furent forcés de se
rendre après avoir soutenu plus d'un
an le siège.
Edouard, irrité de la longue résis-
tance des CahvNiens, ne voulut pas les
recevoir à composition, à moins qu'on
ne lui livrât à d scrélion les hommes
les plus notables. Eustache de Saint-
Pierre, Jean d'Aire, Jacques et Pierre
Wissant et deux autres citoyens dont
l'histoire n'a pas conservé le nom, se
dévouèrent pour le salut commun :
conduits, la corde au cou, devant le
monarque anglais, qui n'aiait l'as rougi
d'imposer celte humiliante condition,
ils lui présentèrent les dés de la ville.
Edouard, les regardant d'un air sévère,
commanda qu'on les conduisît au sup-
plice, quand sa femme . qui était en-
ceinte, obtint à force d'instances qu'il
ne souillât pas sa gloire par la mort
de ces infortunés. Celle reine généreuse
les emmena aussitôt dans son apparte-
ment, les fit habiller et les renvoya,
après avoir fait donner à chacun d'eux
une somme d'argent.
Le roi et la reine d'Angleterre firent
leur entrée dans Calais le 29 août, et
allèrent descendre au château, où l'on
avait convenablement disposé des ap-
partenions pour les recevoir. Mais le
ressentiment d'Edouard contra les mal-
heureux, habitans était loin d'être apai-
sé ; il les chassa tous de la ville , qu'il
repeupla d'Anglais, désarma la garni-
son, et l'envoya prisonnière en Angle-
terre.
Devenus maîtres de Calais et de son
(enitciie, les Anglais embellirent cette
ville, augmentèrent ses r orUuealions et
y établirent un entrepôt de toutes les
ma, chandWet anglaises. Pour en facili-
ter l'arrivée à l'entrepôt, on démolit le
bassin nommé le petit Paradis, et l'on
construisit desjetées qui s'étendaient au
nord-ouest , et que l'on prolongea en-
suite, en 1700 et 1822, jusqu'à une Ion-
112
GUIDE
gueur de cinq cent cinquante toises, à
l'effet de couper un banc de sable qui
se formait à l'embouchure du canal.
Les Anglais, après avoir été maîtres
de Calais pendant deu<c cent dix ans, en
furent cha?sés par le duc de Guise, le
7 janvier 1538, après un siège de sept
jours. Après la reprise de Calais par
une juste représaille , les habitans et
propriétaires anglais furent expulsés et
exproprié* ; les simples soldat* obtin-
rent la liberté de se retirer dans les
Pays-Bas, sans armes, sans argent, avec
le seul habit qu'ils portaient sur eux ;
le gouverneur ( milord Wentworlh ) et
les officiers, restèrent prisonniers de
guerre. L'artillerie, les munitions, les
meubles, les laines, les éto'fes précieu-
ses et toutes les richesses de cette ville
opulente demeurèrent à la disposition
du duc de Guise.
En 15'Jo, les ligueurs s'emparèrent de
Calais, prirent d'assaut la citadelle, et
en passèrent la garnison au fil de râ-
pée. En 159S, cette ville resta sous la
domination du roi, en vertu du traité
de Vervins ; les Espagnols tentèrent,
sans succès, de la reprendre en 1637.
Le 26 septembre 180Ï, les Anglais vou-
lurent brûler une flottille venue de Dun-
kerque et relâchée dans le port de Ca-
lais , jetèrent un grand nombre de
bombes jusque dans la ville, et endom-
magèrent plusieurs maisons.
Séjour et promenade.
Etes-vous riche"? voulez-vous être
traité en homme qui jouit d'une brillan-
te fortune? descendez aux hôtels Bour-
bon, de l'Europe, Meuriee et Quillacq; là
vous serez traUé avec somptuosité. Re-
doutez-vous la dépense ? ètes-vous dé-
sireux de mille attentions, d'une bonne
cuisine bourgeeise, et surtout d'excel-
lent vin ? descendez
Au Belvcder (the Belvédère) , chez
M. Chapuis, rue de la Mer, n. :!5S; c'est
là que vous trouverez cet ensemble de
choses qu'on rencontre fi raremen dans
les voyages, aussi lesvovageurs affluent-
ils continuellement chez lui, et cette
préférence marquée, il la mérite sur tous
ses confrères.
«
Promenade intérieure.
L'Hôtel-de- Ville, la bibliothèque pu-
blique et la cathédrale, telles sont les
curiosités que nous avons à voir dans
Calais. L'
Hôtel-de-fille est situé sur la place
d'Armes. Cet édifice, dont la construc-
tion remonte à l'année 1740, a sa façade
décorée avec magnificence. A son ex-
trémité orientale s'élève une flèche à
jour, en charpente couverte de plomb,
et terminée par une couronne royale,
d'où sort une petite verge surmontée
d'une girouette. Cette flèche, remar-
quable par sa délicatesse et si légèreté,
renferme deux cloches, dont l'une sert
pour l'horloge, et l'autre pour indiquer
l'ouverture ou la fermeture des ports.
Dans l'une des salles de l'Hôtel-de-
Ville on conserve le
Ballon sur lequel lanchard passa
de Douvres à Calais. Au dessus de la
salle du Conseil, qui est d'une beauté
remarquable, est la
Bibliothèque publique, qui est peu
riche en bons ouvrages, et surtout fort
mal lenue; peut-être devons-nous attri-
buer cela aux réparations qu'on y faisait
quand nous l'avons visitée (le 13 janvier
1836). Enfin la
Cathédrale, qui nous reste avoir, est
un bel édifice gothique en forme de
croix latine, décorée de onze chapelles,
dont quatre dans les croisées et sept au-
tres dans le pourtour du chœur. Le re-
table du maître-autel, de cinquante-six
pieds de haut sur trente-un de large,
est entièrement en marbre de GeDes.
Au dessus de l'autel e=t un magnifique
tableau représentant l'Assomption de la
Vierge, du au pinceau du célèbre Van-
dyek. La tour qui sert de clocher a été
bâtie par les Ang'ais.
Maintenant que nous connaissons les
curiosiiés de Calais, allons parcourir
ses environs.
Environs de Calais.
Lieux champêtres ! aujourd'hui si tran-
quilles, peignez-nous les scènes sanglante!
dont vous avez été témoins ; e toi , terrible
Océan , objet de notre admiration , montre-
nous tes nombreuses victimes gisantes sur
tes plages?...
Promenade sur le port.
« Ce port est favorable anx arméniens en
course pendant la guerre et très intéressant
comme port d'échouage. »
Nous ne pouvons voir le port qu'a-
près avoir franchi les murs lugubres de
DU VOYAGEUR EN EUROPE.
IIS
la ville, alors notre œil le découvre dans
toule son étendue. A droite nous re-
marquons deux bassins dans lesquels
sont mouillés quelques petits navires et
les barques des pêcheurs de Calais. A
côté des bassins est le port, bordé d'un
superbe quai contre lequel sont amar-
rés les bateaux à vapeur qui font le tra-
jet, soitde Douvres, soit de Londres. A
l'issue des bassins nous remarquons une
superbe
Colonne en marbre blanc, élevée en
1814, en mémoire du débarquement de
Louis XVIII. Pion loin de celte colonne
commence une magnifique
Jetée en bois , qui se prolonge fort
avant en mer, et de laquelle on jouit
d'un magnifique eoup-d'œil. Lors de la
marée montante ou descendante, seuls
momens où les batimens puissent en-
trer ou sortir du port de Calais, cette
jetée est occupée p;ir une foule de cu-
rieux qui jouissent du plaisir de voir
sortir ou entrer les bâliinens du port,
et ce plaisir se renouvelle à chaque
loger, à peine a-t-il fait connaître son
choix, que le garçon de cet hôtel vient
vous enlever en triomphe, en fendant
la foule avec une rapidité étonnante,
et criant à tue-tète : Monsieur a fait
son choix !
Tel est le tableau que présente un
débarquement, il est digne d'être peint.
La foule s'est lout-à-fait dissipée, le
port est calme, la tempête des gar-
çons d'hôtels s'est apaisée , il n'y a
plus de danger à se promener, ache-
vons donc d'inspecter le port. Lu
côté opposé à la jetée, c'est-à-dire à
notre gauche, ce côté du port n'offre
rien de remarquable. Vers le milieu de
son étendue, nous trouvons un
Pont ta bois servant à communiquer
avec celte portion de sable qui sépare
la mer du port. Dans cette partie de
terrain nous remarquons les
Ruines d'un vieux fort, servant jadis
à protéger la rade. Dans les pièces ha-
bitables de celte ruine existe une au-
berge qui esl très fréquentée le ditnan-
maree. Lorsque la mer n'est pas trop che, par les matelots et les soldais de la
garnison. Sesenvirons offrent une foule
de petites cavités qui servent de re-
traite aux amoureux.
Les inégalités de ce terrain et les
nombreuses ronces dont il e^t couvert,
sont aulant de causes qui doivent nous
dispenser de le parcourir, du reste, il
n'offre rien de remarquable. Portons
donc nos pas d'un autre côté.
mauvaise et que l'on peut se promener
à sou aise sur la jetée , le tableau que
présente la mer est vraiment cuiieux;
nous voyons devant nous les bâlimens
sillonner l'onde amère en s'élevant et
«'abaissant successivement sur les la-
mes mobiles. Du milieu de cette ma*se
liquide, apercevez- vous sur divers
points des colonnes de fumée qui sem-
blent sortir de son sein, et fuir ensuite
avec une rapidité étonnante dans l'at-
mosphère? Ce sont des bateaux à va-
peur. Bientôt ces bateaux paraissent
dans leur entier; ils se dirigent avec ra-
pidité dans le port : alors la foule quitte
spontanément la jetée, et vient assister
au débarquement des voyageurs. Alors
un tumul'e se fait entendre : on se
pousse, on crie, on se bouscule, ce sont
les garçons d'hôtels qui se disputent
les voyageurs; heureux, mille fois heu-
reux celui qui dans ce moment en est
quitte pour la perte d'une partie de ses
vêtemens. Mai« loutn'est pasencore fini;
quoique le débarquement soit opéré , le
tumulte va toujours son train; les pas-
sagers sont obligés d'aller au poste de
la douane pour se taire inspecter et po-
ser leurs passeports ; les garçons d'hô-
tels deviennent plus importuns. Au
poste de la douane, chaque voyageur
étant obligé d'indiquer le lieu où il va
France.
Excursion au village de Pilien et à la
maison Beuuretjard.
Distance à parcourir: 2 lieues et demie.
Direction : au Sud-Sud Ouesl île Calais.
Levillage de Pilien est le seul endroit
remarquable des environs de Calais; il
est situé dans une vallée étroite et sè< he,
entre des coteaux peu élevés, disposés
en amphithéâtre. Quelques bouquets
d'arbres épars cà et là , jetés sur un
sol inégal, la tei'nle dorée des moissons
qui mûrissent à côté, rendent l'aspect
de ce village assez vivant, et surtout
très pitioresque. Parmi les nombreuses
l\. faisons de plaisance dont il i si orné
nous remarquons celle désignée sous
le nom de
Beauvcgard , qui est un séjour en-
chanteur. Celle maison e»l située à trois
cents toises environ . ouest-nord-ouest
de Piùen, sur un coteau d'où l'on dé-
8
214
GUIDE
couvre la mer et une assez grande éten-
due de pays. La haute futaie qui lui sert
d'abri, et notamment la belle avenue
d'ormes qui indiquent l'entrée de ce
riantséjour, attestent d'autant plus l'an-
tique existence de cette habitation, que
dans cette contrée, si sujette auï varia-
tions atmosphériques, il est rare de
voir une végétation nourrie et active :
la hauteur et la grosseur des arbres,
dans cet endroit, sont autant de témoins
muets en faveur de cette assertion.
Il
De Paris à Dieppe.
u Le voyage de Dieppe est pour le
bourgeois aisé un devoir presque aussi
rigoureux que le pèlerinage de la Mec-
que aux yeux de tout bon musulman.
11 faut voir la nier avant de mourir :
c'est un but vers lequel tendent bien
des projets et bien des économies. On
l'atteint quelquefois : le voyage accompli
devient, au retour, le texte d'une con-
versation nourrie de descriptions et
d'anecdotes , et les amis du narrateur
envient la bonne fortune qui lui donne
le droit de porter la parole et de capti-
ver l'attention, s
Hôtelrecommandé. — Hôlel de l'Eu-
rope, tenu par M. Gossel, quai d'Hen-
ri IV, n° 71.
Cet hôtel, outre sa bonne tenue et
une excellente table, offre encore le pré-
cieux avantage de se trouver à l'arrivée
du paquebot anglais qui fait la traversée
de Dieppe à Brighton, des diligences de
Paris, Rouen et le Havre, et enfin d'of-
frir un vaste coup-d'œil sur le port et
la campagne qui' domine la ville.
Routes.
Nous pouvons nous rendre à Dieppe
par deux routes différentes, savoir:
par Rouen et pur Gisors.
Première route.
Route par Rouen (route d' en-bas).
Distance à parcourir: 45 lieues.
Durée du trajet : 13 heures.
Observation. — Cette route se trou-
vant décrite jusqu'à Rouen, c'est donc
de cette ville que doit commencer notre
itinéraire.
Itinéraire de Rouen à Dieppe.
Distance à parcourir ; 17 lieues.
Topographie de la route.
Départ.
Nous sortons de Rouen par la
Porte du Havre; nous gravissons le
I\Iont-Riboudet, et bientôt nous som-
mes dans
Dévîlie-lés-Rouen .beau village situé
dans une riche vallée arrosée par les
eaux de la
Rivivre de Cailly.
Maromme vient ensuite, beau village
rempli d'établissemens industriels. A
l'extrémité de ce village est une place
circulaire, de laquelle part, à gauche, la
Route du Havre; à droite et plus
haut est celle qui conduit au
M onl-aux- Malades, village fort joli,
bâti sur le sommet de la montagne.
Après avoir descendu une petite côte,
nous arrivons à
Notre-Dame-de-Bondeville , village
très pittoresque et dans lequel nous
remarquons les ruines d'un monastère
dont la fondation remonte au delà du
XII e siècle. Après Notrc-L>ame-de-
Bondeville, nous entrons dans
Cambres, bourg qui est à la moitié du
chemin de Rouen à Dieppe, et où nous
relayons pour la deuxième fois. Nous
voici à
liiville-la-fiarignarde , dont nous
longeons la jolie place plantée d'arbres.
Bientôt nous sommes à
Qjnonvïlle , où nous relayons; à
droite, et à l'écart de la route, nous re-
marquons
Longueville , village autrefois siège
d'un duché dont le premier titulaire fut
Dunois , le fameux bâtard d'Orléans.
Aprèsavoirmontéet descendu plusieurs
côtes, nous entrons dans
Suint-Aubin , village situé sur un co-
teau , et d'où arrivent à Dieppe, par des
canaux souterrains creusés dans toute
l'épaisseur de la montagne, les eaux qui
alimentent les nombreuses fontaines
publiques et particulières de cette ville,
et qu'on n'eût pu demander à aucune
des rivières de la vallée d'Arqués, pla-
cées sur un niveau trop bas pour at-
teindre cette destination. Cet aqueduc,
dont la construction dura vingt-cinq
ans, fut commencé en 1533.
Dans les flancs du coteau au pied du-
quel Saint-Aubin est assi9, se trouvent
des
DU VOYAGEUR EN EUROPE.
Carrières de carbonate calcaire (craie),
dont l'exploitation e«t la seule industrie
de cette commune. Enfin nous entrons
dans
Dieppe , qui est l'un des quatre ports
de mer de la Manche où l'on s'embarque
pour l'Angleterre.
Deuxième roule.
Route par Gisors.
Distance à parcourir : 46 lieues.
Topographie de la route.
Départ.
Nous sortons de Paris par le
Faubourg Saint-Denis , nous traver-
sons le bourg de
La Chapelle; un peu plus loin, sur
la gauche, s'élève la
Butte-Montmartre, la principale hau-
teur qui domine Paris. La route, large,
droite et bordée d'une double allée
d'arbres, traverse une plaine vaste et
fertile, à l'extrémité de laquelle appa-
raît la ville de
Saint-Denis , dont nous avons déjà
parlé. En sortant de Saint-Denis, nous
laissons à droite la route de Gonesse ,
et en face celle d'Amiens, pour prendre
à gauche celle de Dieppe. Nous lon-
geons, à gauche, les bords de la Seine,
et à droite, la riante vallée de Mont-
morency, danslaquelle nous allons faire
une station idéale afin d'y visiter les ha-
bitations de J.-J. Rousseau.
Excursion idéale à l'Ermitage et au
Pelit-Mont-Louis.
Sento l'aura mla anlira
E î éulri colli veggio apparir.
(Petiiaca.)
Je sens renaître nies beaux Jours ;
Déjà je revois la Tallée chérie.
(Soniï. cclxxix. )
L'Ermitage fut bâti par madame
d'Epinay pour Jean-Jacques. Celte re-
traite délicieuse est isolée de toute ha-
bitation; placée à mi-côle, elle semble
se perdre dans le massif de verdure qui
la sépare du Chalet de la Nouvelle Hé-
loise et du village de Groslay. La mai-
son est petite et simpU- ; un jardin, garni
d'arbres qui portent des fruits excel-
lons* une jolie source , dont les eaux
limpides rajeunissant sans cesse les
plantes qu'elles arrosent, une terrasse
ombragée par de beaux tilleuls et des
us
touffes de lilas de Perse, en font la ri-
chesse et l'ornement. Rousseau vint
l'habiter le 9 avril 1736. Fixé par les
attraits de ce lieu, plutôt solitaire que
sauvage, il y passa des jours heureux ■
ce fut là qu'il conçut le plan de l'Emile;
il y composa aussi ce livre admirable où
il nous peint Julie d'Elange un mo-
ment égarée, se relevant bientôt après
pour offrir à ?on sexe le modèle des plus
brillantes vertus.
Pourquoi faut-il qu'à ces souvenirs
il s'en mêle un qui déshonore madame
d'Epinay? A peine avait-elle dit à Rous-
seau : « Mon ours, voilà votre asile;
c'est vous qui l'avez choisi , c'est l'ami-
tié qui vous l'offre , » que déjà elle lui
ordonne de sortir de l'Ermitage , et cela
pendant les plus froides journées d'un
très rude hiver. Il était souffrant; cette
injustice vint encore augmenter son
mal. S armant aussitôt de courage, il se
relira à Montmorency. Ce qui l'accabla,
c'est le malheur de s'être trompé dans
le choix de ses amis, c'est le malheur
non moins pénible de voir se dissiper
une erreur qui lui était chère.
Nous voici dans les appartemens de
J.-J. ; ils ont encore la même distribu-
tion que de son temps. Nous y voyons
encore plusieurs meubles qui ont servi
au philosophe. Descendons maintenant
dans le
Jardin ; au bas de la terrasse , nous
remarquon s le buste de Roussea u , placé
sur un autel, dans une cavité du mur.
C'est un hommage rendu à sa mémoire
par madame d'Epinay. Elle a écrit, au
dessous du buste, ces vers:
O toi dont les brillans écrits
Furent créés dans cet IjumLle ermitage,
Rousseau . plus cloquent que sage,
Ponrquoi quittas-tu mon pays ?
Toi-même avais choisi ma retraite paisible ;
Je t'olt'i is le bonheur et tu l'as dédaigné ;
Tu lus ingrat, mon cœur en a saigné:
Mais qu'ai je à retracer à mon âme sensible 1
Je te vois , je le lis , et tout est pardonné.
Sous un massif d'acacias, et auprès
du petit bassin qu'alimente l'eau de la
fontaine , est un cippe en marbre
blanc, surmonté du buste de Grétry
qui fit l'acquisition de l'Ermitage après
la mort de Rousseau. Nous y lisons celte
inscription :
GRÉTRY.
Ton génie est partout, mais ton cœur n'est qu'ici.
C'est au dessus de la vallée qu'est
I
116
6UIDE
située la deuxième habitation de J.-J.,
ou le
Petit-Moni-Louis. Cette maison cé-
lèbre, qui a beaucoup souffert de la
main profane du propriétaire actuel,
est placée dans une situation piquante.
Le jardin est fort régulier , mais la plu-
part des arbres plantés par Rousseau
ont disparu. Sur la terrasse, qu'il ap-
pelait sa salle de compagnie , on a gravé,
sur la table de pierre où il avait l'habi-
tude d'écrire, ces vers :
C'est ici qu'un grand homme n passé ses teaux jours :
Vingt chefs d'œuvrcs en ont marqué le cours.
C'est ici que sont nés et Salnl-Preux et Julie ;
Et celte simple pierre Tut l'autel du génie.
Le vieux donjon qui se trouve à l'ex-
trémité du jardin , a vu créer la Lettre
à à'Alembert , sur les spectacles : il
l'écrivit dans ce lieu , exposé à tous les
vents et à la neige, sans autre feu que
celui de son cœur.
En face de la porte d'entrée de la
maison , est gravée , sur une pierre ,
l'inscription suivante :
Celle maison, appelée ci-devant le Pe.lit-
M ont-Louis, a été]habiléepar J.-J. Rousseau,
à sa sortie de l' Ermitage , depuis le 13 dé-
cembre 1737, jusqu'au 9 juin 1762; i7
en fut arraché d deux heures après minuit ,
par ses amis le maréchal de Luxembourg ,
propriétaire du château de Montmorency ,
et par le prince de Conti, qui voulurent le
soustraire au décret de prise de corps lancé
contre lui , le 8 du, même mois , par le par-
lement de Paris , après la publication de
l'Emile.
Il écrivit ,le1 ,à l'un de ses amis , en ces
termes : (t J'ai parlé pour le bien des hommes.
Pour une si grande cause, je ne refuserai
jamais de souffrir. C'est aujourd'hui que
te parlement rentre ; j'attends en paix ce
qui lui plaira d'ordonner. »
Rousseau regardait comme sa maison
de campagne un édifice isolé dit le
Petit château , situé dans le parc de
Montmorency, et appartenant au ma-
réchal de Luxembourg. Il allait, de
temps en temps , y passer quelques
journées : ce lieu délicieux était pour
lui le paradis terrestre. Il en a donné
la description dans ses mémoires.
Telles font les deux habitations
qu'occupa J.-J. à Montmorency; main-
tenant , nous allons continuer notre
route, que nous n'interromprons plus.
Départ de la vallée de Montmorency.
Nous voici à
Epinay , petit village dont on fait
remonter la fondation au YII C siècle,
et dans lequel sont plusieurs maisons
de plaisance fort remarquables, parmi
lesquelles nous devons citer celle de
feu M. Lacépède , et celle de madame
de Montmorency - Luxembourg. Plus
loin est
Franconville , joli village situé au
bas d'une colline, et dans lequel Tressan
chanta les preux chevaliers et leurs
galantes aventures, et où Cassini, les
yeux attachés à la voûte céleste, médita
sur le sjslème du monde.
Après Epinay, nous suivons une
Route très monotone qui nous conduit
jusqu'à
J'ontoise, où nous arrivons par le
Faubourg de l'Aumône. Pontoise est
une ville fort ancienne , située sur la
rive droite de l'Oise , et sur la cime et
le penchant du coteau qui domine la
rivière. L'
Eglise Saint -Maclou est la seule
curiosité que renferme celte ville. Nous
y admirons une belle descente de croix
dans la chapelle de la Passion. Après
Pontoise, vient
Chars , petit bourg sur la
Ilùnère de Viorne, et remarquable
par son église gothique. Après Chars
nous entrons dans le
Département de l'Eure, et bientôt
après, dans
Gisors, petite ville située sur la
Rivière de l'Eptc , et dans laquelle
nous remarquons les ruines de son an-
cien château-fort, dont l'enceinte sert
aujourd'hui de halle, et les restes d'une
vaste enceinte de fortifications qui en-
toure la ville du côté du nord, depuis
ce château jusqu'à la rivière d'Epte;
de dislance en distance sont des tours
presque démolies; l'une d'elles se fait
remarquer par sa hauteur, qu'on peut
évaluer à quatre-vingts ou cent pieds;
son diamètre est d'environ trente pieds.
L'
Eglise de Gisors est fort belle ; elle
forme une croix latine. Le dehors est
orné d'une belle architecture moderne,
des temps du renouvellement des arts.
L'ordre du bas est dorique , et celui du
haut ionique. Le portail du milieu est
du XVI e siècle : il est très riche et très
»**8fc_
DU VOYAGEUR EN EUROPE.
117
orné de sculptures; sa forme a quelque
chose de particulier en ce qu'elle a trois
portes séparées par deux piliers, d'un
travail remarquable. La lotir e^ d'une
forme extraordinaire ; elle commence
par un carré, et 9'élève ainsi jusqu'au
tiers de sa hauteur, où se trouve une
galerie. Du centre de cette galerie , part
un octogone qui forme un second élage ;
enfin le troisième est aussi octogone ,
mais d'une dimension moins forle que
le second. Le portail du côté du nord
est ancien ; ses sculptures, très nom-
breuses, sont surtout dans le goût mo-
resque et découpées comme de la den-
telle. Dans l'intérieur de l'église, nous
remarquons plusieurs beaux morceaux
de sculpture attribués au fameux Jean
Goujon , un des restaurateurs des beaux-
arts en Fiance, au commencement du
XVI e siècle. Dans une chapelle se voit
une superbe figure en pierre, d'environ
cinq pieds de long sur deux de large,
couchée sur un tombeau; au dessous,
nous lisons ces deux vers latins , re-
marquables par une pensée profonde,
cnergiquement exprimée :
QuUnuit ades , 1u miTlo caries , sta , rcsjnee , plora i
Sum quod élis , mudlctun cinerit ; jjro nie , precor, ara.
Qui que lu sois, la moit te renrersera: arrête, re-
garde , pleure. Je suis ee que tu seras , un peu de cen-
dre. Trie Dieu pour moi.
Les vitraux de la chapelle de la crèche
sont admirables; les dessins semblent
être de Raphaël : ils représentent dif-
férera Irai ts de la vie de la Sainle-Vierge.
Après avoir quille Gisors, et parcouru
environ six lieues sur une route assez
agréable, nous entrons dans le
Département de la Seine-Inférieure ,
et bientôt après dans
Goumay , pelite ville très agréable-
ment située sur les rives gracieuses de
l'Epie , et dans les environs de laquelle
sont plusieurs
Sources d'eau minérale , dont la
plus renommée est celle dile de la Jou-
vence. De Gournay, nous allons à
Forge-les-Euux , pelit bourg bâti sur
une montagne qui domine un vallon
agréable près de la forêt de Bray, et
dans lequel sont plusieurs sources d'
Eaux minérales ferrugineuses qui
jouissent, depuis long-temps, d'une
grande réputation , notamment depuis
le séjour qu'y fit Louis XIII avec la
reine Anne d'Autriche et le cardinal de
Richelieu, en 1632. Après avoir par-
couru un espace de six lieues , nous
trouvons la
Haute qui, de Rouen, va à Neuf-
chatel; bientôt après, nous arrivons
à
Pommerval , petit bourg sans im-
portance ; de là , nous entrons dans
le
Grand -Torey , après avoir traversé
la
Rivière d' Arques,
Bois-Roberl vient ensuite , autre pelit
bourg sans importance, et duquel nous
sommes conduits à
Arques, bourg dont nous parlerons
lors de nos excursions aux environs de
Dieppe ; enfin , bientôt nous entrons
dans
Lieppe , ville dont nous allons nous
occuper maintenant.
Aperçu général de Dieppe. — Celle
ville est assise à l'ouverture de la vallée
d'Arqués.
A travers deux rochers , où la mer mugissante
Vicnlbriser en courroux son onde blanchissante.
Ses rues sont larges et bien percées ;
ses maisons, qui ne sont pas très hautes,
sont, pour la plupart, conslruitesen bri-
ques, couvertes en tuiles et ornées de
balcons où l'on cultive des fleurs.
Dieppe a deux faubourgs : l'un, silué
à l'ouest de la ville, porte le nom de
faubourg de La Barre, et l'autre, du
côté du bassin, celui de Pollet. Ses
quais, qui sont fort beaux, bordés de
belles maisons , présentent un coup-
d'oeil agréab'e et plein de mouvement.
Son port, formé par deux belles je-
tées , défendu par un château - fort
et par une bonne citadelle , est ex-
cellent.
Dieppe possède deux église» , un
établissement de bains de mer, une
salle de spectacle, une bibliothèque
publique riche de trois mille volumes,
une belle place, dite Place-Koyale ,
qui olfre deux rangs de belles mai-
sons très élevées; enfin, soixante-huit
fontaines publiques et deux cent seize
particulières.
Historique. — Dieppe n'est pas une
ville fort ancienne ; ce n'est guère
qu'en 1 193 qu'elle commence à figurer
dans l'histoire. Philippe-Auguste, dans
ses querelles avec Richard Cœur-de-
Lion , la détruisit de fond eu comble.
118
6UIDB
Sous Charles VII , cette ville était au
pouvoir des Anglais; mais, en 1433,
elle fut prise par une nuit sombre , et
retomba au pouvoir des Français. Le 17
juillet 1694, les Anglais bombardèrent
cette ville et la réduisirent en cendres:
rues, maisons, édifices publics et re-
ligieux, tout fut en grande partie ruiné
et brûlé. Trois monumens échappèrent
seuls au bombardement : le château,
l'église Saint-Jacques et celle de Saint-
Remi.
Séjour et promenade.
Descendons à 1'
Hôtel de V Europe; là, nous serons
parfaitement bien sous tous les rapports.
Ici , de même que dans toutes les au-
tres villes maritimes que nous avons
déjà visitées , c'est par la
Vue du port que nous devons com-
mencer notre promenade. Pour nous
y rendre , nous allons suivre la
Grand' Rue , de l'extrémité de la-
quelle nous apercevons son bassin , de
forme irrégulière , l'ouverture de sa
passe , qui se prolonge , à gauche ,
au delà du Pollet, où l'on arrive par
un pont, et, à droite, l'arrière-port
et la retenue.
Sur la jetée de l'est, apercevez-vous
une vieille tour? c'est ce qu'on appelle
la
Tour des Crabes, bâtie sur l'empla-
cement qu'occupait , au XVI* siècle ,
le palais du marchand Ango. Entre
l'extrémité de la jetée de l'ouest , et la
falaise où le château de Dieppe est as-
sis , s'étend la
Grève, qui défend la ville des assauts
des vagues. Des fortifications en gazon,
aujourd'hui mal entretenues : des ca-
nons gisant à lerre sans affûts, quel-
ques barques tirées sur le galet, tel
est le spectacle que nous offre cette
esplanade dans les trois quarts de sa
longueur ; mais , si nous approchons
du château , elle nous offre un aspect
moins sauvage : outre un concours
nombreux de promeneurs , notre œil
plane sur les jolis
Bains de mer, dont la légère construc-
tion contraste d'une manière gracieuse
avec les lourdes murailles et les tourel-
les pointues du vieux château qui les
dominent. Laissons ce vieux fort de côté,
occupons-nous d'abord des bains. Cet
établissement, qui a été formé en 1822,
se divise en deux parties distinctes; la
première, qui occupe les constructions
sur la plage, est destinée à recevoir les
baigneurs qui s'exposent à la lame ; la
seconde consiste en un grand hôtel con-
tenant les bains d'eau chaude.
Bains à la lame. Ces bains s'élèvent à
l'extrémité du rivage : le jardin qui les
entoure est contigu à une longue lisière
de rochers que la mer abandonne dans
son reflux ; sur l'âpre surface de ces ro-
chers anfractueux s'attachent des pro-
ductions maritimes, des deux règnes, qui
nuancent toute cette plage de vert , de
brun et de noir. En face de deux pavil-
lons de l'ordre ionique, sont deux pon-
tons en forme d'escalier qui conduisent
aux lames. La rive gauche appartient
aux femmes, la droite aux hommes; au
centre est un espace assez considérable
pour qu'on ne puisse pas se reconnaître
d'un côté à l'autre. Au pied de ces pon-
tons sont des tentes de toile blanche en
coutil dans lesquelles on laisse et on re-
prend ses vêtemens. Les hommes y trou-
vent des caleçons, et les femmes d'am-
ples robes de laine brune. On est con-
duit par des baigneurs jurés qu'on re-
connaît à leur plaque, à leur chapeau
sur lequel est une inscription , à leur
costume qui annonce des hommes tou-
jours prêts à se jeter à la nage. Passons
maintenant aux
Bains d'eau chaude. Ces bains sont
comme un grand hôtel où l'on trouve à
la fois les avantages du bain et un genre
de vie fort agréable. Les cabinets pour
les bains et les douches sont éclairés par
une douce lumière. Une table de toi-
lette, quelques chaises, une glace, voilà
tout l'ameublement qui, dans sa simpli-
cité, est d'un bon goût ; une grande
propreté le rend surtout agréable. Les
baignoires jout placées au niveau du
parquet, et on y descend au moyen de
quelques marches : ces baignoires rap-
pellent toul-à-fait celles des anciens,
qui , faisant du bain un usage essentiel,
avaient adopté cette manière comme la
plus commode.
Maintenant, que nous connaissons les
bains, disons nn mot du
Château de Dieppe. Ce château, ainsi
que vous le voyez, est avantageusement
assis; il est muni de hautes murailles,
flanqué de tours et de bastions, et do-
mine tout à la fois la vallée, la ville et la
'^•tk.
DU VOYAGEUR EN EUROPE.
119
mer. C'est un monument d'un plan or-
gueilleux, d'un style bizarre, qui offre
dans l'élévation de tes tours, dans le
profil de ses murailles , dans l'austérité
imposante de son entrée, dans sa vue
étendue sur la mer, une variété singu-
lière de scènes sévères qui rappellent
tout à la fois des souvenirs d'esclaXVIII' siècle,
ces tours étaient encore assez bien con-
servées : chacune d'elles avait un maga-
sin sous terre et un vaste corps-de-
garde.
Il ne nous reste plus maintenant
qu'à examiner V
Extérieur du Château. Pour faire cet
examen, nous allons en faire le tour
en suivant la côte du fossé. Voici la
porte du si'd qui est dai:s un état de dé-
labrement complet. Les hautes pièces
du pont se sont rompues et olfrent un
effet de ruines des plus frappans; toufe
la partie des piles est tombée sans se
démolir, et reste appu>ée contre son
ancienne base. Celle porle s'appelait la
porte de Lôrigueville , parce qu'elle
était tournée vers ce bourg qui est à
deux lieues d'Arqués, dans une vallée
voisine.
Maintenant que nous connaissons le
château d'Arqués , nous allons en tra-
cer 1'
Historique. Ce château fut bâti vers
le XI e siècle par le comte Guillaume ,
oncle de Guillaume- le -(Conquérant.
De longues querelles survenues entre
eux firent pisser successivement ce
château des mains de l'un dans celles
de l'autre. Dans les guerres de Richard
Cœur-de-Lion et du roi Jean avec
Philippe-Auguste , il fut encore une
des places les plus disputées de la Nor-
mandie. En 1-202 , Philippe-Auguste
tenta sans succès de s'en emparer. En
1350, il fut livré aux Anglais en vertu
du traité de Breligny. En 1419, il fut
repris p.-.r Talbot et Warwick. etrendu
à Charles VII, par un des articles de la
capitulation de Rouen. La victoire de
Henri IV est la dernière balaille dont
de château fut témoin, et à laquelle
Crillon ne fut point !
Retour à Dieppe.
Quittons maintenant ces ruines et
regagnons Dieppe, non pas en suivant
la vallée, quoique se soit la ligne la
plus directe, mais en prenant le village
de
Gruehet, la plaine et la route de Pa-
■m
•
ISS
CUIDI
ris. C'est ici, dans cette plaine, que le sources, dont quelques unes sopt miné-
duc de Mayence vint se poster après la
bataille. Il établit une batterie au dessus
du village de Saint Pierre d'Epinay,
mais les forls de la ville et la citadelle
qui existait alors derrière le château,
l'obligèrent à s'éloigner. Il yeut en outre
quelques petits combats dans lesquels
les troupes royales eurent le dessus. Le
duc sachant que quatre mille Anglais
raies et des points de vue varies qn'il
offre, soit du côté des plaines, soit du
coté de la mer. Outre la
Source d'eau minérale de Varange-
ville, ce village offre de plus à notre
curiosité le
Manoir d'Ango. Pendant que nous al-
lons gagner cette belle maison de plaisan-
ce , il n'est peut-être pas inutile de vous
venaient de débarquer à Dieppe pour dire un mot de son ancien possesseur
renforcer l'armée royale , que déplus Histoire d'Ango.— Ango était uu mar-
ie comte de Soissons, le duc de Longue- chand de Dieppe , qui vivait sous Frau-
ville et le maréchal d'Aumont appro- cois I". Ango avait des vaisseaux aulant
chaient avec leurs troupes, jugea à qu'un prince. Un des équipages fut mal-
propos de décamper, et c'est ce qu'il fit traité par les navires du roi de Portu-
lans faire sonner bien haut les fifres et gai. Ango s'en alla bloquer Lisbonne ,
les trompettes.
Excursion à Varangeville-sur-Mer.
Dislance à parcourir : 2 lieues.
Observation.
Pour nous rendre à Varangeville ,
ncus allons passer dans le hameau de
Pourville , où nous avons quelques an-
tiquités à voir.
Départ.
Nous sortons de Dieppe par le
Faubourg de la Barre; nous suivons
ensuife une rue couverte de grands
arbres qui nous conduit à
Caudecote, et bientôt après nous
arrivons à
Pourville. Ce village , qui est dans
la plus belle posilion,olIre à notre curio-
sité les
Ruines (rime église qui ont été sou-
vent dessinée?.
Avant d'entrer dans lacavée qui con-
duit sur la côte de l'ouest, nous vovons
a gauche une
Petùe Masure, où l'on découvrit, il
y a quelques années, un tombeau en
gypse. Parvenus dans la plaine, nous
apercevons à notre gauche , au milieu
du bois de Hanlôt, quelques pans de
vieilles murailles : ce sont les
Hestes de l'Ancien Manoir des Sei-
gneurs Uantôts ; après avoir traversé
cette plaine et franchi une
Penu côte, nous arrivons à
V arang wl lle-sur-Mer. Ce village
est un des plus beaux de la France, à
cause de son étendue, de ses magnifi-
ques plantations, de ses bruyères, de ses
avec une flotte à ses ordres ; il obtint du
trône portugais la réparation de l'injure
qui lui avait été faite ; et cet homme du
peuple vit à ses pieds les ambassadeurs,
les drapeaux et les présensdu roi. Ango
était une image magnifique des luîtes de
la forlune des peuples ; Ango était la
démocratie elle-même consacrée à la
puissance et à la flagellation des monar-
chies. Peu de temps après, il perdit ses
richesses, et passa tristement ses jours;
il se retira dans la maison de Tarange-
ville, mais il voulut qu'après sa mort ,
on le portât à Dieppe et qu'on l'inhumât
dans la chapelle de Saint-Jacques qu'il
avait ornée peu de temps avant sa mort.
Maintenant que nous connaissons l'his-
toire d'Ango , examinons sa maison de
plaisance.
Description. — Ce manoir qui est au-
jourd'hui transformé en ferme , malgré
les nombreuses altérations produites par
le temps , est une salle où l'on peut étu-
dier les leçons des meilleurs archilectes
du XVI e siècle. Le goût des artistes ita-
liens se fait sentir de tous les côtés.
Au dessus d'une des grandes portes ,
sont placés deux médaillons ieprésen-
tant François I er et Diane de Poiliers.
Intérieur. — Pénétrons dans l'inté-
rieur de la grande salle qui est exposée
au nord ; là nous remarquons contre les
parois des murs Ips restes d'une fres-
que dont on pourrait peut-être retrouver
les dessins à l'aide des lignes qui sont
restées tracées sur l'enduit du mur. Plu-
sieurs portes , plusieurs fenêtres sont
accompagnées de divers petits sujets
de fantaisie, sculptés avec la plus grande
habileté.
Extérieur. — Cour. — Dans la cour,
tt»tt
J>B VOYAGEUR EN ECROPB.
12»
nous remarquons çà et là des corniche»,
des tronçons et des pierres sculptées.
Dans un de ses angles s'élève une tou-
relle dont l'intérieur est d'une grande
élégance; son intérieur nous présente
un escalier habilement conduit. Si nous
montons à l'extrémité de celle tour,
nous y jouissons d'une vue des plus éten-
dues ; nous apercevons un grand nom-
bre de villages , des plaines cultivées ,
des eoteaui boisés, etc.
De Paris à Abbeville.
Distance à parcourir : 87 lieues et demie ,
18 postes trois quarts.
( Voyez la route de Paris d Calais.)
De Paris à Amiens.
Distance à parcourir : 51 lieues, li» postes
et demie.
( Voyez la route de Paris d Calais.)
De Paris à Boulogne-sur-Mer.
Dislance à parcourir : 61 lieues, 50 postes
trois quarts.
( Voyez la 2' route de Paris à Calais.)
De Paris à Dunkerque.
Routes.
Nous pouvons nous rendre à Dunker-
que par deux routes différentes savoir :
par Amiens et par Sainl-Pol.
Première route.
Route par Amiens.
Distance à parcourir :C8 lieues, 54 postes.
Durée du trajet : 25 heures.
Observation.
De Paris à Amiens, la route nous
étant connue, ce n'est donc que depuis
cette ville que notre itinéraire doit com-
mencer.
Itinéraire d'Amiens à DunJcerque.
Topographie de la route.
Départ.
Nous sortons d'Amiens par la
Porte d'Arras ; bientôt après nous
gravissons une
Montagne , au haut de laquelle nous
remarquons à gauche le»
Restes de la chaussée dite de Brune-
haut. Non loin de là, nous trouvons le
village de
V Mers-Bocage, qui est presque en-
touré d'arbres , et aux environs duquel
nous remarquons le beau
Château de madame de Bretangles ,
auquel on arrive par une belle avenue.
Taimas qui vient après est un village
sans importance.
DouUens, que nous ne tardons pas à
traverser ensuite , est une ville d'un as-
pect assez agréable , bâtie au fond d'une
vallée qu'arrosent les rivières d'Anthie
et de Giouche. Varmi les
Curiosités de DouUens dignes d'être
citées, nous remarquons : 1'
Eglise Saint-Martm, dont les piliers
sont d'une grande légèreté, et la
Citadelle qui passe avec raison pour
une des plus belles de France. Après
avoir dépassé DouUens, nous trouvons
les hauteurs de
jjouquemaison, où commence le
Département du Pas-de-Calais. Bien-
tôt nous arrivons à
Frèvent, joli bourg, dont la pro-
preté rappelle quelques villages de la
Suisse ; la route, bordée d'arbres, s'em-
bellit à mesure que nous approchons de
Saint-Pol, petite ville agréablement
située , dans un fond a^sez pittoresque
sur la Temoise et renommée par ses
eaux minérales, ses huiles, ses nankins,
et ses plants de tabac.
Pernes, où nous allons relayer, est
une petite ville sans importance, peu-
plée d'environ mille habitans. Dans un
site heureux, au milieu d'une belle
plaine , est
Li/lers. ville jadis fortifiée, et ne pos-
sédant aucune curiosité digne d'être
citée. Bientôt aiirès, nous entrons dans
Aire, jolie ville, bâtie dais une situa-
tion Rgréable , au confluent de la Lys
et de la Laquetle , à la jonction des ca-
naux de Saint-Omer et de la P.afsçe ,
avec lesquels elle communique d'un
côté avec l'Aa et de l'autre avec la
Deule. Au nombre des
Curiosités d' Ab e nous, remarquons 1'
Eglise Saint-Paul , construite au
XVII l" siècle, les
Casernes, qui peuvent contenir 0000
hommes, enfin le
Bâtiment qui est sur une place puhli-
qae , qui est surmonté d'un beffroi ,
élevé vers le milieu du XVIII e siècle.
12i
GUIDE
Peu de temps après avoir passé Aire,
nous entions dans le
Département du Nord.
Hazebrouck est la première ville que
nous rencontrons; cette ville est située
dans un territoire extrêmement fertile ,
sur le ruisseau de la Bourre, qui com-
munique à la Lys; elle est assez bien
bâtie et offre pour toute
Curiosité V
Eglise paroissiale, qui est vaste, bien
ornée et surmontée d'une flèche à jour
construite de 1490 à 1320. L'
Hôtet-de-V Me , construit de 1897 à
1820, et dont la façade offre douze co-
lonnes de 24 pieds de hauteur, surmon-
tées d'un entablement et d'un attique ,
ayant pour soubassement un portique
de onze ouvertures. Enfin 1'
Jlôtel de la sous-préfecture qui est un
bâtiment moderne de fort bon goût. Au
sortir d'Hazebrouck, la route continue
de se montrer agréable et variée.Bientôt
nous apercevons, au sommet d'une mon-
tagne conique ,
Cassel, ville fort ancienne et dont les
rues sont peu nombreuses, propres, assez
bien entretenues , et pourvues chacune
d'une fontaine abondante. Parmi les
Edifices publics de Cassel, nous re-
marquons : r
Eglise paroisialc, bâtie en 1290 et
dont le maître-autel est en marbre et
décoré d'une statue de la Vierge qui
est réputée miraculeuse dans tout le
pays. Enfin la
^ Mairie, bâtiment spacieux dans lequel
s'assemblaient jadis les administrateurs
de la Flandre maritime.
Après Cassel vient
Vormhoudt,\v,Xi bourg, situé sur l'Y-
ser et dont les maisons sont bien bâties,
et tenues avec une propreté remarqua-
ble. De Vormhoudt, nous allons à
Bergues, jolie et forte ville, située
dans une contrée marécageuse, au pied
d'une montagne , à la jonction des ca-
naux de Dunkerque et de la haute et
basse Colme qui en font le centre d'un
commerce très étendu. Elle est. en
général, bien bâtie en briques, et pos-
sède un port commode sur le canal de
ce nom, qui conduit directement à la
mer et peut recevoir des navires char-
ges de 300 tonneaux , au moyen d'une
grande écluse placée à l'embouchure
du port de Dunkerque. Les
Curiosités les plus remarquables de
Bergues sont : 1'
H àicl-de-V Me , dont la construction
date de 1604; son architecture est extrê-
mement gracieuse, et ion ne trouverait
peut-être pas dans le département de
salon plus vaste et plus majestueux que
celui réservé aux séances du conseil
d'administration; le
Beffroi, qui est sans contredit l'é-
difice le plus curieux de Bergues. Sa
construction est extrêmement hardie, et
ta forme d'une élégance recherchée;
son origine est espagnole, mais la date
de sa construction est restée inconnue;
sa hauteur estdelbO pieds. Enfin les deux
Tours de l'abbaye de Saint-JFinoc,
qui ont été conservées pour servir de
point de vue aux navigateurs et facili-
ter l'entrée du port de Dunkerque. De
Bergues nous allons à
Dunkerque qui est le terme de notre
voyage.
aperçu général de Dunkerque. —
Celte ville, qui est située sur les bords
de la mer, à la jonction des canaux de
Bergues, de Bombourg et de Furnes,
est en général bien bâtie et assez bien
percée. Sou port est grand, commode,
très fréquenté ; il est précédé d'une
rade très sûre regardée comme une des
plus belles de l'Europe.
Dunkerque possède plusieurs belles
places publiques, un tribunal de pre-
mière instance, deux justices de paix
et un tribunal de commerce, un hôpi-
tal militaire, deux églises, un collège
communal, une école d'hydrographie
de troisième classe , une bibliothèque
publique riche de près de 51,000 volu-
mes, un hospice jouissant d'un revenu
de 75,000 francs , et dans lequel sont
entretenus environ 330 malades, vieil-
lards et orphelins , une société d'agri-
culture et une caisse d'épargne.
Historique. — L'origine de Dunker-
que n'est pas ancienne; ce n'était au
VI e siècle qu'un hameau, auquel une
chapelle, qu'y fit bâtir saint Eloi, donna
le nom de Dunkerque , qui , dans l'i-
diome flamand , signifie église des du-
nes. Un havre naturel y attirait des pé-
cheurs , et ce lieu devint bientôt assez
important pour être entouré d'une mu-
raille, en 964,-par Baudouin III. En 1291),
Philippe-le-Bel s'empara de Dunker-
que ; mais quatre ans après, les habitans
secouèrent le joug des Français, qui
DU VOYAGEUR EN EUROPE.
l<dii
l'assiégèrent sans succès une seconde
fois en 1448. Le maréchal de Termes se
rendit maîlre de cette place en 11588,
et ses soldais s'y livrèrent au pillage et
aux cruautés les plus révoltantes. Les
Flamands s'emparèrent à leur tour de
cette place, et exercèrent sur les assié-
gés de terribles représailles. En 1383, les
Français s'emparèrent encore de Dun-
kerque, qui fut repris la même année
par les Espagnols, lesquels agrandirent
la ville en 1640. Le prince de Condé la
reprit en 1046, et Ijs Fiançais durent
l'abandonner eu 1632.Tuienne la reprit
en 1658, et la remit immédiatement
aux Anglais, qui la fortifièrent et y
construisirent une citadelle. Ceux-ci la
rendirent pour la somme de cinq mil-
lions, à Louis XIV, qui y entra eu 1062,
lit creuser le port, les écluses et aug-
menter les fortifications par le maréchal
de Yauban. Les Anglais en furent re-
mis en possession par la paix d'Dlrecht,
détruisirent le port, fes écluses, les rem-
parts, les forts, et fermèrent le chenal
par un bàlardeau de sable. Le port et les
fortifications furent restaurés en 1740;
mais les traité « de paix d'Aix-la-Cha-
pelle et de Paris de J748 et de 1703
stipulèrent la destruction d'un port
dont l'Angleterre redoutait le voisi-
nage. Les succès des armes île la France
pendant les guerres d'Amérique sau-
vèrent Dunkerque d'une nouvelle des-
truction, et fon | ort prit une importance
commerciale progressive jusqu'à l'épo-
que de la révolution.
Curiosités. — La ville de Dunkerque
est peu riche en curiosités ; les plus re-
marquables sont : 1'
Eglise Saini-Eloi , qui fut bâtie en
1440 et dont la façade est composée de
dix belles colonnes d'ordre corinthien,
surmontées d'un fronton grec, d'après
les plans du célèbre architecte Louis',
àl'imiialion du Panthéon de Home. La
Place Jeun— "art , qui est plantée
d'arbres et décorée du buste de ce hé-
ros , inauguré en 18t!0. Le
Collège , élevé en ISuG sur I'emplare-
ro"nl de l'antique église des jésuites. La
Tour rlu Port, sur laquelle est cons-
truit un phare qui sert de guide aux
vai -seaux. Les
Bassins de lu Marine restaurés en
1794. où le gouvernement fit construire
des frégates jusqu'en 1818. Enfin le
Bassin et l'écluse de chasse achevés
en 1826 à l'ouest du port et au moyeu
de laquelle on espérait enlever le banc
qui ferme l'entrée du chenal, mais qui
n'a pas réalisé les espérances qu'on avait
conçues.
Deuxième route.
Route par Saint-Vol.
Dislance à parcourir : 71 lieues et demie ,
53 postes trois quarts.
Observation.
Celte route est la même que les pré-
cédentes jusqu'à Aire; c'est donc depuis
cette ville que noire itinéraire doit
commencer.
Itinéraire d'Aire à Dunkerque.
Topographie de la route.
Départ.
Au sortir d'Aire, nous laissons à notre
droite le canal, et après avoir parcouru
environ quatre lieues, nous arrivons à
Saim-Omer, ville dont il a été ques-
tion dans la deuxième route de Paris à
Calais. Bientôt après, nous arrivons à
Gravelines , petite ville située dans
une contrée marécageuse, à l'embou-
chure de l'Aa, qui y forme un port
commode et très fréquenté , qui offre
un asile assuré aux navires battus
par la tempête. Elle est généralement
bien bâtie; les rues sont belles et bien
percées ; les places publiques fort agréa-
bles. On n'y remarque d'autre monu-
ment que le
Mausolée rie M.. D. Metz, ouvrage du
célèbre Girardon , placé il y a quelques
années dans l'église paroissiale. De Gra-
velines nous allons en ligne droite à
Dunkerque, où se borne notre itiné-
raire.
De Paris à Lille.
Hôtels recommandés. — Douai: Hô-
tel rie l'Europe et ries Quatre— fils- iy
mon, rue Saint-Jacques.
Cet hôtel , meublé très proprement ,
est au centre de la ville, près du Collège
royal, du Musée, de l'Arsenal, de la
Préfecture, des églises et promenades.
Il y a table d'hôte, restaurant, remises,
écuries et i-ulla de bains.
Compûgne. — Hôtel de la Cloche et
de la Houteille.tenn par Hutiaot, place
de l'Hôtel-de-Ville.
126
«UIDE
La position de cet hôtel , comme son
importance, l'ont rendu le premier de
ce genre dans Compiègne. Le nombre
des appartemens et des salons permet à
son propriétaire de recevoir tous les
voyageurs en poste ; la plus grande par-
lie de MM les voyageurs du commerce
y descendent, attendu que le bureau
des Messageries royales est dans l'hô-
tel , et celui des Messageries Laffitte et
Gaillard en face.
Noyon. — Hôtel du Chevalet, tenu par
M. Begnéry, place au Blé. Cet hôtel est
fort vaste et poss'de de très beaux ap-
partemens frais et bien meublés, ainsi
que de vaste» écuries et remises. 11 y a
table d'hôte deux fois par jour.
Routes.
Nous pouvons nous rendre à Lille par
quatre routes différentes, savoir: par
Amiens, par Péronne et Cambrai, par
Péronne et Arras , enfin par Saint-
Quentin.
Première route.
Route par Amiens.
Distance à parcourir: 38 lieues, 29 postes
un quart.
Durée du trajet: 18 heures.
Observation.
Cette route se trouvant décrite jus-
qu'à Doullens par la précédente, c'est
donc de cette dernière ville que notre
itinéraire doit commencer.
Itinéraire de Doullens à Lille.
Topographie de la route.
Départ.
Peu de temps après avoir quitté
Doullens, nous entrons dans le
Département du Pas-de-Calais.
Albret est le premier village que
nous rencontrons; bientôt après vient
Baumetz, autre petit village sans
importance, après lequel nous entrons
dans
Arras, grande et très forte ville, chef-
lieu du département, située au milieu
d'une plaine fertile, sur la Scarpe, qui
y reçoit le Crinchon. Elle est bâtie à
mi-côte et partie dans un terrain plat,
elle se compose de quatre parties qui
sont la cité, la ville-haute, la basse-
ville et la citadelle; plusieurs faubourgs
ajoutent à sa grandeur. La cité, qui oc-
cupe le terrain le plus élevé, est à peu
près sur le même emplacement qu'oc-
cupait celle qui reçut César; la nou-
velle ville eut pour noyau un petit ora-
toire élevé par saint Wa?t, au sixième
siècle, sur le bord du Crinchon, ora-
toire qui devint, sous un des fils de Clo-
vis, une abbaye bâtie sur un plan ma-
gnifique. La ville-basse est moderne,
régulièrement bâtie ; elle touche aux
glacis de la citadelle , élevée sous
Louis XIV, par le maréchal Vauban.
Cette partie d'Arras est fort belle, et
formée de maisons en pierres de taille,
plusieurs étages.
Curiosités. — La ville d'Arras est
peu riche en curiosités; les plus re-
marquables sont : la
Cathédrale, qui est dédiée à Notre-
Dame, et dont la construction est go-
thique. Le choeur et la croisée de cette
église, soulenus par des colonnes très
minces, offrent une construction d'une
grande hardiesse, mais le reste du vais-
së tu n'a pas, à beaucoup près, la même
élégance. L'
Hotel-de-Ville, qui est une des plus
belles productions du genre gothique.
La
Bibliothèque , formée des restes de
celle de Saint-Wast. L'
Arsenal, enfin la
Tour du bejfroi.
Départ d'Arras.
Peu de temps après avoir quitté Ar-
ras, nous traversons le village de
Vimy, qui n'offre riGn de remar-
quable.
Lens vient ensuite , petit hameau
après lequel nous traversons le
Canal; là nous trouvons
Catvin, autre petit hameau où com-
mence le
Département du Nord, et duquel
nous allons direclemeut à
Lille, qui est le terme de notre
voyage.
Aperçu général de Lille. — Cette
ville, qui est située dans une contrée
extrêmement fertile, sur le canal qui
communique de la Sensée à la mer, et
sur la moyenne Deùle qui la traver-e
et y est navigable, est entourée de forti-
fications immenses et défendue par une
bonne citadelle. Ses rues sont en gêné-
DU VOYAGEUR EN EUROPE .
127
rai larges, propres et bien percées. Ses lient encore actuellement les canaux de
maisons, solidement bâties, presque
toutes d'un goût moderne, ont, pour la
plupart, des caves dans lesquelles loge
Ja plus grande partie de la classe ou-
vrière et indigente, ce qui altère sa
santé et enfante une foule de maladies
chroniques.
Lille possède 27 places ou marchés,
près de -200 rues et un grand nombre
de ruelles et de cours ou impasses,
plusieurs églises, un tribunal de pre-
mière instance et de commerce, une
académie ro\ aie de musique, un collège
communal, une académie de dessin pla-
stique, un hôtel de monnaie (lettre W),
un hôpital général, un mont-de-piété,
une salle de spectacle, euiiu un su-
perbe musée.
Historique. — La ville de Lille a pris
son nom d'un village entouré d'eau,
qui devait lui-même son origine à un
château bâti dans les derniers siècles
de l'empire des Romains dans la Utl—
gique, et autour duquel quelques habi-
bilans, attirés par la sûreté qu'il pro-
curait, vinrent s'établir. Les chroniques
du temps ne font plus mention de Lille
jusqu'à Baudouin I er , dit Bras-de-Fer,
qui, en 803, fit pendre plusieurs de ses
ennemis aux murailles du château de
Lille. Les courses des Normands pen-
dant le neuvième siècle et pendant une
partie du dixième, durent nécessaire-
ment nuire aux progrès de Lille, et il
faut arriver à Uaudouin IV, qui fit bâtir
en 1007 un grand nombre de maisons,
et donna une forme positive à la ville.
Baudouin IV l'entoura de murs et de
fossés en 1030, et sa population s'ac-
crut si promptement, que Baudouin V
se vit obligé de l'agrandir. Ses fortifi-
cations, nouvellement construites, ne
l'empêchèrent pas de tomber en 1304
au pouvoir de l'empereur Henri III,
qui venait de ravager la Flandre; mais
elle fut bientôt reprise et réparée par
les bienfaits de Baudouin, qui la réta-
blit et releva ses murs abattus; l'année
suivante, ce prince érigea l'église col-
légiale de Saint-Pierre, qu'il dota ri-
chement en 1006. A celte époque Lille
était divisée en deux parties : la plus
ancienne comprenait l'église Saint-
Etienne, la seconde, qui seule était en-
tourée de murailles, ne comprenait que
la paroisse Saint-Pierre. En 1147, la
Tille avait une enceinte que détermi-
Poissonneaux, desPontsdes Comineset
des Sœurs-Noires.
La ville fut prise trois fois en 1213;
d'abord par Philippe-Auguste, après un
siège de trois jo ,: r% puis par le comte de
Flandre Ferrand, en faveur duquel il
se révolta , et ensuite par le même Phi-
lippe qui, irrité de sa rébellion, la ré-
duisit totalement en cendres. Lorsqu'à-
près ce désastre on la reconstruisit, elle
fut augmentée presque du double de sa
grandeur, et l'on y entrait par six por-
tes. Philippe-le-Bel l'attaqua et la prit
par capitulation après onze semaines
de siège, au commencement de septem-
bre 1297 ; mais les habitans ouvrirent
leurs portes en 1302 à Jean de Namur,
comte de Flandre, qui venait de gagner
sur les Fiançais la bataille de Courlrai.
En 1303, après la bataille de Mons-eu-
Puelle , Philippe-le-Bel attaqua Lille,
qu'un traité de paiv lui abandonna,
ainsi que Douai et Orchies. En 140S,fa
ville fut entourée de murailles et de fos-
sés par le comte de Guy. Robert de
Béthune, comte de Flandre, tenta sans
succès de s'en rendre maître en 1314.
Un incendie l'a consumée presque en-
tièrement en 1382.
La ville de Lille fut rendue à la Flan-
dre parPhilippe-Ie-ÏIardi ; en 1476 elle
passa à la maison d'Autriche. Vingt ans
après, les Pays-Bas ayant été réunis à
la couronne d'Espagne, Lille fut sou-
mise à la domination de cette puissan-
ce, qui la conserva en son pouvoir pen-
dant deux siècles. En 16(57, Louis XIV
l'assiégea à la tête d'une puissante ar-
mée, et la prit le 27 août, après neuf
jours de tranchée ouverte. Ce monarque
agrandit son enceinte, et y fit construire
par Vauban de nouvelles fortifications
et une citadelle qui passe pour une des
plus belles de l'Europe. Lors de, la guerre
de la succession d'Espagne, la ville fut
reprise par les alliés, le 23 octobre
1708, après un siège de quatre mois.
Elle fut cependant cédée à la France
par le traité d'Ulrecht, en 1783. Lille
s'est agrandie en 17S6 de tout le beau
quartier qui s'étend depuis la porte de
la Barre jusqu'à celle de la Madeleine.
Séjour et promenade.
Départ.
Quittons le centre de la ville, ga-<
gnons la
128
GUIDE
Porte de Paris, là va être notre point
de départ. L'architecture de cette porte
présente un aspect très imposant : elle
est d'ordre dorique et surmontée de
plusieurs trophées sur lesquels est a«sise
la Victoire, qui couronne un buste de
Louis XIV. Aux deux côtés, entre les
colonnes , sont deux belles statues co-
lossales représentant Minerve et Her-
cule. Non loin de cette porte et dans
la rue de Paris, nous remarquons à
gauche la
flJaison de Santé pour les filles publi-
ques, et plus loin V
Hr'pital Gantois, ou des vieilles fem-
mes. Presque en face est la
Rue des Etatiques , que nous allons
suivre; là nous trouvons, en face, le
Fort Saint-Sauveur, qui a emprunté
son nom du quartier où il est situé. A
quelques pas de là est 1'
Hôpital Saint- Sauveur , qui est
d'une architecture simple et peu appa-
rente. Tout proche c^t édifice nous re-
marquons 1'
Eglise Saint-Sauveur, dont l'inté-
rieur est assez vaste , mais manquant
d'élévation. Eu suivant la
Bue Saint-Sauveur, nous sommes
conduits devant 1'
Eglise Saint- Uaurice, dont la cons-
truction remonle à 1022. Elle est en-
core assez belle. malgré la démolition
de sa tour, et est ornée de statues de,
saint Pierre et de saint Paul, sculptées
par Bra. En sortant de Saint-Maurice,
nous passons sur le
Marché au Fil de lin, qui n'est qu'une
rue établie en partie sur un pont auquel
on a donné le nom de
Pont de Phin. D'ici nous n'avons que
quelques pas à faire pour nous rendre
au
Marché aux Poissons. Deux pompes
en forme de fontaines accompagnent cet
édifice, et servent à diminuer l'iHsalu-
brité qui résultait auparavant de la
quantité d'immondices amassées dans
cet endroit. Du Marché aux Poissons
nous allons visiter les
Halles dans lesquelles se vendent de-
puis un temps immémorial quantité de
petits articles de mercerie et de linge-
rie. Non loin de là est la
Salle de spectacle, bel édifice, offrant
la figure d'un parallélogramme régu-
lier. On y pénètre par un beau péri-
style élevé de sept marches,dont l'enta-
blement et le balcon sont soutenus par
dix colonnes d'ordre dorique, ordre qui
règne sur les quatre faces de l'édifice.
L'
Intérieur était autrefois parfaitement
distribué ; mais l'administration muni-
cipale, en voulant le réparer, a gâté une
des plus belles salles de spectacle de
France, en employant des architectes
totalement étrangers aux principes de
l'acoustique et de la perspective. Quit-
tons maintenant la salle de spec'acle,
reprenons notre tournée vers l'est.
Tout près des
Ponts des Comines , construits sur
une branche de la Deùle, nous trou-
vons la
Place des Comines, après laquelle
nous entrons dans la
Hue de Tournai, à l'origine de la-
quelle nous remarquons le
Temple des chrétiens réformés. Plus
l«in nous trouvons l'ancien
Hôtel du Gouvernement, transforivé
aujourd'hui en une belle filature de co-
ton. Non loin de là se trouve la
Porte de Tournai, qui est la plus mal
située de toute la ville, par rapport aux
rues qui y ont accès. En traversant
la petite esplanade qui nous fait face,
nous nous trouvons en face la
Caserne des Finisses, qui n'offre rien
de remarquable. Si nous suivons la rue
des Buisses, nous arrivons aux
Archives du département. Non loin
de là est le
Marché au Beurre et le
Musée, qui est établi dans l'ancien
couvent des Récollets. La façade de cet
édifice est digne d'attention : au pre-
mier est la
Bibliothèque de la ville, riche d'en-
viron 21,000 volumes, parmi lesquels
on trouve des ouvrages précieux et
quelques éditions du quinzième siècle.
L'étage au dessus offre nue belle
Galerie de peinture où l'on voit des ta-
bleaux des plus grands maîtres. Dans un-
local attenant aux deux établis»emens
que nous venons de visiter se trouve le
Collège communal , où les jeunes
gens reçoivent une bonne instruction
dans les diverses classes jusqu'à la phi-
losophie inclusivement. Près de là est
un autre établissement d'une grande
utilité pour l'instruction publique :
c'est le
Jardin botanique, où se trouvent réu-
DO VOYAGEUR EN EUROPE.
129
nies tontes les plantes exotiques dont
la cullure e c t introduite dai s le dépar-
tement du Nord. A coté de ce jardin est
le
Pont Suint-Jacques, qui lire fa dé-
nomination d'un ancien hôpital fondé
en 1223, par Royer, châtelain de Lille,
pour y loger des pèlerins. Près de ce
pont rst 1'
Hôt l Havelin. Non loin de là est 1*
Hôtel des Canonniers sédentaires. Si
de cet endroit nous remontons vers la
Place aux Bleuets, nous trouvons le
Magasin des hôpitaux militaires, qui
n'offre rien de remarquable. Près de là
est la
Bue de Berri, dans laquelle nous re-
marquons la
Caserne de la Gendarmerie, L'
Eglise de la Madeleine, près de la-
quelle nous nous trouvons, est surmon-
tée d'une coupole élégante qui la dis-
tingue eitre lous les édifices religieux.
Dans la même rue nous trouvons la
Caserne, dite de la Madeleine, occu-
pée par de l'infanterie, el la
Manufacture royale de Tabacs, con-
struis sur l'emplacement appartenant
autrefois aux soeurs du Saint-Es; rit.
Revenons maintenant sur nos pas, et
descendons les marches du
]-' ont- Neuf, que, malgré son nom,
on ne ferait pas mal de réparer. Là se
déploie devant nous le b^au
Bassin de la Bas^e-Jhû/e, bordé de
magnifiques quais, dont l'un c*l en par-
lie planté de marronniers et de platanes.
En suivant le quai du Canal, nous pas-
sons devant la
Place du Château , en face de la-
quelle nous remarquons le
Moulin du Château. Après avoir
passé derrière ce moulin, nous allons
suivre la
Rue de la Monnaie ; là nous trouvons
à gauche un étroit passage qui conduit
àl*
Hôtel delà Mairie. La disposition de
cet hôtel est un carré par ait, au centre
duquel se trouve une belle cour ornée
d'arbres et <le fleurs. Presque en face
de cet hôtel, nous remarquons une en-
trée peu apparente , surmontée d'une
tomelie terminée à flèche ; c'est la pi rie
prinrip île de 1'
H'/'ital Comtesse, à qui ce nom fut
donné en mémoire de son illustre fon-
datrice. Pans uue petite rue voisine de
Francs*
cet hôpital, et qui porte le même nom ,
se trouvent les
l'.coles académiques. L'entrée de
l'édifice est simple et d'assez bon goût.
Derrière ce local se trouve la
Prison, dite Raspule , destinée à la
détention des femmes. Non loin de ce
lieu est la
Place Concert, à l'entrée de laquelle
nous remarquons la
Salle de concert , qui passe pour l'une
des plus belles qu'il y ait en France.
Cette salle est de forme ronde, garnie
de gradins disposés en amphithéâtre. Sa
décoration est à la fois ri' he el élé-
gante. Si d'ici nous dirigeons nos pas
vers le Pont-Neuf, nous arrivons au
beau
Bassin que forme la Deù'e , et dans
lequel se pressent une foule de bateaux.
D'ici nous découvrons à droite 1'
Hôpital- Général, édifice d'une ar-
chitecture noble . fondé en 1731) pour
y recevoir des vieillards et des en.'ans
des deux sexes. Près delà nous remar-
quons la
Porte des Eaux, au dehors de la-
quelle se tiouvenl les écluses et le ca-
nal d'embranchement qui joint la haute
et la basse Deùle. Sur l'autre rive du
canal, nous voyons un bâtiment assez
vaste, mal entretenu; c'esl le
Magasin aux Fourrages. Après avoir
examiné le bassin de la Peule et les di-
vers édifices qui l'avoisinent, allons
joindre la
Rue Saint-André , à l'origine de la-
quelle nous trouvons la
Caserne Saint-André , et à sa termi-
naison la prison militaire appelée com-
munément
Tour Saint-Pieire. En suivant la
Rue Française qui lui fait face, nous
trouvons 1'
Hôtel du général de la 16" division
militaire. Suivons maintenant la
Uue des Marais , et de là allons join-
dre le
Pont de Boubaix , ainsi nommé à
cause d'un hôtel voisin avec lequel il
communiquait, el qui avait été donné
P'r la ville , en 1422, à Jean, seigneur
de Roubaix, moyennant 8 sols 6 deniers
d'arrentement .pour raison deséminens
services rendus par l 'dit seigneur. Au
débouché de ce pont , nous en trouvons
un autre qui conduit à la
I3iO
GUIDE
Cour Clisson. Dans un des coins de
cette cour est l'entrée des
Bains du Cirque, qui ont retenu le
nom du cirque dont ils ont fait partie
peiidantqueiques années. Là nous trou-
vons encore la
Douane royale. En continuant noire
route dans la direction que nous avons
prise, nous arrivons à un passage appelé
Débris Saint-Etienne , parce qu'en
effet il se trouve sur le lieu occupé au-
trefois par l'église paroissiale de ce
nom. Enfin nous arrivons sur la
Grande-Place , qui forme un carré
long de 420 pieds sur -200 de largeur.
Sur celte place nous remarquons les
édifices suivans : la
Bourse, la salle de spectacle dont
nous avons déjà parlé, enfin le Corps-
de-Garde qui est un édifice fort cu-
rieux. En | assint devant le Corps-de-
Garde , nous arrivo 1s à la
Mairie , dont la façade offre un bel
a'pett. En revenant sur la place nous
allons joindre la
Rue Esquermoise, qui est aujourd'hui
la pi 's fréquentée de la ville. A son ex-
trémité est le
Pont-M^eppes , qui n'esta découvert
que d'un côté. Près de ce pont nous
remarquons deux
H tels d'une belle structure. Pour-
suivant notre route, le premier édifice
que nous rencontrons est 1'
Eglise paroissiale de S ainle - C athe-
rine, qui n'est pas sans quelque intérêt.
La tour de cet édifice porle à son som-
met un télégraphe établi en 1793. A
deux pas de cette église, se trouve l'ori-
gine de la
Rue Royale , qui est la plus belle de
cette ville. En continuant d'avancer
dans cette rue. nous trouvons d'abord 1'
Hôtel de la Préfecture et ensuite la
Posle-aux-Letlres qui lui fait face. Bien-
tôt après nous arrivons à F
Eglise Saint- André , qui est une des
plus belles de la ville. Un peu plus loin,
et toujours dans la rue Royale , nous
trouvons le
Magasin au Blé , vaste bâtiment qui
n'a de remarquable que son élévation
et sou é endue ; enfin à l'extrémité de
la rue nous trouvons ia
Porte .Saint- André , qui est sans in-
térêt. De celle porte nous allons nous
rendre à 1'
Esplanade, magnifique promenade
qui borde le canal. A son centre nous
remarquons un
Bassin circulaire dans lequel sont
des cygne». En face est le
Pont-Royal, qui sert de communi-
cation d'une rive à l'autre. A l'extrémité
de l'Esplanade, nous trouvons le
Manège, non loin duquel est l'em-
placement où viennent s'exercer les
amateurs du jeu de paume A côté du
Manège est la
Porle d'eau , d'où l'on jouit d'une
vue magnifique. Si de ce joint nous
gagnons la rive orposée, nous voyous à
l'écart du can I le
Magasin a Poudre , gardé par une
sentinelle armée d'in e pique. En con-
tinuant de suivre la promenade, nous
passnn« devant
Ma Campagne , joli cale ainsi nom-
mé , tenu par le sieur Delbarre, auquel
l'administration a confié le dépôt des
objets propres à secourirles noyés. Après
ce café nous trouvons le
Pont Ramponeau , en face lequel est
un aulre c?,fé portant ce nom et très
fréquenté dans la belle saison. Au bout
de la promenade est la
Porte de la Barre. C'est là que com-
mence le
Bassin de la Haute-Deûle , qui pré-
sente une nappe d'eau la plus large de
la ville. C'est ici l'entrée du canal de
navigation. Dans un angle du quai qui
entoure ce bassin , nous apercevons une
porte ornée de trophées d'armes; c'est
le
Magasin des effets militaires , qui oc-
cupe Vancien couvent des Bénédictins.
Bientôt se présente à nous le
Pont d'Acre, construit sur une des
branches primitives de la Deùleet à son
entrée dans la ville. Celte rivière baigne
un peu plus loin les murs de 1'
Arsenal , édifice construit en 1733, sur
l'emplacement du temple luthérien que
les Hollandais avai nt obligé le magis-
trat de faire bâlir pour leur usage, en
1712. En suivant la
Rue de V Hôpital militaire, nous
trouvons I'
Eglise .' ' aint-Elienne , qui est assez
belle , mais pas assez pournousarrêter
et y (aire une station. A côté de celle
église est 1'
Hôpital militaire, qui occupe le col-
lège des Jésuites.
Ici finit noire promenade dans la ville'
DO VOYAGEUR EN EUROPE.
151
de Lille ; maintenant nous allons tracer
l'itinéraire des autres routes qui y con-
duisent.
Deuxième roule.
Route par Pérome et Cambrai.
Distance à parcourir : 38 lieues , 29 postes.
Durée du trajet : 19 heures et demie.
Topographie de la route.
Nous fortons de Paris par la
Parle Saint— Martin; après avoir
franchi la barrière de ce nom, nous
traversons le village de la
VMetle, qui est sans importance. Après
avoir parcouru un pays sans intérêt ,
nous arrivons au
Bourget, petit hameau consistant en
une seule rue et dans lequel Bona-
parte, en 1815, s'arrêta pendant deux
heures pour ne pas rentrer de nuit à
Paris, et diminuer autant que pos'ihle
l'effet fâcheux que devait produire son
retour dans la capitale. Après avoir par-
couru environ une lieue, nous trouvons
à droite la
Haute qui conduit à Mortefontaine et
et à Ermenonville, où nous allons faire
une excursion idéale.
Excursion idéale à Mortefontaine et à
Ermenonville.
{à Mortefontaine , S
lieues,
à Ermenonville, SI.
Mortefontaine.
« Parmi les jardins pittoresques les plus
Tantes en France, et même en Europe , en
est- il qui égalent Mortefontaine et Ermenon-
ville ? Voisins et rivaux, également riches en
beautés de tout genre, également ennoblis
par de grands souvenirs; ces deux domai-
nes , quoique un peu déchus de la splendeur
qui fit leur renommée , se recommandent
suffisamment encore à notre curiosité.
Départ.
Après avoir quitté notre route, nous
gravissons les
Hauteurs de Monlmclian , d'où l'œil
embrasse utMaste horizon. D'un côté,
nous apercevons Paris; de l'autre nous
découvrons Senlis, ses tours et son clo-
cher célèbre , les restes du château de
Montepilloy, la forêt de Villers-Cotte-
rets, les bois de Chantilly, de Morte-
fontaine et d'Ermenonville ; près de nous
la ferme Kerlrand-F( s s e, la plus c >n-
sidérablede tout le canton, et la vallée
des tombeaux, que bornent lesBultesMa-
het , toutes couvertes de gable fin et de
coquillages fossiles. Après avoir descen-
du cette colline, nous traversons le vil-
lage de
Pluilly, dans lequel était autrefois
une manufacture de vases de forme
étrusque, ornés de figures et de fleurs
de l'orme antique. Passé ce village, nou3
ne tardons pas à arriver à
Mortefontaine, petit village fort joli,
à l'entrée duquel nous remarquons une
Fontaine élevée par les soins de Jo-
seph Bonaparte, et qui porte l'inscrip-
tion suivante :
Des bords fleuris où J'aimais à répandre
Le plus pur cristal de mes eaux ,
Passant , je viens ici nie rend.e
Au désir, au besoin de l'homme el dis troupeaui.
En puisant les trésors de mou urne féconde
Son^e (|ue tu les dois à des soins bienfaisant ■
Puisse je n abreuver du tribut de mon onde
Que des mortels paisibles el contens I
A l'extrémité de ce bourg e«t le
Château de Mortefontaine, qu'an once
une allée de grands arbres. Ce château,
qui a apiiarleuu à Joseph Bonaparte, et
qui était pour lui, comme pour toute sa
famille . un séjour de prédilection , est
séparé du grand parc par une pelouse
demi-circulaire, el son jardin de luxe
appuyé sur ses derrières, fait face au
midi.
Parcourons d'abord le
Petit parc. En y entrant nous re-
marquons 1'
Orangerie , et ensuite le
Théâtre , dont la salle est fort jolie. A
peu de dislance nous vojons une
Molière de forme demi-c rculaire. En
face des fenêtres du château au dessous
des arbres quilecouvrentde leur ombra-
ge, serpente.du levant au couchaant, une
belle
liivicre artificielle. Eu remontant son
cours , nous arrivons à une
Petite montagne factice, du sommet
de laquelle les eaux , amenées de fort
loin dans des canaux couverts , font
source et cataracte. Sur le plateau de ce
rocher est un petit
Salon de verdure. En continuant no-
tre marche , nous arrivons à la
Vallèe-dei-Tombeaux .ainsi nommée
à cause de plusieurs monumens chargés
m
*S»
GUIDE
des attributs de ia mort et dont ]e plus Vers l'extrémité delà Vallée-des-Toni-
remarquable est un beaux , est la
Tombeau dans le genre égyptien, que Grotte des Naïades, au sud de la-
surmonte une pyramide à demi ruinée, quelle s'élève la tour qu'on nomme la
gur laquelle on assure que Deiille a écrit Glacière , et de laquelle on est con-
duit , par un souterrain à deux issues , à
un
Temple d'ordre toscan et à 1'
Autel consacré aux divinités cham-
pêtres.
Cet autel est élevé dans un espace
circulaire , au milieu d'une plantation
de chênes qui le couvrent de leur vaste
ombrage. Sur l'astragale nou9 lisons
l'inscription suivante :
au dessous de l'inscription :
Tempitt eàax Ttrtim ,
les vers suivans :
Des antiques bumains, ambitieux ouvrage,
Du temps qui dct. uit tout l'atteste le ravage :
Jeunes beautés, chefs-d'œuvre de l'amour
En voyant mes débris , songez à faire usage
Du rapide moment qui s'enfuit sans retour.
Des siècles furent mon partage ,
Le vôtre à peine est un beau jour.
Que de réflexions viennent occuper
l'âme à ces mots : Le temps dévore tout !
comme ils montrent le néant de l'homme
et de toutes les créatures de son génie !
comme ils désenchantent la gloire, l'i-
magination et lui s doux prestiges 'Abî-
més sous le poids de nos chimères , nous
ne voyons pas la lourde pierre du lom-
beau qui va peser sur nous; nous ne
voyons pas la longue nuit qui va nous en-
velopper pour jamais ; nous élevons des
édifices pompeux , nous surchargeons la
terre du poids de nos arcs de triomphe,
de nos gigantesques pyramides ; et nous
ne voyons pas le temps e jouer de nous,
de nos vains et fâcheux projets. Il dé-
truit tout, il use les chagrins de l'ab-
sence , cens plus déchirans d'une sépa-
tion éternelle ,et, chose extraordinaire,
c'est par la destruction qu il conserve
l'harmonie des mondes, la jeunesse lou-
jours brillante de la nature. Tout est
soumis à cette loi ; elle règne en des-
pote dans l'univers. Nous ne devons pas
être humiliés ; mais supérieurs à celte
cruelle destinée. consacrant à la vertu et
à la patrie les tristes jours que nous
gommes appelés à remplir. Celui-là
seul est véritablement homme , qui est
grand par le cœur, riche par la bien-
faisance; seul, il a rempli sa carrière
dignement; pour lui, la nécessité de
mourir est la moindre de ses afflictions ;
enveloppé de l'innocence de sa vie, il
en voit approcher le terme sans effroi.
Au bout de celle superbe encei te,
nous remarq ons un sarcophage sur le-
quel sont les vers suivans :
Être sensible et m dlieorrux,
Si dans les souvenir' profonds et douloureux
l.a snlitudfe eneorp ut l'offrir quelques eliarmel,
Revois ici l'on, et qui fut elier à Ion rceur;
Cède au plaisir de répandre des larmes.
Et nourris-loi de ta douleur.
Ces lieux offrent pour temple un dôme de verdure.
Qui que tu sois, habitant des cites,
Si tu cherches de l'ait le faste el l'îmi osture,
Fuis ces ga/.ons , ces bois , que l'art n'a point gâtés ,
On n'y trouve que les beautés
Delà bonne et simije nature.
Ici se borne notre promenade dans le
petit parc , parcourons maintenant le
Grand parc. C'e*t par la pelouse se-
mi-circulaire que nous pénétrons dans
le grand parc; là et à gauche nous re-
marquons r
H' tel ri' Ormesson , et du côté opposé
la
Butte des Gendarmes. En continuant
noire rouie , nous trouvons le
Pont de Colbert, qui est ombragé de
saules pleureurs; à droite et à gauche de
ce pont sont deiix sentiers qui cen lui-
sent au pavilion de Vallière ; suivons
celui de droite, après atoir gravi une
colline , nous trouvons un rocher sur
lequel est gravé ce vers de Deiille :
Sa masse indestructible a fatigué le temps.
Rentrés dans le senlier que nous
avions quitté, nous trouvons la
Baraque du Pêcheur, dans laquelle
on renferme lC3 divers ustensiles de
pêche. Près d'elle et au milieu d'un
groupe de peupliers , est la
Fontaine de Claudine , qui se trouve
en face 1'
Ile de Vallière. A l'écart de notre
senlier est la
Tour Dubosq , et dans la même di-
rection , et un peu à l'écart , le
/ ont Sec . pelil pont de boisjelé sur
un ravin. En continuant notre prome-
nade autour de l'île, nous arrivons bien-
lô au
Put i/lon de Vallière qui sert de ren-
dez-vous de eh. sse et de pêche. Après
avoir franchi un
DU VOYAGEUR EN EUROPE.
155
Pont de Bois , nous arrivons bientôt
Maison du garde des eaux , de la-
quelle nous gagnons le
Pottt de pierre jeté sur le canal de 1'
Ile de Lagrange, que nous laissons à
notre droite", ainsi qu'un corps-de-logis
qu'on nomme
Lagrange , et le
Belveder. En continuant notre pro-
menade , nous ne tardons pas à arriver
ai'
Ile Colbert , et au point de notre dé-
part où se termine notre promenade.
Ermenonville
■ De l'Elysée , où loul est volupté ,
3e regardais le favorable asile
Comme un beau rêve à plaisir inventé ;
Mais je 1 ai vu ce séjour enchanté ,
Oui , je l'ai vu , je viens d'Eimeuouvijle. »
Routes.
Nous pouvons nous rendre à Erme-
nonville par deux routes différentes ,
savoir : par Saint-Sulpiee qui est la
plus courte, et par le pont de La Ramée
qui est situé en face la rue l'Epine et
duquel nous arrivons, par une jolie roule
petcée dans la forêt, au
Château <S Ermenonville, lieu de no-
ire dernière excursion. Ce château, qui
est bâti sur les ruines de l'ancien ma-
noir des seigneurs d'Ermenonville et
dans le lieu ie plus étroit de la vailée,
la coupe en deux parties ; au sud est le
grand parc, au nord le petit. Les con-
structions de ce chà eau consistent en
un Curps-de-logis flanqué de trois tours;
la quatrième ayant été renversée, l'au-
torité , dans les temps de troubh de la
révolution , ne voulut point permettre
de la réédifier. 11 est entouré de larges
fos-és pleins d'eau.
L'on entre dans l'enceinte du château
par une barrière qui tient à un de pa-
villons d'entrée; c'est celui qu'habitait
Kou-scau. Il mourut dans la chambre
située au dessus du logement du con-
cierge ; et l'on sait qu'avant de mourir
il fit ouvrir une fenêtre pour voir en-
core une fois ce beau soleil!
Nous commençons noire promenade
par le
Petit parc, qui est situé à la droite
du château. Après a\oir traversé plu-
sieur» pouls en bois, nous entrons daus',1'
lie Galrielle , au milieu de laquelle
s'élève une tour gothique en ruine, ap-
pelée la
Tour de Gabrielle. Derrière ce don-
jon, nous trouvons le
Bac, qui sert à traverser la rivière.
Là, après avoir suivi un sentier étroit,
nous arrivons au
Bocage, lieu charmant dans lequel
nous traversons un
Petit monument anlique, sur lequel
nous lisons cette inscription :
Qui régna amore.
Ici règne l'amour.
Et p'us bas ces deux vers empruntés
au chantre de Vaucluse.
L'acque parlan d'amore , e l'aura , i: i l'ami,
fi £li augeletti, e i peml , et ï fieri , t L'trba.
u L'onde parle d'amour, ainsi que le Képhir, et le
feuillage, et les petits oiseaux, et les poissons , et les
(leurs, et le gazon, n
Derrière ce monument e»t un
Grand bassin, de forme circulaire,
alimenté par plusieurs sources, et du-
qu I l'eau s'échappe pour former un
limpide ruisseau qui va se perdre dans
la grande rivière. Si nous suivons ce
ruisseau dans ses nombreux détours,
nous trouvons cette inscription :
Coule , gentil ruisseau , sous cet épais feuillage :
Ton bruit cl, arme les sens , il ittendril le cœur.
Coule, gentil ruisseau: car ton cours esl l'image
De celui d'un beau jour passé daui le bonheur.
En continuant notre promenade, nous
arrivons bientôt à une
Grotte formée par les branches sou-
ples de plusieurs aunes; un banc de
mousse règne tout autour et permet de
contempler à son aise une jolie
Fontaine qui est en face, et dont les
eaux limpides et froides vont s'unir au
cristal du ruisseau. Dans le fond de
cette grotte, nous lisons sur une pierre
ces vers :
O limpide fontaine I û fontaine cher ie !
Puisse la sotie vanité
Ne jamais piotaner ta rive humble et fleurie!
QUe ton simple sentier ne soit point fréquenté
Par l'ambition et l'envie !
Un bocage s, Irais, un séjour si tranquille,
Aux. tendres sentimeus doit seul servir d'asile.
Ces rameaux amoureux entrelacés expiés
Au;
A notre oui ne veut retléehir
Que les grâces de la nature
Et les images du plaisir.
Avant de sortir du bocage nous re-
marquons un
Bâtiment de forme ronde, orné de
colonnes, et qui est dédié aux loisirs
aux amours offrent leur voile épais ;
El le cristal de 1 onde pure
134
GUIDE
et aux muses. Après avoir franchi le
ruisseau , nous trouvons en face le
Peuplier planté par René de Uirar-
din , le jour de sa prise de possession
d'Ermenonville. Du s, in même de ses
nombreuses ruines surgit une source.
De cet endroit, si nous jetons les yeux
vers le sud, nous découvrons les
Ruines du hameau. Du vieux peuplier
nous allons joindre vers le nord le
regard dit le
Tombeau de Laure , et sur lequel on
a gravé les vers suivans.
Cbiare , fresche , e dolei acque ,
Ove le belle membra
Pose coici cbe sola a me [jnr donna.
Se lameular augelli ; o verdi fronde
Mover soav émeute air aura esliva ,
O roco moimorar di lucid' onde
S' ode d' una liorila, e fresoa riva ;
La v 10 seggia d' amor pensoso, e scriva ,
Lei eue l rie mostrù, terra n'ascotide.
Traduction de Voltaire.
Claire fontaine , onde aimable, onde pure,
Où la beauté q ; i consume mon cœur,
Seule beauté qui soit dans la nature ,
Des feux du jour évitait la rbaleur:
Arbres heureux, dont le feuillage ,
Agité par les zépbirs,
La couvrit de son ombrage.
Qui rappelle mes souvenirs
En rappelant son image :
OiTtemens de ces bords , 6 tilles du matin ,
Vous dont je suis jaloux , vous moins brillantes qu'elle ,
Fleurs qu'elle embellissait quand vous tuucliiezson sein ;
Bossignols dont la voix e-t moins douce et moins belle;
Air devenu plus pur , adorable séjour,
Immortalsé par ses charmes :
Lieux dangereux et cbei s , où de ses tendres armes
L'Amour a blessé tous nies sens ,
Ecoulez mes derniers accens ,
Recevez mes dernières larmes.
Non loin du tombeau de Laure nous
trouvons le
Moulin , dont la construction est
d'un bon style et dans le genre des
fabriques italiennes. En nous dirigeant
à l'est, nous découvrons sur une émi-
nence , et au milieu d'un petit bois , la
Maiso'h du Vigneron, dont la jolie
forme est empruntée au temple de l'an-
cienne capitale du monde. Plus loin est
située la
Maisonnette que M. Girirdin fit con-
struire pour servir de demeure habi-
tuelle à Rousseau. Elle ne fut achevée
que deux mois après sa mort, et fut
occupée par sa veuve, qui y demeura
plus d'un un, au bout duquel temps elle
se retira au Plessis-Belleville, où elle
mourut au moi-t de mars 1806.
A peu de dislance de là est le
Wtfmnt goihique qu, servait au»
trefois de logement au garde des jar-
dins. En continuant notre promenade ,
nous arrivons bientôt à la
Cascade des Jossés , où se termine
notre promenade dans le petit parc.
Passons maintenant dans le
Grand parc. Ici, après avoir franchi
le chemin de Pletsis-Belleville, nous
découvrons une
Fontaine de forme antique, dont le
bassin semi-circulaire s'emplit d'eau
très belle. A côté est un
Piédestal portant celte inscription :
Ici commence la carrière
D'un doux et champêtre loisir,
Chacun . au gré de son plaisir.
A ebaque borne milliaire ,
Pourra poursuivre ou s'arrêter.
Dans la carrière de la vie ,
Par le sort ou la fantaisie.
Chacun se sent preri, iler;
Riais pour ne jamais culbuter
Dans l'abî ne de la misère,
Le seul moyen, c est de bien faire,
Ou bien de savoir s'arrêter.
Au revers, et dans l'intérieur, nous
lisons cette autre inscription :
Le jardin , le bon ton . l'usage ,
Peut être anglais, français, chinois;
Mais les eaux . les prés et les bois,
La nature cl le paysage ,
Sont de tout temps , de tout pays:
C'est pourquoi, dans re lieu sauvage .
Tous les boulines set uni amis
Et tous les langages admis.
En suivant le sentier ombragé qui
suit le cours de la rivière, nous arri-
vons bientôt à une
Grotte, sur le roc de laquelle sont
gravés les vers suivans :
Nous , fées et gentilles naïades.
Etablissons ici notre séjour;
Nous nous plaisons au bruit de ces cascades,
Mais nul moitelne nous vil en plein jour ;
C'est seulement lorsque Diane amoureuse
Vint se mirer au cristal de ses eaux ,
Qu'un tendre poète a cru , dans une verve heureuse ,
Entrevoir nos attraits à travers les roseaux.
O vous . qui visitez ces champêtres prairies.
Voulez vous jouir du destin le | lus doux?
N'ayez jamais que douces fantaisies ,
Et que vos errurs soient simples comme nous.
Lors . bien venus dans nos riants bocages ,
Puisse l'amour vous combler de faveurs!
Mais inau'iits soiei.t les insensibles cœurs
De ceux qui briseraient .dans leurs humeurs sauvages ,
i\os tendres arbrisseaux et nos gentilles Heurs.
Un escalier pratiqué entre les voûtes
et les roseaux, nous conduit au sommet
de la grotte où nous lisons ce vers de
Virgile.
Spelmicœ, vivitjuc lacus , liic frigide Tompt.
« Des grotte» , des lacs d'une «ou virent |> fraîcheur
de I» vidlce do TernpiS, ,
œae±
DU VOYAGEUR EN EUROPE.
13»
Au sortir de la grotte, nous nous
(rouions sur les bords du lac, au milieu
duquel nous découvrons l'île des Peu-
pliers et la lombe de Jean-Jacques
Rousseau.
Après avoir traversé le lac, nous
non* trouvons en face la
Brasserie, qui est un bâtiment con-
struit dans le genre des fabriques ita-
liennes. En continuant de suivre le
sentier qui côtoie ce lac, nous arrivons
bientôt à un saule auquel est amarré
le
Bateau qui va nous servir pour aller
joindre 1'
Ile des Peupliers, dans laquelle est
la
Tombe de J.-J- Rousseau, Celle
tombe, sanctifiée par l'héroïsme de l'a-
mitié, est veuve depuis long-temps ;
l'homme de la nature a élé arraché, au
tertre sacré qu'il avait choisi lui-même
pour «a dernière demeure.
Le tombeau est dans le shle anti-
que ; les dessins en sont dus à P. Ro-
bert, et les sculpuires à J.-P. Lesueur.
Sur la lace qui regarde le midi, e bas-
relief représente une femme assise au
pied d'un palmier, symbole de la fé-
condité, soutenant d'une main son (ils
qu'elle allaile, et de l'autre elle tient
le livre d'Emile ouvert à l'endroit où
liousseau , s'adressanl aux épouses , les
exhorte si éloquemment a compléter
l'œuvre de la maternité. Derrière est
un groupe de femmes qui déposent des
fleurs et des fr iis sur l'autel de la Na-
lure. Dans un coin nous remarquons
un enfant qui jette dans le feu des mail-
lots, des corps de baleine, barbare in-
vention des temps de l'ignorance; tan-
dis que d'autres élèvent au bout d'une
pique un bonnet, image de la liberté.
Les deux pilastres qui sont à côté du
bas-relief sont décorés de deux ligu-
res : l'une représente l'Amour, l'autre
l'Eloquence. Dans une petite couronne
civique, qui e«t placée sur le fronton,
no is lisons la devise que Rousseau s'é-
tait choisie :
Vitani impenrttr e erru.
* Dévouer sa vie à ta vrillé. ■
Sur l'autre face nous lisons :
« Ici reposa
L'homme de la nature , j de la vérité. »
Sur les deux pilastres sont, d'un côté,
la Nature, et de l'autre, la Vérité, Sur
le fronfon. deux colombes expirent sous
deux torches fumantes et renversées.
Sur les deux faces sont sculptés des va-
ses lacrymaloin s.
Apercevez-ious, à l'extrémité d'une
pointe de lerre qui s'avame à l'ouest
dans le lac, un vieux saule? C'est le
Saule de la Romance. C'est sur son
écorce que Rousseau grava les plaintes
amoureuses de la tendre lsaurc, bal-
lade qu'use jeune mauresse , devenue
Jolie d'amour, avait apprise à De*de-
mona, personnage de l'OlhelIo de Sha-
kspeare.
La musique de celle romance fut la
dernière que composa l'auteur du De-
vin du village.
Au pied d'un saule assise tous les jour»,
Main sur son ccur que navrait sa blessuie.
Télé liaissée . en dolente noslure ,
On l'entendait qui pleurait sel amours.
Chutes le saute et sa douce vciduic.
Et cependant les limpides rui.-seaui
A sis sanglot* mêlaient leur doux murmure ;
Pli nrs de ICI M o\ - • ' li.ippairul sans mesu i e .
Qui , les rochers affligeaient sur ses maux.
Cliatilez le saule et sa douce verdure.
O saule TCit, saule que je cliéns ,
Saule damour, lu si tas ou parure.
Ne l'ai cusez îles ennuis que j'endure ,
Je lui pardonne. Iielus! lins ses mépri<.
Chante» le saule et sa d ucc verdure,
A cet ingrat , qui trahit ses sernicns.
Je reprochais Icudrcment son injure.
Imite moi , répondit le parjure .
Ouvre tes bras à de nouveau enianl.
Chaulez le saule et sa douce verdure.
En quittant l'île des Veupliers et
continuant notre promenade autour de
l'île, nous arrivons bientôt au
Banc des Mères , sur le dossier du-
quel nous lisons ces vers en l'honneur
de Rousseau :
De la mire à l'enfant i] rendit les tendresses:
De l'enfant a la mère il rend. t les caresses:
De lhnmiiic ù sa naissance il inl le lin nt'iileui-.
Il le rendit plus libre, alln qu'il fOl meilleur.
Sur une pierre touchée au pied d'un
saule voisin, nous lisons cette inscrip-
tion :
Là , sous ces peupliers, dans re simple tombeau
Qu'ento nient ces ondes paisibles.
Sont les restes mortels de Jean-Jacques Rousseau.
Mais «'est dans tous tes rieurs sensibles
Que cet homme de bien, qui fut tout sentiment ,
De son âme a fondé l'éternel niouumeut.
De cet endroit, en suivant le petit
senlier qui est à notre droite, nous ar-
rivons à une
/ etite porte de bois de laquelle nous
traversons la
i
136
GUIDE
Nonette, non loin des bords de la-
quelle est Y
Ermitage, espèce de petite cabane à
moitié ruinée, sur la porte de laquelle
Rousseau avait écrit :
Au créait- ur j'é'éve mon dommage ,
En t admirant dans Bon pins bel ouvrage.
En continuant de suivre le même
sentier, nous arrivons au
Tombeau de PInconnu, sur lequel
une main compatissante a gravé ces
quatre vers effacés par le temps :
Hélas J pauire Inconnu , si tu tins de l'amour.
Avec de longs malheurs , une naissance obscure ,
Devais lu dansées lieux outrager la nature ,
Comme un autre Werther, en t'j privant du jour ?
Derrière ce tombeau, à dix pas en-
viron de distance, nous tiouvonsla
Gruile dis Ossemens, sur laquelle
nous lisons cette inscription latine :
Hic faerunl inventa pturima o„a
Oeciioram ,
Qutrndi fratre, fralres , cive, -Ave,
Tructdabunt.
Tatttùm religia poluit madère malarum!
ii Ici Turent trouvés les ossemensd'un grand nombre
de victimes , quan d les frères et les citoyens s'égorgèrent
eutie eus, tant le fanatisme peut conseiller de crimes! i
En revenant sur nos pas et en pre-
nant le petit sentier à gauche, qui lou-
che la rivière, nous arrivons au
Temple de la Philosophie, qui est
bâti sur un plateau délicieux, d'où l'on
domine tout le pajs d'Ei'menonviile, le
lac et ses îles. Sa forme est circulaire
et dans le style simple, élégant des tem-
ples de Vesta et de la sib\lle Albunée,
situés sur les bords du Tibre et du
grondant Anio. Au dessus de la porte
d'en'rée sont écrits ces mois empruntés
à Virgi'e:
Ri'rum cognoscere causas.
h Connaître le principe des choses, u
Chacune des colonnes, d'ordre tos-
can, porte le nom d'un homme célè-
bre, avec un mot qui caractérise le
genre de service qu'il a rendu à la
philosophie moderne.
Newton. Lucem. La lumière.
Descartes. Nil in rébus inane. Nul
vide dans la nature.
foliaire. Hidiculum. La raillerie.
W. Penn. Humaniiatem. L'huma-
nité.
Montesquieu. Justitiam. La justice.
7.- /. liousseau. Naluram. La nature.
Ce temple est resté imparfait; une
autre colonne , dont le travail n'est pas
achevé, est au pied de ce temple. Sur
son chapiteau est gravé :
Oui» lu.c perfuiei ?
n Qui l'achèvera? m
L'inscription suivante que nous li-
sons dans l'intérieur, fait connaître que
c'est une allégorie ;
Hoc lempltim inrhoatum
Philosophie, nondàm /jcrfcclœ ,
Mieliaeli Monlaîgue
Qui ijiiuùa dixit
Sarrum eilo.
« Ce temple Imparfait de la philosophie , qui n'est
pas encore arrivée a son plus haut degré , est consacré à
Michel Montaigne , qui a tout dit. »
Derrière l'île des Peupliers sont les
îles Coursai, des, dans lune desquelles
existe une pierre sépulcrale portant
cette inscription allemande :
Hier liegt
George Friederirh Meycr ,
Jus Stratburg gelnirlig ,
Piedlirlier niann
JJnd gesehickter mater.
. Ici repose Georges-Frédéric Mever, natif de Stras-
bourg; il vécut eu honnête homme et fut un peintre
Me> er mourut à Ermenonville au mois
d'août 1779, âgé de chiqua nie trois ans.
En continuant notre promenade au-
tour de l'île des Peupliers et des Bour-
sandes nous arrivons bientôt au
Banc de la ; eine, ainsi nommé, parce
que Marie-Antoinette étant venue visi-
ter Ermenonville, se reposa sous ses
arbres épais.
C'est en cet endroit que finit notre
promenade dans ce grand parc; il ne
nous reste plus maintenant qu'à par-
courir le
Désert, dont l'entrée est par le
Chemin île Sentis. Cette entrée con-
siste en une barraque sur la porte de
laquelle nous lisons celte phrase si cé-
lèbre qui força le descendant du grand
Condé à respecter la propriété de son
voisin, qu'il voulait envahir.
Chai bounier est maître chez lui.
Non loin de l'entrée du Dé»ert, nous
remarquons à droile et sur une hauteur
la
Hoche Joseph, petite grolte cinlrée
soutenue par un pilier, et sur laquelle
nous lisons ces quatre vers ;
vem
****
DU VOYAGEUR EN EUROPE.
137
Vois-tu, passant, celte roche creusée?
Elle mérite ton respect ;
Elle a servi , tonte bruit! qu'elle est,
Pour abriter la vertu couronnée*
L'empereur Joseph II étant venu
visiter Ermenonville , fut surpris par
un violent orage, et contraint de se
mettre à couvert sous cette grotte.
Si . de la grotte de Joseph , nous
suivons une ligne à peu près droite,
nous arrivons à une chaumière la liée
dans une masse de grès ; c'est la
Cabane de l.—J. Housseau. C'est là
que le philosophe venait se reposer ,
après avoir herborisé toute la matinée.
Dans l'intérieur, nous lisons plusieurs
pensées empruntées à ses ouvrages.
Au pied des rochers qui soutiennent
celte chaumière - et au bord de l'étang ,
est ie monument des anciennes amours ,
ou les
Rochers de Julie. C'est un amas de
rochers en grès qui rappelle la siiualion
rie DTeilleraie , et le souvenir de Saint-
Preux écrivant à Julie, appuyé sur une
pierre.
La roche est escarpée, l'eau est profonde,
et je suis au désespoir. »
Sur une roche arrondie , nous dé-
couvrons avec beaucoup de peine . un
chi fie, et, non loin, ces vers de Pé-
trarque :
ôi pentter in peiisier, dl moule lu monte
Hi guida amur , e jiur net primo sasso
Drsegno {on le mente il suo segno.
if De pensers eu pensers , de montagnes en monta-
gnes , l'amour me {.'uide : c'est lui tjui traça sur le rue
son cbill'rc bien aime, n
Ici finit notre promenade , par con-
séquent notre excursion ; reprenons
maintenant l'itinéraire de notre route.
Départ d'Ermenonville.
Peu de temps après avoir passé la
route qui conduit à Moi tefontaine et à
Ermenonville nous arrivons à la
Chapelle— en — Serval , bourg sans
importance et auquel commence le
Département de l'Oise. Non loin de là
est
rontaniiè , bourg sans intérêt et
au bout duquel nous entrons dans
une
Forêt, à l'issue de laquelle est
Seulis, petite ville assez jolie, «ituée
sur la Nonelte . et dont l'origine re-
monte au temps de César. El'e est
entourée de murailles et de boule-
vards; ses remparts sont assez élevés
en cerla ns endroits et présentent à
l'œil des points de vue très agréables.
Parmi les
Curiosités de Senlis , nous remar-
quons la
Cathédrale , dont la flèche élégante
s'élève , à une des extrémités du por-
tail , jusqu'à la hauteur de deux cents
pieds. "\ ne de loin , cette flèche paraît
néanmoins ] eu élevée , relativement à
la tour qui lui sert de base, parce que
les quatie angles de celle tour sont
surmontés de quatre pyramides qui
empêchent de distinguer la na'nsauce
de la flèche, rie soi te que celle-ci ne
paraît commencer qu'à l'endroit où
finissent ces pyramides , bien qu'en
effet elle commente trente ou qua-
rante pieds plus bas. Pu reste, la tour
est fort étroite , et laisse peu d'espace
aux cloches que le zèle des habilans
pour leur harmonie y a fait récem-
ment placer.
Le principal portail rie la cathédrale
de Senlis est à plein-cintre, mais louid
de style. Quant aui portails latéraux,
ils sont beaucoup plus riches , et i a-
raissent dater du temps île François l" ,
car la Salnntade s'y fait remarquer. Ces
deux portails sont très curieux par la
variété et l'élégance des frises, des
ogives et des pyramides. Quant à 1'
Intérieur de l'église , il est peu rc-
marqu ble ; nous y remarquons cepen-
dant île chnrmans détails de sculpture
au dessus des croisées et aux clefs pen-
dantes de plusieurs chapelles.
Environs de Senlis.
Excursion idéale aux mines du château
de Montepilloij.
Dislance à parcourir : 2 lieues.
Direction : à l'Est de Senlis.
a Combien de souvenirs ici sont retracés !
j'aime à voir ces glacis , ces anales , ces lossés ,
lies V sti^cs épars des siéaes , des batailles ,
Ces boulets qu'arrêta l'épaisseur des mm ailles.
C'est sur une hauteur assez agréable
que sont situées les ruines du châ-
teau de Wontepilloy. Ces ruines con-
sistent en une vaste tour qui servait de
donjon au château , et en quelques
portions de murailles d'une épaiseur
et d'une hauteur remarquables. Les
M.
ISS
GUIDE
deux tiers de la circonférence de ce
donjon , depuis sa cime jusqu'à sa
ba e, sont écroules, et ce qui reste
semble menacer les speciateuis de sa
chute. Sa hauteur esi d'environ cent
pieds; son diamètre et de cinquante-
deux pieds hors-d'œuvre ; l'épaisseur
du mur est de treize pieds; l'escalier
est pratiqué dans ce:te épai.-seur, il est
interrompu à la moitié de sa hauteur;
le re^te est tombé.
Audessus de la porte basse et étroite,
bien qu'e le fut à pout-levis, est une
petite chambre voûtée de quatre pieds
de large , sii pieds de long et huit de
hauteur. Deux ouvertures, pratiquées
dans cette chambre , serva eut à lakser
tomber sa herse et l'assommoir, en cas
de rupture des chaînes du pont-levis.
Cette petite chambre, ou guérite, est
éclairée par une meurtrière , et l'on y
descend du grand escalier par un
autre bien plus étroit , ce qui forme en
cet endroit trois murs dans l'épaisseur
du mur principal.
Dans l'intérieur de cette tour nous
remarquons des débris indiquant un
rez- de -rehaussée, une grande salle
voûtée à arêtes. Trois étHges étaient
au dessus ; et au dissous était un
souterrain dont nous voyons encore les
soupiraux.
Les parties qui se sont détachées de
cette tour ont comblé le fossé.
Départ de Senlis.
Au sortir de Senlis, et après avoir
franchi la
Rivière Nonette , nous arrivons à
é» aint- Chaînant , petit village cher
aux naturalistes et aux géologues, à
cau-e des coquilles fossiles qu'on y ren-
contre. Près de là est la
Forêt de Hulatle , dont nous traver-
sons un bout. A quelque distance de là
est
Villeneuve-Verherie, petit bourg dans
lequel existe une fo.taine d'eau mine-
ra e. Après avoir parcouru une petite
distancé, nous arrivons à
Pont- aint-Maxence , petite ville
située sur l'Oise, à l'exliémUé d'une
plaire et au pied d'une montagne Le
Pont que nous traversons est la seule
curiosité que renferme cette ville. De
Pûiit-SaiQt-Maxencenousallonsrqla'.er
h
Bois-de-Lihus, petit hameau 9ans im-
portance, et duquel partent les
Routes de Compiègne elde Clermonl.
A «leux heures et demie de Bois-de-
Lihus est
Gournay-sur-Aronde , petit bourg
dans lequel est née la fille adoptive de
Montaigne. Après avoir parcouru r.n es-
pace d'environ deux lieues, nous arri-
vons à
Cuvilly, autre bourg sans impor-
tance, et après lequel nous entrons dans
le
Département de la Somme.
Roye, qui vientensuile, est unepet'te
ville , jadis forte, située sur le ruisseau
d'Avre , et dans laquelle on fabrique
beaucoup de bas. Parmi les
Curiosités de Roye, nous distinguons
une
Ancienne Maison en bois dans la-
quelle mourut, en \ 3â9, Jeanne de Bour-
gogne , veuve de Philippc-le-Long, roi
de France. L'
Eglise Saint-Pierre, dont les vitraux
coloriés représentent, entre autres su-
jets, le sacre de Clovis, de Charlemagne
et de saint Louis. Enfin le
Jeu de Paume du rempart des Reli-
gieuses, qui est magnifique et le plus
vaste de tous ceux du département.
Peu de temps après avoir franchi
Roye nous traversons
Fonches , petit bourg sans impor-
tance, etaprès lequel nousgravissons une
Gorge étroite. Après avoir laissé à
notre gauche la
Route qui conduit à simiens, nous
arrivons à
Péronne , petite ville assez, jolie dans
laquelle ont résidé les premiers rois
mérovingiens. Elle est divisée en deux
parties , la ville haute et la ville basse.
Les
Curiosités de Péronne sont 1'
J'iglise r aini-Farcy. monument go-
thique d'un beau style, et dont les
basses nefs sont d'une grande éléva-
tion. Le
Château , qui passe pour avoir été
construit sous le règne de Henri VI ;
nous y remarquons une ancienne tour
ap: eléc vu gairemeut Tour Herbert,
et dans laquelle on suppose que l'in-
fortuné Charles IV perdit la vie ; on
croit aussi que c'est dans la même tour
que Philippe-Auguste fit enfermer le
corni? d« ËQuiogoe , «près la bataille
BU VOYAGEUR EN EUROPE.
13»
de Bouvines, et que Louis XI fut dé-
tenu par le duc de Bourgogne à la nou-
velle de la révolte des Liégeois. Enfin le
Mécanisme du moulin à blé , placé
à l'entrée de la tille , qui est fort in-
génieux.
Api es avoir parcouru environ quatre
lieues , nous arrivons à
Fin, petit bourg de peu d'intérêt, et
après lequel commence le
Département du Nord.
Bonnavy , que nous ne tardons pas
à joindre ensuite , est un bourg qui
n'offre aucun intérêt , et non loin du-
quel nous trouvons d'abord le
Canal de Saint-Quentin , puis en-
suite r
Escaut, d'où nous entrons dans
Masnièves, petit bourg dans lequel
nous trouvons une verrerie à vitres et
une autre à bouteilles. Après avoir par-
couru environ une lieue et demie, nous
arrivons à
Cambrai, petite ville, située dans une
contrée fertile en lia et abondante en
pâturages, près la source et sur la rive
droite de l'Escaut, dont une des bran-
ches traverse la ville. Elle es! générale-
ment bien bâde, as-ez bien percée, en-
tourée de fortifications considérables,
flanquée de tours rondes antiques , et
défendue par une bonne citadelle.
Curiosités. — Les curiosités que Cam-
brai renferme font : la
Place d'Arme>, qui est remarquable
par son étendue : tou e la garnison peut
s'y ranger en bataille. L'
Esplanade, qui est une des [dus belles
et des plus vastes de la ci-devant pro-
vince de Flandre. L'
H ,tel-de- Fille, dont l'architecture
est moitié grecque et moitié gothique.
L'
Horloge , dont la construction e.-t
attribuée à un berger. La
Cathédrale, dai s laquelle est le mo-
nument élevé à la mémoire de Eénelon.
Enfin, la
Bibliothèque publique, qui renferme
environ 30,000 volumi s imprimés, et de
précieux manuscrits. De Cambrai, nous
allons à
Douai, jolie ville, située sur la Scarpe,
qui communique à l'Escaut parla Sen-
sée, avec Valenciennes , Tournai, toute
la Belgique et la Hollande; et par divers
canaiu avec Cambrai, Lille, Sa'unVOmer,
Punkerque et la um ou Nord,, (Jette
ville est entourée de murailles irrégu-
lières , flanquées de tours rondes , et
généralement bien bâtie; ses rues sont
bien peicées ; sa place est vaste et très
baie.
Curiosités. — Les curiosités que ren-
ferme Douai sont peu nombieuses; les
plus remarquables sont! 1'
Botel-de-y ille qui est fort joli; la
Biblioth 't/ue publique, riche d'envi-
ron 3(1,00 i volumes. Enfin les
( abinets de physique et d'histoire
naturelle. De Douai , i ous allons à
Lille , où finit notre deuxième itiné-
raire.
Troisième route.
Route de Paris à Lille par Péronne et
A rrus.
Distance à parcourir : ">6 lieues , 28 postes.
Observation.
Celle roule se trouvant décrite par
la précédente jusqu'à Péronne , c'est
donc depuis celte dernière fille que
notre itinéraire doit commencer.
Itinéraire de Péronne à Lille.
Topographie de la route.
Départ.
Au sortir de Péronne, nOus traversons
Baucourt , v liage sans importance,
après lequel nous entrons dans le
Drparltm, lit du Pas-de-Calais, Bien-
tôt après nous arrivons à
B a paume , petite ville régulièrement
bâtie, formée de rues b.lles cl bien
percées ; ses fortifications ont été con-
struites d'après les plans et sous la di-
rection du maréchal de Vauban. Aous
y remarquons une Portante très abon-
da t' , qui fournil l'eau pour tous les
besoins des habitans. De Bapaunie nous
allons à
Amis, d'où la route nous est con-
nue jusqu'à
Lille ( voyez la première route ).
Quatrième route.
Route de Paris à Lille par St.-Quentin
(Malle),
Distance, à parcourir : (iO lieues , 50 postes.
Observation,
De Paris a lille, par Péronne et.Ciam-i
140
GUIDE
brai , cette route se trouvant décrite
jusqu'à Courteuil, c'est donc de celle
dernière ville que notre itinéraire doit
commencer.
Itinéraire de Courteuil à Lille.
Topographie de la route.
Départ.
Au sortir de Courteuil, nous laissons à
gauche la route de Paris à Lille par Pé-
ronne et Cambrai , bientôt nous arri-
vons à
Villeneuve ( Oise ) , petit bourg sans
importance; plus loin nous trouvons
Cioix-Samt-Omcr, autre bourg sans
intérêt, après lequel nous entrons dans
Cumpiègne où nous allons faire une
Station idéale.
Compiègne est une ville fort jolie ,
situés dans une position agréable, au
dessous du confluent des deuï rives
d'Oise et d'Aisne. Au nombre des curio-
sités qu'elle ren erme, nous remarquons
le Château-Royal que nous allons par-
courir dans son entier.
Château-Royal. — Avant de décrire
ce magnifique édifice, disons un mot
de son
Historique. — Le château de Com-
piègne fut construit en lioO par saint
Louis, sur les ruines d'un manoir fondé
l'ar Charles-le-Chauve. Charles VI,
l^ouis XI, François l", Louis XIII et
Louis XIV l'agrandirent successivement.
Fn J733, Louis XV chargea Gabriel d'en
dresser un nouveau plan, d'après lequel
sa forme actuelle fut arrêtée; mas la plus
grande partie des travaux ne fut exécu-
tée que sous le règne de Louis XVI.
Après cet aperçu historique du château,
faisons-en maintenant la
Description. — Extérieur du Châ-
teau. — Façade principale. — La fa-
çade du château donnant sur la place
d'Armes, forme l'entrée principale. Elle
est composée de deux pavillons accom-
pagnés chacun d'une aile de bâtiment
en manière d'avant-corps, et liés en-
semble par une colonnade dorique de
BO mètres, qui porte une grande galerie
a l'italienne formant balcon. Celte co-
lonnade, au milieu de laquelle est une
belle grille , surmontée d'un fronton
aux armes de France, ferme la
Cour-d' Honneur. La
Façade du coté du jardin est au'si
très belle et se compose d'un avant-
corps décoré de quatre colonnes ioni-
ques, supportant un fronton, et de deux
parties de bâ'iment en arrière-corps.
Après cet examen de l'extérieur pas-
sons à celui de 1'
Intérieur. — L'intérieur est magni-
fique, nous y arrivons par le corridor
de derrière, situé au rez-de-chaussée.
Ce corridor nous conduit au
Grand vestibule appelé galerie des
colonnes, à cause des quatre rangs de
colonnes d'ordre toscan qui en soutien-
nent la voùle.Du vestibule, nous mon-
tons ensuite le
Grand escalier du roi, duquel nous
arrivons à la
Satie des Gardes. — Ce! te salle , qui
est une des plus belles du château,
est formée par des pi astres doriques,
dont Us cannelures sont formées par
des lames. Entre chaque pilastre sont
des bas-reliefs représentant des triom-
phes d'Alexandre et divers combats, La
voûte est ornée de caissons et de divers
attributs de guerre en grisaille. De
cette salle nous passons au
Salon des huissiers, qui est orné de
plusieurs tableaux de mérite. De cette
pièce, en suivant le corridor, nous arri-
vons à V
Escalier des princes, sur le palier du-
quel est l'entrée du deuxième appar-
tement du prince , qui se compose de
huit pièces.
i°* appartement du prince. — Pe-
tite chambre à coucher. — Cette cham-
bre est élégamment meublée et ornée de
magnifique gravures.
Satie des bains. — La baignoire est
entourée par quatre colonnes en stuc ,
d'un ordre compo é et de trois grandes
glaces placées enlre des pilastres de
même ordre que les colonnes. La
Chambre à coucher dans laquelle
nous passons est richement décorée et
meublée. De là nous arrivons au
Salon de réception, qui est l'un des
plus grands et des plus beaux du châ-
teau. Ce salon est orné de quatre des-
sus de porte formant panneaux sur
lesquels sont figurés, la Force, la Vic-
toire, la Paix et le Commerce. A la suite
du salon de réception , Ment le
1 er .\aton , dans lequel sont six des-
sus de porte peints par Sauvage. De
celte pièce nous entrons dans les
DU VOYAGEUR EN EUROPE.
141
yfppartemens du roi. — La
Satie à manger, dans laquelle nous
entrons d'abord , est composée de pi-
lastres d'ordre ionique qui en caracté-
risent l'architecture. Les dessus des
portes sont revêtus de peintures en
grisaille représentant des pièces de gi-
bier, des poissons, des fleurs et des
fruits, par Sauvage. Au dessus de la
cheminée, sont Bacclms et Ariane, ta-
bleau du même artiste, imitant par-
faitement le relief. Le
1 er Salon, dans lequel nous passons
ensuite, est décoré des portraits deSully,
de Richelieu, de Colbert et de Fleui y ,
placés au dessus des portes. Immédia-
tement après cet'e pièce vient la
Salle du Trou: qui forme le milieu de
la façale du jardin. Les pilastres qui
entourent cette pièce offrent toute l'élé-
gance et toute la grâce de l'ordie co-
rinthien. Le plafond, qui est voùié , est
orné dans son centre d'une grande ro-
sace et de plusieurs trophées. Les des-
sus des portes sont enrichis de quatre
tableaux représentant les Saisons. La
Salle du Conseil a ses deux portes
on ées dis lorliails de Henii IV, de
Louis XIII, de Louis XIV et de
Louis XV. Sa tenture se compose de
trois morceaux de lapis des tjobelins.
Voici la
Chambre à coucher, qui est surtout
remarquable par la beauté de son pla-
fond ; lescomparlimens, rehaussés d'or,
représentent la Force , la Justice , les
Arts et le Commerce. L'ameublement
de cette cha nbre est d'une grande ri-
chesse. A l'issue de cette pièce est le
Cabinet du roi, qui est orné d'un
corps de bibliothèque en acajou massif
avec de riches orneinens dores. Les li-
vres qui la composent se font remar-
quer par leur nombre et la beauté de
leur reliure. Après les apparlemei:s du
roi, viennent les
Appartement de la reine. Le
Salon de musique est la première
pièce que nous visitons. Ce salon est
décoré de plusieurs groupes d'enfaus,
en grisaille, placés au dessus des poi tes.
Vient ensuite : a
( hamb'K ii coucher, qui est magnifi-
que et ornée de quelque* beau» table ux.
Les dessus d ■« porii s sont revê us de gé-
nies peints par Dubois- Le pourtour est
orné de deux glaces, peintures et do-
rures. L'ameublement est en harmonie
avec la richesse de celte chambre; le
lit est d'une beauté remarquable, la
tenture est en satin cramoisi , broché
en or. Le
Boudoir qui fait suite à cette pièce,
reçoit le jour par une lanterne ouverte
dans le donne, et est parfaitement dé-
coré. Du boudoir nous passons au
Salon de réception , qui est orné de
pilastres d'un ordre composé et tous
les chapiteaux sont dorés. Le plafond est
décoré d'une belle rosace environnée
de génies portant des fleurs de lis.
Le
1 er Salon dans lequel nous passons
ensuite est décoré de huit tableaux for-
mant panneaux. Les armes de France,
portées par des génies, forment l'orne-
ment des dessus des portes. A la suite
de ce salon est le
Salon bleu , dont le plafond est en-
richi de dorures, au milieu desquelles
sont quatre tableaux allégoriques de
Giro^et , représentant le Départ du
guerrier, le Combat , la Victoire et le
Re'our. L'ameublement de cette pièce
est fort riche. Du salon bleu nous pas-
sons au
Troisième appartement du prince, à
la suite duquel se trouve le
Jt u d'' paume et les
Appartement de la reine. La
Salle à manger est la première pièce
qui s'offre à nous; elle est tout en stuc
veiné. Vient ensuite la
Gal-rie des tableaux , dans laquelle
nous remarquons cinq tables en stuc,
représentant le pire de Ver'aille- , les
forêts de Compiègne , Fontainebleau ,
Saint-Germain et Maiiy. La
Salle de billard , qui vient immédia-
tement aprè*, est ornée de plusieurs
tableaux, dus aux meilleurs maîtres.
Après cette pièce, nous passons dans la
Galerie de bal, qui e«t la plus riche
en ce genre ; elle est éclairé ■ par vingt-
deux fenêtres et ornée de vingt colon-
nes corinthiennes en stuc et d'un grand
nombre de tableaux.
La
Chapelle, qui est la dernière pièce
que nous avo s à voir, est superbe; sa
voûte, distribuée eu caissons, est ornée
de rosaces sculptées. Le ma'tre-airel
et le tabernacle sont en n arbre banc,
a\ec des orneuiens en bronze doré.
Maintenant que nous avons parcouru
142
GUIDE
les divers appartemens du château, il
ne nous reste plus qu'à visifer le
Jardin. — Ce jardin, nui est d'une
étenOue immense, a sa partie supérieure
disposée en terrasse, sur laquelle est
élevée la façade princi| aie du château ;
elle est ornée d'une grande quantité
d'orangers et d'arbustes. L'extrémité
septentrionale oTfre un 1res beau point
de vue. La montagne de Gannelon, cé-
lèbre par un camp que César y avait
établi, s'offre à nos yeux. Vers le milieu
de su hauteur se déploie le joli village
de Clairvoiv, et à sa base coulent pai-
siblement l'Aisne et l'Oise. La
Forêt de Compiègnc , dont il nous
reste à dire un mot, est une des plus
belles du royaume ; elle a 29,' 00 arpens
d'élendue, et renferme plusieurs villa-
ges et beaucoup d'babilatioi s i.olées
servant de logement aux gardes; les
routes qui la traversent aboutissent tou-
tes à des carrefours où l'on a placé des
poteaux oui Facilitent la promenade par
leuis indications. Si nous dirkeons nos
pas vers l'extrémité de la forêt, nous
arrivons aux
tiuinei de l'ancien château de Picr-
refnnd, qui forment un des inonumens
le>. plus curieux des environs de Paris.
Elles conservent un aspect imposant et
majestueux., Ce château, célèbre par la
pui«'ance de ses seigneurs, a soutenu
plusieurs sièges mémorables. II fut
construit par Louis de France, duc
d'Orléans, vers la fin du quatorzième
siècle, et démantelé par Louis XIII en
1617.
Maintenant que nous n'avons plus
rien de curieux à voir dans Compiègnc,
reprenons l'itinéraire de notre route.
Départ de Compiègnc.
Au sortir de Compiègne nous lon-
geons l'Oise jusqu'à
Iiebecourl pelit village sans impor-
tance, duquel nous allons eu ligne
droite à
Nnjon, petite ville fort a"cienne,
située sur la Vorse, près de l'Oise, et
»'ir le penchant d'une colline. De
Noyon nous allons à
Guissard, fort village dans lequel se
tient un marché considérable de grains.
Peu de temps après avoir passé cet en-
droit, nous entrons dans le
. Département de la Somme, et bien-
tôt après dans
Ham, petite ville remarquable par
son
Château fort dans Lquel sont en-
fermés les ex-ministres. Ce château fut
bâti vers l"an 1470, par Louis de
Luxembourg, comte de Saint-Pol, que
Louis XI fit décapiter plus lard. Au
dessus de la porte d'entrée nous lisons
cette inscription en caractères gothi-
ques :
MON MIEUX.
Nous ne décrirons point ici
• ■ ■ . . Sestours antiques , surannées,
Dont le sommet audacieux
N'a point encoi- fl' <lji sous le poids des années ,
Et qui semblait braver les cieux.
Nous ne décrirons pas non plus
. . . . Ses fossés , redoutables abîmes ,
Où croît un sinistre gazon ,
Interprète menteur de l'aimable saison ,
Oui n'a jamais fleuri pour les pâles victimes
Qu'enfermait autiefnisla royale prison.
Passé Ham, nous entrons dans le
Département de Vsiiine, et bientôt
après dans
. 'Saint Quentin, ville ancienne et cé-
lèbre, située sur la Somme, et. qui n'a
d'autres curiosités que son onalet son
église paroissia'e. De Saint-Quentin
nous allons joi :dre à Cambrai la
deuxième route de Paris à Lille, par
Peronne et Cambrai ; c'e't à celte der-
nière ville que doit finir notre itiné-
raire, attendu que de là à Lille le reste
de la route nous est déjà connu.
Communications.
De Lille nous pouvons nous rendre à
trois villes différentes, savoir : à Bé-
thune,à Calais, enfin à Valenciennes.
A. De Lille à Bé thune.
Distance à parcourir : 7 lieues , 3 postes et
demie.
De Lille à Eéthune nous n'avons rien
à dire, vu que la route ne nous offre
rien de remarqu; ble, et que Béthune
nous est déjà connu.
B. De Lille à Calais.
Routes.
De Lille nous pouvons nous rendre à
Calais par deux routes di férentes, sa-
voir : par Saiut-Omer et enfin par Bé-
thune.
DO VOYAGEUR EN EUROPE.
!«.
Première route.
A. Route par Suint-Orner.
Dislance à parcourir: 27 lieues, 13 postes
et demie.
De Lille nous allons joindre les vil-
lages de
Badleul et dssel, et de là Saint-
Omer. d'où la route nous est connue
jusqu'à Calais. (Voyez de Paris à Calais
I>ar Saint-Omer.)
B. Roule par Délimite.
Dislance à parcourir : 29 lieues , M postes
et demie.
De Lille nous allons joindre Béthune,
et de là Sâiiit-Omèr et Calais.
C. Route de Lille à Valencieunes.
Dislance à parcourir : 13 lieues , 6 postes
et demie.
De Lille nous allons joindre
Vont-à-Marcq , village sans impor-
tance. A trois lieues de là est
Orchies , autre village sans intérêt,
après lequel nous entrons dans
Saint- .mand-les-Euux , petite ville
fort ancienne, située dans une riclie et
fertile plaine, sur la rive gauche de la
Scarpe. Au nombre de»
Curios les de Saint- Amand , nous
remarquons le
Clocher gothique de l'ancienne ab-
baye de cette ville, bàli de 1633 à 1036,
el dont 'a hauteur est de trois cents
pieds. On arrive à son sommet par un
escalier composé de 450 marches. Cette
tour, qui est un monument fort sim-
ple , sert aujourd'hui d'horloge pu-
blique et de beffroi. A une lieue en-
viron de Saint-Amand , nous trouvons
le superbe
Etablissement d'eaux minérales qui
jouissent d'une grande réputation. Le
bâtiment des bains offre la figure d'un
parallélogramme d'une longueur de
80 toises, avant à l'ouest la façade
de l'établissement des boues , et au
midi le bâtiment qui les fixe. Les
chambres des baigneur» sont au nom-
bre de J4 ; le nombre des douches est
de six. L'établissement de S int-Ainand
o fre de belles promenades boisées, et
toutes les ressources nécessaires à la
vie. La proximité de Saint- Amand et
de Coudé, le voisinage de l'Ermitage
de Bon-Secours, où affluent, dans la
belle saison, une multitude d'habitans
aisés d.'S contrées environnantes . en
rendent le séjour très agréable. On y
ltou\e, en outre, un salon de danse
el des salles de jeu. La
Saison des eaux commence du 10 au
13 juin , selon la chaleur de l'époque,
et se prolonge jusqu'à la fin d'août.
Propriétés nti dicales. — Ces eaux sont
bonnes pour les rhumatismes, les af-
fections nerveuses et cutanées.
A/ode d'administration, — Les eaux
de Saint-Amand se donnent en bois-
sons, bains et douches ascendantes,
descenrianles et latérales. En boisson,
on en use , le matin , depuis la do e de
trois ou quatre verres jusqu'à douze.
Les bains de boue se prennent dans
des loges ou cases séparées, désignées
par un numéro : chaque baigneur a la
possession de sa loge pour une ou deux
saisons.
De Saint-Amand , nous allons direc-
teme t à
Vuh nciennes , ville dont il sera
question plus tard.
De Paris à Arras et Amiens.
Distance à parcourir : 17 lieues, 23 postes
et demie.
[Voyez route deParis à Lille par Amiens.)
Communication.
D'Arras à Lille.
D ; slance a parcourir : 11 lieues , S postes
el demie.
( Voyez la troisième roule de Paris à Lille.)
De Paris à Valencieunes.
Routes.
JN'ous pouvons nous rendre à Valen-
cieunes par deuv roules diferentes ,
savoir : par Seidis et Péronne , et ,
enfin, par Saint-Quentin.
Première route.
Route par Sentis et Péronne.
Distance à parcourir : 82 lieues , 2C postes.
Dans la deuxième route de Paris à
Lille par Cambrai et Péro'ne, cette
route se trouvant décrite jusqu'à Cam-
brai , c'est donc de cette ville que notre
itinéraire doit commencer.
■•:.
144 GUIDE
Itinéraire de Cambrai à Valenciennes.
Distance à parcourir:
De Paris a Cambrai,
43 I. et demie.
De Cambrai à Lille,
8 lieues et demie.
Dépari de Cambrai.
Au sortir de Cambrai , nous longeons
à gauche l'Escaut jusqu'à
Bouchaia , petite ville forte située sur
l'E-caut, et dans laquelle nous remar-
quons la
Tour cVOstrevent, resle de l'ancien
château servant aujourd'hui de bâti-
ment militaire à l'artillerie et au génie.
Après avoir quitté Bouchain et parcouru
une as-ez gra de distance , nous traver-
sons l'Escaut, et bientôt nous entrons
dans
Valenciennes , qui est le ternie de
notre roule.
jtperçu général de Valenciennes. —
Cette ville , qui est situ e su confluent
de l'Escaut et de la Rhonelle, est a'sez
bien bâlie , mais généralement mal
percée ; ses rues sont tortueuses , et
plusieurs n'ont pas une longueur suf-
fisante.
Valenciennes possède une jolie salle
de spectacle, un hôpital général , plu-
sieurs églises , une bibliothèque publi-
que , riche d'environ dit-huit mille
volumes , un niusJe de tab'eaux , une
salle d'antiquités et une académie de
peinture , d'où sont sortis Milliomme
et Abel de Pujol, un Mont-de-PL'té, un
vaste arsenal ; enfin , un magasin des
vivras.
Historique. — Cette ville fut fondée
par les Trévériens et les Herviens, et.
comme presque toutes les villes de
Flandre , elle ne fut d'abord qu'un
simple hameau , protégé ensuite par
un château dont les Francs, sous la
conduite de Clodion, s'emparèrent vers
l'an 44j. Clovis III occupait son châ-
teau, où il tint plaid général en 693.
Charlem «gne y tint aussi une assemblée
en 771. L'empereur Lolhaire et Charles-
le-Chfiuve y firent des capitulâtes. Les
Normands a siégèrent celte >il^ sans
succès . en 881 Bau 'ouin-à-la-Halle-
b-irde, comte de Flandre, s'en empara
en 1 0:;, mais l'empereur Henri V li
reprit en 1007. Les Espagnols l'assié-
gèrent vers la fin de l'année 1560; les
dant plus de qualre mois avec un grand
courage, furent obligés de se rendre,
sans condition, le 23 mars 1367. Louis
XIV en fit le siège en personne, et la
prit, le 1 er mars 1697, après dix jours
de tranchée ouverte. Le traité de Ni-
mègue en assura la possession à la
France, dont cette ville est aujour-
d'hui un des boulevards les plus iuipor-
lans. Les
Curiosités de Valenciennes ne sont
pas nombreuses. Les plus remarquables
sont : 1'
Holel-de-Ville , bâti en 1612, et dont
la façade est surmontée d'un altique
orné de cariatides , parmi lesquelles
nous remarquons les qualre Saisons. L'
Intérieur de l'édifice est bien distri-
bué, et offre de vastes salles, de beaux
salions, de nombreux bureaux: le se-
cond élage est occupé par la galerie de
peinture, où nous remarquons trois ta-
bleaux de Rubens , p ovenant de l'an-
cienne abbaye de Saint-Arnaud. Le
S .ffroi, bâti en 237 , dont la hauteur
est de 170 pieds. Li
Salle de spectacle , qui a été exécutée
sur les dessins de Pujol , et dont la
forme est semi-elliplique , et garnie de
trois rangs de loges. Le re'.-de-chaussée
de cet édifice sert de halle au blé. L'
Hôpital général , Tonde en i'31 , et
dont la chapelle est di ne d'attention
pour la construction et la coupe des pier-
res de ses arcades. L'
Eglise de Saint-Géry,dont\» première
pierre 'ut posée en 122o, par la comtesse
Jeanne, fille de Baudouin , empereur
de Constaniinople , et dans laquelle nous
remarquons sur le maître-autel un très
beau Christ en bronze. Enfin la
Place d'./rmes qui est décorée de
belles maisons élevées sur un plan
uniforme, et ayant piesjue toutes des
balcons.
Deuxième route.
Route par Saint-Quentin.
Distance à parcourir : Si lieues, 27 postes.
Voyez de Paris à Lille . par Péronne
et Camb'ai , el la première route de Va-
lenciennes par Senlis et Péroune.
Communication.
De Valenciennes à Maubeuge.
bourgeois, après s'être défendus pen- Distance à parcourir ; 8 lieues, 4 postes.
«►2*^
DU VOYAGECR EN EUROPE.
14»
Itinéraire.
Topographie de la route.
Départ.
Au sortir de Valenciennes , nous trou-
vons
Jalains , petit village sans impor-
tance , après lequel vient
Baw.y, petite ville agréablement si-
tuée et bâtie sur l'emplacement de l'an-
tique t'agacum, ville capitale de la
province sous le gouvernement des Ro-
mains. iNous y remarquons sept chaus-
sées ti es anciennes, appelées Chaussées-
Brunehaut, qui aboutissent à la place
deUavay ,au milieu do laquelle se trou-
ve une colonne milliaire heptagone, dont
chaque face correspond à une roule. La
colonie actuelle est moderne, et rem-
place Tant que qui s'y trouvait jadis.
Outre les Chaussées romaines, nous
voyons encore à Bavay , les ruines d'un
cirque , les débris d'un arc de triomphe
et d'un aqueduc. De Bavay nous allons
à
Maubeuge , ville forte située sur la
Sauibre, qui y est navigable ; fameuse
par ses manufactures d'armes et ses fa-
briques de clous et de fer fondu et for-
gé.
De Paris à Laan.
Routes.
Nous pouvons nous rendre à Laon par
deux roules diffférentes, savoir : par
Soissons et par Noyon.
Première route.
Route par Soissons.
Diltance à parcourir : 3-4 lieues, 17 postes.
Itinéraire.
Topographie de la route.
Départ.
Nous sortons de Paris par la
Barrière de la Villelte ; bientôt après
nous arrivons au
Boùrget, village dont nous avons déjà
parlé , et non loin duquel nous quittons
la route de Lill?, par Péronne et Cam-
brai, pour p endre la
/toute de .Soissons. Là, nous trouvons
d'abord
Le Menil-Amelot ( Seine-et-Oise) ,
FlU.NCE.
pelit village sf»ns importance et ensuite
Villeneuve , autre bourg sans intérêt,
après lequel nous entrons dans
Dammarlin , petite vile située sur
une colline et qui n'a de remarquable
que son
Eglise paroissiale. Passé Dammarlin,
nous entrons dans le
Département de l'Oise, et bientôt
après dans
H anleuil-P Baudoin , petite villa
dont le parc est décoré de fonlaines et
de canaux. ÎS'ous y remarquons les rui-
nes d'un château qui date du temps de
François 1". Api es Nanteuil vient
Ltvigne , village san« intérêt, après
lequel nous e Irons dans le
Déparlement de l'Aisne , et bientôt
après dans
J'illcrs-Coterets , petit village situé
au milieu de la forêt de Hetiet dans le-
quel nous remarquons un
Ancien château construit sous le
règne de François I er , et où est établi
le dépôt de mendicité du département de
la Seine. Ce thàieau, entouré d'un parc
fermé de murs, fait partie des domaines
de monseigneur le duc d'Orléans. Au
sortir de Villers-Colerets, nous côtoyons
la forêt qui offre de beaux sites et se
termine , d'un côté , par une demi-lune,
du côté du relais de
Vertefeuille. Après ce relais, une
descente presque continuelle nous con-
duit dans la vallée de
Soissons , ville assez jolie , située sur
la rive gauche de l'Aisne, et dont l'ori-
gine remonte à une haute antiquité.
Parmi les
Curiosités de Soissotis , nous remar-
quons r
Ancien château , bâti à la place de
celui où les rois de la première race fai-
saient leur résidence ; il est flanqué de
grosses tours rondes et massives. L'
Eglise cathédrale , magnifique go-
thique dont les fondemens furent je-
tés au XII e siècle, sur l'emplacement
d'une ancienne église où se rassem-
blaient les premiers chrétiens. On tra-
vailla au portail et à la tour dans le XII»
siècle et environ vers l'an 1212, on put
célébrer l'office dans le chœur. Dnns
l'intérieur de l'église nous remarquons
des statues en marbre blanc représen-
tant L'Annonciation e qui servent d'ac-
compagnement au maître-autel. Les
Rumt s de l'abbaye deSaint-Mèdard,
10
- fi.
116
GUIDE
situées près de la rire droite de l'Aisne
et dans lesquelles nous voyons encore
le
Cachot dans lequel Louis-Ie-Débon-
naire fut renfermé par les enfans de son
premier mariage. Les
Deux tours de l'ancienne abbaye
Saint-Jean-des-Vignes , fondée vers le
milieu du XI e siècle. L'
Hôtel - Dieu qui offre un asile à 80
vieillards indigens , et à autant d'enfans
des deux sexes, indépendamment des
enfans trouvés. Enfin la
Maison de correction , dans laquelle
sont les condamnés qui doivent y subir
leur peine et cens qui attendent leur
translation à la maison centrale de dé-
tention. Nous sortons de Soissons par le
Faubourg Saint-Vaast, en traver-
sant l'Aisne sur un pont de pierre. La
route que nous parcourons est assez
bel'e et bientôt nous arrivons à
taurins, petit village où nous re-
layons , et de là nous allons à
Laon, qui est le terme de noire route.
s/perçu généralde Laon — Oetleville,
qui est située sur le sommet d'une mon-
tagne isolée, au milieu d'une plaine vaste
et fertile, est mal bâtie et assez mal per-
cée.
Laon possède plusieurs églises, un
hôtel - dieu, un hôpital général, une
bibliothèque publique, un dépôt de
mendicité, plusieurs restes d'antiquités,
une salle de spectacle et un collège
communal.
Historique. — L'origine de Laon re-
monte à une époque très reculée; dans
le principe, ce n'était qu'un chà'eau-fort
qui reçut des Gaulois le nom de Laudu-
num. Yers l'an '«07, une troupe de bar-
bares qui avaient brûlé Saint- Quentin
tentèrent s >ns succès de s'en emparer.
En 742 Pépin et Garloman s'en empa-
rent. Plus tard , c'est-à-dire en 882, I s
Normands l'assiègent sans succès. Après
la déposition du lâche Charles-'e-Gros,
Eudes , comte de Paris , mit le sfége de-
vant Laon el s'en empara sans coup fé-
rir, en 892, mais Charies-le-Simple la
reprit vers 89'i En !)'i0 , le comte de
Yermandois assiégea inutilement cette
place, qui fut cédée à Hugues, dur de
France, pour la rançon de Louis d'Ou-
tremer , fait prisonnier par les Nor-
mands , en 941. A la mort de Louis V ,
Charles ._ duc de Lorraine , s'empara de
laon , où il fut assiégé par Hugues Ca-
pet, qui entra nuitamment dans cette
ville, et le fit prisonnier. En 1411, le
duc de Bourgogne se rendit maître de
Laon , après quelques jours de siège.
Trois ans après les troupes royales re-
prirent cette ville , dont les habitans
chassèrent la garnison bourguignonne.
En 1418, elle tomba au pouvoir du duc
de Bourgogne , et l'année suivante,
Philippe - le - Bon, fils de Jean sans
peur , la livraaux Anglais , qui en furent
chassés par les habitans en 1429. En I Iib7,
les calvinistes tentèrent inutilement de
s'emparer de cette ville , et 27 ans plus
tard Henri IV en entreprit le siège et s'en
empara après quelques jours de siège.
Les 9 et 10 mars 181 i, Napoléon livra ,
sous les murs de cette ville un combat
mémorable à la suite duquel Laon fut
occupé par les ennemis.
Après cet aperçu rapide de l'histoire
de Laon , passons à l'examen de ses
curiosités.
Curiosités de r.aon. — Quoique Laon
soit une ville fort ancienne, elle est peu
riche en curiosités ; les plus remarqua-
bles sont : la
Cathédrale dont on ignore l'époque
précise de la fondation , et qui est un
édifice fort remarquable par ce mélange
de hardiesse et d'élégance , de grandeur
et de délicatesse , qui forme le carac-
tère dislinctifde la grande architecture
gothique.
Description. — Celte église a 320
pieds de long, 78 de large , 179 de hau-
teur. Son portail, qui est construit en
avant-corps, est magnifique, ainsi que
la sculpture des portes. L'
Intérieur est admirable, particuliè-
rement les piliers qui soutiennent la
porte de l'édifice , dont les bases et les
chapiteaux sont couverts de sculptures
et d'ornemens diflerens. Le dôme ou
lanterne est d'une hardiesse remarqua-
ble et le buffet d'orgue est d'une belle
exécution. L'
Eglise Saint-Martin , qui a été éle-
vée in 1124 sur l'emplacement d'une
petite église fort ancienne , et dont l'ar-
chitecture est grande et imposante,
quoique un peu lourde. L'
Hôtel-Dieu , qu'on a établi dans les
superbes bàtim ns de l'abbaye Saint-
Martin. La
Bibliothèque publique, qui occupe
une partie des bâtimens de l'ancienne
DO TOYAGEUR |R ICHOPE.
«7
abbaye Saint-Jean , où est aujourd'hui
élablie la préfecture. La
Salle de spectacle , qui est d'un fort
bon goût. La
Tour de Louis d'Outremer , qui a
été bâtie par le prince dont elle porte
le nom , pour la défense de la ville. En
1794, on entreprit de la détruire, et
déjà le couronnement était démoli,
lorsque les fonds Tinrent à manquer
pour continuer l'ouvrage; ainsi, c'est
à ce manque d'argent que nous som-
mes redevables de sa conservation. La
Tour penchée , dont il nous reste à
parler, est un monument fort curieux.
Cette tour , qui s'élève sur l'empla-
cement occupé autrefois par l'ancienne
citadelle, est penchée d'un côlé , et
son inclinaison est d'environ dix degrés
à partir de la verticale : elle est ter-
rassée dans toute sa hauteur.
Ici finissent les divers délails sur
Laon ; il ne nous res'e plus uainte-
nant qu'à faire connaître la deuxième
roule qui conduit à cette ville.
Deuxième roule.
Route par Noyon.
Distance à parcourir : 37 lieues et demie ,
18 postes trois quarts.
Observation. — De Paris à Noyon,
la roule nous étant connue par celle
de Paris à Valenciennes , par Saintr
Quentin , c'est donc de Noyon que notre
itinéraire doit commencer.
Itinéraire de Noyon à Laon.
Distance ( De Parisà Noyon , 2j lieues,
"oyon à I.aoa , 12 lieues
demie.
assez long -temps le canal, que nous
traversons , nous arrivons à
La Fère , petite ville agréablement
située dans un vallon entouré de co-
teaux boisés sur l'Oise , un peu au-
dessous du confluent de la Serre , et
dans laquelle est une
Ecole d'artillerie , élablie en 1719.
De la Fère , nous allons à
Laon , où finissent les délails de la
deuxième roule.
De Paris à Givet.
Routes.
Deux roules conduisent à Givet :
celle par Laon et celle par Mézières.
Première route.
Route par Laon.
Dislance à parcourir : G8 lieues , 84 postes.
Observation. — Puisque la route de
Paris à Laon nous est connue , c'est donc
depuis celle ville que notre itinéraire
doit commencer.
Itinéraire de
parcoun
b (De Pi
< De N
r: [ et
Topographie de la route.
Départ.
Au sortir de Noyon , et après avoir
parcouru une route assez agréable ,
nous arrivons à
Ckauny, ville ancienne que l'on croit
être le Contragium de l'itinéraire d'An-
tonio . bâtie dans une belle plaine, à
l'embranchement du canal de Saint-
Quentin, sur la rive droite de l'Oise, qui
y est navigable , et qui forme , en cet en-
droit, une île dans laquelle se trouve
comprise la moitié de la ville. De
Chauny, et après avoir longé pendant
Dislance
à
parcourir :
Laon à Givet.
Laon , 34 et 37
De Paris à
lieues.
De Laon à Givet, 33 lieue»
Topographie de la route.
Départ.
Au sortir de Laon , et après avoir par-
couru un espare de cinq lieues et demie,
nous arrivons à
Marie, bourg sans importance, après
lequel nous entrons dans
Vervint , petite ville, siluée sur la
petite rivière de Vilpion , connue par
le traité de paix de 1598 , entre Henri IV
et Philippe II, roi d'Espagne. Nous y
remarquons un
Hospice, fondé en 1870, près du-
quel est une chapelle qui renferme de
beaux tableaux originaux de Jouvenct.
De Venins . nous allons relayer à
Ija Capelle, petite ville autrefois for-
tifiée, prise parTurenne, en 1(135, sur
les Espagnols , et dans laquelle il se
fabrique une quantité prodigieuse de
café -chicorée. Peu de temps pprès
avoir passé celle ville , nous entrons
dans le
Département du Nord, et bientôt
après dans
148
GUIDE
\)
Avesne, petife ville forte, située
dans une contrée fertile , sur l'Helpe
majeure , à trois lieues de son em-
bouchure dans la Sambre. Au nombre
des
Curiosités d'Avesne , nous remar-
quons r
HàtcUde-Ville, dont l'escalier à deux
rampes est d'une fort belle exécution.
la
Tour de l'église , qui s'élève à trois
cents pieds de haut, et dont la con-
struction repose sur quatre piliers seu-
lement ; la
Salle de spectacle, qui est distribuée
avec beaucoup de goût ; en fl n _ ] es
Bâtimens militaires. D'Avesne, nous
allons à
Solre-lc-Château , petit bourg sans
importance, d'où nous gagnons
Barbaneau (po»le étrangère); de là
Philippeville ( idem) ; et enfin
Civet, où finit l'itinéraire de notre
route. Givet est une jolie petite ville
divisée en deinr parties par la Meuse :
Givet Saint-Hilaire et Givet Notre-
Dame. Elle est d fendue pur Charle-
mont , l'une des forteresses les plus
importâmes du royaume.
Deuxième route.
Roule par Mézières.
Distance à parcourir : 7G lieues , 58 postes.
Observation. — T>evant décrire plus
bas la route de Paris à fôézières . nous
y renvoyons le lecteur ; c'est donc de
Mézièreî que notre itinérai»- doit com-
mencer.
Itinéraire de Mézières à Givet.
Dislance I De Paris à Mézières , !î9 1.
à )
parcourir: ( De Meziercs à Givet, 17 1.
Topographie de la route.
Départ.
Au sortir de Mézières , nous allons
Lanny, bourg sans intérêt.
Rocroy , qui vient après, est une
petite ville forte située dans une plaine
environné:» de forcis. A quatre lieues
de là . est
Fiimay, pçlilç ville bâtie sur la rive
gauche de la Meuse . entre des monta-
gnes presqu'à pic , couvertes de forêts ,
et hérissées, en plusieurs endroits, de
rochers escarpés. Dj Fumay, nous al-
lons à
Givet, où finit notre deuxième route.
De Paris à Saint-Quentin.
Distance à parcourir : ÔS lieues et demie ,
17 postes trois quarts.
( Voyez de Paris à Valenciennes , 2' route.)
De Paris à Compiègne.
Routes.
Deux routes de Paris à Compiègne ,
savoir : par le Eourgct et par Saint-
Denis.
Première route.
Route par le Bourget.
Distance a parcourir : 19 lieues , 9 postes
et demie.
( Voyez de Paris à Laon , 2 e route. )
Deuxième route.
Route par Saint-Denis.
Distance à parcourir : 20 lieues , 10 postes.
( Voyti de Paris à Calais , et la deuxième
■route de Paris à Laon.)
De Paris à Reims.
Dislance à parcourir: 59 lieues et demie,
1!) postes Irois quarts.
Observation. — De Paris à Soissons
la route nou« étant connue par celle
de Paris A Laon , notre itinéraire ne
doit par conséquent commencer qu'à
Soissons.
Itinéraire de Soissons à Reims.
Distance l De Paris à Soissons, 23 I.
à l et demie,
parcourir : ( De Soissons à Reims , 14 1.
Itinéraire et topographie de la route.
Départ.
De Soissons , nous allons joindre le
bourg de
Braine-sur-T r eslc (Aisne), qui e*t
situé dans ir e jolie pleine , et après le-
quel nous entrons dans le
Département de lu "<!arne.
Fresnc , qui vient après, est une pe-
*»t*..
DU VOYAGEUR EN EUROPE.
tïte ville sans importance , située sur la
Vesle.
Jonchèiy, que nous traversons en-
suite est un bourg sans intérêt après
lequel nous entions dans
Reims , qui est le ternie de notre
roule.
Aperçu général de Reims. — Cette
ville, qui est située dans une plaine
qui fournit des vins délicieux, est, en
général , assez bien bâtie , assez bien
percée , et décorée d'une magnifique
place.
Reims possède une sous-préfecture ,
des tribunaux de commerce et de pre-
mière instance, une chambre de ma-
nufactures, un collège royal , une salle
de spectai le , une bibliothèque riche
d'environ 24,000 volumes, un musée,
plusieurs églises , de belles prome-
nades , plusieurs monumens romains ,
un jardin botanique , un petit sémi-
naire , un hospice d'orphelins, une
école secondaire de médecine, enfin,
deux élablissemcns de bains.
Historique. — On ignore entièrement
l'origine de cette ville, autrefois capi-
tale des Ri mi . peuple puissant et fi-
dèle allié des Romains, dont elle prit
le nom plus tard. Elle était une des
p'us importantes de la Gaule-Belgique.
Les Romain* y firent aboutir huit routes
superbes, dont nous remarquons en-
core quelques vestiges; et, lors de la
création de la Belgique 2 e , elle en de-
vint la métropole. Elle tomba ensuite
au pouvoir des Francs, et Reims, qui
déjà avait adopté la religion chrétienne ,
et était le siège d'un évêché , se glo-
rifie d'être le lieu où Clovis fut bap-
tisé par saint Remy , en 4%; elle fut,
depuis Philippe -Auguste, qui y fut
sacré, en 1179, en présence de tous
les pairs de France , le théâtre du sacre
de tous les monarques français jusqu'à
la révolution de 1830, qui abolit cette
coûteuse cérémonie ; à l'exception
d'Henri IV, que les événemens firent
sacrer à Chartres ; de Napoléon , qui
le fut à Paris, et de Louis XVIII, qui
ne l'a pas été. Le dernier sacre eut lieu
le 29 mai 1823, pour Charles X. Il
s'est tenu un grand nombre de con-
ciles dans cette ville , à Inquelle les
rois de la première race accordèrent
de grands privilèges, et, lors du par-
tage de la monarchie entre les fils de
Louis-le -Débonnaire , elle échut à
14»
Charles -le -Chauve, et fit partie du
royaume de Neustrie. Elle eut d'abord
le titre de comté , puis celui de duché,
que Phi'ippe- Auguste lui conféra en
faveur de Guillaume de Champagne.
En 1547, le cardinal de Lorraine y
fonda une université qui devint cé-
lèbre et qui subsista jusqu'à la révo-
lution. Reims soutint un siège, en
1339 , contre Edouard III , roi d'An-
gleterre ; prise le 12 mars 1814 par
les Russes , que commandait Saint-
Priest, émigré, celte ville en fut dé-
livrée le lendemain par Napoléon, qui
leur tua 2,000 hommes et leur chef.
Séjour et promenade.
Descendons à 1'
Hôiel du Lion-d'Or, situé en face la
catliédra'e, comme étant le meilleur de
cette ville.
Cet hôtel , qui est tenu par M. Di-
sant-Levaux, est fort vaste; on y trouve
de nombreux apparlemens, très com-
modes cl bien meublés , une bonne
table d'hôte, une salle de bains, en-
fin , de vastes cours , écuries et re-
mises, ainsi qu'un bureau de messa-
geiies.
Passons maintenant en revue les di-
verses
Curiosités de Reims, qui sont la
Cathédrale, dédiée à Notre-Dame,
et dont les fondations furent jetées en
1211, par l'archevêque Arberiede Hum-
bert, mais elle ne fut achevée que vers
la fin du quinzième siècle. Sa
Forme est celle d'une croix; sa lon-
gueur est de 438 pieds, sa largeur de
93, et sa hauteur de 230 pieds. Arrê-
tons-nous d'abord à l'
Extérieur de l'église, et ensuite
examinons l'intérieur. Examinons d'a-
bord le
Portail. — Le portail de cette église
est composé de trois arcades, dont celle
du milieu est la plus large et la plus
haute, et de deux frontons chargés de
figures. Dans sa construction , l'archi-
tecte a suivi le système pyramidal.
L'ouverture de l'arcade centrale est de
83 pieds, et celle des deux autres de 21
pieds Ces trois arcades sont couvertes
de statues, dont les premières en bas
ont 7 pieds 1)2 de hauteur. Au dessus de
ces statues, et dans les voûtes de l'ar-
cade du milieu, il y aussi cinq rangs de
1B6
eciDi
petites statues, dont le nombre i' élève
à environ 160. Les deux autre* arcades
ont chacune 97 figures, dont un très
grand nombre ont été endommagées. Ce
portail contient plu9 de 530 statues,
grandes et petites. L'arcade gauche re-
présente la Passion, la droite le Juge-
ment dernier, et celle du milieu le Cou-
ronnement de la Vierge. Entre les
tours au dessus de la rose, est la re-
pré«entation du baptême de Clovis, et
plus bas, celle du combat de David avec
Goliath, que l'on a reparée en 1812. Les
Tours qui accompagnent si bien cet
immense édifice , sont fans pyramide ;
leur forme est octogone; elles sont com-
posées d'arcades, de piliers, de chapi-
teaux, le tout à jour et en décounures,
et terminées par une espèce de bonnet
carré. Chacune a 24 pieds carrés. On
monte au sommet de ces tours par 480
marches. La tour méridionale, plus basse
que l'autre , ne fut achevée qu'en 1430,
aux frais de Guillaume Filastre, doyen
du chapitre et cardinal. Cette der-
nière tour renferme la grosse cloche
appelée Charlotte, nommée ainsi par le
cardinal de Lorraine, en 1570, et dont
l'harmonie n'offre aucune dissonnance.
la
Toiture de Vèglise est entièrement
couverte en plomb. Du sommet de celte
toiture s'élève l'élégant
Clocher de l'Ange, dans lequel se
trouve une cloche portant la date de 1437.
L'ange qui surmonte la flèche du clo-
cher, est en laiton doré, et a environ 6
pieds de hauteur. Il tient dans sa main
droite une croix haute de six pieds.
Après cet examen rapide delà façade,
examinons maintenant le pourtour.
Pourtour de l'église. — Rien de plus
élégant et de plus hardi que le pour-
tour de celle église; des piliers nom-
breux, des arcs-boulans qui servent à
contre-bouter la poussée des voûtes de
l'église, sont d'une hardiesse et d'une
délicatesse étonnanles. A la partie laté-
rale gauche, nous remarquons deux
grandes portes voisines l'une de l'au-
tre, ayant la même hauteur et la même
largeur que les deux petites nefs ; du
côté de In première porle sont les sta-
tues colossales de saint Nicaise, de saint
Eutrope et d'un ange, et de l'aulre,
celles de saint Rémi, d'un ange et d'un
roi; à l'autre porte voisine, qui est fer-
mée depuis long-temps, sont un grand
nombre de petites statues disposées par
étages, représentant le Jugement der-
nier et les morts sorlant de leurs tom-
beaux à demi ouverts.
Voilà ce qui regarde l'extérieur de
l'église. Passons maintenant à l'examen
de 1'
Intérieur. — L'intérieur de cette
église correspond parfaitement à la ma-
gnificence de l'extérieur. En y entrant
nous voyons d'abord , autour de la
grande porle, 54 statues dans des niches,
et 34 autour de chacune des porles la-
térales, sans compter le martyre de saint
Nicaisc qui se trouve en haut du pour-
tour de la grande porte. La'
Chaire est fort belle. Dans les bas-
reliefs doul elle est ornée, nous remar-
quons la Guérison d' s boiteux à la
porte du temple de saint Pierre. L'
Autel est magnifique. Dans le rond-
point nous remarquons neuf chapelles;
la plus remarquable est celle de la
Vierge, qui est la première à gauche.
Au dessus de la sacristie est placée une
Petite horloge en bois peint; ce sont
des anges armés de marteaux qui frap-
pent les heures. Pendant ce temps d'au-
tres personnages, te'soue saint Joseph
allant en Egypte, placés sur un cercle
qui tourne, paraissent et disparaissent.
Vis-à-vis le sanctuaire , à gauche;
nous voyons 1'
Orgiif, dont la hauteur est de 60
pieds. Le plus gros tuyau a 25 pieds
de hauteur et 4 pieds de diamètre. Cet
orgue a 24 sortes de jeux, et est compté
parmi les chefs-d'œuvre en ce genre.
A droite du sanctuaire est V
À utel des Fonts-Baptismaux , il est
orné de sculptures qui représentent une
Descente de croix. On prétend que la
cuve des fonts- baptismaux a servi au-
trefois au baptême de Clovis. A côté de
la nef nous remarquons le
Tombeau de Jovin, sur lequel nous
lisons cette inscription :
CÉNOTAPHE
Érifïé dans le XV siècle
A Flavius Jovin Rémois,
Préfet des Gaules , clicf des armées consul romain ,
Transféré de l'église Saint-Nicaise
A la lin du XVIll'siècle ,
An Vlll {1800J de la république.
V
Eglise Saint-Eemi, qui est la plus
ancienne de la ville, est d'une architec-
ture très simple, Dans 1'
^
DU VOYAGEU» EN EUROPE.
1131
Intérieur nous remarquons la belle
colonnade qui entoure le chœur, et sur-
tout le
Nouveau tombeau de saint Rcmi,
qui en occupe le centre : c'est une ro-
tonde composée de huit colonnes de
marbre de Campan, surmontées d'au-
tant d'arcades qui supportent une es-
pèce de dôme à jour, formé d'arrêts à
pl'in-cintre , et que termine une cou-
ronne. Six des enire-colonnemens sont
garnis chacun de deux siatues représen-
tant d'un côté les six pairs laïques du
roynume, et de l'autre, les six pairs
ecclésiastiques; l'arcade du devant est
Vide et donne entrée au monument;
celle du derrière est occupée par le
groupe de Baptême de Clovi», composé
de ce monarque, de saint Rémi et de
Thierry, son aumônier, et qui fut é-
pargné par hasard, ainsi que les douze
pairs, lorsque l'on détruisit, en 1703,
l'ancien tombeau , qui avait rempla-
cé, en 1331, celui érigé dan9 le dou-
zième siècle à la place du tombeau
primi if, fondé au neuvième siècle, par
l'archevêque Hincmar; le nouveau date
de 1803. Enfin 1'
Arc de Triomphe de la porte de
Mars, qui a été restauré en 1812, par
les soins des autorités locales. Cet arc
de triomphe fut élevé par César, telle
est du moins l'opinion de Santeuil, qui
lui a consacré ces vers :
Cœtartos arcus , forint! fornice fwilet
Tut rferum alla el velerîs vettigia H "nm ,
Bir agiiosrc. San ubtmQgiiiCceittïii timbra
Gaudet adhar rinitm volitans trtari trùpkoeii.
Jf"r quo.titam ad Reawx pasitU jam pacîfer armh ,
Fœdctis œlcrnî posait venerabilt pignat.
Traduction.
Sous ces voûtes cleTéc», sous ers ornemens pompPui,
où se retrace îa grandeur de l ancienne Rome, recon-
naissez l'arc de triomphe de César. L'ombre de ce
grand homme se plaît encore à errer sous ces trophée?.
Après avoir déposé les armes el fait Ja pan avec les
Bernois, i érigea lui même ce monument, gage res-
pectable d'une alliance éternelle.
Description. — Cet arc de triomphe
se compose de trois arcades accompa-
gnées de huit colonnes corinthiennes
qui ont trois pieds onze limes de dia-
mètre, et 37 pieds de hauteur. La
Pr mi re arcade à gauche en entrant
dans la ville, appelée Vurcade de lie-
mus, représente à la voûte Retnus et
Romulus sous une louve. A gauche et à
droite sont Faustulus et Acca Lauren-
tia, debout. L'arcade est environnée
de rosaces qui elles-mêmes sont en-
tourées de trophées d'armes. Cette ar-
cade latérale a 12 pieds de largeur et
30 de haut. La
Deuxième arcade, dite des Saisons,
est plus large et plus haute que les
autres; elle a 14 pieds4 pouces (i lignes
de largeur et 35 pieds de hauteur. Le
sculpteur a figuré dans celle-ci les
douze mois de l'année. La
Troisième arcade à droite, dite de
Lèda a la même hauteur et la même lar-
geur que la première, à gauche. Nous y
voyons à la voûte, Léda couchée, ayant
un cygne sur elle ; au dessus est le Génie
de l'amour descendant du ciel avec une
torche allumée. Les autres ornemens
de cette voule sont les mêmes que dans
la première arcade.
De Paris à Mézières.
Distance à parcourir : S9 lieues et demie ,
29 postes trois quarts.
Observation. —Cette roule se trou-
vant décrite jusqu'à Reims, c'est donc
d.puis cette ville que notre itinéraire
doit commencer.
Itinéraire de Reims à Mézières.
Dislance à parcourir : 2 lieues et demie.
Topographie de la route.
Départ.
Après avoir quitté Reims et parcouru
environ quatre lieues, nous arrivons au
bourg de 1'
Isk, après lequel nous entrons dans
le
Département des Ardennes. De l'Isle
nous allons à
Rethcl, petite ville fort ancienne, si-
tuée près de l'Aisne et sur une monta-
gne, et dans laquelle nous ne remar-
quons aucune curiosité. Après avoir
franchi les villages de
Novy, Launay, Jaudun et Mondigny,
qui ne nous offent rien de remarqua-
ble, nous entrons dans
Mézières, qui est le terme de noire
voyage. Cette ville, qui est située au
pied et fur le penchant d'une colline,
sur la rive droite de la Meuse, est peu
spacieuse et généralement mal bâtie.
Au nombre de ses
Curiosités, nous remarquons 1'
182
GUIDE
Hôtel-Dieu, dont la fondation re-
monte à Tannée 1412, et 1*
Eglise paroissiale, qui est remarqua-
ble par l'élévation de ses voûtes inté-
rieures et par sou beau portail. Elie a
été commencée en 1499 et achevée en
liî'26; le mariage de Charles IX y fut
célébré en 1570.
Charleville, qui n'est séparé de Mé-
zières que par un pont suspendu et une
chaussée bordée d'arbres, est une ville ré-
gulièrement bâtie ; ses rues sont propres,
larges et tirées au cordeau ; ses mai-
sons, construiles uniformément, d'éga-
le hauteur et couvertes en ardoises.
Au centre de la ville nous remarquons
une place publique entourée d'arcades
et décorée d'une superbe fontaine, où
viennent aboutir les quatre rues prin-
cipales.
Charleville possède un hôpital, un
collège, une salle de spectacle, une bi-
bliothèque publique riche d'environ
22,000 volumes, enfin un cabinet d'his-
toire naturelle et d'antiquités.
Communications.
A. De Matières à Rocroy.
Distance ;i parcourir : 7 lieues.
Après avoir quitté Blézières et franchi
Charleville , nous ne tardons pas à
entrer dans
Lonny-, petit village sans importance.
De là, nous allons à
Rimogre , autre petit village remar-
quable par ses importantes carrières
d'ardoises qu'on exploite depuis l'an-
née 1230. Après avoir parcouru envi-
ron quatre lieues, nous arrivons à
Rocroy, petite ville située dans une
vaste plaine entourée de tous côtés par
les forets des Ardennes, et qui n'offre
rien de remarquable. Rocroy se glorifie
d'avoir donné le jour à Ile; é Moreau,
général de la république française, qui
commanda en chef l'arméede la Moselle.
B. De Mézières à Montmédy.
Distance à parcourir : 10 lieues et demie.
Au sortir de Mézières, nous longeons
peudant quelque temps la
Meuse, et après l'avoir franchie deux
fois, nous entrons dans
Sèd^i, petite ville forte, très irrégu-
lière, bâtie sur un terrain inégal, et di-
visée par cela même en plusieurs par-
ties. Cette ville est en général assez bien
bâtie; ses rues sont larg s et propres;
elle possède plusieurs places publiques;
quelques beaux édifices; une jolie salle
de spectacle ; une biblioihèque pu-
blique; plusieurs! romenades agréables,
et de belles fontaines; malheureusement
les eaux qu'elles fournissent sont froi-
des, pesantes , et de mauvaise qualité ;
elles contribuent beaucoup à la produc-
tion des maladies goitreuses qui affec-
tent une partie des habitans. Les
Curiosités de Sedan , dignes d'être
citées, sont ; la
Statue de Turenne, sur la place de
l'iiôlel-de-ville ; le
Château fort , placé au sud-est de la
ville. A son centre se trouvait le pa-
villon où Turenne est né, et qui a été
démoli pendant la révolution. Sur une
pierre noire, adossée à une tour, nous
lisons cette inscription :
Ici naquit Turenne, le 11 icptembre 1611.
L'
Hôpital militaire , enfin I'
Arsenal, qui renfermait autrefois une
magnifique galerie d'armures antiques;
parmi lesquelles on remarquaitcelle de
Godefroy de Bouillon, premier roi de
Jérusalem. La plupart dece3 armures se
trouvent aujourd'hui à Paris, au musée
d'artillerie, dont elles sont un des priu-
cipaux ornemens.
Au sortir de Sedan, nous allons à
Douty, petit bourg dans lequel les
rois de la première race avaient un pa-
lais. Clovis et Chailemagne y ont sé-
journé. Il y a été tenu deux conciles,
en 871 et en 874. Peu de temps après
avoir quitté Douzy, nous passons le
Chiers deux fois, et nous entrons
ensuite dans
Carignan, petite ville qui existait du
temps des Romains et dans laquelle ils
tenaient garnison. Après avoir de nou-
veau traversé le Chiers deux fois, nous
arrivons à
Montmédy, qui est le terme de notre
route. Cette ville, qui est une place
forte, est divisée en bisse et ville haute,
et ne renferme rien de curieux.
De Paris à Metz.
Routes.
Deux routes conduisent à Metz, sa-
voir : une par Epernay, et l'autre par
Montmirail.
DD VOYAGEUR EN EUROPE.
183
Première route.
Route par Epernay.
Dislance à parcourir: 79 lieues et demie ;
39 postes an quart.
Hotels recommandes. — Meaiix. —
Hôtel de la Sirène , tenu par M. Levai-
lois , restaurateur, rue Saint-Nicolas.
Cet hôtel, qui vient d'être remis entiè-
rement à neuf, offre tous les agrémens
que l'on peut désirer; il est placé en-
tre une vaste cour et un beau jardin ;
il contient , outre de vas es et nom-
breux appartenons bien meublés, trois
beaux salons, dont un est destiné aux
bals et concerts. Quant à la cuisine de
cet hôtel, elle est des plus délicates,
et, sous ce rapport, elle peut être mise
au rang de nos meilleures cuisines de
Paris, aussi il est peu de voyageurs,
aimant la bonne chère, qui ne fassent
quelques dîners chez M. Levallois, ou
qui nes'approvisionent chez lui
Chutons — i.ôtel du Palais-Royal,
tenu par M, Dutnas-Person.
Cet hôtel, qui est situé au centre de
la ville et du commerce près la peste
aux chevaux, se recommande à MM. les
vo)ageurs par sa belle position, par la
commodité de ses nombreux ap,>arle-
mens nouvellement restaurés, et surtout
par sa bonne cuisine.
Sainte- Me nelwuld. — Hôtel de la
ville de Metz, tenu par M. Buzinet-Per-
son.
Cet hôtel peut êlre mis au rang des
premiers hôtels de Frani e. C'est là que
sont descendus, en JS3ti, lors de leur
vo>age en Allemagne , leurs altesses
royales les ducs d'Orléans et de iNeinours.
Dans cet hôiel est placé le bureau des
messagères LaStte et Caillird.
Itinéraire cl topographie de la route.
Départ.
Nous sortons de Paris parla
Barrière de la Villelte, et bientôt
après nous arrivons à
Pantin , petit village dans lequel
nous remarquons une foule de jolies
maisons de plaisance. INon loin de Fail-
li ri est
Bondy, autre bourg fort agréable,
après lequel nous entrons dans la
Foret de /tond)- , autrefois très fer-
tile eu événemens tragiques. C'est là
que fut assassiné Aubry de Mont-Didier
par lecheva ier Maeaire. À notre droite,
et un peu à l'écart de la roule, nous
remarquons le
Cluileau de liaincy, jadis superbe,
aujourd'hui délabré. Passé la forêt ,
nous ne tardons pas à arriver à
Livry, petit bourg sa, s importance.
De Livry, après avoir passé
Ville parisis, nous ne tardons pas à
arriver à
Claye, petit village assez agréable,
après lequel nous traversons le
Canal de t'Ottrcq, et bientôt nous
arrivons à
Meaux , après avoir franchi de nou-
veau le canal. Celte ville, qui est située
dans une plaine fertile qu'arrose le cours
sinueux de la Marne, n'a de remarqua-
ble que sa
Cathédrale, dans laquelle se trouve
le
Tombeau de Bossuet, qui est d'un
bon goût. Au sortir de Meaux. et après
avoir traversé deux fois le cai:al et la
Marne, nous arrivons à
Saint- J, aii-lei-deux- Jumeaux, petit
viliage sans importance De là nous al-
lons à
La Fertc-sous-Jouarre, pelite ville
située sur la Marne et dominée par le
village de Jouai re. Le porl et les pro-
menades sont les seules curiosités de
la Ferlé. La route, après s'être écartée
un peu de la Marne, ne tarde pas à s'en
rapprocher, et c'est en la suivant que
nous arrivons à
Château-Thierry, petite ville bâ-
tie en amphithéâtre sur le penchant
d'une colline qui borde la rive droite
de la Marne. Du sommet de celle col-
line, couronnée par les ruines de l'an-
cien château, on jouit d'une fort belle
vue sur la campagne environnante ; des
coteaux riants , des vergers délicieux ;
une promenade agréable , animée par
le mouvement des nombreux bateaux
qui descendent la Marne , pour l'ap-
provisionnement de Paris.
Château- Thierry a deux
Sources d'Eaux Minérales qui cou-
lent dans deux maisons voisines l'une
de l'antre; celle qui a le plus de répula-
tion et qui attire beaucoup de malades
pendant la belle saison , est celle de la
Fleur de Lys. Après Château-Thierry,
la route continue de se montrer belle et
pittoresque, et à longer par intervalle
is*
GUIDB
les rives gracieuses de la Marne. Nous
arrivons à
Uormans, petite ville qui fait parlie
du département de la Marne, et dans
laquelle se voit une jolie église, Après
avoir passé le bourg de
Port ù-Bmson, nous arrivons à
Epernay , pelile ville située sur la
Marne, et dont Hei>ri IV s'empara en
lbi>2. C'e-t dans cette ville, et dans la
mai-on de M. Moet, que coucha Napo-
léon à l'époque de la bataille de Mont-
mirail. D'Epernay, nous allons à
Châloiis , grande ville située entre
deux belles prairies, sur les rivières de
Marne, de Mau et de Nau, et dans la-
quelle on ne trouve d'autre
Curiosité que sa
Cathédrale et sa
Bibliothèque publique.
S'aiiile-Ménéhould , où nous allons
ensuite, est une ville fort ancienne,
située entre deux rochers, près des
rives de l'Aisne. Au nombre de ses
Curiosités , nous remarquons le
Pont de Pierre , V
Eglise paroissiale , enfin 1'
Hoiel-de-Tille. Nous quittons le dé-
partement de la Marne pour entrer dans
celui de la Meuse, là nous trouvons
Clermont en Argonne , gros bourg
placé pittoresquement sur un rocher
ceint par un petit bois qui lui prête
tous sss charmes. Au sortir de Clermont,
nous jouissons d'un beau
Panorama sur tous les lieux envi-
ronnans. Sur le penchant de cette col-
line , qui nous fait face, se déploie gra-
cieusement le pelit bourg de
Domballe, que nous allons traverser.
La ville de
V'èrdtih, que nous ne tardons pas à
atteindre, nous rappelle ses excellentes
dragées et ses délicieuses confitures.
Elle est placée sur la Meuse, qui la
divise en plusieurs parties, et offre pour
toute
Curiosité, la
Citadelle, qui est due au génie de
Vauban, et la
Cathédrale. Le chœur est superbe,
ainsi que l'autel. Après Verdun, nous
entrons dans le
Départe muni de la Moselle, et bientôt
après dans
Metz , qui est le terme de notie
voyage.
Deuxième route.
Route par Montmirail.
Distance à parcourir : 77 lieues et demie ,
53 po tes trois quarts.
Observation.
De Paris nous suivons la route pré-
cédente jusqu'à laFerté-soHS-Jouarre,
là nous prenons celle de Montmirail,
qui va joindre la précédente à Châlons,
après avoir parcouru un espace de 23
lieues qui n'offre rien de remarquable,
nous arrivons à
Metz, ville fort ancienne, située au
confluent de la Moselle et de la Seille,
dans un bassin magnifique , et peu ri-
che en
Curiosités, et dont les plus remar-
quables sont : la
Cathédrale, dont les vitraux sont su-
perbes, ainsi que la cuve de César, qui
sert de fonts baptismaux. La
Salle de spectacle, enfin la
Bibiothique publique.
De Paris à M eaux.
Distance à parcourir : 11 lieues , S postes
et demie.
( Voyez de Paris à Metz.)
De Paris à Château-Thierry.
Distance à parcourir : 22 lieues , 11 postes
et demie.
( Voyez de Paris d Metz.)
De Paris à Verdun.
Distance à parcourir: 62 lieues et demie ,
51 postes trois quarts.
( Voyez de Paris d Metz. )
De Puris à Chàlons-sur-Marne.
Distance à parcourir : 42 lieues et demie ,
21 postes un quart.
( Voyez de Paris d Metz.)
De Paris à Nancy.
Routes.
De Paris à Nancy deux routes, l'une
passe par Brienne et l'autre par Cliâ-
lous-sur-Marne.
Première route.
Route par Brienne.
Distance à parcourir : 82 lieues, il postes.
Hotels recommandés. — Nangis. —
DU VOYAGEUR EN EUROPE.
188
Hôtel du Dauphin, tenti par Fouquet.
Ot hôtel, qui est situé au centre de
la ulle, ayant deux vues, l'une sur la
Halle au Blé, et l'autre sur la roule de
Paris, offre de jolis apparlemens bien
meublés, de vastes écuries el remises,
ainsi qu'une excellente cuisine.
Provins. — Hôtel de la Boule d'Or,
tenu par H. Chariot, Grand'Rue.
Cet hôtel, qui réunit le bureau des
messageries générales de France, pos-
sède de beaux ai partemens bien meu-
blés et une bonne cuisine.
Void. — H tel de V Aigle d'or, tenu
par W. Floilel.
Cethôtel se recommande spécialement
à MM. les voyageurs non seulement par
sa bonne tenue, mais encore par son
excellente cuisine; c'est là surtout que
se mangent avec délices les diveises
préparations de truites de d'écrevisses
de la Meuse et le fromage de Void , qui
jouit d'une réputation assez étendue.
Topographie de la route.
Départ.
Nous sortons de Paris par la
Barrière de Charenton. Après avoir
franchi le village de ce nom, nous ar-
rivons à
Creil, petit village sans importance,
et non loin duquel commence le
Département de Seine-et-Oise. Bien-
tôt après nous trouvons le village de
Boissy Saint-Léger, autre village
sans intérêt. De là nous allons à
Gros-Bois, gros bourg dans lequel
nous remarquons un joli cltâleau. Après
Gros-Bois nous passons dans le
Déparlement de Seine-et-Marne, et
bientôt après nous ne tardons pas à
joindre
Brie-sur-Yères, petite ville dans la-
quelle nous remarquons une jolie église
et un ancien château qui n'est pas dé-
pourvu de grâce. Plus loin et à l'écart
de la route, nous remarquons le vi.lage
de
Coubertet son joli château, apparte-
nant à M. le marquis de Coubert. A
une faible distance de cet endroit est
Gingues; bourg peuplé d'environ 900
habitait?, el qui commerce en laines.
A'angis, ou nous allons ensuite, est
nne petite ville assez agréable, dans la-
quelle nous remarquons l'église parois-
siale, qui date du huitième siècle. De
Nangis nous allons relayer à
La Maison-Rouge, d'où nous allons
ensuite à
Provins , pelite ville as'-ez jolie, qui
fut long-temps le séjour des comtes de
Champagne, qui y possédaient un anti-
que château construit sur un rocher, et
dont nous remarquons quelques ruines.
Outre ces ruines, Provins renferme en-
core d'autres
Curiosités, dont les plus remarqua-
bles sont : la
Grosse- Tour, qui était une forteresse
garnie de donjons et de crénauv. Celte
tour a environ 1 50 pieds; sa forme exté-
rieure esl un carré dont Chaque ïngle est
remplacé par une tourelle réunie à la
base, se détachant à une certaine hau-
teur en forme de guérite, et rejoignant
plus haut la gro?se tour par une espèce
d'arc-boulant. L'
Intérieur renferme, oulre plusieurs
petits caveaux et cachots pris dans l'é-
paisseur des murailles et des tourelles,
une petite chambre à cheminée, fort
claire, au premier étage, et trois grandes
salles de 38 à 40 p'eds d'élévation. Ces
falles communiquent entre elles par
deux escaliers intérieurs qui aboutis-
sent sur un trottoir régnant au pour-
tour et garni de parapets. Le
Bâtiment des tains d'eaux minérales;
enfin les
Promenades et les remparts. Après
avoir qui'té Provins et parcouru envi-
ron trois lieues, nous entrons dans le
Département de VAube, et bientôt
après dans
Nogcnt-sur-Seine, pelite ville située
sur la rive gauche de la Seine, où elle
commence à être navigable. Au con-
fluent de l.i Seine et de l'Aube est si-
tuée la petite \\\\e de
Pont-sur-Seine , où nous remar-
quons les ruines d'un magnifique
château qui fut livré aux flammes dans
l'invasion de 181 i. La petite ville d'
Arcis-sur-Aube, qui vient ensuite,
ne nous offre aucune curiosité digne
d'être citée. De cet endroit nous allons,
en suivant le cours de la Seine, à
Coclois, et de là à
Brienné, pelite ville possédant une
école d'artillerie dans laquelle Bona-
parte fit ses premières études. Passé le
village de
Tremilly, nous entrons dans le
Département de la Haute-Marne, et
bientôt après dans
180
GUIDE
Joinville, petite et ancienne ville de
Champagne dans laquelle l'historien
de saint Louis a un tombeau. A quatre
lieues de Joinville est
Sandron, petit village après lequel
nous entrons dans le
Département rie la Meuse.
Faucouleursesl la première ville que
nous trouvons ensuite. C'est là que
Jeanne d'Arc (qui naquit à Domremy),
fut servante d'auberge. Passé Vaucou-
leurs, nous entrons dans le
^ Département de la Meurthe, et bien-
tôt après dans
Toul, ancienne ville située sur la
Moselle et dans une plaine ferlile, en-
tourée de montagnes qui produisent de
bons vins. D;i Toul nous allons à
Nancy, qui est le ternie de notre
voyage. Celle ville est, sans contredit,
l'une îles plus belles et des plus agréa-
bles de la France ; la ville neuve sur-
tout of re une symétrie, une élégance
admirables. Au nombre des
Curiosités de Nancy, nous remar-
quons la
Place Royale et le superbe
Arc de triomphe qui la décore. L'
Ancien pulaii des ducs de Lorraine.
La
Cathédrale. L'
Eglise Notre-Dame de Bon-Secours,
dans laquelle est le mausolée du roi
Slanislas LeczinsU et de son épouse,
chef-d'œuvre de Girardon. Çufin le
Jardin botanique.
Deuxième route.
Boute par Chàlons-sur-Marne.
Dislance à parcourir : 8U lieues, 42 postes
et demie.
Observation.
Celle route se trouvant décrite jus-
qu'à Chàlons par la première roule de
Paris à Metz, ce n'est donc que depuis
Chàlons que noire itinéraire doit com-
mencer.
Itinéraire de Chàlons à Nancy.
Distance [ De Paris à Chàlons , 40 1. 1/2.
à {De Chaions à Nancy, -42 1.
parcourir: | et demie.
Topographie de ta route.
Départ.
Au sortir de Chàlons , nous longeons
la Marne, bientôt la roule s'en éloigne,
puis ensuite elle s'en rapproche, et n.ous
entions dans
La Chaussée, petile ville sans im-
portance. De cet endriit nous conti-
nuons à suivre les bords sinueux de la
Marne jusqu'à
Vitry -sur- Marne, ville assez com-
merçante, fondé? par François I er , et
dans laquelle nous ne remarquons rien
de curieux. Après avoir parcouru en-
viron sept lieues, nous arrivons à
Sainl-Dizier, ville assez considéra-
ble, située sur la Marne, où elle com-
mence à être navigable. De Saint-Di-
zier nous allons à
Bar-le-Duc, jolie ville, bàlie en am-
phithéâtre sur l'On ain, et divisée en
basse et haute ville.
Li»ny, où nous allons ensuite, est
une ville située agréablement sur l'Or-
nain, et dans laquelle on fait d'excel-
lentes confitures de groseilles. De Li-
gny nous allons à
Saint- Aubin , Void et
Nancy, où se borne notre itinéraire.
De Paris à Strasbourg.
Routes.
Deux routes principales conduisent
à Strasbourg, savoir: l'une par Chà-
lons et Nancy, et l'autre par Metz.
Première route.
Route par Chàlons et Nancy.
Dislance à parcourir : 122 lieues , 61 postes.
De Paris à Nancy la route nous étant
connue, ce n'est donc que depuis cette
dernière ville que notre itinéraire doit
commencer.
Itinéraire de Nancy à Strasbourg.
!De Paris par la première
roule, 81 lieues, parla
deuxième, 8S lieues.
De Nancy à Strasbourg , 40
lieues.
Topographie de la route.
Départ.
Au sortir de Nancy nous allons à
Domballe , et de là à
Luiièville , jolie ville , peuplée d'en-
viron 12,000 habitans, située sur la
DU VOYAGEUR EN EUROPE.
137
Meurlhe et la Yezouze , et dans laquelle
nous remarquons une
Jolie fontaine, située au milieu de
la place. De Lunéviile la roule com-
mence àr ! ê?rire une courbe qui devient
plus considérable à mesure que nous
arrivons à
Héming, De là la route se dirige
vers la droite et nous arrivons à
Sarrebourg, ville située sur la Sarre
et dans une jolie position. De Sarre-
bourg nous allons a
Phaisboitrg, petite ville fortifiée par
Yauban, et située sur une bailleur. A
une pelile dislance de cet endroit com-
mence le
Département du Bas-Rhin.
S avertie est la première ville que
nous rencontrons, après laquelle vient
JJ^assclonne, et enfin
Strasbourg , qui est le terme de no-
tre voyage.
aperça général de Strasbourg. —
Celle ville, qui est située dans une vaste
plaine, sur la rive droite de 1*11 et
dans la proximité du Rhin , est en gé-
néral a-sez bien bâtie. Ses rues sont
pour la plupart étroites , sombres , hu-
mides et mal aérées.
Strasbourg possède plusieurs jolies
églises, une académie de l'université,
une faculté de ifeoil et de médecine ,
une synagogue, un collège royal, une
école de pharmacie , une éco'e vétéri-
naire , un musée, enfin une bib iothè-
que publique riche d'environ 30,000 vo-
lumes.
Historique. — L'origine de celle ville
paraît celtique , mais c'est particulière-
ment aui Romains qu'elle do't sa pre-
mière construction lis l'appelèrent suc-
cessivement Argentora, Argentina.Ar-
gentorio etc. Ptolomée nous apprend
que la VIII e légion y élait en garnison.
Après avoir beaucoup sonÇfprl des fré—
quenles incursions des barbares pen-
dant le III e et le IV e siècle de noire
ère, cette ville fut saeca;ée et détruite
par les Vandales et les Allemands En-
viron cent ans «près, les Francs la
relevèrent de ses ruine», et lui don-
nèrent le nom de S'rasbourg . peut-
être à cause de la chaussée (slrass)
qui conduisait au bonr,' ou à la orle-
resse , siluée nu lieu où a été bâtie par
la suile l'abbaye de Saint-Etienne. De-
puis le partage de la monarchie ''es
Francs par le traité de Verdun en 843,
cette ville avec l'Alsace fit partie du
royaume de Lorraine. En 911, elles
passèrent l'une et l'autre sous la domi-
nation des rois d'Allemagne. Strasbourg
reçut des accroiseemens successifs dans
les siècles subséquens et devint enfin
une des villes libres les plus floiis-
santes de l'empire germanique. En 1081,
la ville se soumit sans capitulation h
Louis XIV, qui lui conserva ses anciens
privilèges. Ce monarque en fit une
place forte , avec une ci adelle du côté
du Rhin , qui fut bâtie en llr2 par le
célèbre Yauban. L'empire renonça à
ses droits sur cette ville par le traité de
Riswyck, en 1097. Depuis cette époque
elle appartient à la France.
Séjour et promenade.
Ilotel recommandé. — Hôtel de Pa-
ris, tenu par M. J. Diemer.
Cet hôtel qui est situé au centre de
la vi le et dans le quartier le p!us auréa-
b'e , près la promenade et le th.'âlrc,
po sède de beaux appartenons meublés
dans le den ier goul et une bonne t*ble
d'hôte servie à une heure et à cinq
heures. On trouve dans cet hôtel des
chevaux et des voitures de promenade;
on y trouve aussi des voitures à louer
pour voyager en pote pour Pari*,
Francfort, la Suisse, Munich et \ ienne.
Quittons notre hôtel et visitons les
diverse»
Curiosités de Strasbourg , prenons
notre
Point de départ à la
Cathédrale , de là nous dirigerons
ensuite nos pas vers tous les lieux les
plus remarquable». Puisque nous som-
mes devant celle église faisons-en la
Description. — Commençons par 1'
Extérieur et d'abord par la
Façade. — Celle' façade est magnifi-
que, elle est décorée de trois portails,
auxquels on arrive au moyen d'un par-
vis élevé de plusieurs degrés, entouré
de bornes de pierre liées entre elles
par des chaînes de fer, Le
Portail du milieu, le plus grand et
le plu* beau des trois, est orné de six
colonnes el de plusieurs statues. La porte
princip. le était primitivement d'airain
seul ié; on l'a fondue lors de la révolu-
tion , poir en faire de la monnaie, et
elle a été remplacée par une porte de
m!,
ISS
GUIDB
i
bois. Audessus du portail, là où com-
mence le
1 er Etage de la tour, nous voyons
dans des niches particulières, les statues
équestres de Clovis , de Dagoberl, de
RodophedeHabsbourgeldeLouisXIV.
Immédiatement au dessus est la
Grande rose eu vitraux peints. Sa cir-
conférence est de 150 pieds et son
diamètre de 48. Le
Clocher vient ensuite : il est formé
d'une vaste tour en forme de carré
oblong , terminé par la plate-forme .
où commence le
2° Etage de la tour. La tour propre-
ment dite, qui forme ce second éla^e
se préfente à l'œil , vue de loin , comme
étant de forme carrée ; mais elle est
véritablement octogone et les quatre
escaliers tournans qui conduisent à la
flèche, en dissimulent quatre iaces. La
flèche s'élève au dessus et forme le
3' Etage de l'édifice. C'est une py-
ramide à huit pans comme la tour. Le
travail en est admirable et ressemble à
une découpure, tant il ett léger, citant
la pyramide est à jour. JNous voyons
au dessus ce qu'on appelle la
Lanterne, ensuite fa couronne et en-
fin le bouton qui termine l'édifice;
c'est une pierre octogone. Après cet exa-
men rie l'extérieur, passons à celui de 1'
Intérieur. — L'intérieur de cette
église , quoique beau qu'il soit, ne ré-
pond pas à l'extérieur. Le
Chœur surtout n'est pas en rapport
avec le surplus du \aisseau , dont la
longueur intérieure est de 335 pieds et
la largeur de 152 pieds 10 pouces 3 li-
gnes. La
Nef est séparée des bas-côtés par
deux rangs de piliers cdlonnaux qui
supportent l'édifice. Ils sont au nombre
de neuf de chaque côté. Après cet
aperçu rapide de la cathédrale de Stras-
bourg, nous allons nous mettre en mar-
che. Sortons de cette église par sa porte
méridionale , là nous nous trouvons en
face le
Château Royal, vaste palais dont la
construction a été commencée en 1728
et terminée en 1741. Son architecture
est assez belle. Le rez-de-chaussée
forme plusieurs étages sur la terrasse
du bord de l'eau , il contient de beaux
et vastes appartenions décorés de ta-
bleaux. La
Façade sur la terrasse est imposante
par sa simplicité; elle a près de 80 mè-
tres de longueur , et est ornée au mi-
lieu d'un pavillon en saillie formé de
quatre colonnes qui soutiennent un en-
tablement surmonté d'un dôme. Si du
château nous decendons vers la rivière,
nous arrivons à la
Halle au poisson et au gibier, devant
laquelle nous remarquons une petite
place qui aboutit à la terrasse du Châ-
teau royal , sur le bord de l'Ill ; nous ne
remarquons plus rien de curieux de ce
côté. Remontons maintenant vers la
cathédrale , là nous trouvons le
Collège Royal, qui n'offre rien de re-
marquable. Attenant à ce collège est le
Séminaire épiscopal, vaste bâtiment
qui renferme encore les bibliothèques
et musées appartenant aui différens
établissemens d'instruction publique.
En suivant la
Bue des Frères, nous arrivons à 1'
Eglise Saint-Etienne, l'une des plus
anciennes de Strasbourg. Si de S.iint-
Etienne nous remontons parla pe ite
ihie de l'Arc-en-CUl, nous trouvons 1'
H tel de la Préfecture et VHïtel-de-
Ville , qui contient des tahleaux et des
sculptures ."ppartenant à la ville. Par-
venus au bout de la
Hue Brûlée, nous trouvons à gau-
che la
Bue du Dôme , qui conduit à la ca-
thédrale. Si nous tournons à droite, nous
arrivons à la
Promenade du Broglie , formée de
(ros allées de tilleuls, plantés en 1818.
Au bout de cette promenade, à gauche
et vis-à-vi la terrasse des deux ponts ,
nous voyons la
Fonderie de canons, qui occupe l'em-
placement d'un ancien couvent de Cla-
risses. A la droite de cette foi derie,
et en face du Broglie, nous voyons la
Nouvelle salle de spectacle, dont le
bâtiment est précédé d'un beau péri-
sljledesix colonnes d'ordre ionique.
Bornons ici notre promenade, les au-
tres curiosités ne valent pas la peine
d'être vues. Traçons maintenant l'itiné-
raire de la deuxième route qui conduit
a Strasbourg.
Deuxième route.
Route par Metz.
Distance à parcourir : 121 lieues , 60 postes
et demie.
DU VOYAGEU» EH EUROPE.
IS9
Observation.
La route de Paris à Metz nous étant
connue, notre itinéraire ne doit coni-
meucer que depuis cette dernière ville.
Itinéraire de Melx, à Strasbourg.
!De Paris à Metz par la pre-
mière route , 79 lieues ;
par la deuxième , 77 1.
De Metz a Strasbourg , 42
lieues.
Topographie de la route.
Départ.
Au sortir de Metz, nous allons joindre
La Jforgne, petit village sans impor-
tance , après lequel nous entrons dans
,S oigne, et peu de temps après dans le
Département delà Mewthe.
Céline . que nous trouvons après ,
est un village sans intérêt. ÎNon loin de
cet endioil est
Château- Salins , petite ville située
sur la Seille, et qui tire son nom des
salines qui y sont établie s. De Château-
Salins , nous allons joindre
Moyen vie, d'où nous entrons dans la
première,! ouïe que nous suivons jusqu à
De Paris à Cherbourg par Saint-Là.
Distance à parcourir : 80 lieues, 44 postes
un quart.
Observation.
Celle route se trouvant décrite jus-
qu'à Bonnières par celle de Paiis à
Rouen , ce n'est donc que depuis Bon-
nières que notre itinéraire doit com-
mencer.
Itinéraire de Bonnières à Cherbourg.
Distance | De Paris à Bonnières, 17 I.
à < De Bonnières à Cherbourg ,
parcourir : ( G7 lieues.
Topographie de la route.
Départ.
Par Bonnières, nous quittons la route
de Kouen pour suivre la
Roule de Caen , là, nous trouvons
le village de
Chaignolles , qui n'offre rien de re-
marquable , et après lequel nous entrons
dans le
Département de l'Eure. Une
Descente peu rapide nous conduit
près le
Château d' ' AigUville , près duquel
Commence une
ValUe qui s'étend jusqu'à
Pacy-sur-Eure, ville fort ancienne,
ne possédant aucune curiosité digne
d'être citée. De cet endroit, nous allons
à
Evreux, ville fort ancienne dans la-
quelle nous remarquons deux jolies
églises. En sortant d'Evreux, nous lais-
sons, à droite , le
Çhâtéuu de Navarre, puis, ensuite,
nous traversons
Parville et Saint-3lelain-la-Cam—
pagne, villages sans importance. Après
avoir parcouru une faibic distance , nous
arrivons à
Marché -Neuf, petit hameau sans
importance, après lequel nous ne tar-
dons pas à entrer dans le
lépartement du Calvados. Passé
le
Relais de l'Hôtellerie ; nous ne lar-
dons pas à entrer dans
l.isieux , petite ville, fort ancienne,
qui occupe le fimd d'une charmante
vallée qu'embellissent et fertilisent les
eaux de l'Orbec et de la Touques. Cette
ville n'a qu'une belle elgrande rue , que
suit la toute de Caen à Evreux, les au-
tres rues sont étroite'* on tortueuses,
formées de hautes maisons, la plupart
bâti ;'s en bois , vieilles et d'un aspect
sombre. Au nombre des
( 'uriosités de Lisieux , nous remar-
quons la
Cathédrale , dont la construction
dite du XII e siècle; la
Salle de spectacle, dont la construc-
tion est fort gracieuse ; enfin , le
Palais épiscopal , qui est de bon goût.
Au sortir de Lisieux , nous traversons
la
Rivière Touques. Après avoir par-
couru environ quatre lieues, nous ar-
rivons à
Estrée, petit village bâti au milieu de
vastes prairies qui se prolongent jus-
qu'aux environs du
Relais de It/oitlt. A ces prairies suc-
cèdent des plaines fertiles peuplées de
beaux villages que nous traversons ou
:
160
GUIDE
que nous longeons à droite et à gauche
jusqu'à
Caen, où nous allons faire une sta-
tion idéale.
Station idéale à Caen.
Aperçu général de Caen. — Cette
Tille, qui est située dans un beau val-
lon , entre deux vastes prairies bordées
de collines, est, en général, bien bâtie
et as i ez bien percée. Ses deux plus
grandes rues sont celles de Seint-Jean
et de Siint-Pierre ; elles forment un
angle droit, et traversent la presque
totalité de la ville , où passe aussi un
canal qui vient de l'Odon, et qui ac-
tive de nombreuses usines.
Caen possède plusieurs belles églises ,
un vieux château, un beau palais de
justice , une bibliothèque publique ren-
fermant 23,000 volumes , un musée ,
un cabinet d'hi-to re naturelle, un
jardin bo^ani ;ue qui contient plas de
trois mille espèces <le plantes indi-
gènes , un collège royal , un Hôtel-
Dieu , enfin , de belles promenades
publiques.
Historique. — C'est sur les débris
d'une ville romaine , détruite par les
Saxons dans les invasions du lit" et
du IV e siècle , que Caen fut élevé.
En 912, lors de la cession de la Nens-
tne aux Normands p.ir Charles- le-
Simi le , cette ville était déjà grande
et i «posante. Sou«l s ducs normands,
et surfout sous Guillaume-le-Conqué-
rant, son accroissement fut rapide; ce
dernier prince et Malhilde, sa femme .
contribuèrent à l'embellir. Ils élevè-
rent les deux plus beaux édifices de la
ville : l'abbaye de Saint- Etienne et
celle de la Trinité. Guillaume com-
mença la construction du château ;
Henri I er , roi d'Angleterre . le ter-
mina ; Louis XII et François I er le
réparèrent et l'agrandirent. En 1340,
Edouard III , roi d'Angleterre , l'as-
siège i ; les habilans, commandés par
Raoul , comte d'Eu , et par Jean de
Melun , firent une sortie et furent
battus ; ils rendirent la ville par ca-
plulalion : mais, quand les Anglais y
furent entrés, le combat commença
dans les rues. Edouard, furieux, livra
la ville au "iilage, massacra une partie
de la population , et enleva un butin
immense. En 1417, les Anglais prirent
Caen une seconde fois, et s'y main-
tinrent jusqu'en 1450, époque où le
brave Dunois leur enleva celte ville
d'assaut , et força à capituler le duc
de Sommerset , qui s'était retiré dans
le cliàtcau avec quatre mille Anglais.
Passons maintenant en revue les di-
verses
Curiosités de Caen , commençons par
les
Eglises , et d'abord par la
Cathédrale. — Ce superbe édifice ,
dont la construction appartient à diffé-
rentes époques, est l'ancienne église ab-
batiale de Saint-Etienne. Son
Portail est superbe ainsi que le che-
vet de l'église , qui a été entièrement
reconstruit vers le commencement du
XIII" siècle. L'
Intérieur de l'église of're aussi plu-
sieurs différences de styles : la nef, les
bas-côtés et les croisées sont du XI*
siècle ; de vastes galeries , dont les ou-
vertures sont ornées de ba'ustrades ,
régnent sur toute l'étendue des bas-
côtés. Le
Chœur, quoique d'une époque dif-
férente , se le agréablement avec la nef;
il est terminé par un sanctuaire de for-
me circulaire , fermé de grilles et en-
touré de onze chapelles régulièrement
construites. Quant aux
B timens de l'abbaye , ils sont main-
tenant occupés parle collège royal. L*
Eglise de la Trinité , fondée vers
lflfiti par Mathilde, fille de Baudoiun ,
comte de Flandre et femme de Guil-
laume le-Conquérant, est un édifice fort
remarquable, sa forme est ceile d'une
croix latine. Les ornemens des cintres
du portail et chœur des murs latéraux
de la nef, les mascarons ou corbeaux
à figures chimériques qui couronnent
le haut de ces murs , et l'obside ou che-
vet sont à l'extérieur les parties qui mé-
ritent le plus d'attention. Dans I'
Intérieur, la nef of re une sorte de
magnificence remarquable parla dispo-
sition et l'élégance des galeries qui ter-
minent les travées. Le
Chœur est peu spacieux. Le sanc-
tinire. élevé sur plusieurs rangs de
degrés, estdécoréd'un péristyle à double
ét'ge, de forme rircu'aire, et surmonté
d'une coupole peinte a fre-que Celte
partie principale de l'église est d'un as-
pect noble et majestueux, et se distin-
gue de tout ce qui est connu en ce genre
^*2*tfc.
DU VOYAGEUR EN EUROPE.
161
par un caractère particulier. Quant aux
Bâtimens de l'abbaye, ils oui été con-
vertis en ho'pice en 1823 , L'
J-glise Saint-Pierre , dont l'architec-
ture date de plusieurs sècles , est sur-
tout remarquable par la
Tour, qui est de forme pyramidale.
Ce chef-d'œuvre de hardiesse et d'élé-
gance fut bâti en 1/(18, ainsi qu'une
partie de la nef et des trois portails,
dont l'un forme l'entrte de la nef cen-
trale. Celte tour repose sur quatre pi-
lier* dont la légèreté est loin de laisser
supposer l'énorme poids qu'ils suppor-
tent. Ex'érieuiement , elle est environ-
née de huit tourelles . d'où la flèche
s'élance majestueusement dans les airs.
A l'intérieur elle est vide jusqu'à la
base de la croix . et formée de pierres
de trois pouces d'épaisseur et liées en
dedans par des crampons de fer. Le
Grand portail, qui ne fut terminé
qu'en 13S4, est d'un aspect irrégulier,
mais pittoresque. Le
Chevet et, le rond-point sont regardés
avec raison comme un chef-d'œuvre de
bon goût, de délicatesse et d'élégance.
L'intérieur des chapelles et le rond-point
n'est pas moins magnifique que l'exté-
rieur. On remarque surtout l'étonnante
conslruclion des voùles.chargées de ner-
vures et de pendentifs de la plus grande
légèreté. L'
Eglise Saint-Jean , dont la construc-
tion remonte au XIV e siècle , est fort
belle ; son intérieur présente quelques
belles parties et un ensemble majes-
tueux; nous y trouvons plusieurs frag-
mens de riches vitraux et deux belles
statues représentât , l'une s aint Jean-
Bapliste, et l'autre saint Jean l'évan-
géliste.
Telles sont les églises les plus remar-
quables de Caen , et après lesquelles la
ville ne nous offre plus d'autre curio-
sité , du moins marquante , que son
Château, dont une grande partie a
survécu aux siècles. Ce château fut bâti
par Guillaume-le-Conquéraut vers la fin
du XI e siècle , sur les débris de fortifi-
cations plus anciennes. Il fut augmenté
ou réparé sous plusieurs rois de France,
et nolamment sous François I er . Le
donjon fut démoli en 1793.
Maintenant que nous connaissons les
diverses curiosités de Caen, parcourons
ses environs.
MANGE.
Environs de Caen.
Excursion aux Bains de Courseultes-sur-
Mer.
Dislance à parcourir : 4 lieues.
Situation dans l'île de Plaisance, à l'em-
bouchure de la Seulles dans la Manche.
« Ici,'tout se prèle merveilleusement aux
illusions de la poésie et de la peinture. »
Une petite
Toiture d'une forme très gracieuse
part tous les jours à 7 heures du malin
pour Courseulles et l'île de Plaisance ,
en passant par les hameaux de la Déli-
vrance, Langrune , Saint-Aubin et Ber-
nières, tous trois bordant le rivage de la
mer. L'
Etablissement des bains se compose
de plusieurs
Sulles de bains chauds et froids d'eau
douce et d'eau de mer, dans lesquelles
sont placés des lits destinés au repos
des baigneurs. Ces salles sont couvertes
d'une belle plate-forme, d'où l'on voit
la mer monter et descendre , et les
mouveniens du port de Courpeulles. De
Petites voitures commodes destinées
pour aller dans la mer et la rivière , à
la hauteur qu'on désire, sur un sable
très doux , et s'y habiller. D'un
Petit bateau voilé , sans serrage ni
bordage autre que quelques faibles bran-
ches de fer, destinés à prendre des bains
dans une grande retenue d'eau de mer
presque tiède en été , d'un demi-quart
de lieue de longueur, et quatre pieds
de profondeur. Enfin de
Tentes destinées à être placées sur le
rivage de la nier et sur le lit de la ri-
vière, pour s'y déshabiller et s'y habil-
ler. Quant aux
Dépendances des bains , elles sont
assez importantes , elles consistent en
de belles
Promenades placées sur les digues ,
plantées de tamarins, et ornées de bos-
quets, de tonnelles et de belles statues.
Communication.
De Caen au Havre par le bateau à
vapeur.
/De Caen à l'embouchure do
Distance \ l'Orne , 5 lieues.
Ù ■ {
parcourir: /De l'embout hure de lOrno
\ au Havre , 13 lieues.
il
164
GUIDE
Bateau affecté à ce service.
Un joli bateau à vapeur, le
Calvados , construit tout récemment
et d'une marche fort avantageuse , fait
le trajet journalier de Gaen au Havre,
et du Havre à Caen, sans toucher à
aucun port intermédiaire. Quant aux
Heures de départ du bateau de Caen,
elles varient suivant la marée, ne pou-
vant entrer dans le port du Havre que
lorsqu'il y a suffisamment d'eau; son
départ est toujours subordonné à cette
cause ; il en est de même du départ du
Havre. Ainsi, eu connaissant l'heure de
la marée , on est toujours certain de
connaître à peu près celle du départ du
bateau.
Embarquement et départ.
Gagnons notre navire, et plaçons-nous
sur son avant pour mieux jouir des sites
de l'Orne; certes ils sont peu nombreux
et ne valent pas, à beaucoup près, ceux
du cours de la Seine. L'
Embouchure de l'Orne ne présente
point, comme celle de la Seine, cette
immense largeur: elle est, au contraire,
assez serrée , mais elle a toujours cela
d'agréable , qu'elle ne présente pas cette
foule de bancs de sable qui rendent la
navigation de l'embouchure de la Seine
si dangereuse. A peine sommes -nous
en
Mer, que nous remarquons à notre
gauche, les énorme»
Rochers du Calvados \[\ dont l'as-
pect nous offre une ville en ruines.
Bientôt nous passons devant le bourg
de
Dives , dont le port , presque ignoré
aujourd'hui, reçut, en lO.iG, la flotte de
Guillaume-le-Bâtard, prèle à sortir pour
la conquête de l'Angleterre. Cinquante
mille hommes plantèrent leurs drapeaux
sur ce rivage , d'où noire oeil découvre
à peine maintenant quelques barques
de pêcheurs cinglant à l'ouest, vers les
dunes dcSalIevelle», ou, à l'est, vers le
petit port de Trouville. Après une pe-
tite navigation , nous passons devant 1'
Emlimichure de la Touques, devant
laquelle existe un vaste
Banc de sable, que notre navire évite
en tenant le large. De cet endroit, nous
continuons à suivre une iigne droite
jusqu'au
Havre, qui est le terme de poire na-
vigation
Maintenant que nous connaissons la
ville de Caen et ses environs, ainsi que
la nouvelle communication de cette ville
au Havre nous allons continuer notre
itinéraire de Paris à Cherbourg.
Départ de Caen.
Au sortir de Caen, et après avoir fran-
chi une faible distance, nous montons
plusieurs
Cotes, qui nous conduisent dans de
belles vallées. Bientôt, nous arrivons
au
Relais de Bretleville ; nous passons
le
Ruisseau de Gronde, après lequel
nous traversons la
Rivière de Seullc, après laquelle nous
entrons dans
Bayeux, petite ville située dans une
plaine fertile, riche en excellens pâtu-
rages, à trois lieues de la mer. Elle est
en général bien bâtie, et se compose de
la cité et de quatre faubourgs. Au nom-
bre des
Curiosités de Bayeux, nous remar-
quons la
Cathédrale , qui est de style gothi-
que, et dont l'origine n'est pas posté-
rieure au temps de la domination des
Saxons. Sa
Façade est magnifique, son
Portail, quoique un peu écrasé, est
fort beau; il est surmonté de deuv py-
ramides élevées de 230 pieds; celle du
nord a été bâtie avec l'église; celle du
sud est de 1424. Au dessus du chœur
s'élève une
Tour octogone, de 224 pieds, qui se
termine par une lanterne pyramidale
que supportent huit élégans piliers : la
construction de cette tour date de 1714.
Quant à 1'
Intérieur de l'Eglise , il est décoré
de plusieurs tableaux peinls par Iles-
tout, qui ne sont pas sans mérite. L'
Eglise Saint-Patrice , dont la con-
struction appartient au xvni e siècle ,
et la tour qui la surmonte au xvi'.
L'
Hôtel-de-Ville. dans une salle duquel
se voit la fa neuse
Tapisserie de la Reine Mathilde, bro-
derie intéressante sous le rapport histo-
rique des costumes du temps , qui re-
****>,
DU VOYAGEUR EN EUROPE.
165
trace, sur une toile de lin parfaitement
conservée, de 19 pouces de haut, sur
214 de long, l'expédition de Guillaume-
le-Conquérant. Enfin le
Palais Epis^opal, dont la galerie est
ornée de la collection des portraits de
tous les évèques de Baveux.
Hôtel recommandé. — Hôtel du
Luxembourg, tenu par M. Boissard, en
face la salle de spectacle.
Cet hôtel possède de grands et petits
apparlemens meublés à la moderne ; un
joli jardin d'agrément, une salle de
bain, enfin une excellente table d'hôte
bien servie.
Départ de Baijeux.
Au sortir de Baveux, nous entions
dans une
Plaine élevée, traversée par la
Drome. Bientôt après , nous en-
trons dans le
Bois de Trouquaj; puis ensuite dans
la
Foret de Cerisiz, à l'issue de laquelle
nous entrons dans le
Département de la Manche, et où
nous commençons à descendre une
Longue côte à laquelle en répond
une autre moins rapide, et que l'on
nomme du nom de la commune ,
Côte de Bèrigny, après laquelle nous
entrons dans
Saint-Lô , petite ville sur la Vire et
dont les rues n'ont rien de régulier,
et presque toutes ont une pente plus ou
moins rapide. Peu de maisons sont bien
bâties; celles que l'on construit depuis
peu d'années, ne manquent pas d'élé-
gance. Les
Curiosités di Saint-Lô sont peu nom-
breuses, les plus remarquables sont :
Eglise Notre-Dame, qui est sur-
montée de deux tours d'une grande
hauteur, construites de pierres qui n'ont
que six pouces d'épaisseur et percées
à jour de toute part. L'
Eglise Sainte-Croix, qui est une des
plus anciennes du royaume; elle date
de 803, et offre des sculptures fort re-
marquables. Enfin la
Salle de spectacle.
Au sortir de Saint-Lô, et après avoir
franchi le
Ruisseau de Dollée , nous montons
la
Côte d'un quart de lieue , après la-
quelle nous arrivons au bourg du
Pont-Hébert, qui, depuis quelques
années , possède une église et un prêtre,
dus à la magnificence d'un pécheur
converti ! Nous passons la
Rivi re de Vire , après laquelle nous
avons une
Côte à gravir, et bientôt après nous
arrivons au bourg de
Saint- lean de Daye , qui fait un
grand commerce de bestiaux et de mer-
cerie. A l'extrémité de ce bourg, nous
remarquons, dans une magnifique posi-
tion, la grande
Habitation de la Comté. A notre
droite, nous remarquons, dans les
Marais de Saint-Fromont , le
Château de la Rivière, qui semble
de loin un vaisseau de pierre sur une
mer de verdure. Après avoir gravi
la
Côte de Saint-Pèlerin, et parcouru
une faible distance , nous entrons dans
Carentan, petite ville qui n'offre
rien de remarquable. Au sortir de cet
endroit , nous traversons les
Branches de Louve ou de la Douve ,
et bientôt après nous gravissons la
Côte de Saint- Côme-du-Mont. Après
la côte et le village de
Blosseville , nous ne tardons pas a
traverser le bourg de
Sainte-Mère-Eglise. De là, nous
allons à
Montebourg, petit village qui possède
un superbe haras. Après avoir par-
couru une faible distance, nous arri-
vons à
/'alognes, petite ville bien bâtie,
mais triste et dans un complet ma-
rasme commercial. Une fois que nous
avons franchi le
Mont à la Kaine et le village de
Délasse, nous arrivons à
Cherbourg , qui est le terme de notre
voyage.
Aperçu général de Cherbourg. —
Cette ville , qui est située à l'extrémité
de la presqu'île du Cotentin , à l'em-
bouchure de !a Divette , est, en général,
assez bien bâtie. Elle possède deux ports,
l'un militaire et l'autre commercial,
une école gratuite de navigation , une
bourse, de belles casernes, un hôpital
de marine , une salle de spectacle , des
bains publics , un musée , de jolies égli-
ses , enfin de belles promenades.
!
164
GUIDE
Historique. — Cherbourg est une
ville fort ancienne , elle est le Coria-
lum de l'itinéraire d'Antonin. Son châ-
teau élait d'origine romaine. Aigrold ,
roi de Danemarck , y résida vers 945.
Henri II y séjourna aussi avec la reine
Eléonore et une cour nombreuse et
brillante. « Yers 1293, la flotte d'Yar-
moulh fit une descente à Cherbourg, et
les Anglais pillèrent l'abbaye et la ville ;
le château échappa seul aux ravages
d'une troupe qui n'avait ni le temps
ni les moyens de l'assiéger. Par la ces-
sion définitive du Cotentin , faite en
1333 à Cl;arles-le-Mauvais, roi de Na-
varre, Cherbourg devint la principale
forteresse de la domination de ce prince,
qui fit tant de mal à la France. Son
alliance avec l'Angleterre lui apprit
bientôt à connaître toute l'importance
de cette place. Durant le reste du xiv c
siècle, ce fut là que débarquèrent pres-
que toujours les troupes anglaises et
navarroises, qui ravagèrent la Norman-
die, quand elles étaient les plus fortes,
et qui s'y retiraient en sûreté dès
qu'elles ne pouvaient plus tenir la cam-
pagne. Le château de Cherbourg sou-
tint trois sièges mémorables : l'un en
1378 , l'autre en 1418, et le troisième
en 1430. Durant les guerres de la
Fronde, cette place suivit le parti op-
posé à celui du gouvernement ,et ce fut
là que le comte de Martignon fil venir
du canon, en 1649, pour attaquer le châ-
teau de Vallonges qui tenait pour le roi.
Yers 1687 Louis XIV entreprit de faire
faire à Cherbourg un port considérable,
et de le fortifier d'après un projet très
étendu et approprié aux progrès qu'a-
vait fails la défense de9 places. Le
fameux Vauban y fut envoyé : il reste
des copies du plan ; on y remarque tous
les détails topographiques de l'ancien
château. Quelques travaux furent com-
mencés en 1688, bienlôt ils furent sus-
pendus et enfin totalement abandon-
nés. En 1689 , par ordre de la cour
on détruisit et ces nouveaux ouvrages
et les anciennes fortifications. On ne
tarda pas à sentir la faute qu'on avait
faite; on voulut la réparer. Au commen-
cement du xvnr siècle, quelques tra-
vaux furent entrepris et faits à la hâle ;
mais l'épuisement des finances les fit
laisser dans un élat insuffisant pour
garantir la ville d'un coup de main.
En 1758, quoique la garnison fût consi-
dérable et la presqu'île pleine de trou-
pes, les Anglais prirent la ville sans op-
position. Ils en restèrent tranquilles
possesseurs durant huit jours , démoli-
rent les fortifications, emportèrent l'ar-
tillerie et même les cloches , et ne se
retirèrent qu'après avoir fait payer une
forte rançon aux habilans. i
Les travaux faits à Cherbourg depuis
cette époque sont immenses. Le port
maritime qu'on a formé , est superbe ;
plus lard nous entrerons dans quelques
détails à son égard.
Séjour et promenade.
Prenons gîte à V
Hôtel de France ; là , nous serons
très bien. Maintenant;, passons en re-
vue les
Curiosités de Cherbourg. L'intérieur
de la ville ne nous offrant rien de cu-
rieux, c'est vers le
Port que nous devons diriger nos
pas. Le port de Cherbourg est divisé en
deux parties, savoir : en port commer-
cial et en port maritime. Examinons
séparément ces deux ports. Le
Port commercial consiste dans un
bassin et un avant-port. Le
Bassin a 194 mètres 84 centimètres
de longueur, sur 126 nôtres 64 centi-
mètres de largeur; sa superficie est par
conséquent de 246 ares 74 centiares
(6500 toises carrées). Il est circonscrit
de murs de granit, et séparé de l'avant-
port par une écluse qui relient, dans le
bassin, au moment de la marée mon-
tante, la quantité d'eau nécessaire pour
que les bfrtimei.s puissent toujours flot-
ter. Au dehors de l'écluse, nous remar-
quons un
Pont qui s'ouvre pour laisser passer
les navires. L'
Avant-Pont communique avec la
mer par un canal ou
Chenal, dirigé du nord au sud, et
danslequel on trouve au moins 18 pieds
d'eau. Ce chenal a 600 mètres de lon-
gueur, sur 50 de large. La
Jetée s'étend le long du chenal; elle
est en granit, bordée de parapets , et
terminée au nord par un musoir. Si
nous portons nos pas vers l'est de l'a-
vant-port, nous trouvons le
Vieil Arsenal de la marine, qui oc-
cupe un emplacement de 288 mèlres
environ de longueur, sur 100 mèlres
DU VOYAGEUR EN EUROPE.
163
de largeur. Il est divisé en quatre grandes
cours entourées de bureaux , d'ateliers
et de magasins. Maintenant que nous
connaissons le port commercial, exami-
nons le maritime. Le
Port maritime a environ un quart de
lieue d'étendue, et se dirige vers le nord-
ouest. Il est enveloppé par une enceinte
bastionée , ayant la forme d'un trian-
gle rectangle, dont le fort d'Artois oc-
cuperait le sommet. L'
Avant-Port n 300 mètres de longueur,
sur 230 de largeur, et peut contenir Ici
vaissaux de ligne. Il a été creusé dans
le roc, à 50 pieds de profondeur au des-
sous du niveau des hautes mers. Le
Bassin, large de 210 mètres environ,
a la même largeur que l'avant-port;
il communique avec lui par une écluse
de20 mètres de largeur, garnie de por-
te-flots, et sur laquelle est un
Pont tournant. Au nord du bassin se
trouve une excavation qui doit faire
plus tard la
Gare de la Mâture. Au sud de l'avant-
port, nous remarquons
Quatre Calles couvert?.!, destinées à
la construction des vaisseaux. Elles ont
plus de 80 pieds de hauteur , et leurs
murs sont en granit. Au milieu de ces
calles. est le
Bassin de Radoubage. A la pointe, au
nord du port, nous remarquons le
Fort d'Artois ou de Hommet, cons-
truit sur le roc du Hommet, en 1781.
Il est garni d'une triple batterie, et dé-
fend la passe de l'ouest, c'est-à-dire,
le passage Iaissi pour les vaisseaux à
l'ouest de la digue. A l'extrémité occi-
dentale d'une roche même appelée 1'
Ile. Gelée, nous remarquons le
Fort Royal, qui a été terminé en
178Ï, et qui est destiné à défendre la
passe de l'ouest, ou le passage laissé
pour les vaisseaux à l'est de la digue.
Il est à triple batterie , et peut être
armé de 84 bouches à feu, tirant à bou-
lets rouge9, et de 84 mortiers.
Communication.
De Cherbourg a Avranclies.
Observation.
De Cherbourg à Carentan la roule
nous étant connue , ce n'est donc que
depuis cette ville que notre itinéraire
doit commencer.
Itinéraire de Carentan à Avranches.
e Cherbourg à Carentan ,
Distance i 13 lieues.
parcourir: 1 De Carentan à Avranches,
\ 23 lieues.
Topographie de la route.
Départ.
De Carentan nous allons à
Sainleny, petit village sans limpor-
tance; de là. nous allons relayer à
Haies, autre village sans intérêt, après
lequel nous entrons dans
Coutances, ville fort ancienne, bâtie
sur la pente d'une colline, à -2 lieues et
demie de la mer , avec laquelle elle
communique par la petite rivière de la
Soulle. Coutances ne possède d'autres
Curiosités que sa
Cathédrale, qui est d'une belle ar-
chitecture. Son
Portail est orné de belle9 sculpture»,
et surmonté d'une
Tour carrée, du haut de laquelle on
jouit d'un vaste coup-d'œil. Après Cou-
tances, la route se rapproche progres-
sivement de la mer, et bientôt nous ar-
rivons à
Granville, ville maritime , située à
l'embouchure de la Boscq , sur un ro-
cher qui s'avance dans l'Océan, où elle a
un port commode , qui peut contenir
G:) navires, mais qui a peu de profon-
deur, et est asséché à toutes les marée».
Elle est entourée de fortes murailles, et
formée de rues étroites et escarpées.
i\ous y remarquons 1'
Eglise Paroissiale, édifice gothique,
dont les sculptures sont pour la plupart
eu granit. Au sortir de Granville, la route
s'isole de la mer. Après avoir franchi les
villages de
Saint-Pair et de Sarlilly, nous en-
trons dans
Avranches, qui est le terme de notre
voyage. La ville d'Avranches est située
à l'extrémité d'un coteau qui domine
les alentours, dans une position aussi
salubre qu'agréable , et entourée de
sites variés et pittoresques.
De Paris à Evreux.
Distance i parcourir : 23 lieues et demie ,
12 postes trois quarts.
( Voyez de Parti à Cherbourg. )
169
GCIDI
De Paris à Lisienx.
De Paris à Caen.
Distance à parcourir : 45 lieues et demie , Distance à parcourir : BS lieueg et demie ,
21 postes trois quarts. 27 postes trois quarts.
( Voyez de Paris à Cherbourg.) ( Voyez de Paris à Cherbourg.)
FIN DE LA RÉGION DU NORD,
DEUXIÈME RÉGION.
RÉGION DE L'OUEST.
De Paris à Brest par Atencon et Rennes.
Distance à parcourir: 1B0 lieues et demie,
73 postes un quart.
Itinéraire et topographie de la route.
Départ.
C'est par la
Barrière des Bons-Hommes , que
nous sortons de Paris ; de là nous con-
tinuons à suivre le cours de la .Seine
jusqu'à
Sèvres, village fort ancien , dans le-
quel nous remarquons une
Manufacture de porcelaine , célèbre
par les ouvrages qu'elle fait éclore , et
qui sont connus de l'Europe entière.
Son
Bâtiment est immense. Le
Fronton, où sont représentées les
armes du roi , est de Dumont. Des en-
fans entourent d'une guirlande de fleurs
le cartel qui les renferme ; et, aux deux
côtés, se trouvent la peinture et la
sculpture. Passé Sèvres , la route de-
vient plus pittoresque, bientôt nous
arrivons à
Virojluy, petit village dans une posi-
tion très agréable , sur la pente d'une
colline, au milieu d'une plaine entou-
rée d'autres collines, qui toutes sont
recouvertes de bois et de bocages, et
duquel nous allons à
Versailles, où nous allons faire une
Station idéale.
Historique de la ville et du château
de Versailles. — Cette ville n'était en-
core , au XVI e siècle , qu'un lieu très
peu considérable. On croit que sou nom
lui vient de Versalœ ou Versalice , à
cause des moissons , dont les grains
étaient souvent versés. Le titre le plus
ancien où il en soit fait mention, est une
charte , donnée en 1037, par un comte
de Chartres, dans laquelle figure Hugo
de Versaliis. Une seconde en lofia ,
une troisième en 1095, nous apprend
qu'il y avait déjà à celte époque une
église desservie par des moines, dépen-
dant de Marmoutier. Un autre titre de
1275, fait mention d'un seigneur qui
s'appelait le Chevalier Gilet, et enfin,
en 1561, de Martial deLoménie, com-
pris en 157-2, dans le massacre delà
Saint-Barthélémy. En 1627, Louis XIII
acheta cette terre de Jean Soisy, afin
d'y faire bâtir un petit château pour ses
chasses; ce qui commença à donner
quelque importance à ce lieu, quoique
le maréchal de Bassompierre l'appelât
le château chétif de Versailles. En 1662,
Louis XIV le prit en affection, et con-
çut le projet d'y élever un nouveau
château, en respectant toutefois l'ou-
vrage de son père. J. H. Mansard , Le-
nôtre et Lebrun, premiers artistes du
siècle , sont, appelés par le monarque.
Mansard est chargé des plans du châ-
teau , Lenôtre des dessins des jardins ,
et Lebrun des peintures. A peine Le-
nôtre avait-il tracé ses idées sur ce ter-
rain ingrat, qu'il engagea Louis XIV à
venir sur les lieux pour juger de la dis-
tribution des principales parties. Ce
monarque s'y rendit, et parut très sa-
tisfait du travail de Lenôtre. Enfin, au
bout de quelques années, et après une
dépense de plus de 18 millions, Ver-
sailles fut bâti comme par enchante-
ment , Louis arrive.
DB VOYAGEUR EN EUROPE.
167
t D'obéissante* eaux , de Marly descendues ,
Eu colonnes d'azur s'élanreut dans les nues.
Là , le brome et le marbre . animés a grands [rais,
Qu'un treillis de verdure ou qu'un lac emprisonne,
Lui retracent Vénus, Mars, Cérès et Pomone.
Plus loin , sont des bergers sous d-s bocages Irais ,
Peuple silencieux d'une frotte champêtre , _
Que Puget , Girardon , Coysevox . ont fait naître.
Des bosquets enclian leurs , des myrtes toujours verts ,
Lui laissent parcourir mille sentiers divers:
Elle dieu des beaux-arts, sortant du sein de l'onde ,
Sur un cb,ir , entraîné perdes coursiers fongueux .
Du plus Grand de nos rois éblouissant les yeux.
Lui montre en ce palais la merveille du monde.
Saint-Germain . jusqu'alors asile de la cour ,
Voit Lou'-s délaisser son anlique séjaur.
Le superbe Versatile obtient la préférence.
Là , se trouve assemblé tout ce qu'on voit en France
D'illustre, de brillant et d'aimable à la lois.
Bacine , Bossuet . Colbert , Boileau , Lnuvois ,
Y portent tour à tour les fruits deleur génie.
La douce Lavallière, au trop sensible ceeur,_
Qu'amour fit pénitente au printemps de sa vie ,
Pour la première fois y trouve son vainqueur.
N'écoutant que l'orgueil qui la guide et f enflamme,
La tîère Montespan , oubliant son devoir ,
Sans connaître l'amour, usurpant sou pouvoir,
Au prince fait senlir qu'elle règne en son âme.
Mainlenon .tu brillas dans un rang bien plus haut ,
Toi dont le cœur pieux . innocente et modeste ,
Des beautés de la cour éclipsant tout le reste ,
Méritas le surnom de vertu sens défaut !
On te vit rapprocher le roi de son épouse ;
Et ce fut quand la mort , de leur bonheur jalouse ,
A la reine eut ouvert les portes du tombeau ,
Que l'amour , réparontles rigueurs de la Parque ,
Et d'un hymen secret rallumant le flambeau ,
Te vit passer enfin dans les bras du monarque, s
Les événemens des o et 6 octobre 1789
vinrent ôter à Versailles son ancienne
splendeur, et depuis cette époque, ce
séjour a perdu de ses charmes.
Promenade.
Avant de nous mettre en route , tra-
çons le plan de notre promenade.
Plan de la promenade dans Ver-
sailles. — Pour meltre un peu d'ordre
dans cette promenade, nous allons d'a-
bord passer en revue les diverses cu-
riosités que renferme cette ville , puis
ensuite nous parcourrons son château
et ses dépendances.
Curiosités de Versailles. ■ — Les cu-
riosités que nous avons avoir dans cette
ville , sont : 1'
Eglise Saint-Louis, qui est d'une
architecture moderne , et dont la con-
struction a été faite sur les dessins de
Mansard de Saxonne , le dernier de ce
nom célèbre , mais qui , par cette pro-
duction , a prouvé que les (alens ne
sont pas toujours héréditaires. Dans 1'
Intérieur de l'église , nous remar-
quons plusieurs beaux
Tableaux, dont les plus remarqua-
bles sont :
Saint Pierre marchant sur Us eaux,
par Boucher ; 1'
Adoration du sacré cœur, par Jau-
rat, 1'
Adorati'ii des Bergers, j.ar Restout;
une
Apparition de Jésus-Christ, portant
sa croix au défaut de saint Pierre sor-
tant de Rome. L'
Eglise Notre-Dame , qui fut con-
slruite en 16S0, par ordre de LouisXIV,
sur les dessins de Mansard. Son
Portail, décoré d'un ordre dorique ,
qui porte quatre colonnes ioniques ,
couronnées d'un fronton. Les deux
campanUles, placées au* angles, ont
ce dernier ordre , et sont moins élevées
que le dôme qui répond au milieu de
la croisée. L'
Intérieur de l'église présente un or-
dre dorique dcnticulairc. II a de la
dignité , mais on lui reproche de la pe-
santeur, et le dôme paraît être trop pe-
tit pour l'église. Ce vaisseau , dont l'é-
tendue est médiocre, est d'ailleurs fort
orné ; nous y remarquons plusieurs
morceaux de peinture et de sculpture
très estimés par les connaisseurs. La
Salle de spectacle, qui a été con-
struite en 1777, par Boulet, machiniste,
sur les dessins de Heurtières. Sa
Façade est composée d'un avant-corps
d'ordre dorique et ionique, orné au
r ez-ile-cltau9«ée de cinq arcades et de
deux portes en arrière-corps. Au des-
sus de l'entablement, est un groupe
représentant Melpomène etThalie, sculp-
té par Boulée. L'
Intérieur de la salle est un des plus
commodes qui soient en France. Elle
peut contenir 1500 personnes. Le
Lycée, qui occupe un superbe bâ-
timent qui fut construit en 1766, par
ordre de la reine , femme de Louis XV,
pour y placer des religieuses destinées
a élever des jeunes filles et des enfans.
Bâti sur les dessins de l'architecte Mi-
que, ce lycée , par sa magnifique exé-
cution, et surtout par son étendue,
est un des plus beaux de la France. Il
peut contenir 400 personnes. Nous y
remarquons une
Chapelle, qui est un modèle de goût
et d'élégance. Nous y voyons une bi-
bliothèque , un cabinet de physique' et
de botanique. La
Bibliothèque publique , qui occupe
l'hôtel appelé utrefois des JJfaires
168
GUIDE
étrangères. Nous y voyons une collec-
tion magnifique des plus belles produc-
tions de la typographie ; enfin le
Jeu de Paume;, qui est devenu cé-
lèbre par les événemens qui s'y passè-
rent en 1789. Sur une plajue de cuivre,
nous lisons ces deux inscriptions :
Les représentant des communes de Franco,
constitués le 17 juin 1789,
en assemblée nationale, ont prêté ici , le 20
du môme mois ,1e serment qui suit:
« Nous jurons de ne jamais nous séparer
et de nous rassembler partout où les
circonstances l'exigeront , jusqu'à ce que
la constitution du royaume soit établie
et affermie sur des fondement solides, »
Placé , le 20 juin 1790, par une société de
Patriotes.
« Ils Vont juré; ils ont rempli leur
serment. »
10 décembre 1791, l'an III de la Liberté.
ar la société des amis de la constitution
de Versailles.
Maintenant que nous avons parcouru
"s diverses curiosités de Versailles vi-
itons le château.
Promenade dans le Château.
« Il est difficile d'exprimer le» diverses
sensations qu'éprouve le voyageur à la vue
de ce château, aussi élégant quo magnifi-
que. »
C'est par la
Grille qui fait face à la
Place d'Armes, que nous entrons
dans le château. La
Cour Royale, dans laquelle nous pé-
nétrons , est bordée par de grands bà-
timens, destinés autrefois aux ministres.
Sa largeur entre ces divers bàtimens est
de 2,U mètres et de -233 seulement en-
tre les balustrades des terrasses qui
son au devant. De la Cour Royale, nous
montons par cinq marches dans une au-
tre cour dite
Cour de Marbre, parce qu'elle est
pavée de marbre blanc et noir. Les bà-
timens qui l'entourent sont en pierre
et en briques , d'une architecture mes-
quine. Après cet examen rapide de
cette façade, nous allons pénétrer
dans P
^Intérieur du château, et là nous pas-
serons en revue tout ce qui est remar-
quable et digne d'être vu. Commençons
par visiter la
Chapelle, qui est située à notre
droite. Cj monument, qui fut commencé
en 1699, ne fut achevé qu'en 1710 ; son
architecture extérieure et intérieure est
belle et élégante, et les ornemens de
sculpture et de peinture y sont répan-
dus avec goût. Voltaire, meilleur juge en
poisie qu'en architecture, assure, dans
son Temple du Goût, que celte chapelle
n'est dans aucune proportion, et qu'elle
est longue à un excès ridicule. En par-
lant de son Temple du Goût, il ajoute :
Il n'a rien des défauts pompcui
De la chapelle de Versailles.
Ce col] tîchet fastueux.
Qui du peuple éblouit les yeux,
Et dont Le connaisseur se raille.
Tous les connaisseurs ne seront pas
du même avis que le poète. La plu-
part en admirent l'appareil et la soli-
dité de construction, les détails qui en
font les ornemens et la belle harmonie
de l'ensemble. De la chapelle, nous
passons à la
Sallede l'opéra, qui est l'unedcsplus
magnifiques de l'Europe : elle fut com-
mencée en 1733, d'après le plan de Ga-
briel; l'exécution eu fut interrompue
plusieurs fois ; reprise enfin en 1767, et
achevée en 1770, sous la direction de
Leroy, pour le mariage de Louis XVI,
alors dauphin. Sa
Forme est ovale, tronquée dans la
partie des loges , carrée dans celle de
l'avant-scène ; elle est peinte en mar-
bre vert antique , et tous ses ornemens
sont décorés en or mat. Dans les fêtes
extraordinaires, le théâtre se change en
une seconde salle , et s'unit à celle du
spectacle par l'avant scène, de manière
que les deux n'en font qu'une
De la salle de spectacle , nous pas-
sons aux
A ppartemens du roi , la
l re Pièce que nous trouvons est le
Salon d'Hercule, qui doit son appel-
lation au magnifique plafond dont il est
décoré. Peint à l'huile , sur des toiles
marouflées, ce plafond représente l'apo-
théose d'Hercule, et fait le plus grand
honneur au talent de Lemoine , qui fut
chargé de cet ouvrage. Du salon d'Her-
cule, nous passons aux
Salons de l'Abondance, de Vénus,
de Diane et de Mars, qui doivent leurs
DU VOYAGEUR EN EUROPE.
169
noms aux différentes compositions qui
ornenl les plafonds. La
Grande Galerie, dans laquelle nous
passons ensuite, est destinée, je crois,
à recevoir le nouveau musée. A l'extré-
mité de cette galerie est le
Salon de la Paix , dont le plafond
représente la France assise sur un globe
d'azur; elle est couronnée par la
Gloire, la Paix et les Amours, unissant
des tourterelles. Du salon de la Paix ,
nous entions dans 1'
Appartement de la reine : cet apparte-
ment est composé de plusieurs pièces ,
dans lesquelles on voyait autrefois une
foule de tableaux gracieux, ouvrages
des plus Imbiles peintres du temps. La
plupart de ces chefs-d'œuvre ont été
transportés au Musée de Paris, depuis
la révolution. De l'appartement de la
reine , nous passons à l'
-Appartement du roi, par le palier du
grand escalier. Cet appartement était
Composé de plusieurs pièces ornées des
plus magnifiques tableaux, et des objets
d'art les plus précieux. Les tableaux ont
été transportés au Musée de Paris, et
la plupart ont été dilapidés pendant la
révolution.
Maintenant que nous connaissons le
château, parcourons ses dépendances.
Dépendances du château.
Les dépendances de ce château sont
immenses; elles consistent en un vaste
paro , et en plusieurs jardins. Le
Parc se divise en grand et petit parc,
lesquels réunis forment un circuit d'en-
viron vingt lieues. Le
Petit parc . comprend dans son en-
ceinte , les jardins , les bosquets et les
pièces d'eau. 11 est situé à l'ouest du
château et représente un pentagone ir-
régulier. Ce parc fut planté par Lenô-
tre. Delille, dans son poème des Jardins,
en comparant Kent, qui le premier
dessina le genre libre, avec Lenôtre,
qui a porté au dernier degré de perfec-
tion le genre régulier, s'exprime ainsi
Je ne décide point entre Kent et Lenôtre ,
Ainsi que leurs beautés tous les deux ont leurs lois ,
L'art est fait pour briller chez les grands , chez les rois :
Les rois sont eon damnes à la magnificence.
On ultend , autour d eux . L'effort de li puissance:
Ou J vcul admirer , enivrer se» regards
Des prodiges du luxe et du fasle des arts.
L'art peut donc subjuguer la nature rebelle :
Mais c'est toujours en grand qu'il doit triompher d'elle.
Son éclat fait ses droits : c'est un usurpateur
Qui doit obtenir grâce à force de grandeur.
Si l'art est excusable , c'est surtout
dans les jardins de Versailles, où il se
montre avec tant d'avantages; le genre
paysagiste
De la nature ammt respectueux i
L'orne sans la farder , traite arec indulgence
Ses caprices eharmaus , sa noble négligence ,
Sa marche irrêgulière , citait n.iitre arec art
Des beautés, des désordres et même du hasard.
Il n'est qu'aimable, il ne ravit point
en admiration, il n'a point le caractère
de la magnificence, et comme le dit
très philosophiquement le chantre des
jardins :
Les rois sont condamnés à la magnilicence.
En 177o, les arbres du petit parc fu-
rent abftltus , à cause de leur vétusté ;
cette destruction , quoique devenue né-
cessaire , ne laissa pa9 d'affliger, à cette
époque, tous les amis de la nature.
Débile , qui les avait chantés, exprime
ainsi ses regrets au sujet de cette dé-
vastation :
O Versailles ' ù regrets! ô bosquets ravissansl
Chefs d'œuvre d'un grand roi , de Lenôtre et de» an» !
La hache est a vos pieds, et voire heure est venue ;
Ces arbres dont l'orgueil s'élancanl dans la nue ,
Frappés dans leur racine, et balançant dans 1 air
Leurs superbes sommets, ébranles par le fer.
Tombent, et de leurs troncs jonchent au loin ces routel,
Sur qui leurs bras pompeux s'arrondissaient en Toutes.
Ils son! délruils ces bois dont le fronl glorieux
Ombrageait de Louis le front victorieux;
Ces bois, où célébrant de plus douces conquêtes.
Les arts voluptueux multipliaient les fêles!
Amour, qu'est devenu cet asile enchanté
Qui vit de Mnnlsspnn soupirer la fierté r
Qu'est devenu l'ombrage , où , si belle el si tendre ,
A son amant surpris et charmé de l'entendre ,
Lavallière apprenait le chemin de son cœur,
El sans se croire aimée, avouait son vainqueur ?
Tout périt; tout succombe: au bruit de ce ravage ,
Ne vovez vous point fuir les hùles du bocage ?
Tout ce peuple d'oiseaux, liers d'habiter ces bois ,
Qui chantaient leurs amours dans l'asile des rois ,
S'exilent à regret de leurs berceaux antiques.
Ces dieux, dont le ciseau peupla ces verts portiques ;
D'un voile de verdure autrefois habillés.
Tout houleux aujnurd hui de se voir dépouillés,
Pleurent leur doux ombrage ; et redoutant la vue,
Vénus même , une fois , s 'é Ion lia d 'être nue.
Croissez , hâlez votre ombra , et repeuples ces champs ,
Vous , jeunes arbrisseaux: et vous , ai h i es niourans ,
Consolez-vous j témoins delà faiblesse humaine,
Vous avez vu périr et Corneille et Tureune ;
Vous comptiez cent printemps , hélas ! et nos beaux jours
S'envolent les premiers , s'envolent pour loujour9.
C'est ainsi que l'aimable chantre des
Jardins déplorait la perte des antiques
ombrages qu'avait admirés sa jeunesse.
La nouvelle plantation fut faite par Le-
nioine , qui en conserva les grandes et
belles distributions de Lenôtre.
Vis-à-vis la façade du château est
la
II
170
GUIDE
Grande Terrasse ! . . . ou parterre
d'eau, formée de deux pièces d'eau
bordées de plusieurs groupes de nym-
phes, de naïades, d'amours et de
zéphyrs. De cette terrasse, nous des-
cendons au.
Parterre de Lalone ! . . . par deux
rampes de gazon , ornées de quatorze
rases de marbre d'après l'antique. Au
centre de la demi-lune du parterre ,
est le
Bassin de Lalone ! au milieu duquel
a été placé , sur plusieurs gradins de
marbre rouge, le groupe, en marbre
blanc , de Latone avec ses enfans ,
Apollon et Diane. Au dessus de ce
bassin , nous trouvons les
Bassins des Lézards ! desquels sort
une gerbe de 23 pieds environ de hau-
teur. En suivant 1'
Allée Royale, nous arrivons au
Bassin d'Apollon ! ! ! qui forme un
carré long dont les côtés sont arrondis
au milieu, et qui porte environ S7 pieds.
Au centre, s'élève Apollon du sein des
eaux, assis sur son char tiré par quatre
chevaux, et environné de tiitons , de
baleines et de dauphins. Ce groupe a
été exécuté par Tuby, sur les dessins
de Lebrun. En face, est le
Grand canaV. ! ! qui offre un coup-
d'œil enchanteur. Si , de l'origine de
ce canal , nous prenons la deuxième
avenue, nous arrivons au
Grand Trianon.
Ce petit palais , qui a été occupé
successivement par plusieurs monar-
ques, fut bâti par les ordres de Louis
XIV, sur les dessins de Jules-Hardouin
Mansard , et dans un temps où l'archi-
tecture , comme tous les beaux-arts ,
florissait en France. La construction de
ce palais est orientale , et se compose
d'un rez-de-chaussée, divisé en deux
pavillons , réunis par un péristyle sou-
tenu de 22 colonnes d'ordre ionique.
Toute cette architecture, ainsi que les
deux ailes , est de marbre du Langue-
doc , à l'exception des colonnes du
péristyle du côté de la cour , qui sont
d'une seule pièce de marbre de Cam-
pan , du plus beau et du plus grand
calibre qu'on connaisse. Sur l'entable-
ment de ce palais , est une balustrade
chargée de vases qui produit un effet
merveilleux.
La
Distribution intérieure de ces diffé-
rens corps-de-logis fut changée sous le
règne de Louis XV; mais Ifs ameuble-
mens et les ornemens restèrent à peu
près les mêmes, et tels qu'ils étaient
sous Louis XIV. Ces ornemens étaient,
pour la plupart, des tableaux enchâssés
dans les panneaux des boiseries des
appartemens. Endommagés , les uns
par le temps , les autres par le van-
dalisme révolutionnaire, ces tableaux,
parmi lesquels il y en avait d'un très
grand prix , ont été remplacés , sous le
gouvernement impérial, par une très
grande quantité d'autres, tirés des mu-
sées de Paris, et même de ceux du
château de Versailles. Quant aux
Jardins du grand Trianon ! ! ! qu'il
nous reste à visiter, ils sont super-
bes : plantés d'abord par Lenôtre, ils
le furent ensuite par Leroy, architecte,
en 1776. En descendant du péristyle
du château , nous trouvons d'abord
deux
Parterres de fleurs W 1 . Au milieu de
chacun est un
Bassin, avec un groupe d'enfans,
sculpté par Girodon. Le parterre qui
suit est divisé en quatre parties , et orné
de quatre vases de marbre blanc, par
Jouvenel , François Varzeliue et Fla-
meu. A côté de Y
Allée du Mail, est le
Bosquet du Plat-Fond , grande pièce
de verdure au centre de laquelle est
un
Bassin , avec jet d'eau , orné de deux
groupes d'enfans qui jouent avec des
crabes et des coquilles. A gauche de ce
bosquet, est Y
Allée Verte , ainsi nommée à cause
du gazon qui la tapisse, et des char-
milles qui la terminent aux deux bouts.
A son extrémité , nous remarquons
deux
Statues d'après l'antique, en marbre
blanc, qui contrastent agréablement avec
la verdure de la charmille. ÎNon loin de
l'Allée Verte , sont les
Quatre salles, espèces de bosquets,
portant les noms suivans : la
S a'ie de Mercure , la
Salle des Deux Vases , la
Salle des Trois Salons, enfin la
Salle de la Table. Pe là, nous allons
aux
Cascades ! ! ! espèce de buffet d'ar-
DO VOYAGEUR EN EUROPE.
171
chifeclure incrusté de différens mar-
bres, surmonté d'un Neptune et d'une
Amphitrite en plomb. Ces figures por-
tent sur des enroulemens d'où se pré-
cipitent trois nappes d'eau. Après les
cascades , vient la
Salle Ronde , le
Jiond-d'Eau et la
Salle des Marronniers , qui est la
dernière pièce remarquable du jardin.
Passons maintenant au
Petit Tiïanon.
« Hélas! ce séjour simple et modeste
faisait le bonheur de la plus aimable des
femmes , et elle en fut arrachée pour «
Ce petit palais consiste en un corps-
de-Iogis ou pavillon , d'une forme car-
rée , décoré de pilastres et de colonnes
cannelées, d'ordre corinthien, et cou-
vert d'une balustrade. Ce fut Louis XV,
qui se plaisait beaucoup au grand Tria-
non , qui fit construire ce petit palais
pour s'isoler encore davantage. Le goût
le plus délicat présida à la confection
de ce séjour de féeries , exécuté sur les
dessins de Gabriel . et enrichi d'orne-
mens de sculpture par Guibert. Quant
aux
Jardins du petit Trianon , ils sont
admirables, particulièrement le
Jardin anglais; là, nous remarquons
un
Temple à V Amour , de forme octo-
gone, offrant quatre entrées. De l'une,
on aperçoit une colline couverte d'ar-
bres toujours verts. Vlus loin, des ro-
chers d'où sortent, en gros bouillons,
des nappes d'eau qui vont se perdre
dans un lac ; et, d'un autre côté, les
sites les plus variés sont si heureuse-
ment imaginés, que l'art ne le cède en
rien à la nature. Ce petit palais, où la
richesse fut employée par le goût , fut
donné, par Louis XVI, à Marie-Antoi-
nette. C'est là que cette princesse,
dont la simplicité faisait le premier
ornement, préférant la nature au luxe
des arls , venait se délasser du fracas et
du fardeau de la cour. Ce fut elle qui
embellit le parc, et principalement les
jardins , que la révolution n'épargna
point. Maintenant,
s Trianon , te* bois sont déserts ;
Les oiseaux fuyant les ombrages,
N'enchantent plus de leurs concerta
Ni ton palais ni tea bocages :
Tes grottes sombres , teSYallona
Quijadis favoris de Flore.
S'enrichissaient de tons les dons
Que sa main y faisait éclore ;
Tes sentiers, connus des amours.
Ton fleuve , autrefois si mpide ,
Nous refus* son eau limpide;
En lin , ces lieux , prives d'attraits ,
Témoignant leur douleur muette ,
Sembb nt au ciel . par leurs regrets ,
Redemander leur Antoiuelte. «
Hôtel recommandé. — Hôtel de l'Eu-
rope , tenu par M. Henuequin, rue des
Réservoirs , vis-à-vis la grille du parc
dite du Dragon.
Celhôlel , l'un des plus fréquentés de
Versailles , et l'un des plus rapprochés
du parc du château , est richement
meublé et très bien tenu. On y trouve
un excellent restaurant servi à la carte,
des chambres et cabinets de société.
Départ de Versailles.
Maintenant que nous connaissons Ver-
sailles, continuons notre route. Nous
voici à
Saint-Cjr, petit village dans lequel
nous remarquons un superbe édifice,
appelé
Ecole militaire. Cet édifice fut bâti ,
en 1683, par Louis XIV. à la sollicita-
tion de madame de Maintenon , pour
recevoir 250 filles de pauvres gentils-
hommes dont la fortune ne répondait
point à la naissance. Elles y étaient
reçues depuis l'âge de sept ans , et
élevées gratuitement jusqu'à vingt.
Quand le temps de ces demoiselles
était expiré, la maison leur donnait
une somme de 3000 livres, qui leur
servait de dot pour se marier ou pour
se faire religieuse. C'est ce qui inspira
à madame Dcsboulières les jolis vers sui-
vans , adressés à madame de Maintenon ,
première institutrice de cet admirable
établissement.
a Tes soins ont prévenu les tristes aventures
Où l'extrême besoin jette les jeunes coeurs.
Ali I que ces soins pieux ebei les races futures
T'attireront d'admirateurs l
Contre la cruauté des tiëres destinées
Ils donnent , ces soins généreux ,
Un asile sacré , vaste, durable , heureux ,
A d'illuslnsinl'orlunccs. »
En 1793, celte maison fut supprimée
sans nul respect, et devint un hôpital
militaire. En 1802, l'école militaire de
Fontainebleau y fut transférée. De Saint-
Cyr nous allons à
La Queue , petit bourg sans impor-
tance.
172
GUIDE
Houdan, qui vient après, est une
petite ville située sur l'Opton , et dans
laquelle nous remarquons une jolie égli-
se. A deux lieues de là, est
Marottes , lieu célèbre par les fro-
mages qu'on y prépare. Non loin de là,
nous traversons la
Rivière de L'Eure, après laquelle nous
entrons dans le
Département d'Eure - et — Loir , et
bientôt après dans
Dreux , ville fort ancienne, située sur
la Biaise et célèbre du temps des Ro-
mains. Dreut compte pour
Curiosités V
Eglise paroissiale , qui est fort jolie ,
Hôtel- de-Ville , dans l'intérieur du-
quel nous remarquons une voûte et une
cheminée curieuse et dans ses greniers
une cloche fondue sous ChurlesIX, re-
présentant sur la frise circulaire la pro-
cession des flambeaui , enfin la
Promenade publique. De Dreux, nous
ne tardons pas à entrer dans le
Département de l'Eure , et ensuite
dans
Nonancourl , petite ville située sur
PAvre , et dans laquelle coucha Henri IV
la veille de la bataille d'Ivry. Aune faible
distance de Nonencourt est
Verneuil, petite ville également si-
tuée sur les bords de l'Avre, et dans la-
quelle nous ne remarquons aucune cu-
riosité. Non loin de Verneuil com-
mence le
Département de l'Orne. Là, nous
rouvons la petite ville de
Mortagne, remarquable par sa jolie
église ; bientôt après nous entrons dans
Alencon , petite ville située au con-
fluent de la Sarihe et de ia Brianle. Au
nombre des
Curiosités d'Alençon , Nous remar-
quons 1'
Eglise paroissiale , qui est ornée d'un
superbe portail et d'une nef, le
Palais-de- Justice , I'
Hôtel de la Préfecture , qui est cons-
truit en briques, enfin la
Bibliothèque publique, qui renfer-
me environ 600!) volumes. Après avoir
passé le petit village de
Saint- Denis , nous entrons dans le
Département de la Mayenne, et bien-
tôt après dans
Pré en Pail, petite ville où l'on pré-
pare d'excellent cidre.
Iiibay , où nous allons ensuite , est
une petite ville sans importance. De là ,
nous gagnons.
Mayenne , petite ville située sur la
rivière de ce nom, qui se divise en deux
parties inégales, et dans laquelle nous
ne remarquons ni monumens ni aucune
curiosité. Le village de
Martignè où nous allons , possède
une source d'eau minérale ferrugineuse.
Au dessus de cet endroit est
Laval, petite ville dont les rues sont
généralement étroites et tortueuses, et
qui se glorifie d'avoir donné le jour au
célèbre Ambroise Paré. A Laval , nous
quittons le département de la Mayenne
pour entrer dans le
Département de Ville -et- Vilaine.
La première ville que nous trouvons
en entrant sur ce territoire , est
Vitré , qui ne possède d'autre cu-
riosité que l'église Notre - Dame, qui
est d'un beau gothique. Nous voici à
Rennes, ville fort ancienne divisée en
deux parties par la Vilaine que l'on
passe sur plusieurs ponts. Au nombre
des
Curiosités de Rennes , nous remar-
quons le
Palais abbatial , 1'
Eglise Saint-Pierre , qui a été répa-
rée nouvellement : le
Palais-de- Justice, V
Eglise Saint-Sauveur, enfin la
Bibliothèque publique , composée de
plus de 30,000 volumes.
Bibliographie de Rennes. — Statistique
du département d'Ille-et- Vilaine par
Jardot, officier d'état major, un vol.
in-4° , prii , trois francs. Chez Mor-
liex, libraire, chez lequel on trouve
aussi les ouvrages suivans :
1° Traité desassurances, descontrats
à la grosse d'Emerigon, 2 vol. in-4», la
francs.
2° Tableau de l'Histoire de France ,
depuis le commencement de la monar-
chie jusqu'à nos jours , par Cayot De-
landre, 2 volume in-8°, papier vélin,
8 francs.
3° Esquisses, par Edouard Turquety,
1 vol. in-18°, 3 francs.
4° Poésies catholiques, par le même,
1 vol. in-4°, 7 francs.
5° Reepseafce Breton, 1 vol. iu-8°,
3 franeg.
6° Contes utiles, par Ducrest de Vil-
DU VOYAGEUR EN EUROPE.
175
leneuve de Reunes , 1 vol. in— 12 , grav.,
3 francs.
De Rennes nous allons à
Brootu , pelit village dans les envi-
rons duquel nous voyons encore l'em-
placement qu'occupait le château où
naquit Duguesclin, en 1511.
Lambalïe , où nous allons, est une
ville fort ancienne, entourée de mu-
railles et divisée en haute et basse ville ,
et dans laquelle nous ne remarquons
rien de curieux. A 5 lieues de Lamballe,
est
Saint-Brieuc, petite ville avantageu-
sement située sur la rivière de Gouet,
à l'embouchure de laquelle elle a un
bon port, au village du Légué, à pu
de distance de la mer. Au nombre des
Curiosités de Saint- Lrieuc , nous
remarquons la
Cathédrale , qui est bâtie sur un an-
cien temple des Druides: 1'
yJncien couvent des Cordeliers; enfin
la
Salle de spectacle. Après avoir tra-
versé le village de
Châtelaiidren , qui est sans intérêt,
nous entrons dans
Guingamp , jolie ville située sur le
Trieux et dans laquelle nous remar-
quons une jolie église ornée de deux
tours , et sur la place une belle fontaine.
De Guingamp , après avoir traversé
le
Ponton , nous entrons dans le
Département du Finistère , et bientôt
après dans
M' rlaix, pelile ville agréablement
située, au pied de deux collines et au
confluent des rivières de Jaileau et de
Kei lent , qui, s'uni.'sant aux eaux de la
mer, y forment un joli port. On y des-
cend par une rampe excessivement ra-
pide , quoique l'on se soit efforcé d"en
diminuer la pente par plusieurs con-
tours et que l'on ait même creusé le
chemin dans le roc ; un parapet garantit
des chutes que pourraient faire les
voitures dans un vallon 1res profond
qui le borrle. On arrive alors sur les
quais , où l'on est agréablement surpris
d'apercevoir tout-à-coup un des plus
jolis poils de France. L'escarpement
des deux collines, les jardins en terrasse
dont elles sont embellies, ne font que
ressortir davantage la beauté des qvfais
et des maisons qui les bordeDt. Rien
n'est plu» surprenant que ce passage
subit d'une roule agreste et mélancoli-
que à ce beau port et à cette ville d'un
aspect si gai et .'i i itloresque à la fois.
Cette partie de la ville est vraiment
belle : h s quais sont bien revêtus, bien
pa\és. les maisons modernes et fort
bien bâties. Le chenal, quoique étroit,
porte un grand nombre de bâtimens de
commerce du plus grand tonnage, qui
remontent jusqu'à la principale place ,
sous laquelle passent, à travers de su-
perbes voûtes, les eaux réunies des deux
rivières. Le cours de la rivière et le
port séparent la ville en deux quartiers:
le côté de Léon et le côté de Tréguier.
Du côté de Léon, les maisons sont fort
belles; mais, du côté opposé, elles sont
antiques et sans alignement. Au nom-
bre des
Curiosités de Morlaix , nous remar-
quons 1'
Eglise Saint-Matthieu, qui peut être
considérée comme un assez beau mo-
nument gothique ; 1'
Eglise Sainle-Rlèlaine , dont la con-
struction remonte au xv e siècle ; la
Manufacture de tabacs , qui est un
édifice moderne, et dans laquelle sont
occupés trois à quatre cents ouvriers ;
enfin la
l'romenade de Fcmimont, qui se pro-
longe près d'une demi-lieue le long du
port.
Plusieurs pentes et montées traver-
sant un pays uniforme, en grande partie
couvert de bruyères, conduisent de
Blorlaix à
Landivisiau , petite ville bien per-
cée et bien pavée, située sur une colline
d'où l'on jouit d'un horizon fort étendu.
Nous y remarquons une belle
Eglise paroissiale, surmontée d'un
clocher à (lèche . d'une architecture
élégante et hardie; vu de loin et sous
certains aspects, les pilastres légers qui
le soutiennent disparaissent à l'oeil , et
il semble en quelque sorte suspendu
dans les airs. De Landivisiau nous
allons à
LanderneauMïle extrêmement agréa-
ble , située à l'embouchure de l'Elorn,
qui y forme un joli port , entouré de
collines fort hautes et fort esrarpées,
sur la rive gauche; mais qui s'abaissent
graduellement sur la rive droite et for-
ment une plaine assez étendue , dans
laquelle la partie la plus considérable
de la ville est bâtie. Les
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Curiosités de Landerneau sont peu
nombreuses; les plus remarquables sont :
la
Fontaine de Ploudiry , qui est en
forme d'obélisque , et verse ses eaux
dans une cuvette demi-circulaire d'un
beau travail; 1'
Hôpital succursale delà marine, qui
occupe les bàtimens de l'ancien couvent
des Ursuliues. En sortant de Lander-
neau, nous passons devant le
Château de Pont-Palu , et nous tra-
versons une suite de hameaux presque
conligus les uns aux autres, qui se suc-
cèdent sans interruption jusqu'à celui
de
Messadon , d'où nous descendons
jusqu'à
Brest, en jouissant de la belle per-
spective qu'offre cette ville maritime.
Aperçu général de Brest. — Cette
ville, qui est située sur le bord septen-
trional d'une superbe rade formée par
l'Océan , à peu de dislaace de l'embou-
chure de la rivière de l'EIorn , et sur
les deux rives de celle de Penfeld , qui
divise la ville en deux parties : l'une à
droite, connue sous le nom de Recou-
vrance ; et l'autre , sur la rive gauche ,
connue sous le nom de Brest, est en
général assez bien bâtie et assez bien
pavée.
Brest possède une école spéciale de
génie et de navigation , des tribunaux
de première instance et de commerce ,
un établissement de mécanique, un ca-
binet d'histoire naturelle , un jardin
botanique, un observatoire, une biblio-
thèque publique, un superbe arsenal,
plusieurs hôpitaux, une jolie salle de
spectacle, de vastes bassins de construc-
tion, enfin un bagne.
Historique, — Un voile obscur couvre
l'origine de cette ville, ce n'est guère
que vers l'an 124) que l'histoire com-
mence à en faire mention. Ce fut à
cette époque que Henri , vicomte de
Léon , céda la orteresse de Brest à
Jean I er , roi de Bretagne. En 1340 ,
Charles de Blois mit le siège devant
cette place , qui avait pour gouverneur
Garuier de Clisson, qui y perdit la vie
en faisant une sortie, k En 1372,
Jean IV, duc de Bretagne, abandonna
aux Anglais la ville et le château de Brest,
à la charge par eux de les défendre et
conserver pendant la guerre, et de
les lui rendre à la paix. L'année sui-
vante, Duguesclin et Olivier de Clisson
tentèrent inutilement de reprendre
cette place , qui toutefois fut remise en
la possession du duc de Bretagne, en
1376, après la mort d'Edouard III , roi
d'Angleterre. La guerre ayant éclaté de
nouveau entre la France et la Bretagne,
Jean IV confia de rechef la défense de
Brest à une garnison anglaise , qui y
entra le 15 juin 1378 , et qui refusa de
rendre cette ville lorsque la paix fut
conclue entre le roi de France et le
duc de Bretagne. Les Français , unis
aux Bretons, l'assiégèrent sans succès
en 138-2 et en 1386. Toutefois, en 1397,
le roi Richard II consentit à la resti-
tuer au duc de Bretagne , moyennant
une forte rançon. Dans le siècle sui-
vant, les Anglais essayèrent souvent de
reprendre cette ville. En 1489 , les
Français, sous la conduite du vicomte
deBohan, s'en emparèrent; trois ans
après, la paix l'ut conclue entre la
France et la Bretagne; et, par le ma-
riage de Charles VIII et d'Anne de Bre-
tagne , Brest demeura à la France.
Pendant la Ligue , cette ville prit parti
pour Henri IV et lui demeura fidèle ;
ce fut alors contre les Espaguols qu'elle
eut à se défendre. En 1591, Don Juan
d'Aquila effectua un débarquement près
de la ville et construisit un fort sur la
presqu'île de Quelern, où les Espagnols
furent bientôt assiégés eux-mêmes ; ils
résistèrent à plusieurs attaques, mais
un dernier assaut emporta leurs retran-
chemens. En 1397, l'Espagne, résolue
à venger cet échec , arma une flottille
considérable qui arriva devant Brest,
où elle fut atteinte par une tempête
aflVeuse ; une partie des vaisseaux fu-
rent brisés sur les écueils qui hérissent
les côtes voisines. Un siècle s'écoula
sans de nouvelles agressions. En 1694,
une flotte anglaise de trente-cinq vais-
seaux , portant dix mille hommes,
arriva devant Brest et débarqua les
troupes dans l'Anse de Poldu : mais la
garnison , les paysans des environs et
leurs femmes même, attaquèrent les
ennemis et les mirent en déroute. Pen-
dant le combat, la marée ayant laissé
les chaloupes à sec, les Anglais ne pu-
rent se rembarquer ; ils furent tous tués
ou faits prisonniers. Jusqu'en 1639 , la
ville de Brest reçut peu d'accroisse-
ment; elle était petite, ne possédait
aucun établissement maritime , et n'a-
DO VOYAGEUR EN EUROPE.
m
vait d'autre édifice religieux que la
vieille église du Château. Elle com-
mença à s'agrandir, et le faubourg de
Hecouvrance fut fondé vers 1670. En
11)8), le maréchal de Vatican fil con-
struire une enceinte de fortifications;
Recouvrance fut alors joint à la ville,
qui continua de s'accioître. En 1773 ,
la première enceinte ne suffisant plus,
une seconde fut construite , et la ville
atteignit bientôt la population et l'im-
portance dont elle jouit aujourd'hui. »
Séjour et promenade.
Prenons gîte à 1'
H tel du Grand-Monarque , et de
là dirigeons nos pas vers le port ; car
c'est là que se trouvent réunies les
diverses
Curiosités de Brest. Ce
Port est superbe , il peut contenir
plus de cinquante frégates et autres bà-
timens de guerre. Il est défendu à la
gauche de son entrée par la
Batterie du Fer-à-Cheval. Là nous
remarquons des
Fours à rougir les boulets et un parc
considérable de boulets rames. Derrière
cette belle fortification , et tout-à-fait
sur la sommité du roc, nous remar-
quons les
Uatteries du Polygone et de beaux
magasins d'artillerie, ainsi qu'un ma-
gasin à poudre qui fournit aux apnro-
visionnemens des escadres et qui sert
de dépôt pour les poudres des bàlimens
armés qui entrent dans le port. Au
dessus de celte montagne règne un su-
perbe
Quai en amphithéâtre , bordé de ma-
gnifiques édifices. En parcourant ce
quai depuis la batterie du Fer-à-Che-
val , nous rencontrons d'abord un
Parc à boulets , puis ensuite le
Parc aux vivres , qui contient d'im-
menses magasins servant d'ateliers de
salaisons, des magasins de comestibles
renfermant tous les vivres propres aux
a|>pro\ isiov.nemeus des cuisines de bord.
A droite de l'entrée et vis-à-vis le Fer-
à-Cheval et le parc aux vivres, s'élève
le majestueux
Château de ftrett , avec sas tours et
ses remparts élevés, aussi remarquable
par sa force et sa situation que par les
souvenirs qui s'y rattachent. Faisons-
en la
Description. — La forme de ce châ-
teau est celle d'un trapèze. Il présente
cinq
Tours liées par des courtines et par
un chemin de ronde. Chacune de ces
tours est terminée par une plate-forme.
Les trois tours qui regardent la r..de,
ont chacune un nom particulier : celle
du milieu porte le nom de
'Jour de César, quoiqu'il soit bien
démontré que ce conquérant ne vit
jamais Brest. Celte tour offre un très
vaste local, des caves souterraines et
parfaitement voûtées. A la gauche de
cette tour et vis-à-vis la chaîne , est
la
Tour de Brest , qui forme un massif
de la plus grande beauté , revêtu de
pierres de taille liées entre elles avec
un art remarquable. A droite et du côté
de la rade, est la
Tour des Français. Les deux autres
tours portent les noms de
Tour de la Madeleine , et le
Donjon, qui est celle qui servait an-
ciennement de demeure aux ducs de
Bretagne. La
Distribution intérieure de cette der-
nière tour porte l'empreinte du siècle
où elle fut construite (lo.'iO). C'est uu
dédale inextricable de chambres, de
salles , d'avenues , de souterrains, où la
féodalité et son affreux despotisme sem-
blent régner encore, tant les cachots de
tous les genres , les réduits de tortures,
rappellent à l'imagination affligée les
souvenirs de ces temps d'ignorance et
de barbarie.
Après le château , nous devons exa-
miner la
Machine à mater, qui se compose
d'un énorme massif en pierre de taille,
et de trois mais énormes de deux cents
pieds de longueur et inclinés. C'est là
que les bàlimens, au sortir du chan-
tier, viennent recevoir leurs mais. Après
la machine à mater, il nous reste à
voir le
Bagne , vaste édifice consacré au lo-
gement des forçats , et consistant en
trois pavillons, un au centre et les au-
tres aux extrémités. Celui du milieu est
destiné au logement des officiers , et les
deux des extrémités à ceux des bas-
officiers commis à la garde de cette
prison.
GUIDE
De Paris à Alençon.
Distance à parcourir : 40 lieues et demie ;
20 postes un quart.
( Voyez de Paris à Brest.)
De Paris à Rennes.
Distance à parcourir : 90 lieues, A3 postes.
( Voyez de Paris à Brest. )
De Paris à Saint-Brieuc.
Distance à parcourir: 116 lieues , S8 postes.
( Voyez de Paris à Brest. )
De Paris à Mayenne.
Distance à parcourir : 65 lieues, 51 postet
et demie.
( Voyez de Paris à Brest. )
De Paris à Nantes.
Routes.
Nous pouvons nous rendre à Nantes
par deux routes différentes, savoir : par
Orléans et Tours et par Vendôme.
Première route.
Route par Orléans et Tours.
Distance à parcourir: 109 lieues et demie ,
34 postes trois quarts.
Itinéraire et topographie de la route.
Départ.
Nous sortons de Paris par la
Barrière d'Enfer; nous traversons
d'abord le
Petit Mont-Rouge, qui est un ha-
meau composé d'auberges et de guin-
guettes, où le pcuiile du faubourg St-
Jacques se rassemble le dimanche. Puis
ensuite le
Grand Mont-Rouge, qui est un gros
village fort ancien et célèbre par ses
maisons de campagne, ses guinguettes
et ses moulins à vent. Fréron , le plus
habile critique du siècle dernier, avait
sa maison de campagne dans ce village.
On en voit aujourd'hui de très jolies,
mais la trop grande proximité de Paris
empêche qu'elles aient de grandes dé-
pendances, ce qui les rend peu agréa-
bles.
Après le Grand Mont-Rouge vient
B ourg-la- Reine , village situé dans
un vallon, près de la rivière de Bièvre
et non loin de
Sceaux, petite ville renommée par son
bal champêtre, qui est un des plus dis-
tingués de tous ceux des environs de
Paris. Bientôt nous découvrons
Berny, petit hameau qui doit son nom
à un des plus beaux châteaux qu'il y
ait eu aux environs de Paris, et que la
révolution n'a pas laissé subsister.
Après une
Petite descente, nous entrons dans
Antony, bourg qui n'a de remar-
quable que son
Eglise paroissiale , qui offre un
chœur assez beau et surtout une belle
tour surmontée d'une pyramide que
l'on croit avoir été bâtie dans le qua-
torzième siècle.
Lonjumeau se présente ensuite à
nos yeux dans une petite vallée et sur la
petite
Rivière d'Yvette, et remarquable par
ses nombreuses
Tanneries, dont la plus importante
est celle qui appartient à M. Salleron
neveu. Bientôt après nous arrivons à
Monllhcry, petite ville qui n'offre
rien rie remarquable que sa
Vieille tour du onzième siècle, con-
struite par Thibaud-File-Eloupe I er ,
seigneur de Monlhléry.
&es murs , dont le sommet se dérobe à ta vue ,
Sur la cime d'un ror , s'alongent dans la nue ,
El présentant toujours leurs objets ennuyi us.
Du passant qui les fait lemb lent 6ui»re les yeur.
( Boileau , Le Lutrin, )
Excursion idéale à la tour de Montlhéry.
Transportons - nous idéalement au
milieu de ces vastes ruines pour en
faire l'examen, mais avaut donnons-
nous une idée générale de ce qu'était
primitivement cette forteresse. Son en-
trée principale se trouvait du côté de
la ville, et pour y pénétrer il fallait ou-
vrir cinq portes, monter par trois ter-
rasses élevées les unes au dessus des
autres, et franchir cinq enceintes. Cha-
que muraille élait soutenue par des
murailles et des tours fort élevées.
Dans la première enceinte était une
porte qui donnait entrée à la première
terrasse, puis on montait à la seconde,
et enfin à la troisième. A cette hau-
teur se trouvait une porte fortifiée à
laquelle était adossée une construction
mm^
DU VOYAGEUR EN EUROPE.
qui devait servir de corps-de-garde aux
militaires ou chevaliers chargés de gar-
der la porte ; elle était très fortifiée et
s'ouvrait sur la plate-forme ou espla-
nade du château. Cette esplanade, for-
tifiée de murailles et de tours, conte-
nait quelques bàtimens et le donjon. A
droite de l'entrée de l'esplanade était
un puits d'une grande profondeur. Près
de la tour du donjon était l'entrée du
souterrain qui communiquait au bas de
la montagne.
Telle était, dans son origine, la dis-
position de cette fameuse forteresse, si
renommée par la tyrannie de ses sei-
gneurs ; maintenant faisons l'examen
de ses ruines. Le donjon de la cour est
aujourd'hui la seule partie qui ait ré-
sisté aux ravages du temps et des hom-
mes. Sa hauteur est d'environ quatre-
vingt-seize à cent pieds, mais elle paraît
avoir été plus haute encore. Au nord,
sa cime offre une très large échancrure,
dégradation due à la main du temps. A
cette tour en est accolée une seconde,
mais de moindre dimension, contenant
l'escalier qui n'est plus abordable. Aux
tiers de la hauteur de ce groupe de
deux tours, nous voyons une ceinture de
supports en saillie en pierres de taille,
destinés à soutenir une galerie exté-
rieure que les anciens nommaient Mâ-
chicoulis. Au nord de cette tour en
existe une autre en ruine et percée
d'outre en outre, et son ouverture ir-
régulière, faite évidemment de la main
des hommes, laisse à travers ses tristes
restes de construction féodale, aperce-
voir le tableau riant des campagnes.
Du côté opposé et attenant au donjon,
se voit un mur resté presque intact et
dont la hauteur est d'environ seize
pieds.
Les environs de cette forteresse sont
célèbres par la
Bataille de Monllhéry, qui s'y livra
entre Louis XI et Charles, duc de Ber-
ri, ligué avec plusieurs autres seigneurs
pondant la guerre dite Au Bien public.
On rapporte qu'après une lutte aussi
sanglante qu'opiniâtre, où la victoire
demeura indécise, Louis XI se relira à
CorbeiI,et(|uele<lucdeCharolois, re«té
sur le champ de bataille, voulant s'y re-
poser, fut contraint de faire enlever
plusieurs des cadavres dont la terre
«ait jonchée. Le lieu où se donna celte
FK4MCB,
177
bataille est encore de nos jours désigné
sous le nom de
Champ des Bourguignons. Repre-
nons maintenant la description de no-
tre route. Au sortir de Monllhéry nous
descendons une
Côte rapide et nous entrons dans
Arpajon, petite ville située dans une
vallée et sur la
Rivière d'Orge à laquelle se réunit
celle de la Remarde. Arpajon n'offre
rien de curieux que son église parois-
siale, qui est sous l'invocation de saint
Germain.
Environs d'Arpajon.
Les environs d'Arpajon sont fort jo-
lis et renferment quelques châteaux as-
sez beaux, dont le plus remarquable
est celui de Bruyères-le-Châtel , fai-
sons donc une
Excursionidéate au château de Bruyères.
Distance à parcourir : trois quarts de lieue.
Direction : lo Sud d'Arpajon.
Le château de Bruyère», construit
sur les ruines d'un monastère, est un
monument de la vieille féodalité, bâti à
plusieurs reprises sur un tertre qui do-
mine le village ; il était muni de toutes
les marques d'un manoir seigneurial.
Ses fortifications ont été élevées au qua-
torzième siècle , époque où les petites
villes se fermaient de murailles contre
les courses des pillards. Un pont-levis,
une herse, fermaient l'entrée de ce
château ; des créneaux sur les tours et
sur le donjon, des mâchicoulis, des meur-
trières la rendaient formidable pour
sa défense ; ses fossés étaient remplis
d'eau ; ses prisons, ses cachots encore
existans, attestent la possession des
trois degrés de justice. Ces fortifica-
tions ont été démolies en grande parlie
pendant l'année 1793, époque où fut
ordonnée la destruction de toutes ces
forteresses , très nombreuses encore
dans l'intérieur de la France.
En 1260, Jean de Bruyères obtint de
saint Louis l'érection en baronnie de
la seigneurie de Bruyères. Guillaume,
fils de Jean, fonda dans ce village un
collège qu'on appella Collège Mignon.
Thomas de Bruyères acheta celle sei-
gneurie de Guillaume et d'Alix de
Breulx. Après la mort de Guillaume,
12
,
178
6UIDE
cette terre passa à Louis de la Ro-
chelle, qui la posséda jusqu'à 1641,
époque où elle passa à Jean-Louis de
l'Epinette-le-Mairat, et fut érigée eu
marquisat, le 11 août 1676. Veudue en
1786 à M. le maréchal de Castries, il la
réunit à celle d'Ollainville, qui lui est
contiguë, et lorsqu'il fut forcé d'é-
migrer à Copet, il la rendit au duc de
Brancas-Cereste, qui la vendit ensuite
à M. le baron Charlet, auquel elle ap-
partient aujourd'hui.
Reprenons maintenant la description
de notre roule. Après avoir descendu
plusieurs
Côtes rapides, du haut desquelles on
a des
Joints de vue admirables, nous ar-
rivons à
Etampes (Seine-et-Oise) , ville fort
ancienne, située dans une vallée, sur
les petites
Rivières de Lonette et Chavonnelte,
qui se réunissent plus bas à celle de la
Juine, jadis navigable, mais qui cessa
de l'être lors de l'ouverture du canal
d'Oiléaus. Ces trois petites rivières
font tourner plus de trente moulins ;
elles ont cela de remarquable qu'elles
ne gèlent jamais. Parmi le peu de
Curiosités d'Etampes, nous remar-
quons les
Ruines de l'ancien château , bâti par
Robert, consistant en une tour appe-
lée tour de la Guinette. Son plan est
extraordinaire ; il se compose de quatre
sections de cercles qui, dans leur élé-
vation, présentent les formes de quatre
tours rondes, unies et engagées les unes
dans les autres. L'intérieur offre un
plan circulaire ; les espaces qui se trou-
vent entre ce plan intérieur et celui
des quatre portions de tour qui se voient
à l'extérieur, est occupé par quelques
pièces et dégagemens qui sont éclairés
par quelques petites fenêtres. Enfin 1'
Eglise Saint-Mai tin , qui offre une
belle construction. Le sanctuaire est
fort élevé ; des galeries placées entre
les arcades du rond-point et les gran-
des fenêtres, donnent beaucoup d'élé-
gance à celle partie de l'église.
Environs d'Etampes.
Excursion idéale au château de Méréville.
Dislance à parcourir: 5 lieues.
Ici , Laborde , au fruit de Ses utiles veille» j
Donnant un emploi généreux ,
Par bienfaisance y créait des merveilles ,
El par goût pour tes arts y faisait des beureux.
( Vers écrits sur les murs du château par un étranger. J
Ce château qui a été bâti par M. De-
laborde, riche banquier de la cour, qui
y dépensa quatre millions, est situé à
mi-côte et domine tout le parc. Il se
compose d'un beau bâtiment de forme
régulière , flanqué de quatre tourelles
et d'une grande terrasse, au dessous de
laquelle sont d'immenses salles qui ser-
veut de chapelle, d'office et de cuisine.
Le
Parc de Méréville, tracé d'après les
plans des célèbres artistes Joseph Ver-
net et Robert, est d'une étendue de
près de cent arpens; il est embelli de
tous les côtés par la Juine, qui y forme
plusieurs îles charmantes et des casca-
des d'un bel effet, dont les eaux vien-
nent se perdre dans des grottes aux-
quelles on communique par plusieurs
ponts.
Non loin du moulin, à la fois cham-
pêtre et élégant, en se détournant à
gauche . ou trouve une
Colonne rostrale, qui s'élève au mi-
lieu d'une île, à l'extrémité d'un lac
assez étendu. Autour sont placés dif—
férens arbres étrangers parmi lesquels
se fait remarquer l'épine de mer, qui
croît su" les bords de la mer, et qui
porte une couleur pâle et trisle. La
colonne est de marbre bleu-turquin,
avec des rostres de navire en bronze,
ainsi que la boule dont elle est surmon-
tée. Cette colonne a été érigée en mé-
moire de deux fils de M. Delaborde, qui
partagèrent le triste sort de l'infortuné
navigateur Lapeyrouse.
Madame veuve Delaborde, qui a pos-
sédé long-temps celte belle propriété,
l'a vendue depuis quelques années à
M. le comte de Saint-Romain, pair de
France, qui y a fait faire de grandes et
urgentes réparations.
Hôtel recommandé. — Hôtel du
Grand- Courrier, tenu par M. Leclcrc,
rue Saint-Jacques.
Cet hôtel, l'un des plus remarquables
d'Etampes, vient d'être fraîchementdé-
coré, il possède de grandes écuries et
remises, ainsi qu'une bonne table où fi-
gurent les meilleures productions du
pays,
DU VOYAGEUR EN EUROPE.
Ï79
Départ d'Etampes.
Au sortir d'Etampes, nous avons à gra-
vir une
Côte très rapide, et bientôt après
nous entrons dans
Mondésir , petit village sans impor-
tance. Plus loin est.
Angerville (Loiret), hameau qui n'a
de remarquable que son
Horloge à automates.
Tourry vient ensuite, qui nous offre
pour toutes curiosités son
Eglise paroissiale , qui est fort an-
cienne. Après avoir parcouru un petit
paysage assez joli, nous arrivons à
Arien aj, bourg dans lequel est une
Maison de santé pour les deux sexes.
Nous arrivons à
Chevilly,
Cercottes, enfin dans le
F autour g-des- Aides , au bout du-
quel est
Orléans, ville où nous allons pren-
dre le bateau à vapeur jusqu'à Nantes.
Hôtel recommandé. — Hôtel des trois
Empereurs et du Loiret, tenu par M.
Boulland-Rousseau, rue Bannier 18.
Cet hôtel, qui est à deux pas de la
place du Martroy, par conséquent au
centre de la ville, offre tous les agré-
sacre de Charles VII; le quatrième enfin
la mort affreuse de celte héroïne.
Sur la face de l'ouest , nous lisons
cette inscription :
A JEANNE D'ARC I
La statue de cette jeune guerrière
représente une femme dansla vigueur de
l'âge, coiffée d'un chapeau surmonté de
panaches ; sa figure et son cou sont dé-
couverts ; une riche cuirasse dessine sa
poitrine et sa taille robuste; ses bras
sont défendus par une cotte de mailles;
une longue robe passe sous sa cuirasse,
et descend jusqu'aux pieds , lesquels
sont chaussés de souliers carrés à leur
extrémité et très ornés. Un large ceintu-
ron, passé sur l'épaule, soutient le four-
reau d'une épée placée dans la main
droite, et dont la pointa est tournée
vers la terre; la main gauche tient un
drapeau enlevé à l'ennemi.
Non loin de ce monument est le
Collège royal, qui n'offre rien de re-
marquable. A quelque distance de là,
est la
Cathédrale , édifice moderne, d'une
admirable construction, dont les ton dé-
mens furent jetés par l'évoque saint
Euverte. Son
Portail est d'une élégance remarqua-
Biens que l'on peut désirer; remis en- ble.Les deux tours, ouvrage de Gabriel
fièrement a neuf depuis peu d'années,
il renferme de grands et petits apparte-
nons meublés avec goût, une cour spa-
cieuse, de vastes écuries et remises,
enfin une bonne cuisine dans laquelle
on savoure les délicieux poissons du
Loiret, qui jouissent d'une réputation
vraiment méritée.
Séjour et promenade à Orléans.
Puisque nous sommes près delà
Place du Martroy, nous allons voir la
Statue de Jeanne d'Arc, qui obligea
les Anglais, en 1428, à lever le siège
d'Orléans. Cette statue, qui fut posée
sur cette place, le 20 mars 18n4, a huit
pieds de hauteur, et repose sur un pié-
destal de neuf pieds de haut sur qua-
tre de large. Ce piédestal , revêtu de
très beau marbre blanc, est orné de
quatre bas-reliefs. Celui du sud repré-
lente le combat des Tourelles; celui de
louest rappelle le moment où Jeanne
dArc reçut l'épée des mains du roi- le
troisième , à l'est, retrace l'instant du
sont construites avec beaucoup de grâce
et de légèreté, et sont terminées par
une espèce de couronnement. Quant à
Intérieur de l'Eglise, il est superbe
et remarquable surtout par le chevet
qui est orné d'une chapelle dont les
lambris , le retable et le pavé, sont de
marbres noir et blanc.
A côté, nous remarquons 1'
Hùlel-Dieu, qui n'offre rien de re-
marquable, et qui masque en partie la
cathédrale. Plus loin, et dans la même
direction, est le
Théâtre, qui est fort joli, et qui of-
fre l'avantage, a'-sez rare en province,
d'avoir un parterre muni de banquettes.
En face est 1'
Hotel-de-Ville,q\ù n'offre rien de
curieux. En suivant la rue qui fait face
à cet édifice , nous trouvons d'abord
1'
Ecole gratuite de Dessin ensuite
la
Bibliothèque publique, qui est placée
dans un joli local , et riche d'environ
:m?\
180
GUIDE
33,000 volumes, parmi lesquels sont des
ouvrages importons. Le
Catalogue de celle bibliothèque est
double ; dans la première partie , les
ouvrages dont elle est composée sont
classés par ordre de matière, et dans la
deuxième par nom d'auteur.
A côté de la bibliothèque, est la
Halle au Blé, qui a été construite il
y a peu d'années , dans l'ancien grand
cimetière dans lequel on a trouvé, en
faisant les fouilles, un moulin fort re-
marquable, qu'on a placé dans la salle
du musée. Attenant à la halle au blé, est
le
Jeu de Paume , qui est fort beau,
mais abandonné depuis nombreuses an-
nées et cédé presque toujours aux mar-
chands ambulans. ÏNon loin de là, est
r
Evêché, édifice d'une construction
fort remarquable. Presqu'en face est le
Séminaire, qui est fort vaste , après
lequel nous n'avons plus rien à voir de
ce côté-là. Revenons maintenant sur nos
pas, traversons la place de la cathédrale,
suivons la
Rue des Basses-Gouti'eres , puis celle
des Petits-Souliers, là est 1'
ancien Hôtel-de-Ville , occupé au-
jourd'hui par le musée, qui a été fondé
en 1825. Cet édifice fut commencé sous
Charles VIII, et achevé par Louis XI,
en 1498. Sa façade est fort remarqua-
ble; dans la cour, nous remarquons une
tour très ancienne, qui faisait partie de
la première enceinte d'Orléans, et dont
le sommet est maintenant surmonté
d'un télégraphe. Le
M usée , qui est placé dans les salles
du rez-de-chaussée, est fort beau et ren-
ferme des lableaux de Mignard, de Vi-
vien, du Guide, de Philippe de Champa-
gne, de BenedettoLuta, de Van-Romain,
du Guerchin, de Drouais, de Rigaud,
de Fragonard, etc. Dans les salles supé-
rieures est le
Cabinet d'Histoire et d'Antiquités.
Après avoir examiné les riches collec-
tions que ce cabinet renferme, nous
allons joindre la
Rue du Tabourg, pour voir la
Maison d'Agnès Sorel. Cette maison,
qui porte le n° 15, est bâtie avec un
soin particulier et un luxe de sculpture
qui annoncent, au premier coup-d'œil,
qu'elle a dû être habitée autrefois par
de riches el puissans seigneurs.
La façade extérieure de cette maison
n'offre rien de remarquable que ses
croisées et ses deux portes, qui sont or-
nées de trois bas-reliefs, que nous allons
examiner successivement.
1 er Bas-Relief.— Ce bas-relief repré-
sente un vaisseau mouillé près du ri-
vage, monté par des hommes armés,
occupés à enlever des femmes; un vieil-
lard en relient une qui parait être sa
fille, et supplie vainement un des enne-
mis, dont le glaive est levé, de ne pas
la lui ravir ; un autre soldat perce de
son épée un homme renversé auprès
d'une jeune fille qu'il relève brutale-
ment et emmène de force; des gens de
la campagne, effrayés, fuient de tous
côtés, et cherchent un abri dans leurs
demeures.
2 U Bas-Relief.— Ce bas-relief repré-
sente une espèce d'autel : à gauche
sont des femmes qui tiennent des cor-
nes d'abondance remplies de fleurs et
de fruits ; la première d'entre elles ,
c'est-à-dire celle qui est le plus près
de l'autel, tient un miroir ovale et à
manche; à ses pieds, et sur les marches
de l'autel, est un homme étendu qui
semble sortir d'un profond sommeil.
Du côté opposé , sont des guerriers à
pied et à cheval, ayant tous les yeux
fixés sur l'autel.
3 e Bas-Relief.— Ce dernier bas-relief,
qui se trouve sur la petite porte d'en-
trée, est le plus remarquable ; nous y
voyons un homme placé sur un superbe
char à quatre roues, recevant la foudre
des mains d'un ange qui descend du
ciel ; dans le même char est un jeune
enfant tenant sur ses genoux les reste»
d'un petit coffre, ou de l'écusson mutilé
du principal personnage; sur le devant
du char est uno femme assise, jouant d'un
long Instrument terminé en pavillon;
d'autres femmes, qui traînent le char,
jouent aussi de divers instrumens ; en
avant de ce groupe, est une autre femme
montée sur un cheval , semblant repré-
senter la Renommée.
Tels sont les divers objets qu'offrent
ces bas-reliefs. Pénétrons maintenant
duns la
Cour. Cette cour, qui est pavée avec
beaucoup de soin, présente , dans son
centre, un compartiment en mosaïque
de pierres noires et blanches; dans le
fond se voit un vaste puits garni de son
antique ferrure, et dont la çerclie, en
DU VOYAGEUR EN EOuOPE.
partie conservée , est ornée d'une belle
lelcde lion.
A gauche de la cour, se déploie une
magnifique
Galerie, soutenue par (rois arcades
en plein-cintre, et par de fortes colon-
nes d8 six A sept pieds de fût d'un seul
morceau , surmontées de riches chapi-
teau* bien exécutés. Celte galerie ,
qui supporte le corridor du premier
étage, est un plafond orné de nombreux
caissons où sont sculpté» avec beau-
coups d'arides cœurs percés dé flèches,
des torches enflammées cl en sautoir,
des amours, une tortue , un soleil, une
assiette de poires, enfin des (leurs de
lis. Sur le mur du fond de la galerie,
nous remarquons deux têtes incrus-
tées, l'une d'homme et l'autre de femme.
Dans celte galerie est un superbe
Kscalitr eu pierre, qui règne depuis
le haut de la maison Jusqu'au fond des
caves. A chaque repos sont de jolis
culs-de-lampe parfaitement conservés.
L'intérieur de la maison répondait
parfaitement A la beauté du dehors.
On y remarquait jadis une vaste salle
divisée aujourd'hui en plusieurs céna-
cles et décorée avec beaucoup de goût.
Les poutres et les solives, dont on dis-
tingue encore les moulures , laissent
apercevoir, sous la peinture grossière
qui les recouvre, les traces de l'or et de
l'azur qu'on y avait prodigués.
•Suivant la tradition successive des
personnes qui ont habité cette maison,
elle aurait été élevée et décorée par
Charles VII, pour la belle Agnès Sorel.
Continuons notre promenade, ensui-
vant la rue Tabourg, nous arrivons A la
Hue /loyale , qui est la plus belle
d'Orléans, ctauboutde laquelle est le
fiant-Neuf qui joint la ville au
Faubourg Saint-Marceau, qui n'of-
fre rien de remarquable que sa belle
«venue désignée sous le nom de
Ilue Dauphine, laquelle conduit au
village d'Olivet. Du côté gauche du
pont, et à son origine, sont les
Bains Publics, qui sont construits A
l'instar des bains Vigicr établis à
Paris, sur la Seine. En suivant le quai
de ce côté, nous trouvons la
Chapelle Saint- Jacques , qui sert
aujourd'hui de magasin, et dont la fa-
çade est gothique et ornée d'ornemens
très variés. Plus loin, et à l'écart du
fleuve, est r
1»!
Eglise Sainl-Aignan , qui offre un
joli vaisseau gothique , et qui est, après
la cathédrale, le plus bel édifice reli-
gieux d'Orléans ; mais la nef en a été
abattue lors de la prise de cette ville par
les calvinistes. La chapelle souterraine,
est d'une beauté rare. Dans l'un des
angles de la
Place Saint-Aignan est le
Manège ou Gymnase de la ville d'Or-
léans, qui n'offre rien de bien remar-
quable. Derrière le manège, el un peu à
l'écart du fleuve, est un bel édifice qu'on
désigne sous le nom de
Château de la Motte-Sanguin, qui a
été construit par le père de .S. M. Louls-
Phllippe , et de la terrasse duquel
on a une vue admirable. Au pied de
celte terrasse, el A gauche du château,
est une vaste maison percée de trois-
cent-soixante croisées qui en dépend.
et dans laquelle on a établi un superbe
Moulin, mu par la vapeur, et dirigé
autrefois par une compagnie anglaise
qui s'y est ruinée. Depuis celle époque,
ce moulin ne fonctionne plus, et n'est
montré (pic comme objet de curiosité.
En sortant du ohàleau, nous suivons le.
Mail, espèce de boulcvarl, sur lequel
nous remarquons I'
Eglise Samt-Euverte , dans laquelle
est placé 1'
Entrepôt. Cette église est surmontée
d'une tour , construite en 1866, qui a
servi long-temps A fabriquer du plomb
de chasse. Plus loin est la
Poudrière, qui est placée dans une
tour A moitié en ruine, qui faisait par-
tie des murs de la ville. Après avoir
passé derrière les
Prisons, nous entrons dans la
Hue llannicr,(\\i\ est le terme de no-
tre promenade intérieure.
Environ!; d'Orléans.
Le château de Sully, celui de la Kerté-
Saint-Aubin , et les sources du Loiret;
tels sont les lieux que nous allons
visiter suocssivemenl dans les environs
d'Orléans.
Excursion au château de Sully.
Distance à parcourir : !i licuos et demie.
Topographie de la route.
Des deux routes qui conduisent A
Sully, celle qui longe la Loire étant la
182
GUIDE
plus pittoresque, nous allons la suivre.
Nous sortons d'Orléans par la barrière
qui avoisine le château de la Motte-»
Sanguin; là s'offre à nous une magni-
fique
Avenue, au bout de laquelle sont de
nombreuses maisons de plaisance, pla-
cées sur une élévation qui domine toute
la contrée. Après uu léger détour, nous
arrivons à la
Chartreuse, belle propriété qui jouit
aussi d'une belle vue. Bientôt , nous
arrivons à l'origine du
Canal d'Orléans et à
Saint-Denis , petit village sans im-
portance, en face lequel est
Jargeau , petite ville fort jolie, re-
nommée par ses exceliens navets. Plus
haut est
Château-Neuf, bourg situé sur la
grande route d'Orléaos à Nevers, et
près des rives de la Loire. Plus haut, et
du côté opposé, se montre d'abord
Siglon, petit bourg fort joli et en-
suite
Saint-Peré, en face duquel s'élève
Sully, qui est le terme de notre
voyage. La ville de Sully n'offrant rien
de curieux ; nous p.-ssons de suite à
l'examen du château. Le
Château de Sully, ancienne demeure
des sires de la Trémouille, a été restauré
et presque entièrement reconstruit par
le fidèle ministre de Henri IV, qui,
après la mort de ce monarque, se retira
à Sully, où il employa ses moniens de
loisir à embellir sa demeure.
Les bàtimen^ du château sont fort
vastes ; à leur centre est une cour pres-
que carrée, au nord de laquelle est
la partie moderne du château, qui a été
construite et meublée sous le règne de
Louis XV. Dans cette partie de bâti-
ment et au rez-de-ehaussée est la cui-
sine, et au dessus une salle immense,
ayant vue sur la Loire. A l'extrémité de
cette pièce est une salle de spectacle ,
qui faisait les délices de Voltaire, pen-
dant le séjour qu'il fit à Sully, où l'on
sait qu'il a composé une partie de sa
Henriade. De cette cour on est con-
duit par une petite porte basse devant
la façade principale de la partie du bâ-
timent sud-est ; là est une magnifique
entrée a laquelle vient aboutir la salle
des Gardes et un joli vestibule après
lequel sont les appartenons du ptais
graud miuislre qu'ait eu la France, Les
plafonds de ces appartenons sont char-
gés de caissons qui offrent desaiglesdé-
ployés, armés de la foudre. Dans l'é-
tage supérieur, est, outre l'ancienne
salle de réception, la chambre qu'oc-
cupa Henri IV lorsqu'il vint à Sully.
Quant à la tour du château dont il
nous reste à parler, elle est parfaite-
ment conservée ; à sa base coule paisi-
blement l'eau d'un magnifique canal
qui la sépare de la ville. C'est dans
cette tour, qui porte le nom de tour de
Béthune, que Sully fit établir l'impri-
merie qui a servi à l'impression de la
première édition de ses Economies
royales.
Excursion au château de la Fertè-Saint-*
Aubin.
Distance à parcourir : S lieues.
Départ*
D'Orléans à Olivet, la route est fort
agréable, bordée par de jolies habita-
tions ; après ce bourg elle devient
triste ; nous commençons à entrer dans
la Sologne, contrée pauvre et stérile,
dont les vastes surfaces étaient cepen-
dant couvertes de forêts du temps de
Jules César. Des traces de camp romain
attestent que cette partie de la Gaule
offrait des ressources dont elle est
maintenant dépouillée. Le
Château de la Ferté-Saint-Aubin ,
qui est aujourd'hui la propriété du fils
du maréchal Masséna , est situé sur le
Cosson,dont les eaux limpides alimentent
ses larges fossés. Ce château se compose
de deux parties distinctes : l'une, très
ancienne , et dont l'origine remonte
jusqu'au treizième siècle, l'autre, con«
struite par le maréchal de la Ferté , sur
les dessins de Mansard, vers le milieu
du dix-septième siècle.
Excursion aux sources du Loiret.
Dislance à parcourir : I lieue et demie.
Loiret, objet de mes délices, salut! Je
viens te payer ma dette sacrée. Eau lim-
pide , riches pâturages que tu baignes y
château somptueux que ta présence embel-
lit, c'est vous que j'invoque; soyeî mon
Apollon. Et vous, divinités soumises à
Kole , qui venez si souvent caresser de vo-
tre souffle divin ce lieu champêtre , venez
faire résonner les tubes d,e mes faibles pi-
peaux!
MMS»^
DU VOYAGEUR EN EUROPE.
183
Départ.
Nous pouvons nous rendre aux sour-
ces du Loiret par terre et par eau ; la
première voie est ennuyeuse, la seconde
est plus agréable : c'est celle que nous
allons prendre.
Embarquement.
C'est au
Pont d'Olivet que nous allons nous
embarquer, en nous servant du bateau
du moulin. Le lieu d'embarquement
n'est guère commode, à cause de la
vase et des nombreuses plantes qui
sont en cet endroit, mais nous pouvons
remédier à ce léger inconvénient , en
nous servant d'une planche.
Navigation.
Poussons au large, et , à l'aide de nos
deux avirons , remoulons le cours pai-
sible de celte rivière. A gauche, rien
de curieux à voir ; à droite, tout est
beau : châteaux et sites nombreux. A
peine avons-nous quitté le lieu de no-
tre embarquement , que nous nous
trouvons en face le joli
Château de M. Delamarre, entouré
de fort beaux arbres. Sur la même li-
gne est le
Château de Bel-Air, appartenant à
M. Aubertot, propriétaire de la super-
be fonderie établie à Vierzon (Cher), et
dont vous avez peut-être examiné les
brillans produits à l'exposition de 1827.
Arrêtons-nous un instant au pied du
parc pour admirer les beautés enchan-
teresses de ce beau séjour.
Voyez-vous sur les bords du Loiret
un petit
Pavillon à l'italienne ? c'est la
Salle des Bains du château. La pom-
pe que vous voyez en dehors est desti-
née au service de ce lieu; voyez à tra-
vers ses vitraux quel luxe et quelle ad-
mirable distribution ! Des bains l'œil
peut facilement voir une partie du Loi-
ret et la vaste plaine de la rive opposée.
Ce petit
Canal que vous voyez entrer dans le
parc, conduit à la
Poissonnière , où les poissons pris
dans le Loiret, sont retenus captifs par
un treillage en fer, et mis ainsi à l'a-
bri de la main des voleurs et des ani-
maux destructeurs.
Jetons maintenant «os regards plus
loin et en face du château dont l'archi-
tecture, quoique simple, est fort jolie.
A nos yeux se présente d'abord une
Colonne en marbre, dont la base est
entourée par un
Rocher factice , et ensuite un vaste
Souterrain précédé d'une petite salle
destinée à la solitude ; on y respire la
fraîcheur. De tous les côtés l'eau s'en
échappe en mugissant , et vient serpen-
ter à vos pieds et vous apporter une
fraîcheur salutaire. Quittons le séjour
des naïades, portons nos regards à gau-
che ; là nous découvrons un
Temple dédié à l'Amour, et dont la
sculpture, quoique simple, est des plus
jolies. De ce temple, la vue est ravis-
sante. Orléans paraît dans toute son
étendue, ainsi que les bords de la Loire,
rius haut et sur les parties latérales
du château est la
Volière, peu riche en volatiles, mais
belle par sa construction et sa disposi-
tion.
Maintenant que nous avons parcouru
le parc du château du Bel-Air, repre-
nons nos rames et gagnons le large, car
notre point de vue n'en sera que plus
beau. Ici le Loiret est fort large, ses
bords en sont plus rians, en ce qu'ils
ne sont pas dégradés par la main de
l'homme. Admirez l'effet de ces arbres
placés au pied de l'eau ; leurs branches
souples tombent avec grâce, et vien-
nent rider l'eau paisible.
Arrêtons-nous un instant en face de
ce joli tableau ; prenons haleine; exa-
minons passer autour de notre rusti-
que nacelle ces bandes brillantes de
poissons: ce spectacle est digne de fixer
notre attention. Examinez cette roche
couverte d'arbres divers et dont les
pieds sont baignés par l'onde paisible.
Voyez ces grottes et ces petites barques
amarrées à ces poteaux ; c'est là que
viennent, le3 dimanches et les fêtes,
quelques Orléanais amateurs de la pê-
che et des promenades sur l'eau.
Ici le Loiret devient plus étroit, son
cours commence à être embarrassé par
de nombreuses plantes qui gênent la
navigation. Bientôt ces obstacles se
multiplient davantage, et, joints au
manque d'eau, nous sommes obligés de
débarquer près de ce
Pont rustique jeté sur le Loiret.
184
GUIDE
Débarquement et promenade.
Débarquons, amarrons notre bateau
au pont, et dirigeons nos pas vers la
source. D'ici à la source la distance
n est pas grande. Nous sommes dans la
propriété du château de la Source, et
Je possesseur de ce superbe lieu a vou-
lu qu'il fut public, pour que tout le
monde put jouir de sa beauté.
Après avoir suivi une jolie
Avenue pendant quelques minutes,
nous découvrons le
Château de la Source entouré, du cô-
te du nord, d'un massif d'arbres qui
lui donne un aspect très pittoresque.
Non loin de là s'élèvent deux mélèzes,
gardiens majestueux de la source.
Après avoir passé le château, nous nous
trouvons en face la
Source, qui est entourée d'un treil-
lage peu élevé, destiné à éloigner les
curieux imprudens. Cette source, est
appelée la
Grande source. L'eau en sort par une
ouverture de huit à neuf pieds de cir-
conférence. Plus bas et dans la même
direction, c'est-à-dire en face le châ-
teau, est la
Petite source, dont l'ouverture, qui
donne passage à l'eau, est moins grande
que la précédente.
L'eau de ces deux sources sort en
bouillonnant avec plus ou moins de
force, suivant la crue ou la baisse de la
Loire, ce qui me porte à croire que
1 eau du Loiret vient de la Loire par
infiltration.
Maintenant que nous connaissons les
sources du Loiret ; puisque nous som-
mes ici, je vais vous en faire voir le
Gouffre, lieu où l'eau de cette rivière
se perd sans jamais plus reparaître.
Passons du côté opposé, c'est-à-dire
en face le château, et dirigeons nos pas
vers le cours du Loiret. Apercevez-vous
une petite
Chaumière à peu de distance de la
rivière ? C'est derrière elle que se trouve
le gouffre. Tenez, vous commencez déjà
« voir le petit canal qui se détache du
J^oiret et qui conduit à l'abîme sans
fond Mais nous y voici : considérez
maintenant cetépouvantable lieu ; voyez
cette efpèce de bassin circulaire dont la
circonférence n'a guère plus de cent
pieds. Remarquez avec quelle précipi-
tation l'eau qui vient du Loiret dispa-
raît en tournoyant. Que devient cette
eau après son entrée dans le gouffre?
on l'ignore entièrement; jamais per-
sonne n'a pu la voir sortir d'aucun
cote, ni même les arbres qui ont tombé
dedans par suite de l'éboulement des
terres. L'eau s'y perd avec une telle
rapidité, que les meuniers établis sur
le Loiret craignant d'y voir passer tout
reau de cette rivière, etdemanquerpar
la de moteur pour leurs moulins, ont
obstrué en partie le petit canal, qui est
pour eux un objet d'entretien annuel.
Vous pourriez croire d'abord par la
rapidité avec laquelle l'eau tourne et
s'enfonce , que les poissons doivent fuir
ce heu d'épouvante ? Non, pas du tout,
ils y sont, au contraire, en très grand
nombre, ainsi que vous pouvez vous en
assurer en regardant avec attention, car
on peut facilement les voir, surtout si
1 eau est claire. L'ancien chef d'office
du château , M. Mézières, actuellement
pâtissier-traiteur à Orléans, qui m'a fait
voir ce lieu en bateau, m'a assuré y
avoir vu des carpes d'une grosseur
énorme, et je suis même porté à le
croire, car le poisson y vit très tran-
quille , n'étant pas tourmenté par les
pécheurs, à cause de la difficulté de
pouvoir y placer les lignes et les filets.
Maintenant que vous connaissez le
gouffre, prenons la gauche et allons je-
ter un coup-d'oeil sur la
Dui, ruisseau qui est à côté du pota-
ger du château, et dont les bords
font fort jolis, surtout ici; plus loin, il
perd de ses charmes. Voyez, examinez-
en la perspective ; quel coup-d'œil en-
chanteur! c'est un tableau ravissant,
c'est le dernier de ce côté.
Retour au pont d'Olivet.
Puisque nous n'avons plus rien de
curieux à voir de ce côté, nous allons
reprendre notre premier chemin, et
rejoindre notre embarcation et le pont
<l Olivet , d'où nous allons parcourir
1 autre rive ; mais cette fois-ci nous fai-
sons le trajet à pied, ne pouvant pas
nous servir du bateau, à cause des
nombreux moulins établis sur le Loi-
ret, dans cette partie.
Excursion jusqu'au château de Rondeau.
Dislance à parcourir : 1 lieue et demie.
DU VOYAGEUR EN EUROPE.
183
Départ.
Observation.
Gagnons d'abord 1'
Origine du pont, et examinons de là
le magnifique coup-d'œil qne nous of-
fre la rive opposée. Non loin du pont se
déploie avec grâce un magnifique
Château, entouré d'un superbe parc
et d'une belle avenue qui borde cette
rivière. Au dessus s'élève le petit clo-
cher d'Olivet et quelques maisons rus-
tiques formant une espèce de rideau, et
dont l'effet est très gracieux. Plus bas,
l'oeil se repose sur un petit coteau bril-
lant des produits de Cérès et de Po-
mone.
Quittons maintenant le pont et ga-
gnons cettej maison blanche qui] semble
obstruer le cours du Loiret. Cette mai-
son est un superbe
Moulin, dont le mécanisme à l'an-
glaise est fort curieux, et que nous
pouvons voir jusque dans ses plus pe-
tits détails.
A notre droite, entre ce moulin et le
pont, et non loin du Loiret, est un beau
château appelé le
Château de la Fontaine , que nous
pouvons visiter, mais qui n'offre pas le
coup-d'œil gracieux de ceux que nous
venons de voir. Plus loin nous rencon-
trons une foule de moulins qui, par leur
situation, sont dignes d'exercer le pin-
ceau de nos peintres paysagistes. Enfin
vient le
Château du Rondeau , placé dans
une position des plus avantageuses, et
entouré d'une multitude de volatiles
dont les divers ramages sont loin d'avoir
de l'harmonie.
Voilà , mon cher compagnon de route ,
tout ce que le Loiret offre de curieux ,
et je suis persuadé d'avance, que vous
conserverez le souvenir de cette pro-
menade.
Adieux au Loiret. — Adieu, lieux
fortunés ! adieu , rive enchanteresse !
adieu ! Je t'ai payé le tribut d'éloges
que je te devais ; tu n'as plus rien à
me reprocher ; je puis continuer mon
cours avec les autres rivières , moins
riches peut-être en beautés, mais plus
utiles, en nous fournissant le moyen
de transporter nos produits agricoles
et industriels d'une ville à une autre.
Gagnons maintenant Orléans, en sui-
vant le chemin qui est à côté du château
de la Fontaine, et partons pour Nantes.
De tous les fleuves de France , aucun
n'offre une navigation plus difficile que
celui-ci, à cause de ses nombreux dé-
bordemens en hiver, et de son peu d'eau
en été ; aussi , les bateaux à vapeur qui
font le trajet de Nantes à Orléans, sont-
ils obliges de suspendre très souvent
leur navigation à cause de ces deux dif-
ficultés, malgré que, pour parer à la
dernière , on leur ait donné une forme
plate, et un tirant d'eau de quelques
pouces seulement.
D'Orléans à Nantes par les bateaux à
vapeur.
Distance à parcourir : 70 lieues.
I En descendant deux
Durée du trajet : < jours.
( En montant quatre.
Bateaux affectés à ce service.
Deux jolis bateaux à vapeur , les
Vuhains , d'une marche fort avan-
tageuse , font le trajet d'Orléans à
Nantes, en touchant aux villes inter-
médiaires. Les
Prix des places à bord de ces ba-
teaux, sont fixés à 2G francs les pre-
mières, et à 18 francs les secondes. On
trouve , à bord de ces deux bateaux ,
d'excellens restaurans à la carte.
Embarquement et départ.
C'est au
Quai Sypierre , non loin du pont,
que nous allons nous embarquer , à côté
de ces nombreux accélérés , qui déco-
rent le port, et dont la mâture égale
celle de nos plus grands chasse-marées.
La cloche, pour la dernière fois, s'est
fait entendre ; notre navire gagne le
large, et nous voilà sillonnant le fleuve
avec rapidité ; commençons nos études.
A gauche , est le
Quai Neuf, lieu destiné aux char-
gement et déchargement du vin et de
l'eau-de-vie venant du bas de la Loire.
Plus loin , est une
Vaste plaine , destinée au tir à la
cible , au régiment qui forme la gar-
nison d'Orléans. A droite, nous décou-
vrons r
Ancien Jardin des Plantes , la
Porte Barentin; et, dans l'éloigne-
ment, 1'
.
186
GUIDE
Abattoir de la ville, dont la con-
struction est fort belle. A la porte Ba-
rentin , commence une jolie
Avenue d'ormes , conduisant à la
grande route ; à sa terminaison , nous
remarquons d'
Enormes roches, sous lesquelles sont
de vastes cavités. Plus bas, et à droite,
se présente
La Chapelle, village situé sur une
éminence, et jouissant d'une belle vue
qui s'étend au delà du Loiret. Après ce
village, le fleuve devient plus pittores-
que , particulièrement le côté gauche ,
ou bientôt nous remarquons 1'
Embouchure du Loiret, et, dans
l'éloignement,
Saint-Mesmin, joli village qui pos-
sédait jadis une ancienne abbaye , dont
une partie des bàtimens forme aujour-
d'hui une jolie habitation particulière.
Du côté opposé est
Saint-Ay , village dans une belle po-
sition, et d'où on aperçoit
Notre -Dame- de- Cléry , petite ville
peuplée d'environ deux mille habitans,
et remarquable par son
Eglise, dans laquelle fut enterré
Louis XI. Cette église, qui est dans le
genre gothique, a son portail couronné
par une pelite campanille de fort bon
goût. A côté de l'entrée latérale nord,
s'élève une grosse tour de forme tétra-
gone, surmontée jadis d'une flèche.
L'intérieur de l'église est magnifique;
la nef principale est éclairée par vingt-
trois croisées, dont celle du rond-point
offre de beaux vitraux peints, qui pro-
duisent un bel effet. Les portes de la
sacristie et du chapitre sont ornées de
guirlandes sculptées avec une grâce et
une délicatesse admirables. Aux stalles,
nous remarquons des tètes plus ou
moins bizarres , et des ornemens cu-
rieux, dessinés et sculptés avec beau-
coup de goût. Dans la grande nef, nous
remarquons le
Tombeau de Louis XI , exécuté en
1622, et dont le bon La Fontaine,
dans son voyage en Limousin , a donné
la description suivante :
« On voit , dit-il , Louis XI à genoux sur
son tombeau ; aux quatre coins sont des
enfans : ce sont quatre anges , et ce pourrait
être quatre amours , si onneleuravaitpoint
arraché les ailes. Le bon apôlro de roi fait
lit le saint homme , et est bien mieux que
quand le Bourguignon le mena à Liège.
a Je lui trouvai la mine d'un matois;
Aussi l'était ce prince, dont la vie
Doit rarement servir d'exemple aux rois
Et pourrait être en quelque point suivie,
« A ses genoux sont ses heures et son
chapelet, et autres menus ustensiles, sa
main de justice, son sceptre, son chapeau
et sa Notre-Dame ; je ne sais comment le
statuaire n'y a point mis le prévôt Tristan ;
le tout est en marbre blanc, et m'a semblé
d'assez bonne main. »
Ce monument, qui avait été porté atl
musée des monumens français à l'épo-
que de notre révolution, fût replacé à
Cléry en 1816, et porte pour principale
inscription :
A
La mémoire
De
Louis XI . mi de Franc» ,
Et de
Chartolte deSavoîe , son épouse.
Après Notre -Dame -de -Cléry, et
dans la même direction que Saint-Ay,
est
Saint-Pierre , village n'offrant aucun
intérêt. Après avoir parcouru une
faible distance, nous arrivons à
Meun, ville bien bâtie et dans la-
quelle nous remarquons un joli
Château , qui Taisait partie autrefois
du domaine des évêques d'Orléans. Non
loin de Meun , est
Baulle , village placé dans une posi-
tion fort agréable. Après avoir parcouru
un léger détour, nous apercevons, à
notre droite
Beaugency et son superbe
Pont, composé de trente-neuf ar-
ches, et près lequel nous allons faire
une
Station, pour prendre ou pour laisser
des voyageurs.
Bea ugency est une ville fort ancienne ;
elle était défendue autrefois par un an-
cien château-fort, sur les ruines duquel
fut construit, plus tard, celui dont nous
remarquons encore les restes. Ce châ-
teau, quoique bien fortifié, ne put ce-
pendant préserver la ville des ravages
qu'y exercèrent Attila, en 451; Odoa-
cre , roi des Saxons , en 480 ; les Nor-
mands, en 854; le prince de Galles,
en 1367 ; les Anglais , en 1411 et 1428.
Le duc d'Alençon et Jeanne d'Arc l'en-
levèrent aux Anglais en 1429. Les
Restes du château de Beaugency con-
sistent en une
Tour, qui domine la ville, et qui offre
DU VOYAGEUR EN EUROPE.
183
un parallélogramme de soixante -douze
pieds de long sur soixante-deux de large.
Cette tour, qui était autrefois environ-
née de murailles particulières, et cou-
verte en plomb et en ardoise , fut brûlée ,
en 1568, par suite de l'incendie d'une
abbaye qui en était proche , et à la-
quelle les protestans mirent le feu. A
cette époque, son élévation était de cent
vingt- cinq pieds, mais on fut obligé,
alors, d'en démolir environ dix pieds,
qui menaçaient ruine.
Après cette tour, Beaugency n'offre
plus rien à notre curiosité que son
Hôtel- de -Ville, dont la façade est
sculptée avec goût , et ornée de bas-
reliefs , de portraits et d'une sala-
mandre qui caractérise le règne de
François I".
Départ de Beaucjennj.
Après avoir quitté le port de Beau-
gency et parcouru une faible distance ,
nous remarquons , à droite, et un peu
à l'écart du fleuve,
Mer (Loir-et-Clier) , petite ville fort
jolie, dans laquelle est né, en 1(537,
de Jurieu, célèbre ministre protestant,
et où nous voyons encore la maison
qu'il a occupée. Ses dispules avec le
docteur Arnold lui valurent, dans le
temps , une certaine renommée. Il est
rentré dans l'oubli avec ce qui faisait
la matière de ces disputes, encore au-
jourd'hui si vaines et si inintelligibles.
Presque en face est
Nouan, petite ville qui n'a rien de
remarquable que sa situation. Sur la
même ligne, et à l'écart du fleuve, se
montre
Muides , et plus loin
Saint-Dié , petite ville possédant un
joli port qui favorise un commerce con-
sidérable. Cette ville avait autrefois un
monastère, que Clovis I" fonda, lors-
qu'il visita ce saint ermite, au retour
de la bataille qu'il gagna sur Alaric , roi
des Visigoth» , l'an 530. Presque en face
Saint-Dié, nous remarquons
Suèvres , bourg sans intérêt. Plus
loin, et dans la même direction, se
montre
Ménars , petit village possédant un
Château fort joli construit vers le
milieu du XVII' siècle par Guillaume
Cheron, trésorier de l'extraordinaire
des guerres: son architecture, qui tient
de l'école de Mansard , si féconde en
beaux édifices , quoique incorrecte dans
quelques unes de ses parties, a cependant
quelque chose d'imposant et de monu-
mental. Son intérieur était orné de fres-
ques et de peintures de Jean Mosnier.
Parmi les chefs-d'œuvre de l'art qui
s'y faisaient admirer, il existait entre
autres une statue en pied de Louis XV,
et les bustes du grand Condé et de Tu-
renne ; on en voit encore les débris
dans l'un des pavillons dépendant du
château.
Des terrasses de ce château, sous
lequelles nous passons , on jouit d'une
vue délicieuse , tant sur le fleuve que
sur les riches passages des environs.
Le château de Menais est aujourd'hui
la propriété du prince Joseph de Chimay,
qui y a fondé un
Prytanée qui compte déjà trois an-
nées d'existence. La position de cet éta-
bliseuient , à l'entrée du parc de Mé-
nars, entre la Loire et la route de Paris
à Bordeaux , dans un site magnifique,
au milieu d'un pays riche , remarqua-
ble par sa salubrité , dont un climat
doux et tempéré permet aux élèves de
fréquentes promenades à la fois ins-
tructives et agréables.
La direction de ce vaste établissement
est confiée à un homme capable , à
M. Auguste Desportes . jeune auteur
rempli de talent et favori des muses.
Du côté opposé de Ménars, est
Saint- Claude, bourg n'offrant au-
cun intérêt. Bientôt s'offre à nos regards.
Blois , où nous allons faire une
Station pour prendre et déposer des
passagers.
Aperçu général de Blois. — Cette
ville, dont l'origine se perd dans la nuit
des siècles, est bâtie en amphithéâtre,
sur la rive droite de la Loire , dans un
des plus beaux sites de la France. Sa
position , au sommet et sur le penchant
d'un coteau , la divise naturellement en
haute etbasse ville. La partie supérieure,
qui forme la ville proprement dite , est
en général mal bâtie; les rues sont
étroites, mal percées, et pour la plu-
part inaccessibles aux voitures, mais du
reste fort propres. La ville basse offre
une suite de maisons bien bâties, le
long d'un quai superbe et d'une prodi-
gieuse étendue , lequel forme la grande
route , et va , en longeant le cours de la
Loire s'unira la belle levée de Tours.
188
GUIDE
Blois possède Un magnifique château,
qui fut pendant plusieurs siècles la de-
meure des comtes de ce nom , un très
beau pont, plusieurs églises, de belles
promenades, une bibliothèque publique
renfermant environ dix - sept mille
volumes parmi lesquels nous remar-
quons quelques ouvrages rares , une
salle de spectacle, deux beaux abat-
toirs, un jardin botanique, de belles
fontaines , une bourse de commerce ,
enfin une poissonnerie.
Passons maintenant en revue les
Curiosités de Biais , commençons
par le
Château, t Les fondemens de ce châ-
teau furent jetés par les comtes de Blois.
Réédifié et reconstruit plusieurs fois,
il ne lui reste de gothique qu'une tour
qui semble n'être encore debout, malgré
le poids des siècles et l'invasion de l'ar-
chitecture moderne , que pour rappe-
ler que là fut le théâtre des plus san-
glans excès du pouvoir.
«Louis XII fit rebâtir, en 1498, la par-
tic orientale du château et augmenta
celle du midi. François I" bâtit celle
du nord donnant sur la place du Collè-
ge ; on y voit encore son chiffre sculpté
et ses armes où figure une salamandre ;
Gaston d'Orléans fit construire, en 1633,
sur les dessins de Mansard , la belle fa-
çade qui regarde l'occident, laquelle
n'a jamais été terminée.
« L'état défavorable dans lequel se
trouve aujourd'hui ce château , afflige
les regards de tous ceux qui aiment et
cultivent les arts; les nombreuses mu-
tilations qu'ont éprouvées les sculptures
donnent de vifs regrets; et cette somp-
tueuse maison royale , jadis si floris-
sante , n'est plus qu'une caserne ! ( Les
Châteaux royaux.) Les
Souvenirs historiques qui se ratta-
chent à ce château sont nombreux ;
ce fut dans ce lieu qu'Isabeau de Ba-
vière , femme de Charles VI , fut relé-
guée après l'exécution du chevalier
Louis Bourdon; là aussi se fit le fa-
meux traité de paix et de confédéra-
tion entre les Florentins et Louis XII
et la république de Venise ; celui des
Florentins etdesPisans; celui de Trente;
la négociation pour l'affaire de Metz ,
1 oui et Verdun. Ce fut dans ce château
que se célébrèrent les noces de Charles,
ducdAIençon, et de Marguerite d'An-
gouleme, sœur de François I«»j celles de
Jean d'AIeneon,2« du nom, aïeul de
Charles, avec Jeanne d'Orléans, fille
de Charles, duc d'Orléans , et d'Isabeau
de France. Là , que Philippe d'Autriche
et sa femme, Jeanne de Castille, traitè-
rent avec Louis XII et sa femme le ma-
riage de leurs enfans, mariage qui n'eut
pas lieu. Là, que Jacques, roi d'Ecosse,
demanda en mariage Madeleine de Fran-
ce. Là que fut fait le traité solennel entre
le roi de France et la reine d'Angle-
terre. Là que se fit le mariage d'Anne
d'Alençon , avec Guillaume Paléologue,
marquis de Monferrat. Ce fut encore
là, qu'Henri IV fut marié avec Margue-
rite de Valois , fille de Henri II.
Mais si l'amour a tant donné de mar-
ques de lui dans ce château, la mort n'y
a pas moins laisséd'elle-même, car elle
y enleva Valentine de Milan , femme
de Louis d'Orléans, comte de Blois.
Philippe d'Orléans, comte des Vertus,
leur troisième fils. Elisabeth de France,
fille de Charles VII, veuve de Richard ,
roi d'Angleterre, et première femme de
Charles , duc d'Orléans , comte de
Blois. Pierre d'Amboise, évêque de
Poitiers , frère du cardinal de ce nom.
Jean d'Orléans, duc de Longueville ,
petit-fils de l'illustre bâtard, Jean d'Or-
léans , du poison qui lui fut donné au
retour du siège de la Rochelle. Les rei-
nes Anne de Bretagne et Catherine de
Médicis, les princes de la maison de
Guise , Marie-Anne d'Orléans et Mar-
guerite de Lorraine, sa femme. Le
Pont , près lequel nous stationnons ,
et qui joint la ville au faubourg de
Vienne , mérite une attention particu-
lière : ouvrage du X» siècle, porté sur
onze arches, il est parfaitement con-
servé et semble avoir bravé les injures
du temps. Il n'a pas, il est vrai, l'élé-
gance de ceux construits de nos jours,
qui, grâce à la hardiesse des voûtes
plates, sont de niveau avec les deux
rives ; mais peut-être réunit-il à plus
de solidité, plus de majesté, et pré-
sente-t-il à l'œil une forme analogue à
l'idée que l'on a naturellement de ces
sortes de monumens.
Sur ce pont, nous remarquons une
vaste
Pyramide , décorée de belles sculp-
tures, armoiries et bas-reliefs. En 159ÎJ,
son sommet fut renversé par un violent
orage, et sans que ses ornemens en fus-
sent en rien endommagés. C'est cet évé-
DU VOYAGEUR EN EUROPE.
189
nement qui porta Chàurel , prévôt de mais laissons-la de côté et occupons
la ville , à faire les vers suivans :
Prirami's ercctsa strabal quœ marginc pontts
Claracoronala tilia fonte gérons.
Dm» levis audaci per tanta culmine cœlum
Noclnrna venli turliine ouassa ruit.
A T on tarnen itla sacrai» pestls violare coronam.
Aul franco! flores potluere ausa fait.
Quippe et tella Jouis regalla signa vencrenlar
Hrccotit sub Uenricl noin'tne tuta manentt
les
Fontaines de Blois, qui sont les der-
nières curiosités que renferme cette
ville, sont alimentées par un large
aqueduc , qui se prolonge sous terre
à environ un quart de lieue de la ville,
mais qui , à cette distance , se resserre
de manière à ne plus permettre d'en
suivre la direction. Toutes ses eaux sont
conduites dans un vaste bassin, et de là
elles se répandent dans l'intérieur de la
ville. La plus belle de toutes les fon-
taines que cette distribution forme, est
celle qu'on appelle vulgairement la
Grande fontaine , à cause de la
grande quantité de tuyaux qui jettent
continuellement l'eau, et parce que
Louis XII l'embellit. L'inscription que
l'on y plaça en 1672, ne lui lit pas beau-
coup d'honneur, car elle donna lieu
aux vers suivans :
Celui qui sur ces eaux a rimé de traTers
Ne s'est pas acquis grande yloire,
Et s'il en rient une seule fois boire ,
îl sera plus payé que ne Talent ses vers.
Environs de Blois.
Les environs de Blois sont charmans,
remplis de sites et de châteaux magni-
fiques ; deux de ces châteaux , par leur
importance, doivent être visités idéale-
ment, savoir: le château de Chambord
et celui de Fréchines.
Excursion idéale au château de Cham-
bord,
Dislance à parcourir: i lieues.
Situation : à l'Ouest de Blois.
Si nous devions nous transporter au-
trement que par la pensée à Cham-
liord, nous suiverions le cours gracieux
duCossou qui traverse le parc du châ-
teau, et à notre droite, pour varier la
route, nous suivrions les bords de la
Loire , qui nous offrent de là , une suc-
cession de sites romantiques ; de ta-
bleaux ravissans et de rians paysages.
Voilà la route que nous prendrions;
nous seulement du château ; commen-
çons d'abord par tracer son
Historique. — Le château deChambord
n'était , en l'an 1090, qu'une maison de
plaisance et un rendez-vous de chasse
des comtes de Blois. Depuis long-temps
les rois de Frauce en avaient fait l'ac-
quisition , lorsque François I er , fit édi-
fier, sur les ruines de l'ancien château,
l'édifice que nous admirons de nos
jours.
Depuis lo2G jusqu'à sa mort, Fran-
çois r* occupa à la construction de
Chambord , dix-huit cents ouvriers et
dépensa environ cinq millions de notre
monnaie. Après la mort de ce monar-
que, le mauvais état des finances em-
pêcha Henri II, Henri III et Charles IX,
de dépenser pour la construction de
l'édifice, plus de 391,000 livres, somme
qui, réunie à la première, donne une
douzaine de raillions de notre monnaie.
Cependant jamais les bâtimens du châ-
teau n'ont été complètement achevés.
Après l'exil de Mlle de Lafayette ,
Louis XIII fit de Chambord sa rési-
dence favorite. Louis XIV habita ce
château plusieurs années, et y donna
de brillantes fêtes ; ce fut dans l'une
d'elles, au mois d'octobre 1070, que le
Bourgeois-Gentilhomme fut joué par
Molière et sa troupe , la première fois.
Louis XV donna Chambord à Stanis-
las, roi de Pologne, son beau-père. A
Stanislas succéda le maréchal de Saxe
qui , après sa mort , passa au comte de
Frise son neveu, et après lui, ce beau
domaine retourna à la couronne. En
1777, Louis XVI en donna la jouissance
à la famille de Polignac. Sous l'empire,
Napoléon l'assigna en dotation à la Lé-
gion-d'Honneur. Après la bataille de
VVagram , l'empereur érigea Chambord
en principauté et en fit don au maré-
chal Berthier, sous la condition de faire
terminer le château d'après les dessins
du Primatice. Berthier étant mort , la
princesse de Wagram fut forcée d'alié-
ner ce domaine , qui fut mis en vente
en 1820, et racheté pour être offert, soi-
disant , par la Frauce , au duc de Bor-
deaux, au moyen d'une souscription
volontaire, ouverte par ordre des minis-
tres ; mais réellement imposée aux fonc-
tionnaires publics et à tous les employés
des diverses administrations.
Maintenant que vous connaissez l'bisx
190
GUIDE
torique du château de Chambord , pas-
sons à sa
Description, que nous allons em-
prunter à Blondel. Ce château, dit cet
auteur, est de forme quadrangulaire,
de vingt-quatre toises de diamètre,
connu sous le nom de donjon. Ce don-
jon est flanqué de quatre grandes tours
et entouré d'un bâtiment rectangulaire,
dont les quatre angles sont aussi mas-
qués par des tours fort en usage dans
les anciens châteaux, mais dont deux,
situées du côté du midi, sont beaucoup
moins élevées. La plus grande partie
de ces derniers bâtimens n'ayant été
achevée que sous le règne de Louis XIV,
le bâtiment rectangulaire est d'une ar-
chitecture demi-gothique, bien infé-
rieure à celle du château ; la forme des
cours qui l'environnent est désagréable
à l'œil et nuit à l'effet pyramidal de ce
bâtiment. Les quatre tours du donjon
ont chacune soixante pieds de diamètre.
Au milieu de cet édifice s'élève une
cinquième tour de trente pieds de dia-
mètre sur cent pieds de hauteur, ce qui
donne une forme pyramidale très ingé-
nieuse à ce monument, couvert en
partie par des terrasses et en partie par
des combles terminés par une multi-
tude de lanternes qui , entremêlées
avec les souches des cheminées, ornées
de salamandres, et s'élevant comme de
beaux fûts de colonnes au dessus des
bâtimens , annoncent un lieu d'habita-
tion imposant et d'un aspect fort sin-
gulier
Le château est composé de trois rangs
d^élages. A l'extérieur, il est orné de
pilastres espacés de quinze pieds et
couronnés chacun d'un entablement
d'un travail recherché. La distribution
intérieure de l'édifice n'est pas moins in-
téressante : le grand escalier est prati-
qué dans la tour, placée au centre du
bâtiment; on y arrive, au rez-de-chaus-
sée , par quatre salles des gardes , de
cinquante pieds de longuouretde trente
pieds de largeur, en sorte que, dans les
quatre massifs angulaires, sont distri-
bués à chaque étage autant d'apparte-
mens complets. Ce qui mérite surtout
les plus grands éloges, c'est la disposi-
tion ingénieuse de cet escalier à double
rampe, se croisant l'une sur l'autre, et
toutes deux commençant à un même
noyau : on ne peut, en effet, trop ad-
mirer la légèreté de son ordonnance, la
hardiesse de «m exécution et la délica-
tesse de son exécution et de ses orne-
înens , perfection qui , aperçue de la
plate-forme du châleau, frappe, étonne,
et laisse à peine concevoir comment
on a pu parvenir à imaginer un dessin
aussi pittoresque , et comment on a pu
le mettre en œuvre.
Quant aux
Dépendances du château, elles sont
immenses, son parc, qui est entouré de
murs, est de douze mille arpens et tra-
versé, ainsi que nous l'avons dit, par
la rivière du Cosson, dont les rives tou-
chent presque aux murs du château
Ses bords, ombragés par des touffes de"
joncs et de roseaux, servent de retraite
aux oiseaux aquatiques.
I>u château de Chambord, transpor-
tons-nous maintenant à celui de Fré-
chines.
Excursion au château de Frêchines.
Distance à parcourir : i lieues.
Situation : entre Blois et Vendôme.
Le château de Frêchines s'élève sur
un plateau qui domine toute la contrée.
Situé au milieu d'un paysage aussi riche
que varié , la nature et l'art ont fait
de ce séjour, l'un des plus beaux et des
plus remarquables de cette partie de la
France. Il fut construit, en 1774 et
1773 , dans un style moderne, qui joint
à l'élégance des formes tous les déve-
loppemens nécessaires à ce genre d'é-
difice. Deux parcs en dépendent : l'un
d'une vaste étendue , occupe une sur-
face de huit cent cinquante arpens ;
l'autre, d'une moins grande dimention,
dessiné avec art dans le genre pittores-
que , se distingue par la variété des
sites, et par de nombreux embellisse-
mens dus aux soins et au bon goût du
propriétaire actuel. De belles eaux, des
fabriques, un vallon délicieux, qui s'y
trouve compris, donnent à ce riant ta-
bleau un intérêt qui s'accroît encore
par le souvenir du grand homme qui
l'habita, du célèbre Laurent Lavoisier,
auquel la chimie doitde grandes décou-
vertes. Après sa mort, Frêchines devint
le partage de sa veuve, qui épousa
M. le comte de Rumfort, savant étran-
ger, membre correspondant de l'acadé-
mie des sciences , et connu par plu-
sieurs inventions utiles à l'humanité.
La terre de Frêchines est maintenant
Ï>U VOYAGEUR EN EUROPE.
191
la propriété de M. le comte de La Fo- ratifié par la duchesse de Valentinoïs,
rêt.
Hôtel recommandé. — Hôtel de la
Tête-Noire , tenu par M. Pacheran -
Huguet, en face la Loire.
Cet hôtel, que nous ne saurions trop
recommander à MM. les voyageurs, par
sa bonne tenue et sa belle position, se
trouve figuré dans l'atlas du Guide.
Départ de Bluis.
Allons , mon compagnon de voyage,
notre navire quitte le port, reprenons
notre itinéraire fluvial. A droite rien de
curieux à voir que les magnifiques
Levées de la Loire , l'un des plus
beaux ouvrages, qui réunit à l'avantage
d'offrir en tout temps des communi-
cations sures et faciles, celui de pré-
server des inondations de la Loire les
propriétés voisines de ce fleuve. A gau-
che, tout est beau, campagnes et habi-
tations. Nous voici à
Chouzy , petit bourg situé à notre
droite, dans lequel est établi la
Pépinière départementale , dans la-
quelle on compte une multitude de su-
jets en ormes, frênes et mûriers blancs,
ainsi que plusie urs milliers de pieds d'ar-
bres en bois blaiio. Après avoir par-
couru une faible distance, nous passons
d'abord devant 1'
Embouchure de la Cize , et ensuite
devant celles du Breuvrou etduCosson.
Presqu'en face est
Ecure, petit hameau sans importance.
Apercevez-vous à notre gauche, sur le
sommet du joli coteau que nous Ron-
geons , un antique château d'un aspect
pittoresque? c'est le
Château de Chaumont , dont les
fondations furent jetées par les sei-
gneurs d'Amboise. Ce château, quoique
construit à diverses époques, est assez
régulier, et offre des détails très re-
marquables.
C'est dans ce vieux manoir que Ca-
therine de Médicis se livrait aux prati-
ques de l'astrologie judiciaire, et qu'elle
cherchait à connaître un avenir que le
cri de sa conscience devait lui rendre
redoutable. Après la mort de Henri II,
pour satisfaire la haine qu'elle portait
à Diane de Poitiers, elle la contraignit
à lui céder Chenonceau en retour de
Chaumont , et cet échange forcé fut
en 15o9.
C'est dans ce château qu'est né, en
1480, Georges d'Amboise , premier mi-
nistre de Louis XII , que Voltaire, dans
sa Henriade , a dépeint l'un et l'au-
tre en ses termes :
Le sage Louis douze , au milieu de ces rois,
S'élève comme un cèdre, cl leur donne des lois.
Ce roi qu'à nos aïeux donna le ciel propice ,
Sur son trône arec lui lit asseoir la justice ;
Il pardonna sou veut , il régna sur les cœurs,
Et des veux de son peuple il essuya les pleurs.
D'Amboise est à ses pieds ; ce ministre tidèle ,
Qui seul aima la Fiance elseul fut aimé d'elle ;*
Tendre ami de son mai Ire , et qui , dans ce haut rang ,
Ne souilla point ses mains de rapine et de sang.
jours! ôinœursl ô temps d'éternelle mémoire 1
Le peuple était heureux , le roi couvert de gloire ;
De ses aimables lois chacun goûtait les fruits.
Revenez , lieurenx temps ■
( Chanl vu J
Plus loin, et du côté opposé à Chau-
mont, est
Veuve, village sur la levée de la
Loire, et qui n'offre rien de remarqua-
ble. A l'opposlle, nous remarquons
Mosne (Indre-et-Loire), joli vil-
lage dans une belle position. La rive
gauche du fleuve continue d'aUirer nos
regards, bientôt nous y découvrons.
Amboise, et son joli
Pont, près lequel nous allons faire
une nouvelle
Station. Amboise est une ville fort
ancienne, et en général mal bâtie et
mal percée ; peu considérable dans le
principe, elle commença à prendre de
l'accroissement sous le gouvernement
des comtes d'Anjou, mais ce fut princi-
palement sous le règne de Charles VII,
de Louis XI et de Charles VIII, qu'elle
parvint au degré de prospérité où elle
est aujourd'hui. Le
Château, devant lequel nous venons
de passer, et dont les murs sont baignés
par la Loire, a été bâti par Charles VII.
11 est flanqué de deux belles tours, dans
l'intérieur desquelles on peut monter
envoilurejusqu'au sommet. Ce château,
qui appartient maintenant au roi Louis-
Philippe , est embelli de jardins fort
agréables, élevés eu terrasse, à quatre-
vingts pieds au dessus du sol de la ville.
Passons maintenant aux
Souvenirs historiques.- Ce fut dans
ce château, qu'en 1409, Louis XI insti-
tua l'ordre do Saint-Michel, et exempta
la ville de tailles par lettres-patentes ,
en 1812. Ce fut là aussi que les Guises
virent échouer les premiers efforts
192
GUIDE
dirigés contre leurs ambitieux projets.
Le cadavre de la RJgaudière, chef des
conjurés, attaché à une potence , et
ceux des prisonniers faits dans l'action,
suspendus aux fenêtres du château,
tels furent les horribles trophées de ce
jour néfaste , où commencèrent les
troubles et les guerres intestines qui
désolèrent la France sous les derniers
des Valois. Une seconde attaque ayant
eu lieu , les Guises ne mirent plus de
bornes à leur vengeance : la foi des
sermensfut violée: le brave Castelnau ,
et ses derniers complices périrent sur
l'échafaud.
Les Guises détignèrent, au jeune roi,
Chatillon et le prince de Condé, comme
les instigateurs de la conjuration. On
connaît la réponse énergique que fit ce
dernier en se justifiant devant Fran-
çois II et sa cour : Si quelqu'un est
assez hardi pour soutenir que j'ai tenté
de révolter les Français contre la per-
sonne sacrée du roi, et que je suis au-
teur delà conjuration, renonçant au
privilège de mon rang, je suis prêt à le
démentir par un combat singulier. — Et
moi , reprit le duc de Guise, que ce défi
semblait regarder, et qui faute de preu-
ves complètes eût voulu étouffer cette
poursuite, « je ne souffrirai pas qu'un
aussi grand capitaine «oit noirci d'un
pareil crime, et je vous supplie de me
prendre pour second. » A ce dernier
trait, on reconnaît la politique astu-
cieuse qui caractérisait le prince de
Lorraine.
Charles VIII naquit à Amboise en
1470, et y resta jusqu'à son avènement
au trône ; il avait intérieurement le dé-
sir d'y établirson séjour. Au?si, vou'ant
rendre le château dement sur
une colonne , prolongement du limon.
C'est dans cette tour que Charles VIII
passa son enfance. La plus grande di-
mension de sa prison était de dix pieds,
et, cet espace resserré, l'héritier du
trône ne pouvait l'occuper seul : un of-
ficier était commis à sa garde. Au nord ,
et du côté opposé à la tour , était la cha-
pelle du château ; elle est détruite de-
puis peu d'années.
A l'extrémité de l'une des terrasses
du château se voit encore le
Puils des Oubliettes, recouvert par
un pavillon de chaume. C'est près de
là. dans un caveau pratiqué dans la
même terrasse, que la nuit, on abritait
Vieux château qui domine tout le
pays. Non loin de là nous trouvons les
liuines d'un aqueduc fort ancien ,
dont il ne reste encore debout qu'une
cinquantaine de piliers carrés et huit
arcades entières. Dans la même direc-
tion que Luynes, et à une certaine dis-
tance, nous découvrons
Saint-If/ars-la-Pile, bourg bâti dans
une situation pittoresque, près de la
Loire, sur le penchant d'un coteau où
nous remarquons les
Ruines d'un ancien château, à peu
de distance desquelles s'élève un
Pilier très curieux, dont plusieurs an-
tiquaires se sont vainement efforcés de
pénétrer l'origine. Ce pilier, construit en
briques, est de forme quadrangulaire : il
a 90 pieds 3 pouces de haut, et 12 pieds
6 pouces de largeur sur chacune de ses
faces. Cette largeur est égale depuis la
base jusqu'au sommet, qui est surmonté
de 5 piliers de 10 pieds de haut. Celui
du milieu a été abattu par un ouragan,
en 1751.
On attribue ce monument dont la
le cardinal La Balue, renfermé dans destination est inconnue aussi bien que
l'époque de sa construction, les uns
aux Romains, les autres aux Goths ou
aux Alains, d'autres enfin aux Celtes.
Après Cinq-Mars nous longeons 1?
Ile Brechemont, en face de laquelle est
Langeais, petite ville très ancienne,
située entre le fleuve et lo coteau. Saint
Martin, dans le quatrième siècle, y jeta
les premières semences du christia-
nisme, et y fit bâtir une église. L'
Ancien château, dont il existe encore
quelques vestiges, avait été bâti par
l'oulques-Ncrra, comte d'Anjou. Le
Château moderne fut construit au
milieu du treizième siècle, par Pierre
de Brosse, minisire et favori de Phi-
lippe-Ie-IIardi. C'est dans ce château
que fut célébré, en J 491, le mariage de
Charles VIII et d'Anne de Bretagne,
l'une de ces cages de fer dont il fut l'exé-
crable inventeur.
Hôtel recommandé. — Hôtel de Lon-
dres, tenu par M. Pilou.
Le propriétaire de ce joli hôtel, pré-
vient MM. les voyageurs que, devant
quitter au mois de juin 1838, V hôtel de
la boule d'Or, qu'il tient depuis 18
ans , il continuera son établissement
dans son hôtel, qui portera le nom
d'Hôtel d'Angleterre, maintenant dé-
signé sous le nom d'Hôtel de Londres,
qu'il vient de réunir à la belle maison
qui fait l'angle de la rue Royale et de
la rue de l' Ancienne-Intendance. Ce
bel établissement est maintenant à la
disposition de MM. les voyageurs. Les
appartemens sont parquetés et meublés
avec luxe et convenablement distribués.
Il
grande cour et une vasle remise
Départ de Tours.
Nous voici déjà au large, et en face la
superbe
y a plusieurs salons particuliers, une par suite duquel la Bretagne fut réunie
à la couronne. Une ancienne cheminée
offre encore des sculptures qui ont rap-
port à cet événement.
La terre de Langeais appartenait à
la famille du Bellay'; elle fut achetée au
DU VOYAGEUR EN EUROPE.
197
dix-seplième siècle par le marquis d'Ef-
fiat, dont le fils prit le nom de Cinq-
Mars, qui dépendait de cette terre.
Du même côté que Langeais et à l'ex-
trémité de l'île Brechemont est
Saint Patrice, bourg peuplé d'envi-
ron mille habilans, et dans lequel nous
remarquons le
Château de Rochecotte. En face de
Saint-Patrice est le
Confluent de l'Indre, aux environs
duquel nous remarquons le superbe
Chtiteaud'Ussc, bâti sur le penchant
d'un coteau escarpé, et dominant le
vaste bassin de la Loire et les bords
champêtres de l'Indre. Ce château, qui
est fort vaste et d'une belle architec-
ture, a été bâti sur les plans et dessins
du célèbre Vauban, au gendre duquel
il appartenait. La chapelle est d'un joli
gothique et d'un bon goût.
A une lieue environ au dessus de
ce château est celui d'Azay-le-Kideau,
qui est l'un des plus pittoresques de
France, et qui, par la richesse des dé-
tails de son architecture, doit être mis
au nombre des plus beaux monument de
la renaissance. Faisons une
Excursion idéale au château d'Azay-le-
Rideau.
Le
Château d'Azaj-lt-Ridcau est situé
dans une jolie île formée par l'Indre ;
ce château a été commencé en 1502, par
GilesBerthelot, et continué par Pothron
de Sainlrailleset Semblacay. Il est éle-
vé sur pilotis, et flanqué de tourelles
qui forment avec les deux principaux
corps de bâtiment, une masse aussi im-
portante que remarquable par l'élé-
gance de son architecture. II est entou-
ré au midi par la rivière d'Indre qui,
au couchant, se divise de manière à
former plusieurs îles couvertes d'ar-
bres.
Le portail du château d'Azay-le-Ri-
deau, exécuté avec légèreté et correc-
tion, est le premier objet qui se fait
remarquer. Il sert de façade à l'entrée
du château, et par l'élégance, la pureté
du style, rappelle le beau faire de Gou-
jon; les frises et les bas-reliefs qui le
décorent retracent de toutes parts les
devises de François I tr et de Pin- i ,■.
Poitiers. Ce portail, composé de ..on
ordres d'architecture pris dans les mo-
dèles de la renaissance, sert de cage à
un escalier des plus curieux, où le pré-
cieux des délails le dispute à leur
perfection.
Quant à l'intérieur du château, il est
fort beau et renferme une riche collec-
tion de tableaux historiques, d'un très
beau choix et des meilleurs maîtres.
Ce château appartient aujourd'hui à
M. le marquis de Bieneourt.
Maintenant que nous connaissons
idéalement le château d'Azay-le-Rideau,
reprenons notre itinéraire. Pu même
côté que Saint-Patrice , nous remar-
quons successivement les
Trois Volets , la
Chapelle Hanche et
Chouzè , villages sans importance.
Non loin de ce dernier, et du côté op-
posé est
Candes, petite ville bâtie dans une
situation 1res pittoresque, au
Confluent de la Vienne. Il y avait
aulrefois à Candes un monaslère fondé
par saint Martin, qui y mourut en
397. h'
Eglise, qui est d'une construction
gothique, reste seule aujourd'hui, et
renferme le tombeau de son fondateur.
Les rois Cliaries-le-Chauve, Philippe-
Auguste, Charles VIII et Louis XI, ont
habité le château de Candes. Geoffroy
Marlel l'assiégea en 1106, et y fut tué.
A côté de Candes est
Monsoreau (Maine-et-Loire), petite
ville dans laquelle nous remarquons un
joli
Cliâteau, construit vers le douzième
siècle, et servant aujourd'hui de maga-
sin et d'habitation à quelques particu-
liers. C'est dans ce château que fut em-
poisonnée la comtesse de Montsoreau,
maîtresse du duc de Guyenne, lequel
mourut aussi quelque temps aprèscet é-
véuement. i C'est, dit Brantôme, undes
« cent tours du bon roi Louis XI, qui
s fit mourir sen frère en lui faisant le
« plus beau semblant de l'aimer vive-
» ventent, et de le regretter après sa
« mort. »
Après avoir parcouru deux petits dé-
tours, nous remarquons à droite
Villehenier, village sans importance,
et duquel nous découvrons
Saumur et son joli
l'ont en pierres de tuiles, qui joint la
ville au faubourg de la Croix-Verte. A
Saumur, nous faisons une nouvelle
Station d'un quart d'heure.
108
GUIDE
Aperçu général de Saumur. — Cette
ville, qui occupe une position char-
mante, est bâtie au pied et sur le pen-
chant d'une colline. La partie qui avoi-
sine le fleuve est construite avec élé-
gance ; l'autre , c'est-à-dire la ville
haute, est moins régulière et plus mal
bâtie.
Saumur possède , outre le château
sur lequel notre vue repose, plusieurs
églises assez remarquables, une belle
caserne, une jolie salle de spectacle,
des bains, enfin une bibliothèque pu-
blique.
Passons maintenant en revue les
Curiosités de Saumur. Commençons
par le
Château. Ce château, que l'on nom-
me le donjon, fut construit vers le on-
zième siècle, sur l'emplacement de
l'ancien château du Trône, édifié par
Pépin. Ce château, qui sert aujourd'hui
d'arsenal, était composé autrefois de
quatre corps de bâtiment, renfermant
une tour carrée, flanquée aux angles
extérieurs d'une grosse tour construite
sur deux plans, la première, circulaire
jusque vers le milieu de la hauteur, et
le surplus, de forme octogone, avec un
pilier à chaque angle. L'un de ces qua-
tre corps de bâtiment est détruit de-
puis long-temps. Les deux tours situées
au sud, existent en entier; des deux
autres placées vers le nord, l'une, qui
menaçait ruine, a été démolie en par-
tie; l'autre présente, dans ses restes,
les caractères de deux siècles difi'érens.
Des trois
Eglises de Saumur, deux seules mé-
ritent d'être citées, savoir : 1'
Eglise de Nalilly, qui est un édifice
fort joli, et dont la construction paraît
appartenir au cinquième siècle, et 1'
Eglise Notre-Dame-des- ./rdilliers ,
construite en 1333, et dans les bâtimens
de laquelle on a fondé, en 1796, 1'
Hospice de la Providence. Quant à la
Caserne de Saumur, elle est compo-
sée d'un grand corps de bâtiment
ayant à ses deux extrémités deux gran-
des ailes qui donnent à son plan la for-
me d'un H. Elle est à quatre étages,
compris le rez-de-chaussée et les loge-
mens pratiqués dans les combles.
Environs de Saumur.
Excursions idéales.
Excursion à l'abbaye de Fontevrault.
Distance à parcourir : 5 lieues.
Situation : au S.-E. de Saumur,
Cette abbaye, qui est placée au mi-
lieu des bois de Fontevrault, fut fondée
en 1099, par Kobert d'Abrissel, célèbre
prédicateur breton, qui fut chargé par
le pape Urbain II, de prêcher en faveur
de la première croisade. Celte abbaye
est l'une des plus belles et des plus ri-
ches qu'il y ait eu eu France, et quoi-
que plusieurs de ses bâtimens n'exis-
tent déjà plus, on peut cependant se
former une idée de sa grandeur et de
sa magnificence avant sa suppression.
Plusieurs grands corps de logis isolés,
d'autres, réunis par des galeries ; trois
beaux cloîtres décorés d'architecture,
l'un avec des colonnes, et les autres
avec des pilastres; cinq belles églises,
dont l'une ressemble à une cathédrale,
des cours, de vastes jardins : tout cet
ensemble a plutôt l'air d'une ville opu-
lente que des restes d'une ancienne
abbaye.
Dans la seconde cour de l'abbaye de
Fontrevault, nous remarquons un mo-
nument fort intéressant sous le rap-
port de l'art, c'est la
Tour d'Evrault , dont la couleur
brune et la masse pyramidale forment
un contraste frappant avec les bâtimens
modernes qui l'environnent. Construite
en tuf blanc, elle s'élève sur trois plans
différens : le premier est octogone, le
second carré, et le troisième est aussi
octogone et ces angles répondent
au milieu du premier. Son élévation
est d'environ 27 mètres, et son diamè-
tre de 11 dans oeuvre. Chaque face du
premier plan est ouverte par une ar-
cade ogive portée par deux colonnes,
et donne entrée par une chapelle de-
mi-circulaire percée de trois pelites fe-
nêtres. Dans chaque angle de cet octo-
gone est placée une colonne ; quatre de
ces colonnes ne s'élèvent que jusqu'à la
hauteur des arcades des Chapelles, et
portent quatre grands arcs ogives
qui forment le plan carré; les quatre
autres colonnes s'élèvent presque jus-
qu'à la hauteur des grands arcs, et s'y
réunissent par un petit quart de cercle.
Ces huit colonnes, de'hauteur différen-
te, ont cependant le même diamètre,
des bases et des chapiteaux semblables.
Dans lesquatre angles de ce plan carré
sont placés des petits arcs; ils y tiennent
lieu de trompes et forment l'otogone du
troisième plan. Celui-ci sert de base à
une flèche ou pyramide qui se termine
par une lanterne composée de S petites
colonnes avec un couronnement à jour.
Dans les huit triangles formés par la
rencontre du premier plan avec les
grands arcs ogives sont des ouvertures
(circulaires.
L'extérieur est décoré de 8 colonnes
placées entre les chapelles, elles portent
des contreforts servant d'appui au mur
principal, qui est couronné d'un enta-
blement composé de consoles carrées,
lesquelles soutiennent de petits arcs de
forme elliptique en plan et en éléva-
tion.
La flèche mérite de fixer l'attention
par sa structure externe; elle devait
produire autrefois un bel effet. De
chacune des pièces qui servent à for-
mer le plan incliné, se détache verti-
calement un triangle équilatéral, dont
la base et le sommet sont déterminés
par la longueur et la hauteur de la
pierre. Tous ces triangles, po<és en
liaison, les uns sur les autres, forment
des losanges coupés horizontalement par
le milieu, à la rencontre du plan incli-
né de la flèche et de l'élévation verti-
cale des triangles. Mais il faut voir cette
construction d'assez près pour recon-
naître ces détails, car c'est dans celle
partie du monument que le ravage des
siècles se fait le plus remarquer.
On présume que cette tour était au-
trefois une chapelle sépulcrale placée
au milieu du cimetière, et qu'elle a été
construite au commencement du dou-
zième siècle.
Après celte abbaye, il nous reste à
voir Foutevrault, le
Cimetière des rois d'Angleterre, com-
tes d'Anjou, dans lequel sont encore
quatre tombeaux, savoir : celui de
Henri II, de Richard-Coeur-de-Lion,
son fils, d'Aliénor ou Eléonore de Guyen-
ne, femme du premier et mère du se-
cond, et d'Elisabeth, épouse de Jean-
sans-Terre,
DO VOYAGEUR EN EUROPE.
Excursion au château de Brêzè
J99
Distance à parcourir : S lieues.
Situation : au S.-E. de Saumur.
Ce château, qui est à peine terminé à
moitié, fut reconstruit vers le commen-
cement du seizième siècle, par Louis de
Brézé, comte de Maulevrier, grand sé-
néchal de Normandie, qui épousa la cé-
lèbre Diane de Poitiers, maîtresse de
François I er , puis de Henri II. Ce châ-
teau devait être composé de quatre
corps de bâtiment , renfermant une
cour carrée au milieu, et dont les an-
gles extérieurs devaient être flanqués
de tours. Sa construction a quelque
chose de très remarquable, par la sm-
gularitéel la bizarrerie du fait. Le prin-
cipal corps de bâtiment est décoré d'un
ordre corinthien en pilastre, dont la
corniche, au lieu d'être tout en pierre,
comme le reste de l'édifice, a sa partie
supérieure en bois, cimaise, lamier,
modillons. Les rosaces, placées entre
ee9 deux modillons et attachées au pla-
fond, qui est aussi en bois, sont en pier-
res : on ne peut voir un luxe de plus
mauvais goût, car c'en est un dans un
pays où la pierre est plus commune que
le bois.
La porte du vestibule, du côté de la
face principale , est ornée d'un ordre
ionique antique, avec quatre colonnes
de marbre rouge. On voit, au dessus de
l'entablement, une niche, dans laquelle
était une statue de marbre blanc, repré-
sentant Ténus couchée, laquelle est ac-
tuellement dans l'escalier du château ;
sur la frise de l'entablement, on lit cette
inscription qui se rapporte à laslatue :
Non Venus illtl ege qunm vani fiuxêre poetœ ,
Sum Venus hune , refereus i/uain pins ignis util.
Mais ce qu'il y a de plus intéressant
à voir au château de Brézé, c'estle fossé
qui l'entoure; il est creusé dans le tuf,
sa largeur est de trente pieds, et sa pro-
fondeur de trente-cinq. Dans ce fossé,
sont pratiqués des logemens pouvant
contenir cinq à six cents hommes ; là se
remarque une vaste salle dans laquelle
on prétend que le maréchal de Brézé
faisait battre de la fausse monnaie.
Hôtel recommandé. — Hôtel du Bel—
vèder, tenu par M. Lambourg-Frebot.
Cet hôtel, l'un des plus jolis des bords
de la Loire, et de» mieux situés dans
II':
200
COIDE
Saumur , est figure dans l'atlas du
Guide.
Départ de Saumur.
Déjà, notre navire a quitlé les quais
de Saumur, et nous voità (bientôt en
vue de
Saùit-Màrtïn. de la Place, village si-
tué à notre droite, et remarquable par
Bon château connu sous le nom de
/ hilcau de Boumois, dans lequel est
ne Aristide du Pelil-Touras, brave ma-
rin, mort à la bataille d'Aboutir, où il
commandait le vaissau le Tonnant.
Frappé par un boulet de canon, il fait
etâncher son sang, commande tant que
ses forces soutiennent l'énergie de son
ame, et evpirc en criant: Equipage du
Tonnant, ne vous rendez pas: Ducàté
opposé est
Oennes , ville placée dans un des
plus beaux sites qu'offre le cours de la
Loire, et dans laquelle nous remarquons
fieitcs d'un temple rothain , qu'on a
pour ainsi dire, enchâssés dans les murs
de l'église de Sainf-Eusèbe. Non loin de
la,etdMis la même direction , est
Bessé , peut village, dans lequel nous
remarquons un
Peulyaii, long d'environ six pieds, et
haut d'environ vingt. Du côté opposé,
et un peu jdus bas, est
La Koziers, petit bourg n'ayant rien
de remarquable. Après avoir parcouru
une cerlaine distance, nous remarquons
a gauche
Le ToUreil, bourg dans lequel gi-
sent les ruines d'une ancienne forte-
resse, que la tradition nomme la
Tour de Galles. Celle lour, qui e«t
située sur le plan incliné du coteau, offre
un parallélogramme d'environ dix-sept
mètres de longueur, sur quatorze de
largeur. Les murs qui la composent, ont
quinze à seize pieds de haut, et huit
d'épaisseur ; leurs paremens étaient en
pierres de tuf blanc bien taillées, et le
miiieu était rempli de pierres dures je-
tées au hasard dans le mortier. Aujour-
d'hui, nous ne remarquons que le noyau
de maçonnerie, les paremens, ont été
enlevés pour être employés ailleurs.
Celle tour, dont nous ignorons l'é-
poque de la construction , n'a qu'une
seule ouverture; c'est une porte à plein
cintre, placée du côté de l'ouest. Du
coté opposé, nous remarquons
Ponl-la-Valléc, et plus loin.
Saint-iJalhurin , joli bourg, situé
dans une belle et fertile vallée, et dont
les maisons sont rangées en haie le
long du fleuve. Un peu plus bas, et du
côlé oppo é, est
Blaison-sur-Loire, petit village fort
ancien, et possédant quelques
Bcsles d'un ancien château, construit
par Thibault de Blalson. Sa position,
au pied d'une colline qui commandé
de fort près ses murailles, prouve que
ce château n'a jamais pu être un poste
bien important. Du côté opposé, et plus
bas, est
Lm Daguencere , village sans impor-
tance. Non loin de là /et à l'opposite,
se montr ■
Juignc, village assez remarquable, et
duquel lions découvrons
Pont-de-Cé , petite ville formée de
deux communes, et consistant en une
suite de ponts et de chaussées bordées
de maisons, qui commencent à une lieue
d'Angers, et franchissent sur une lon-
gue étendue , les bras et les îles de la
Loire qui les séparent. Ces ponts, qui
forment un magnifique coup-d'œil, sont
au nombre de quatre. Le premier, du
côté d'Angers , est composé de sept
arches en pierres, et se termine au fau-
bourg Saint-Aubin, Ce pont est séparé
de la ville par un autre qui est un peu
moins long. Au bout du faubourg, qui a
donné son nom à ce second pont, vient
le troisième qu'on nomme pont Saint-
Maurille, qui a environ deux cent qua-
tre-vingts mètres de longfle quatrième
pont enfin, qui réunit la ville au coteau
méridional, a neuf cents mètres de lon-
gueur. Ces quatre ponts réunis à la ville
et au faubourg Saint-Aubin , forment
vne ligne d'environ trois mille mètres
de longueur.
Plusieurs événemens ont rendu ces
ponts célèbres; en 10-20, Louis XIII y
défit les troupes de sa mère, Marie de
Médieis; à l'époque de notre première
révolution, il s'y livra une bataille san-
glante entre les vendéens et les répu-
blicains.
Plus bas, et du même côté de Pont-
de-Cé , e?l le fameux
Camp de César, qui avait uue forme
triangulaire et dont le pourtour avait
quatorze mille quatre cents mètres. Ce
va^te emplacement pouvait contenir fa-
cilement une armée de cent mille boni-
®»t^
DU VOYAGEUR EN EUROPE.
201
mes, avec les emplacemens nécessaires
pour les manœuvres et les magasins. La
grande quantité de médailles de Cons-
tantin, que l'on a trouvée* dans les di-
verses fouilles qu'on a faites dans ce
camp, porlc à croire qu'il était occupé,
dans le quatrième siècle, par les légions
romaines.
A quelque dislance du camp de César,
est
Epire , village sans importance. Plus
bas, on rencontre
Savenière , bourg fort joli, et renfer-
mant une
Eglise , construite à la manière des
Romains. Sa porte de forme ogive, per-
cée dans le pignon, n'est pas antique,
mais celle qui regarde le côté de la
Loire, a élé faite en même temps que
cette église; elle est décorée de colonnes
d'archivoltes, et de figures qui annon-
cent un ouvrage du IV e ou du V e siècle.
Quatre larges cordons de briques, po-
sés en forme de feuilles de fougère, et
d'environ deux pieds de hauteur, déco-
rent , à l'extérieur , les murs de cette
église. Le resle du parement est en
pierres très dures, en cailloux, et en mar-
bre noir, dont la couleur contraste sin-
gulièrement avec les contons de briques
d'un rouge brun assez vit. La
Couverte de l'Eglise, qui est très éle-
vée comme celle de presque toutes les
églises bâties dans ces derniers siècles,
l'élait beaucoup moins autrefois, comme
on peut le voir par le pignon exhaussé
de dix à douze pieds, qui par la diffé-
rence des conslructions, laisse distin-
guer ce qui est moderne d'avec ce qui
est antique.
Non loin de Savenière , nous remar-
quons les
Ruines du fameux Château de la Bo-
che aux Moines, qui rappelle l'impor-
tant souvenir de la défaite de Jean-sans-
Terrc. Ce château , qui a élé bâti par
Guillaume-Deroche, fut détruit en par-
lie pendant les guerres de la Ligue.
Vis-à-vis Savenière, est 1'
Ile de Bethuard, dans laquelle est un
joli village et une magnifique
Chapelle. Rien n'est plus pittores-
que ni plus agréable que la situation
de ce petit monument. Au milieu du
fleuve, surun sol uni, sablonneux, planté
d'une multitude d'arbres de différentes
espèces, offrant partout la plus riche
culture , s'élève une seule roche de
schiste de vingt-cinq à trente pieds de
hauteur, sur laquelle est placée la cha-
pelle. Cette roche se termine en pointe
si aiguë, que son sommet, qu'on n'a
pas voulu aplanir, perce la nef, et se
montre à cinq ou six pieds au dessus du
pavé. C'est sur celle roche, au pied de
laquelle Tiennent se briser les vagues
de la Loire, lorsque l'île est submergée,
que les et) mologistes prétendent bien
gratuitement qu'il y avait autrefois un
temple consacré à JSclus.
Dans celte chapelle, que la révolution
a respectée, ou plutôt que les habilans
de ['île de Bethuard ont défendue con-
tre ses excès , nous voyons partout
des fleurs de lis, des armoiries, des ex-
voto, des fers de captifs revenus d'Alger,
et un portrait de Louis XI, peint sur bois,
au dessous duquel est une inscription
relative aux donations faites à cette
chapelle, par son fils Charles VIII.
Vis-à-vis Savenière , est
Rochefort-sur- Loire, bourg dans une
jolie position, el offrant quelques traces
de son ancien château. Plus bas, et du
côlé opposé, est
La Poissonnière, bourg sans impor-
tance. Après avoir pas ; é quelques îles
fort jolies, nous remarquons à gauche
Ckalonne, petite ville bâtie dans une
position fort agréable , au pied d'un
coteau, et près de 1"
Ile de la Lombardigre, qui offre l'un
des plus beaux pa\s que présente le
cours de la Loire. Plus bas, et dans la
même direction, est
L.a Vommcruye , bourg qui n'offre
d'autre curiosité qu'un
Chêne, qui a trente pieds de circon-
férence, l'resqu'en face la Pommeraye,
et à l'écart du fleuve, est
Champtocè , bourg Iraversé par la
petite rivière de IVomc , et où nous re-
marquons les ruines importantes d'un
Ancien Château. ÎNous ne savons pas
l'époque à laquelle lut démoli ce châ-
teau; qui fut témoin des crimes du ma-
réchal Retz, et retentit si souvent des cris
de ses innocentes victimes. On présume
seulement qu'elle date des guerres ci-
viles du seizième siècle. Ses ruines of-
frent encore des constructions considé-
rables. Ses masures fout d'une couleur
grisâtre , uniforme et froide. Leur ari-
dité, leur stérilité attristent l'âme; nous
n'y voyons point, ou presque point, de
ces touffes do verdure, d'arbustes, jetées
Mi>,
202
G IDE
çà et là dans les crevasses et sur le
sommet des tours ; nous n'apercevons
même pas
• »... Le lierre ami des monumens
Sur ces débris qu'amoucèlenl les temps.
Après avoir parcouru uu petit espace ,
nous remarquons du même côté
Ingj-andes, petite ville située au pied
d'une colline, et jouissant d'une vue
très étendue. Plus loin, et dans la même
direction, est
Varades (Loire-Inférieure) bourg si-
tué sur un coteau élevé, d'où l'on dé-
couvre un paysage charmant. En face,
s'élève V
Ile de la â/eilleraie, dans laquelle est
mort, en 1790, le général Beauchamps.
Yis-à-vis Varades, nous apercevons
Saint-Florent-le-Yieil , petite ville
bâtie dans une situation très agréable,
sur une colline escarpée , et d'où l'on
jouit d'un vaste coup-d'œil. L'
Eglise Saint- Florent, renferme le
beau
Monument élevé à la mémoire de
Beauchamps. Non loiu de Saint-Flo-
rent, nous remarquons 1'
Embouchure de l'Etre, qui coule sous
les murs de Beaupreau. Plus bas , et à
droite, est
Anetz, village bien situé, et dans le-
quel nous remarquons le
Château de Vers. Après avoir
tourné un petit coude, nous découvrons
du même côté
Ancenis, ville fort jolie, environnée
de riantes collines couvertes de vignes,
et dominée par un coteau escarpé, sur-
monté d'un
Château gothique, qui offre un des
points de vues les plus remarquables de
cette magnifique contrée. Plus bas, et
du côté opposé , est
^Champtoceau , bourg placé sur un
coteau qui s'élève d'environ cent cin-
quante pieds au dessus du fleuve. Cette
position agréable, et forte» tout à la
fois, lui fit donner le nom de Castrum
Celsum, château élevé, d'où est venu
celui de château Ceault, qu'on trouve
dans les anciens titres; puis, par cor-
ruption, Chantoceau, et enfin Champto-
ceau. Autour de ce château, on a bâti
des maisons , et j peu après, il se forma
une ville qui, dans la suite, devint con-
sidérable. Plus tard, on l'environna
d'une muraille flanquée de tours, et
d'un large et profond fossé.
Evénemens remarquables. — Cette
ville fut prise, en 1173, par Maurice de
de Graon , commandant l'armée de
Henri II, roi d'Angleterre et comte
d'Anjou; et Saint-Louis , en allant en
Bretagne pacifier les barons qui
étaient en différend avec leur duc ,
l'assiégea, et la prit d'assaut en 1230;
enfin , en 1420, le duc de Bretagne,
après s'en être emparé, la fit détruire,
ainsi que le château et toutes ses forti-
calions.
Ce château , au rapport de quelques
auteurs, était d'une beauté admirable :
voici la description qu'en fait Chape-
lain dans son poème de la Pucelle :
La forme en est carrée et son altiére mase
10e quatre pavillons , les étoiles menace ;
D'un fossé large et creux il est environné,
Et pour être étendu n'eu est pas moins orné.
De jaspe c[ de porphyre une solide écaille
Revctpar le dehors son épaisse muraille;
Le portail est de marbre , et son cintre pesant
Prisé sur dix piliers de métal reluisaut.
Entre chacun des jours deux colonnes d'albâtre
Fon l de la cour pompeuse un noble amphithéâtre ,
Et cent bustes de bronze , en cent niches d'aïur.
Entre chaque colonne embellissent le mur.
L'escalier est profond , et sa douce montée
De précieux cailloux est peinte et marquetée ;
Il est haut en son fait , d'un et d'autre côté
Par vingt céans d'airain sur la tête est porté.
Le plafond élevé de la superbe salle
Semble avoir appauvri la rive orientale ,
Tant l'art imilaleur a dans ses monu'mcns
Semé de faux rubis et de faux diamans.
Une suite sans fin de pièces magnifiques
Où parmi les tableaux éclatent les antiques,
Où l'art débat de prix avec le vrai cristal ,
Fait les riches dedans de ce palais royal.
A l'eeil , plus loin qu'autour ses regards il promène.
Paraît plus d'un parlcrre et plus d'une fontaine ;
Ce ne sont que canaux, que bosquets et que prés ,
Semés d'autres moussus au repos consacrés.
Ce lieu comprend tout seul ce que l'humaine envie
Peut concevoir de propre au bonheur de la vie;
Dissipe tous les soins et repaît tous les sens
D'objets délicieux , de plaisirs inuoeens.
De s prince s angevins il fut le doux asile
Quand le sort leur ôta l'une et l'autre Sicile,
Et dans un si funeste et si triste malheur ,
Put consoler leur chute et llatlerleur douleur.
Malgré qu'il se soit écoulé quatre
siècles depuis cette époque , Champto-
ceau présente encore aujourd'hui les
plus grandes ruines féodales qu'il y ait
en Anjou ; elles sont près le bourg qui
porte ce nom, et qui, dans l'origine,
était le faubourg de la ville. Le mur
d'enceinte existe encore presque en en-
tier, avec quatre tours, dont deux
servaient de défense à la seule porte
qu'il y eût. Tout l'intérieur de la ville
dans laquelle on voyait des églises et
k*««*tj
DU VOYAGEUR EN EUROPE.
205
plusieurs grands édifices , n'offre plus
qu'une campagne cultivée et environ-
née de murs, ce qui lui donne l'air d'un
parc.
A quelque distance de la ville , nous
apercevons plusieurs pans de muraille,
entassés les uns sur les aulres , et qui
forment, pour ainsi dire, une petile
montagne; ce sont les restes du formi-
dable château. Il était séparé de la ville
par un large fossé et une double en-
ceinte de murs très épais et de la plus
grande solidité. Par sa position et son
élévation, il commandait tout le pa\s
d'alentour; ses restes, importans par
leurs grandes masses , sont couverts de
broussailles, d'arbustes,' de lierre, et
présentent, sous divers aspects, des
points de vue pittoresques. Du sommet
de cet énorme entassement , nous dé-
couvrons, dans un rayon de six lieues,
des villes, des bourgs, des villages, des
châteaux dispersés cà et là dans une ri-
che campagne arrosée par le plus beau
fleuve de France , par la Loire.
Après avoir parcouru une petile di-
stance, nous apercevons à notre droite,
Oudon, petite ville très agréablement
située et dans laquelle nous remarquons
une belle
Tour de forme octogone , fort élevée
et très pittoresque, et dont la fondation
remonte à l'an 840. De la plate-forme
de cet édifice, nous jouissons d'une vue
magnifique, qui s'étend sur les riches
vignobles qui bordent le cours de la
Loire et sur les nombreuses îles dont
elle est parsemée.
Non loin d'Oudon est
Mauves, bourg situé à l'extrémité
d'une vaste prairie, et derrière laquelle
est le joli
Château de la5ailleraye,qu\ est l'un
des plus remarquables de la Bretagne.
Du même côté que Mauves est
Thouarè , village fort joli, et d'où
nous commençons à apercevoir
Nantes, qui est le terme de notre
premier voyage sur la Loire.
s/perçu général de Nantes. Cette
■ville est située sur la rive droite de la
Loire , qui s'y divise en plusieurs bras ,
au confluent de l'Erdre et de la Sèvre-
Nanlaise. Elle est en général bien bâtie
et bien percée , et compte trente-trois
places et environ quatre cent cinquante
rues. Ses quais sont superbes , surtout
celui de la Fosse, qui s'étend sur une
longueur d'environ une demi-lieue, de-
puis le château jusqu'à l'ermitage.
Nantes possède plusieurs églises, une
bourse de commerce, une jolie salle de
spectacle , un muséum d'histoire natu-
relle , plusieurs ponts qui ont plus de
trois quarts de lieue de long, et dont le
plus remarquable est celui de la Pois-
sonnière, enfin de belles promenades.
Historique. — L'origine de Nantes se
perd dans la nuit des temps. Avant la
conquête des Gaules par les Romains,
cette ville était la capitale des Nam-
nètes . et elle formait déjà une cité as-
sez puissante pour secourir les peuples
qui osaient résister à ces conquérans.
En 445, elle soutint avec courage, pen-
dant soixante jours, un siège terrible
contre les Huns. Le 24 juin 843, elle
fut prise d'assaut par les Normands ;
l'évêque, tout le clergé et une grande
partie des citoyens furent passés au fil
de l'épée ; la cathédrale fut pillée et
presque entièrement détruite. Les Nor-
mands s'en emparèrent une seconde fois
en 833. Quatre ans après , ces mêmes
Normands la prirent de nouveau et la
ruinèrent de fond en comble ; mais
a\ant été vaincus par Alain Barbe-
Torte , ils furent enfin forcés de l'a-
bandonner ; Alain fit rebâtir la ville,
qui dut à son heureuse situation de se
repeupler bientôt. En 992, elle fut prise
par Geoffroy , comte de Rennes. Assié-
gée par les Anglais , en 1343 ; attaquée
par le comte de Ruckingham , en 1380 ,
et délivrée par Olivier de Clisson, elle
fut assiégée en 1491 rar Charles YIII ,
qui s'en empara par trahison , moyen-
nant mille écus d'or. Pour assurer et
légitimer les droits qu'il venait d'ac-
quérir sur l'héritage de la duchesse
Anne de Dretagne , Charles résolut de
l'épouser. Le proposition en fut faite
aux états le 8 octobre ; le mariage fut
célébré au château de Langeais , le 6
décembre, 1491, et la Bretagne fut,
ainsi que la ville de Nantes, réunie à
la couronne.
Débarquement , séjour et promenade.
Quittons notre navire et descendons
àl'
Hôtel de France , comme étant Je
meilleur de Nantes. Après notre gîte
pris, nous allons parcourir la ville pour
examiner les diverses curiosités qu'elle
renferme.
.
204
GUIDE
Curiosités de Nantes. Visitons d'a-
bord la
Cathédrale. Cette église, qui est dé-
diée a saint Pierre, fut construite en
W U .Son extérieur fait en général peu
d efiet, parce qu'on ne l'a pas encore
uni. Son
Portail, composé de trois entrées,
est décore d'un grand nombre de pe-
tites figures en pierre, et dont quel-
ques unes sont mutilées ou détruites par
e double effet du temps et de la ré'o-
ulion. Apres cet examen superficiel de
» extérieur, pénétrons dans 1'
rW TV"'' t,intélieu '' ne nous offre
rien de bien remarquable ; il consiste
presque tout en entier dans une belle
nef, soutenue par dix piliers; son
chœur est bas et sombre. Dans la pièce
qui sert d'entrée à la sacristie, nous re-
marquons le superbe
Tombeau de François II , xur l eaue l
sont couchées deux statues en marbre
blanc, de grandeur naturelle, celle de
droite représente François II , et celle
de gauche Marguerite de Foix sa se-
conde femme. '
Après li cathédrale nous devrons vi-
siter la
Bourse, qui est, après celle de Paris, la
plus belle de France. Sa façade est dé-
corée de belles colonnades' d'ordre io-
nique, surmontées de slatues embléma-
tiques, la Loire, l'astronomie, l'abon-
dance, l'Amérique, l'Asie, l'Europe,
fiwBEîfc la prudence et Ia ™*
frontispice, dont quatre slatues re-
présentent quatre marins célèbres sa-
!K ? pan ~ 8W ' D « Giay-ïhrouin ,
Abraham-Duquesne et Jacques-Cas-
£ fil U.
De la Bourse nous allons visiter le
muséum d'histoire naturelle, situé
rue Fo.'ard, qui contient une belle col-
lection de minéraux très bien classée et
quelques animaux assez bien conservés.
Salle de spectacle mérite aussi d'être
vue; sa façade est ornée d'un péristyle
1 ordre eonntbJen , surmonté de qua-
tre slatues représentant les muses. Son
intérieur, parfaitement décoré,est formé
de quatre rangs de loges
Tels sont les divers édifices et monu-
mens remarquables que renferme Nan-
tes il ne nous reste plus maintenant
qu a parcourir les
Promenades publiques, dont les plus
remarquables sont celles désignées sous
le nom de
Cours Saint-Pierre et Saint- André
situées a la suite l'une de l'autre et
enlre les rivières de la Loire et de l'Er-
dre. Ces deux promeuades sont déco-
rées de belles
Slatues, représenlant dans la pre-
mière, Anne de Bretagne et Arthur m
et dans la seconde , Olivier de Clis'oii
et Bertrand-Duguesclin.
Apres avoir parcouru les promenades,
U ne nous reste plus qu'à visiter les
Environs de Nantes.
Clisson et Château-Thébaud tels
sont les lieux que nous allons visiter
successivement.
Excursion au château de Clisson.
Dislance à parcourir: G lieues.
« Il n'y resle que quelques murs; mais
ces vieux murs parlent à l'esprit. »
Topographie de ta route.
Nous sortons de Nantes par les
_ Ponts; à l'est s'étendent des alluvions
immenses, bordées sur chaque rive
par les
Coteaux de Saint -Sébastien et
•Saint-Donatien. A l'ouest, notre vue
s égare avec plaisir sur les deux colli-
nes qui supportent, d'un côté , Chàte-
iiaj, la Basse-Indre, et de l'autre le
d Aux. A 1 extrémité du
Pont dePrimet, nous remarquons les
Aumes de la tour construite en 1365
sur des fortifications plus anciennes,'
par 1 amiral Boucher, pour défendre
flan les du Poilou. Après avoir quitté le
quartier Saint-Jacques, nous parcou-
rons une roule plate et monotone, et
bientôt nous apercevons
Verton, petit bourg situé près de la
rive droite de la Sèvre. A peu de di-
stance de ce village et sur la rive oppo-
sée , est la
Maison de ÏF.beaupin, où l'on trouve
une source d'eau minérale ferrugineuse,
découverte en l'an VIII, par M. Hectot.
Sur celte même rive, est situé le
vieux
Château de Goulaine, bâti en 944,
sur les bords d'un marais; il est remar-
quable par sa jolie architecture et son
DU VOYAGEUR EN EUROPE.
201J
luxe iotérieur. Sur la porte d'entrée
d'une des tours , nous remarquons un
buste de femme, ayant la tôle coiffée
d'un casque et portant un poignard à
sa ceinture. C'est une Yolande de Gou-
laine , qui, dans l'absence de son père,
défendit le château contre les attaques
des Anglais; malgré son peu de force,
elle avait résisté près d'un mois, lorsque
les provisions vinrent à lui manquer: il
fallait se rendre, c'était le cri général
des soldats, elle seule refuse ; elle prê-
terait la mort, et allait se la donner,
lorsque, du haut d'uue des tours, elle
aperçoit des hommes armés se dirigeant
en toute hâte vers le château. C'était
le sire de Goulaine qui les amenait.
Avec ce renfort, il battit les Anglais,
sauva sa fille et délivra le toit de ses
pères.
Après le château de Goulaine , est le
Palet, petit bourg renommé dans
l'histoire, pour avoir été la patrie d'A-
beilard. Derrière l'église de ce village,
est une enceinte formée de vieilles mu-
railles usées et dont les débris ont pro-
duit une éminenec factice : ce sont les
restes de l'emplacement du château de
Bélanger, père d'Abeilard , dont on a
fait aujourd'hui un cimelière. Du côté
opposé et presque en face de Palet, est
Monnieres, petit village fort joli, au-
près duquel nous remarquons les
Ruines pittoresques du château de la
Galissonnière, consistant en quelques
pans de murs recouverts entièrement
par le lierre. Ce château fut jadis ha-
bité par Barin de la Galissonnière ,
lieutenant-général des armées navales,
connu par la victoire qu'il remporta
sur l'amiral anglais, Bing.
Après avoir passé Palet , nous trou-
vons le
Ruisseau de Sanguhe , bientôt après
nous arrivons à
Clisson , petite ville très ancienne,
située dans un pays extrêmement cou-
vert, au confluent de la Sèvre et de la
Maine. Cette ville est bâtie sur le pen-
chant de deux collines qui encaissent
les deux rivières, dont les bords rians
offrent des sites charmans, comparables
à ceux de la Suisse et de l'Italie, et où
l'on trouve, heureusement distribué au
hasard , tout ce que ce9 deux pays of-
frent de plus curieux.
Excursion aux environs de Clisson.
Dana noire promenade aux enviions
de Clisson , nous allons parcourir suc-
cessivement les bords de la Maine et de
la Sèvre, de là nous allons visiter le
château d'Olivier de Clisson, puis en-
suite la Garenne.
Départ.
Bords de la Haine. — La Maine est
le plus capricieux et le plus varié ,
peut-être, de tous les ruisseaux tribu-
taires de la Sèvre. Quel charme dans
tout ce qui nous entoure ! voyez couler
cette eau avec lenteur parmi les ro-
chers dont elle est parsemée. Ici les
coteaux se rapprochent progressive-
ment, et l'oeil ne peut plus franchir
leur cîme verdoyante : c'est l'asile de la
solitude , non celle où l'homme va
chercher des inspirations, mais celle
où il i entre en lui-même pour mieux
savourer un instant de bonheur.
Entendez-vous un bruit confus ? ve-
nez , approchez, voyez cette rivière,
dont nous avons vu l'indolence ; elle se
change ici en un (orient impétueux, dii
aux rochers accumulés dont nous som-
mes entourés, et, pour animer ce ta-
bleau , les arb es des deux rives vien-
nent confusément se réunir au dessus
de cette rivière. Si nous suivons encore
ce lieu enchanté, la scène change, no-
tre vue se repose alors sur une partie
fort agréable.
Plus loin encore la Maine se resserre
entre deux coteaux perpendiculaires,
et offre là de nouveaux sites au crayon
du paysagiste.
Maintenant nous allons retourner sur
nos pas et visiter les
Rives de la Sèvre, rivière non moins
agréable que la précédente, et bordée
par de» aulnes qui étendent auloin leuis
branches nombreuses.
La Sèvre offre un cours plus rapide
que la Maine, parce que rien ne vient
l'arrêter, du moins ici, mais à mesure
que nous avançons, son lit devient em-
barrassé par les masses de roches qui
lui donnent diverses directions, sans lui
opposer de digues capables de l'arrê-
ter. Là nous remarquons des filets d'eau
filtrer sous leurs cavités, et trahir par
un léger bruit leur passage.
Si du lieu où nous sommes nous con-
tinuons notre promenade jusqu'à la
SliEiî
206
GUIDE
Manufacture de papier d'Entiers, et
que nous gagnions la rive opposée,
nous rencontrons les mêmes scènes. Ce-
pendant, après tout ce que nous avons
vu, nous pouvons nous arrêter à la
Grotte d'Osian, espèce de labyrin-
the sauvage, bocage brut et singulier,
où le sol tourmenté semble encore por-
ter dans sa rudesse l'empreinte des
premières révolutions du globe. Après
avoir suivi plusieurs détours creusés
dans le roc, nous arrivons à cette grotte,
à l'illusion de laquelle ajoute encore
la physionomie du lieu; néanmoins
cette fraîche verdure ne représente pas
assez cette Calédonie sévère que les
bardes ont peinte avec des couleurs si
sombres; et cette eau retentissante dans
laquelle plongent les rameaux qui la
cachent feraient plutôt souvenir, mal-
gré ses bords, sa fougue et ses fureurs
d'un riant désert de l'une des îles en-
chantées de la mer du Sud.
Revenons maintenant au
Moulin de la Feuillèe, et jetons un
coup-d'œil sur la Garenne , que plus
tard nous irons visiter. Après avoir ad-
miré l'ensemble de toutes les richesses
dont nous sommes entourés, nous al-
lons continuer notre route, et bientôt
nous serons devant le
Château de Clisson, dont les ruines
attestent l'ancienneté.
Malgré l'état d'abandon total dans
lequel se trouve ce chàleau, et les
injures du temps, quelques-unes de
ses pièces sont encore assez bien con-
servées , ainsi que vous allez le voir
par notre visite. Gagnons la
Porte principale d'entrée, située au
nord. Cette porte était jadis garnie d'un
pont-levis. A gauche, tous les murs
sont garnis de lierre qui descend en
guirlandes et cache ainsi l'affreuse nu-
dité de ces ruines. La
Premihe cour est toute garnie d'ar-
bres, et on y rencontre partout les ves-
tiges des ravages des hommes, aussi
terribles, mais moins éloquens que les
injures du temps. Sur la gauche sont
les
Prisons, espèce de caves humides
qui ne reçoivent le jour que par des
grilles rouilleuses , en partie brisées.
Revenons maintenant sur nos pas, allons
joindre le
Bastion, de là nous pénétrons dans 1'
Intérieur du château. Après avoir
franchi dix portes en plus ou moins
mauvais état, nous parvenons à la
Deuxième cour, d'où nous entrons
dans les
slppartemens d'Olivier. Ici mille sou-
venirs confus nous assiègent ; le vent
maître de toutes les issues, siffle dans
ces salles infréquentées où résonnait si
souvent le cliquetis des armes. Les
plantes sauvages remplacent sur les cré-
neaux brisés les bannières orgueilleuses
qui y brillaient. Ces tours qui avaient
résisté tant de fois aux attaques des
hommes, n'ont pu soutenir les atteintes
du temps.
C'est à ce chàleau que se rattachent
les souvenirs des annales bretonnes;
c'est là que vit le jour cet Olivier de
Clisson, cet ennemi redoutable des An-
glais, ce rival de Montfort, ce frère
d'armes de Duguesclin , qui fut jugé
digne de le remplacer.
Quittons maintenant ce lieu de deuil
et de tristesse, allons parcourir la
Garenne, que nous avons aperçue des
moulins de la Feuillèe.
Au sein de la garenne, au milieu du bocage
Que forment mille arbrisseaux ,
Le sapin , l'azerolier sauvage
Ombragent les sentiers ouverts sous leurs rameaux.
Pour nous rendre à la Garenne, nous
allons traverser le
Pont de la ville, ensuite celui de
Saint-Antoine. Après avoir dépassé le
Portail de la Garenne, nous suivons
les détours du rivage, et bientôt nous
arrivons à une demi-lieue, colline plus
agreste, où nous lisons sur un de ses
blocs, les vers suivans de J.-J. Rous-
seau, gravés à l'ermitage :
O limpide rivière I o rivière chérie 1
Puisse la sotte vanité
Ne jamais pi ofaner ta rive humble et fleurie ,
Par l'ambition et l'envie 1
Un boeage si frais , un séjour si tranquille .
Aux tendres sentimens doit seul servir d'asile.
Ci-s rameaux amoureux entrelacés exprès ,
Aux muses, aux amours durent leur voile épais.
Et le cristal de l'onde pure
À notre œil ne veut rétléchir
Que les grâces de la nature
El les imagée du plaisir.
Un peu au delà on gravit un sentier
tournant à mi-côte, on pénètre dans
une grotte naturelle nommée
Grotte d'Héloïse. Le souvenir de cette
Héloïse dont le nom est devenu celui
de l'amour fidèle, suffit pour animer
tout le paysage à nos yeux. Il semble
rê#à»f^
DU VOYAGEUR EN EUROPE.
207
que l'air qu'on respire est celui qu'elle
a respiré. La nature paraît avoir là une
âme qui répond à la nôtre; ce que
nous éprouvons en ces lieux, Héloïse
l'a éprouvé ; elle a senti, admiré et rê-
vé comme nous.
Ce nom consacré provoque mille
idées : c'était lui seul que celle grotle
devait offrir. L'inscription qu'on y lit
est peut-être inutile, car le sentiment
est toujours plus prompt que la pa-
role, et les phrases qui la commentent
ne font que l'affaiblir.
JJéloïse peut-être erra sur ce rivage,
Quand à des yen* jaloux dérobantson séjour,
Dans les murs du Palet elle vint mettre au jour
Un fils, tendre et malheurcuxgage
De ses plaisirs furtifs etde son tendre amour.
Peut-être en ce réduit sauvage
Seule , plus d'une fois , elle vint soupirer
Et goûter librement la douceur de pleurer;
Peut-être , sur ce roc assise ,
Elle rêvait à son malheur :
J'y veux rêver aussi ; j'y veux remplir mon cœur
Du doux souvenir d'Itéloïse.
En continuant de longer le rivage,
nous rencontrons plusieurs rocs amon-
celés, dont l'un, prêt à glisser dans le
chemin, est resté suspendu. Sur l'un de
ses côtés, on lit en gros caractères ces
veis admirables du poème des jardins.
Sa masse indestructible a fatigué le temps.
Après un léger détour que nous fai-
sons, le coteau opposé s'offre en per-
spective, et notre œil suit avec rapidité
le cours de la Sèvre que nous perdons
de vue bientôt. Après ce sentier, nous
avons sous les yeuv une belle prairie, et
à côté une charmante
Chute d'eau, où la lumière se joue
comme sur les fleurs d'une prairie. Au
dehors de ce séjour ravissant, nous dé-
couvrons un
Tombeau de forme antique sur le-
quel nous lisons cette simple inscrip-
tion du Poussin.
Et moi je fus aussi pasteur dans l'Arcadie.
( Demlle.)
Après avoir fait quelques pas, le ca-
nal s'alonge de nouveau, et l'eau qui
n'est pas agitée prend la couleur noire
qui lui est naturelle. Bientôt nous ar-
rivons à un endroit où la Sèvre se di-
vise en de petits bras qui enclosent des
îles dont le circuit et dont la sur-
face sont couverts d'arbres nombreux.
Les eaux qui se précipitent à l'entour y
entretiennent la pureté de l'air, et une
atmosphère humide au milieu de l'été
enveloppe tout ce qui végète, comme
si elle voulait en éterniser la verdure.
Au sortir de ces îles nous laissons
derrière nous une
Colonne placée sur un rocher, et
dont l'effet est assez agréable. Plus
loin le village se divise en deux petites
baies, ce lieu est appelé le
Bain de Diane. L'ombre le garantit
de l'ardeur du soleil, et le bruit de la
cascade qui l'avoisine fait passer dans
les sens la fraîcheur des eaux avant
même de l'avoir éprouvée.
A droite est le moulin à papier de
la Feuillée, que nous avons déjà vu; à
gauche gisent des blocs en désordre,
jetés les uns au dessus des autres, et
majestueusement couronnés d'un édi-
fice circulaire nommé le
Temple de fesia, qui est le dernier
objet que renferme la Garenne. En
suivant le coteau nous arrivons à ce
temple, sous la vue duquel la vallée est
encadrée d'une manière vraiment pit-
toresque. Cette solitude est ornée d'une
Chaumière formée de troncs d'ar-
bres et encore revêtus de leur écorce.
A côté sont deux rochers au milieu des-
quels monte un chemin sinueux; l'un
porte cette inscription aussi vraie que
simple, et surtout bien analogue au sen-
timent qu'inspire la chaumière.
Consacrer dans ['obscurité
Ses loisirs à l'élude , à l'amilié sa vie;
Voilà les jours dignes d'envie.
Être chéri vaut mieux qu'être vanté.
Un peu au dessous se prolonge une
Terrusse , dont la maison du proprié-
taire de la Garenne occupe le milieu.
Tous les objets que nous avons vus l'un
après l'autre se montrent ici dans leur
ensemble. Enfin , en terminant le cer-
cle , nous rencontrons le château, d'où
nous apercevons toute la ville. Ici se
bornent les curiosités que renferme ce
délicieux séjour, que j'envierai toute
ma vie.
Excursion à Saint-Fiacre et au Châtcuu-
Tlicbaud.
Distance à parcourir : 3 lieues et demie.
Mais les eaux , mais les bois , mais les ombrages frais
Tout ce luxe innocent ne fatigue jamais.
(De LILLE.)
208
GUIDE
Topographie de la roule.
Les deux villages que nous allons vi-
siter sont charraans : le premier est si-
tué sur une hauteur qui domine deux
vallons ; l'un de ces vallons est traversé
par la Sèvre ; l'autre par la Maine. En-
fin , le dernier village occupe l'extré-
mité d'un riant vallon qu'arrose la
Maine.
Le vallon de la Sèvre est plus riant
que celui de la Maine; les prairies sont
plus étendues et les collines plus fer-
tiles. Les points de vue y sont plus ad-
mirables, surtout ceux des coteaux de
Luneau et de La Petière, d'où l'on dé-
couvre un pays immense, trop vaste
pour être embrassé d'un conp-d'œil.
Nulle part la nature n'est plus riche ni
plus variée, et l'âme s'ouvre aux plus
douces impressions dans ces lieux en-
chanteurs qui rappellent les beaux sites
de l'Italie.
En suivant le coteau au bouchant ,
nous arrivons au hameau de la
Petière, qui paraît au milieu des ar-
bres et s'avance sur une pente comme
pour fermer le passage. Après avoir
traversé ce hameau , nous trouvons
un amas considérable de roches dont
quelques unes suspendues, semblent
près de rouler au fond du vallon, pen-
dant que d'autres , détachées de la
colline , sont éparses sur le rivage de la
Sèvre. Du milieu de ces rocs énor-
mes, un seul s'élève à une grande
hauteur et domine tous les autres. De
là on ne se lasse pas de contempler un
des paysages les plus gracieux de la
Sèvre. De fraîches prairies éiendues
jusqu'à la rivière , leur lapis de verdure
émaillé de fleurs ; des bosquets de
bois ombragent le pied des collines
couvertes de vignobles, qui bordent les
prairies dans lesquelles paît un nom-
breux bétail. A l'extrémité du vallon
paraît le hameau de la
Bovrchinière, que masquent en partie
des masses d'arbres tou r fus. A droite ,
le bourg de
Saint-Fiacre couronne la hauteur ,
sur le penchant de laquelle on remar-
que dans une belle position la
Maison de la Canterie avec ses jar-
dins, les bois qui la décorent, et au
dessous iin joli chemin ombragé qui
conduit à la rivière; ce chemin est ter-
miné par un rideau de hauts peupliers,
dont les formes pyramidales sont balan-
cées par le3 vents et se réfléchissent
dans les eaux. Ces beaux lieux charment
les yeux par leur variété. On voudrait
pouvoir y passer sa vie près de la na-
ture, loin du tumulle du monde et du
bruit de la ville.
L'autre vallon de Saint-Fiacre que
la Maine arrose au sud , est plus étroit
et plus boisé que celui de la Sèvre. Son
aspect est agreste et mélancolique. Ce
vallon, qui conduit à Château-Thèbaud,
offre une promenade charmante. On y
entre par une ancienne chaussée bordée
de grauds arbres comme une avenue.
En avançant nous découvrons bientôt à
travers les arbres les
Ruines du château de Chasseloir, dé-
truit pendant notre funeste révolution.
Un chemin tournant à mi-côte conduit
au château. Nous entrons dans une cour
spacieuse ; à gauche se voit la chapelle ,
autrefois témoin de la piété de ses an-
ciens maîtres, et aujourd'hui abandon-
née. Plus loin, nous apercevons des
pans de mur renversés, des poutres
noircies par le feu, des décombres, et
les restes de la maison principale. Au
milieu de ces débris s'élève une espèce
de tour assez bien conservée. A la vue
de ces traces d'incendie et de dévasta-
tion , l'âme est péniblement affectée.
Ces ruines forment un triste contraste
avec la magnificence de la nature dans
cette belle contrée. Tout près de Chas-
seloir est le
Coteau de Saint-Georges , qui con-
tient une mine de fer abondante. Un
sentier tortueux conduit sur le plateau
de Saint-Georges. On y jouit d'une vue
ravissante. Au sud , de l'autre côté de
la Maine, est le village de Château-Thé-
baud groupé sur un roc ; à l'ouest et
en face se montrent l'ancien presbytère
de Saint-Martin , des moulins et quel-
ques maisons ; Saint-Fiacre, son église
en ruine et ses vignobles se découvrent
au nord et dans le lointain. En avant,
de nouveaux tableaux fixent l'attention.
Le vallon devient sombre et étroit, des
bandes de gazon bordent le rivage seu-
lement dans quelques endroits; les col-
lines cessent d'être cultivées: d'épais
taillis les ombragent et des rochers es-
carpés, qui paraissentprés de se détacher
du sol , donnent à cette solitude un as-
pect triste et sauvage. Nous arrivons
bientôt au
râïâftfi
DU VOYAGEUR EN EUROPE.
20<J
Pont ruiné, dont les débris divisent
le cours de la Maine et facilitent le pas-
sage de l'autre rive. Un joli chemin
nous conduit au pied du coteau , sur le-
quel est assis le
Château-Thé haud. Ce château es! formé
de rocs énormes et dont l'un , coupé
perpendiculairement à pic comme un
mur, a cent vingt-cinq lieds de hau-
teur, et paraît soutenir l'église au bord
du précipice. Un peu plus loin et sur le
même coteau, sont les jardins en am-
phithéâtre, qui rendent cette partie
moins agreste. Ces jardins , par le moyen
des terrasses qui se succèdent, sont
établis au milieu des rochers sur une
pente difficile et presque à pic ; ils
semblent suspendus et étonnent l'ima-
gination. Les arbrisseaux odoriférant, les
bosquets et les fleurs dont ils sont ornés,
contrastent merveilleusement avec le
roc nu , les buissons et les arbustes
sauvages qui les entourent.
De ces terrasses nous avons sous les
veut un des plus beaux points de vue
du département delà Loire-Inférieure.
Le vallon de la Maine déploie toutes ses
beautés ; les prairies , divisées par des
frênes alignés symétriquement, ou par
des rideaux de peupliers , se déroulent
aux regards dans une grande étendue.
Rien n'est plus frais que ce délicieux
vallon , dont la verdure s'allie si bien
avec la surface argentée de la rivière.
Les collines qui dominen! les deux ri-
vages présentent des plantes cultivées
ou stériles, des vignobles ou des rochers.
Un moulin à eau et sa chau sée , qu'on
aperçoit jusqu'au dessus des terrasses
embellissent celte scène cliampèire
qu'anime encore le chant rustiijue du
pâtre qui garde les troupeaux de la
vallée.
Bibliographie de Nantes. — Notice sur
le département delà Loire-Inférieure,
3 e édition, d'iix vol. in-12, 2 fr. Plan
de Nantes , par Jouanne, 3 fr. — Caries
des environs de Nantes, 2 fr. — Âlmanach
du commerce de Nanles, 1 fr. 25. — His-
toire civile, po'ilique et leligieuse de
la ville ei du comté de Nanles, par Tra-
ve s, 3\ol in- 4°, 42fr. — Car c de fïre-
tagne, par O^ée, quatre feuilles colom-
bier , 10 fr. — Guide de l'étranger à
Nanle« , in-18 , 75 c. — Guide du voya-
geur de Nanles à "Paris, in-18, 75 c.
— Gu de du voyageur de Nantes à Ren-
nes et Saint-Malo, iti-18, 5f> c— Guide
Franck.
du voyageur de Nanles à Brest, in-18,
5') c. — Guide du voyageur de Nantes à
Bordeaux, in-18, 50 c— Vues de Clis-
son et ses environs, dessinées par Thié-
non et gravées par Piringer,2 vol. in-4°,
10 fr. — Flore de la Loire-Inférieure,
par Pesneau, 1 vol. in-12. (Foret, im-
primeur libraire, quai de la Fosse.)
Communications.
A. De Nantes à Saint-Nazaire , par les
bateaux à vapeur.
Distance à parcourir : 18 lieues.
Durée du trajet: i heures.
Bateaux affectés à ce service.
Deux jolis bateaux à vapeur, les
Riverains de la Loire, font le service
journalier de Nantes à Saint-Nazaire,
en touchant aux villes intermédiaires.
Ces bateaux parlent tous les matins, du
1 er mars an i'' novembre , à 7 heures
et demie; et du 1 er novembre au pre-
mier mars, à 7 heures; et tous les soirs,
du 1 er avril au 31 octobre, de 2 heures
et demie à U heures suivant l'heure des
marées. Allons , mon cher compagnon
de voyage . il faut nous embarquer,
l'heure du départ est arrivée, prenons
notre \ lace ordinaire et passons en
revue les divers endroits qui bordent la
rive du fleuve. A droite nous remar-
quons d'abord.
Chantenay, petit village sans impor-
tance. Plus haut se montre
Couéron, gros bourg ayant un port
commode pour le radoub et le carénage
des vaisseaux. Du côté opposé est
Le Pèlerin , petite ville bâtie en
amphithéâtre sur un joli coleau, ayant
un très beau port, où s'arrêtent les
vaisseaux qui ne peuvent entrer à Nantes.
C'est en face celle ville , qu'au mois
d'août 1832, seperdirèntseptàhuit] er-
sonnes qui se rendaient à la fête de la
Sainte-Anne. Unepe'.ite embarcation s'é-
tant approchée pour les recevoir , elle
chavira, et dans un instant, tout fut sub-
mergé; M. de Gils, second à bord de La
Constance , n'écoulant que <on cou-
rage , se précipita à l'eau, et parvint,
malgré la rapidité des courans , à sau-
ver une jeune femme. Après Le Pèlerin
vient
Frossa\ , joli bourg sur une hauteur,
d*où l'on jouit d'un beau point dé
14
GUIDE
vue. Bientôt nous apercevons du même
côté
^Paimbœtif, ville ayant un beau port,
où peuvent mouiller les plus grands
vaisseaux. Son môle est surtout d'une
beauté remarquable; il est revêtu de
pierres de taille, et offre des escaliers
dans .«on pourtour qui servent aux nom-
breuse-; embarcations qui communi-
quent à terre. Du côté opposé, et plus
bas, est
Saml-Nazaire , qui est le terme de
notre deuxième navigation sur la Loire.
Hôtel i\ commande. — Hottl Saint-
Julien, tenu par M. Jaeometz.
Ce joli hôtel, qui a l'avantage de jouir
de la vue du port de la ville, possède
de nombreux appartemensbien meublés
et une excellente table, sur laquelle fi-
gurent les meilleurs poissons de mer et
d'eau douce.
Débarquement.
En quittant notre navire, nous n'avons
pas de promenade à faire pour visiter
les curiosités qu'offre ce village ; il n'en
possède aucune; mais dans ses environs
sont les salines que nous devons visiter.
Environs de Saint-Nazaire.
Excursion aux Salines.
Topographie de la roule.
Départ.
iprès avoir quitté Saint-Nazaire et
parcouru un pays agréable, nous arri-
vons à
Escoubluc, bourg moderne, biîli près
dp la côte, à un quart de lieue de l'an-
cien bourg de ce nom enseveli sous les
sables de l'Océan, vers le milieu du
XVIII" siècle. Peu de temps après, nous
apercevons
Guèranâe sur une côte couverte de vi-
gnes. Pénétrons dans l'intérieur de la
ville, car elle nous offre quelques
Curiosités. Elle est dominée par un
château flanqué de vieilles tours. Ses
remparts sont garnis rie dix tours en
pierres de taille, nu haut de ces forti-
fications antiques , l'œil découvre une
plaine immense qui n'a de bornes que
lliorizon: ausu.l-est, nous remarquons
la baie de liourgneuf, l'île de Noirmou-
tiers, l'Océan, et toute la plaine entre
le Pouligneu, Batz et le Croizic; à l'est,
nous découvrons Belle-Ile. et au nord-
ouest, les îles Héderic, d'Houat , la baie
et la pointe de Quiberon.
Quittons maintenant la ville, et diri-
geons nos pas vers le nord, la sont les
Salines : c'est ainsi qu'on appelle
cette grande étendue de terre com-
pacte que vous voyez Coupe par des
bassins et de nombreux canaux. Le pre-
mier de ces bassins porie le nom de
Vasnere; il reçoit et retient l'eau de
la mer que lui fournissent les
Etiers sinueuï qui la prennent sur la
surface des marais sa'ans. Le second ré*
servoir se nomme le
Corbier, lequel est coupé par des
cloisons hautes de dix à quinze centi-
mètres, et larges de vingt-cinq à trente.
Sa destination ct.en faisant faire à l'eau
de longs circuits , de faciliter la précipi-
tation du sel quelle lient en dissolution.
Dans lépai'seur des digues qui sépa-
rent le Corbier de la Saline, sont des
conduits qui portent à cette dernière
le liquide dont < Ile a besoin.
Maintenant que vous connaissez les
usages de chacune des parties de la
Saline, je vais vous faire connaître les
tyèrations du Solange, Gomme l'hi-
ver , le travail des salines est inter-
rompu, on inonde tous les bassins, afin
de prévenir par là des dégradations que
le haie et les gelées produiraient sur
un terrain naturellement disposé à se
crevasser. Vers la fin d'avril , on fait
évacuer toutes les eaux pluviales, et on
y amène l'eau de la mer, en lui faisant
parcourir les sinuosités des canaux
nourriciers et les phares. Lorsque cette
eau a acquis les qualités propres à la cris-
tallisation , on l'introduit dans le bassiu
d'évaporation, à la hauteur de sept cen-
timètres. Un ciel clair, de la chaleur,
et des vents d'est la convertissent en
sel marin. Le premier qu'on recueille
a la sur'ace , e<t en petits cristaux très
blancs ; l'autre est plus gros et d'une
coulur grisâtre due Ali vase du fond.
Lorsqu'il est parfaitement égoutté, on le
transporte au magasin , et de là , il est
versé dans le commerce.
B. De Nantes à Angers.
Dislance ;\ parcourir : 22 lieues.
Observation.
Les bateaux à vapeur les
*****.
DU VOYAGEUR EN EUROPE.
SU
Riverains, partent ordinairement pour
Angers tous lesjours à sept heures du
malin en été , et à huit heures en hi-
ver. Dans notre voyage d'Orléans à
Nantes, ayant décrit les bords du fleuve
que nous allons parcourir, j'y renvoie le
lecteur pour les connaître ; il ne me
reste ici qu'à parler d'
Angers, qui est le terme de notre
navigation sur la Loire.
Aperçu général d'Angers. Cette ville
est située sur la Mayenne qui la divise
en deux parties. Elle est bâtie en
amphithéâtre sur le penchant d'une
colline qui s'abaisse jusqu'au bord de la
rivière. Les rues sont, pour la plupart,
tortueuses, étroites, sombres, el bordées
de vieilles maisons construites, les unes
en pans de bois plaqués d'ardoises sur
les façades, les autres sont en pierres
d'ardoises: ce qui leur donne un aspect
triste et désagréable à l'oeil. Kous y re-
marquons cependant quelques beaux
quartiers, notamment celui qui avoisine
la préfecture.
Angers possède trois ou quatre égli-
ses^ fort jolies, un Hôtel-Dieu, un vieux
château, une salle de spectacle, une bi-
bliothèque publique, un cabinet d'his-
toire naturelle , un beau jardin bota-
nique, un musée de peinture, plusieurs
belles places dont la plus remarquable
est celle du Ralliement, enfin de belles
promenades.
Historique. — L'origine d'Angers se
perd dans la nuit des siècles ; c'était
autrefois la capitale des Andecaves.
Sous les Romains, elle fut embellie par
de nombreux édifices dont il reste à
peine quelques vestiges. Childéric l'as-
siégea dans le V" siècle ; les Normands
la saccagèrent dans le XI". Elle a été plu-
sieurs fois attaquée, pri»e, reprise par
les Bretons, les Anglais et les Français.
Le château fut surpris par 1 s hugue-
nots, en 1585, et la ville attaquée en
1793, par une armée de quatre-vingt-
dix mille Yendéens. Il s'y est tenu six
concile», en 455, 1255, 1279 , 136G, 1448
et 1583, et les célèbres conférences,
connues sous le nom de conférences
d'Angers, en 1713 et 1714.
Débarquement , séjour et promenade.
C'est au
Quai de Ligny que nous débar-
quons, et à 1'
Hôtel du Faisan , que nous allons
loger ; cet hôtel est situé au centre de la
ville. Visitons maintenant les
Curiosités d'Angers. Commençons par
la
Cathédrale, qui est dédiée à saint
Maurice. Cette église, qui est bâtie sur
une éinini'iice, n'a qu'une nef; sa forme
estcelle d'une croix latine; sa longueur,
depuis la porte principale jusqu'au fond
du chœur, est de deux cent quatre-
vingts pieds, et sa largeur de cinquante
pieds et demi. Cette nef est une des
plus larges qu'il y ait en France; les
deux ailes ont chacune quarante-six
pieds six pouces de longueur, sur au-
tant de largeur; elles font éclairées dans
les pignons par tle grandes roses d'une
élégante construction , et vitrées en
verres de couleur. Des faisceaux de co-
lonnes, adossés nui murs, supportent de
belles voûtes de forme ogive, avec des
nervures sur le? arrêts; leur hauteur est
de quatre-vingts pieds. On doit remar-
quer que ces voûtes n'ont pour appui
que les murs; il n'y a au dehors, malgré
la grande largeur de la nef, aucun de
ces arcs-boutans qu'on voit à presque
toutes les anciennes églises, et qui res-
semblent à des étais qui soutiennent
un bâtiment prêt à tomber en ruine.
Le
Portail est surmonté de deux jolis
clochers à flèches, séparés par un troi-
sième en dôme, qui font un heureux
effet. Le
Frontispice de cette église est décoré
de huit figures colossales qu'on nomme
vulgairement Saint-Maurice et ses com-
pagnons. Une de ces statues porte, sur
son bouclier, les armoiries des comtes
Ingelgériens, qui étaient devenues cel-
les de la cathédrale. Le
Grand Autel, qui fut refait, en 1757,
par Antoine-Denis Gervais, est formé
de difiérens marbres précieux et do six
colonnes corinthiennes en marbre rouge
de Laval, qui supportent un baldaquin
richement sculpté et décoré. Le
Chœur, grand ouvrage de menuise-
rie qui sert à former les stalles, est
orné d'un ordre corinthien en pilastres,
d'un avant-corps de quatre colonnes
du même ordre, surmonté d'un allique
qui occupe le rond-point entre les pilas-
tres; nous voyons des tables sur lesquel-
les sont attachées des guirlandes de
fleurs dont plusieurs sont exécutées
818
GUIDE
avec beaucoup de soins, ainsi que plu-
sieurs bas-reliefs. Le
Buffet d'orgue, placé au dessus de la
porte principale, est aussi un beau mor-
ceau de menuiserie et rie sculpture,
quoique la plupart des ornemens suint
réprouvés par le bon goût; mais, pour le
juger, il faut se reporter au temps où il
a été fait, au règne de Louis XV, épo-
que où l'art dégénérait en France. Ce
buffet, qui contient un des meilleurs
orgues de l'Europe, du célèbre facteur
Banville, est soutenu par quatre caria-
tides colossales, terminées en gaine.
De l'orgue, on peut faire le tour de
l'église au moyen d'une belle balus-
trade en fer, posée sur la retraite des
murs, au dessous des naissances des
voûtes. Ce grand ouvrage de serrure-
rie, qui a coulé trente mille francs, a
été fait, en 1738, aux frais d'un cha-
noine, M. dePantigny.Les autres églises
d'Angers sont : I'
Eglisede la Trinité, qm est fort belle.
et dont la construction remonte à l'an-
née 1002. On y remarque l'emploi si-
multané du shle plein -cintre et de
l'ogive; ses voûtes sont bien exécutées,
elles nervures d'assez bon goût; loutes
les ouvertures extérieures sont en plein
cintre.
Eglise S'aint-Serguc, qu'on peut met-
tre au rang des plus beaux monuments
de l'architecture , nommée impropre-
ment gothique. Les voùlesdu chœur, de
forme ogive, sont portées, en partie,
par six colonnes très sveltes, qui ren-
dent cette construction aussi hardie
qu'elle est élégante. La nef n'a été
bâtie que dans le XV e siècle. L'
Eglise Saint- Martin, qui ne sert
pas au culte depuis 17-21, et qui est fort
belle. Pfous y distinguons, parmi les
conslructions de divers temps dont elle
se compose, celles du temps d'Hermen-
garde : c'est la tour carrée qui est au
milieu de la croix, et sert à porler le
Clocher; la <• nstruction inférieure de
celle tour, dont les quatre angles sont
ornés de .colonnes engagées qui portent
des aies à plein cintre, est remarqua-
ble en ce qu'elle est près pie à la ma-
nière des Romains; nous y voyons, alter-
ten ativement , un -assise de lierres de
tuf blanc et six rangs de briques qui
forment à peu nrèsla hauteur des pier
res de taille; mais en examinant la bri-
que, nous reconnaissons qu'elle n'est
pas des Romains; sa pâte grossière n'a
pas la couleur rouge des briques anti-
ques. L'
Eghse Saint -Martin est un resle
précieux des monumens carlovingiens,
déjà très rares en France ; il serait k
désirer qu'une administration éclairée
et sachant apprécier l'influence des
arts sur la prospérité publique, les
prit sons sa protection , et ne permît
de les détruire qu'après les avoir fait
dessiner et graver sous tous les as-
pects.
Après avoir visité les églises , nous
devons aller voir 1'
H tel-Dieu, qui est un monument
très remarquable . fondé par Henri II
Planlagen t, roi d'Angleteite et comte
d'Anjou, en 1153. Il consiste aujour-
d'hui dans la salle des malades , la
chapelle , les caves et les greniers.
La
Salle est divisée en trois parties par
deux rangs de colonnes corinthiennes,
qui portent de belles voûtes de forme
ogive; rien n'est plus hardi et plus
élégant que cette construction. La
Chapelle est bâtie dans le même
genre, et est d'une élégance admirable.
Les
Caves, bien voûtées, et les greniers
qui sont placés au dessus , ne sont pas
moins dignes de remarque que la salle
et la chapelle ; nous trouvons même ,
surtout dans les greniers, un luxe tout
a fait déplacé. Les
Greniers sont divisés en trois parties
par deux rangs d'arcs à plein -cintre ,
dont l'un est porlé sur des colonnes
corinthiennes accouplées, l'autre sur
des piliers carrés , qui remplacent ,
depuis peu d'années , les colonnes que
le temps avait détériorées.
Dirigeons nos pas maintenant vers
le
Château d'Jngers. Ce château , qui
fut commencé sous le règne de Phi-
lippe-Auguste et achevé par Louis XI,
est bâti sur un rocher escarpé du côté
de la Mayenne , au dessus de laquelle
il s" lève à près de cent pied- ; il est
défendu par dix-huit tours, et un fossé,
creusé dans le ro:, de quatn -vingt-dik
p'-eds de largeur et de trente-trois pieds
de profondeur.
Anciennement, les évêques d'Angers
avaient leur demeure dans ce château;
il en reste encore, du côté de la rivière.
DO VOYAGEUR EN EUROPE.
-U
un grand pan de mur, percé de sept
croisées à plusieurs cintres , et terminé
par des assises de pierre posées en
feuilles de fougère, comme dans d'au-
tres édifices antérieurs à ce temps-là,
on pinçait des cordons de briques. Après
le chàleau d'Angers, nous devons voir
la
Salle de spectacle , située sur la place
»du Ralliement. Celle salle , qui a été
bâtie , en 1822, sur les dessins de M.
Binet , arcliilecte de la ville , est fort
jolie et richement décorée. De la salle
de spectacle , nous devons aller voir
le
Cabinet d'histoire naturelle, qui se
compo=e d'une salle principale et d'une
plus petite qui n'e->t point ouverte au
public , el qui est totalement composée
de fossiles en pétrification. La galerie
principale , longue d'environ vingt mè-
tres , large de six, pourvue de chaque
côté d'armoires vilrées , présente . à
droite , les oiseaux et les quadrupèdes,
groupé* suivant les classes respectives;
à gauche , les minéraux et les coquilles.
Au milieu de la salle, nous remarquons
des cases d'oiseaux ou de quadrupèdes :
une collection d'insectes commencée
depuis peu d'années. Au plafond, sont
fixés un grand nombre d'objets divers,
tels que poissons, reptiles, etc. Le
Musée de peinture , qui nous reste à
voir, est peut-être, de tous ceux qui
existent dans la France , le plus riche
en tableau* précieux après celui de
Paris. Il n'est pas d'école dont il ne
possède quelques beaux morceaux. Plu-
sieurs même pourraient briller au mi-
lieu des chefs-d'œuvre que nous admi-
rons dans la capitale. Un nombre de
belles figures antiques, en plâtre , ve-
nant de la saile des antiques de Paris,
contribuent à l'embellissement de ce
musée.
Telles sont les curiosités que ren-
ferme Angers, il ne nous reste plus
maintenant qu'à parcourir ses envi-
rons.
Environs d'Angers.
« Ici tout est plein de ces restes de féo-
dalité et de guerres civiles. Comme philo-
sophe et peintre , on est fort content de ren-
contrer de ces châteaux en ruine ; comme
phdantrope , on est fâché qu'ils aient existé.»
Pleesis-Macc , le château de Briolay,
de Plessis - Bourré , de Brissac et de
Serrant, tels sont les divers lieux que
nous allons visiter successivement.
Excursion au château du Plessis-Macc.
Dislance à parcourir : .> lieues
Direction : au Nord d'Angers.
Départ.
Pour nous rendre au château du
Plessi'-Macé , nous devons suivre d'a-
bord la
Hou te du Mans , et ensuite celle
qui est à notre droite , qui nous con-
duit direclement au bourg du Plessis,
ou le
Château. Ce vieux caslel , qui ap-
partient actuellement à M. le comte de
Serrant , est abandonné depuis environ
un siècle. Son enceinte, formée d'une
épaisse muraille flanquée de tours de
distance en dislance , existe encore
presque en entier ; le fossé circulaire
qui l'environne est rempli de grands
arbres qui annoncent que des siècles
se sont écoulés depuis qu'il a cessé de
servir à la défense de celle forteresse.
Le donjon en est la partie la plus re-
marquable et la mieux conservée ; sa
forme en est carrée ; des tourelles, pla-
cées sur les angles, et un pavillon, qui
occupe le milieu de la face principale,
s'élèvent au dessus des créneaux et des
mâchicoulis, et lui donnent une forme
pyramid.de qui produit un bon effet.
Une jolie chapelle , inoins ancienne
que ce donjon : des restes considérables
de divers bâlimens . qui lous étaient
construits en tuf blanc ; les murs du
parc . qui renferment une vaste éten-
due de terrain ; tout annonce la ri-
chesse des anciens seigneurs du Ples-
sis-Macé. Ces ruines exercent souvent
les crayons des étrangers.
Excursion au château de Briolay.
Distance à parcourir: 2 lieues et domie.
« Quel silence imposant ! comme ces
tours antiques et majestueuses; ces avant-
cours inhabitées jettent l'effroi dans l'âme
en proie à l'incertitude! »
( Horace Walpoole. )
Départ .
D'Angers, pour nous rendre à Briolay,
"iarrv-:
214
GUIDï
nous devons suivre le cours sinueux de
la SarLhe, qui offre des sites fort agréa-
bles. Du Plessis-Macé , nous pouvons
nous y rendre aussi en suivant la roule
du Mans, et traversant les villages de
Pétronaille et de Corzé , où nous trou-
vons le Loir, que nous longeons ensuite
jusqu'à
Briolay, petit bourg enclavé entre le
Loir et la Sarlhe. C'est dans ce villa™
que gisent les
Ruines du château de jlrinlay, qui
consistent en une portion de tour' es-
pèce de forteresse qui evistait, même
en entier, en 1789, et que l'on aperce-
vait très distinc'ement d'Angers. Cette
tour était environnée d'un fossé large
et profond qui paraît encore, et qu'on
traversait sur un pont-levis.
Le château de Briolay était ancien-
nement une des plus fortes places d'An-
jou ; il fut as«iégé et pris, en 1103.
par Geoffroy-Martel , lorsqu'il faisait
la guerre à son père , Foulques-Rochin
qui voulait le déshériter. Vers le milieu
du onzième siècle , il appartenait à Li-
siard de Sablé qui y faisait souvent sa
résidence. Ce seigneur était û puissant
qu'il osa faire la guerre à Geoffroy-
Plantagenet, le plus redouté des com-
tes d'Anjou; il poussa l'audace jusqu'à
ravager toute la campagne , depuis
Briolay jusqu'aux portes d'Angers. Le
comte ne pouvant supporter cet af-
front, assembla des troupes, assiégea
et prit Briolay, qu'il ruina, l'an 114!).
Dans la suite , ce château fut rétabli
et il appartenait, en lois, au prince de"
Rohan Guéménée , lorsqu'Henri IV y
reçut en grâce le plus obstiné des li-
gueurs, le duc de Mercoeur.
ChHeau du Plessis-Bourré, oui
n en est éloigné que d'une petite demi-
lieue.
Description. -Ce château, qui ap-
partient aujourd'hui à M. de Terves
est très bien conservé : c'est un bâti-
ment carre, flanqué à chaque angle
dune grosse tour ronde; une de ^es
tours , plus élevée que les autres se
nomme donjon. Les murs des tours du
château , épais de six pieds, sont cré-
nelés et revêtus, en dedans et en de-
hors , de belles pierres de tuf blanc
In fosse de quatre-vingts pieds de lar-
geur, rempli d'eau vive, environne cette
immense forteresse féodale , et lui donne
un aspect imposant; elle fut mise en
état de siège pendant la Ligue , mais
on voit, par l'état de conservation de
ses murs , qu'elle ne fut point atta-
quée.
Excursion au château de Brissac.
Dislauce à parcourir : 5 lieues.
Excursion h Plessis-Bourré.
Dislance à parcourir: i lieues.
Itinéraire de la route.
Si d'Angers nous voulons nous rendre
au Plessis-Bourré, nous devons suivre
la route de Château -Gontier jusqu'à
Mantreuil ; là nous trouvons la Mayenne ,
et le village de Fénu qui nous conduit
à Bourg, non loin duquel est le châ-
teau. Si , au contraire, de Briolay nous
voulons continuer notre excursion sans
revenir à la ville, nous devons traverser
la Sarthe, et suivre son cours jusqu'à la
hauteur du
Pour nous rendre au château de
Bns«ac, nous devons aller joindre le
Pont-de-Ce, et, après avoir traverse-
la Loire, nous prenons le chemin qui
est a notre gauche , qui nous conduit
directement au
Château de Brissac, qui est situé
enlre deux collines.
Historique. _ Ce joli château est
possède, depuis le XVI* siècle, parla
maison Cossé. Avant cette époque, le
domaine et le château de Brochessac ,
et depuis Brissac, avait appartenu à
une famille de ce nom, éteinte au
Alll« siècle. Ils passèrent depuis dans
celle de Cheminé de La Varenne, de
qui René Cossé , premier panetier du
roi et grand fauconnier de France , les
acheta. En 1611 , la terre de Brissac
fut engee par Louis XIII en duché-
pame en faveur de Charles de Cossé,
maréchal de France.
Description. — Le château de Bris-
sac appartient, par son architecture,
a différentes époques ; mais, malgré ses
irrégularités et son défaut d'ensemble,
il présente néanmoins une masse impo-
sant qui annonce bien la grandeur et
la puissance des seigneurs qui l'ont fait
élever.
La façade principale est au levant et
se trouve resserrée entre deux tours de
fc»tk.
DO VOYAGEUR EN EUROPE.
213
l'ancien château de Brochessac, dont
l'une est en partie démolie, et l'autre
renferme une chapelle , dans laquelle
nous voyons une jolie statue de la Vier-
ge, en marbre blanc. Dans le pavillon
de gauche , se trouvent un beau vesti-
bule et le grand escalier, bien éclai-
rés, dont les rampes sont très larges,
et les paliers ornés de niches destinées
à recevoir des statues. Le javillon, qui
se trouve au milieu 'le la f icade princi-
pale, est décoré de cinq ordres d'archi-
tecture en pilastres, formant cinq cla-
ges , compris le rez-de-chaussée. Au
dessus de 1'rnlnhlcnient composite,
nous voyons une table saillante , sur
laquelle est gravée , en gros caractères,
cette inscription qui rappelle l'antique
et noble origine de la maison Cossé ;
Virilité tempore.
On voyait autrefois , dans le château
de Brissac , de grands appartenons or-
nés de lambris sculptés , peints et dé-
corés , une va>te galerie, contenant
plusieurs beaux tableaux de Stella, don-
nés par Louis X1M , et une nombreuse
collection de porlraits de famille,
Ce château , dévasté comme tant
d'antres pendant la révolution, était
dépouillé de ses riches ornemens ; les
tableaux avaient disparu en partie :
mais, grâce aux soins de M. le duc, de
Brissac , pair de Fiance , on est par-
venu à y réunir les portrails de plu-
sieurs personnes de cette illustre mai-
son. On y distingue entre autres , celui
du dernier maréchal de Brissac, si
connu par la vivacité de ses expres-
sions, ses pensées fortes, ses vertus
chevaleresques, la grâce et l'originalité
de son esprit; il avilit conservé le cos-
tume du fièclê de Louis XIV, et porla
long-temps l'éeharpe blanche et les
deux queues. Il est représenté à cheval,
sur le premier plan du tableau, do d le
fond est occupé par une bataille. La
vue de ce portrait rappelle ces jolis
vers de Dorât :
L'HONNEUR FRANÇAIS.
Si l'on peignaitl'linnneur franiï&il ,
Je voudrais qu'il fût ceint d une écliarpo éclatante ,
Qu'autour d'une laillc élégante
Lc9 amours renoueraient sans Faste et Bans an prête.
Ses yeux seraient briilans dune douée allégresse ,
Ses longs cheveux négligemment épars
Ne seraient point tressés des mains de la mollesse :
On reconnaîtrait Mars au [ou de ses regards ;
A la victoire il semblerait sourire,
Sa grâce même aurait un air guerrier i
D'une main il tiendrait des Branches de laurier,
El de l'outre des fleura pour le sein de Tiiémire;
On Terrait sur son front respirer la can leur:
Sans être interdite et troublée
L'infortune à ses pieds connaîtrait le bonheur ,
Kl d'avec lui sortirait consolée.
Ou représenterait des sièges, des combats ,
Autour de celle auguste image
Elle peindrait l'amour, la verni , le courage .
Et le nom de Brissac serait écrit au bas.
Excursion au château de Serrant.
Distance a parcourir : -i lieues.
Situation : enlro la rive droile tic la Loire
et la grimde route de Nanlcs.
D'Angers, pour nous rendre au châ-
teau de Sevrant, nous devons suivre la
route de Piailles à Angers : si de Bris-
sac nous voulons nous y lendre, il faut
que nous traversions d'abord la Loire,
puis ensuite la Mayenne, des bords de
laquelle le
Cli teati de Serrant se montre à nos
regards.
Historique. — Le château de Serrant
fut commencé à bâtir en 1345, par Jean
de Brie , et fut terminé par le marquis
de Va» brun , qui ffît tué à la bataille
Allenheim , le premi r août l730.Après
la mort de la marquise de Vaubrun, la
t"rre de Serrant passa à la duchesse
d'Etrée , leur fille, qui la vend! la
même année à François Jacqucs-Vflsh,
en faveur duquel elle fut érigée en
comté eu 1733, par lettres et patentes.
Description. — La façade du châ-
teau , qui donne fur la Loire, est flan-
quée à ses deux extrémités, de deux
belle tours rondes , couronnées d'un
en'ablement qui règne autour du châ-
teau. La façade principale , qui se
trouve du côté de la rou'.e, est située
entre deux grandes ailes qui for-
ment deux des côtés de la cour d'hon-
neur. Ce château est composé d'un
rez-de-chaussée et de deux étages ,
chacun desquels est décoré d'un ordre
d'architecture en pilastres, qui règne
sur toutes les laces; l'ionique au rez-
de-chaussée, le corinthien au premier,
et le composite au second. Chaque fa-
çade, ainsi que les ailes, est ornée
d'un fronton triangulaire, et l'entable-
ment qui lui sert de base est porté par
quatre cariatides. Le grand escalier est
d'une benuté remarquable, et a du être
un des plus beaux de France à l'époque
où il fut construit.
216
GUIDE
Les pierres dont C3 va-le édifice est
construit, sont d'une blancheur cl d'une
conservation parfaites. Un fossé large de
quatre-vingts pieds, environne ce châ-
teau, auquel on arrive par uu pont-
lcvis. Dans la
Chapelle du château , nous remar-
quons le
Tombeau, élevé à la mémoire du
marquis de Vaubrun , par sa veuve ,
trenle ans après sa mort. Celle cha-
pelle, digne dur, tel monument et bâtie
exprès par Jules Mansard, est décorée
d'un ordre corinthien en colonnes et pi-
la.- très de marbre noir. Les mura sont en
pierres blanches, ainsi que la voûte qui
est ornée de caissons à rosaces et de
rinceaux 1res bien exécuté*.
Le tombeau e t du célèbre Covsevox ;
il est placé dans un enfoncement revêtu
en marbre noir , et dont les angles sont
occupés par deux colonnes de même
marbre , avec bases et chapiteaux en
bronze. Le sarcophage . dont la face
| riucipale offre un bas-relief en plomb
dore, représentant le combat dans le-
quel le marquis de Vaubrun perd t la
vie, esl élevé sur un piédestal, dont le
de est orné d'une épitaphe en lettres
<1 or. Ce sarcophage sert de support
aux statues des deux époux.
L5 marquis, prêt à rendre le dernier
soupir, et à demi couché sur un
trophée d'armes; il s'apnuiesur le bras
droit et tient encore dans la main le
halon de commandement. Devant lui
la marquise à genoux, la tète a puyée
sur la main droite est en partie couverte
d'un grand voile. A quelques pieds au
dessus de ce beau groupe, on voit la
Victoire qui descend du ciel , tenant
dans une main, un trophée qu'elle va
poser sur la tète du guerrier. Celle fi-
gure qui semble se soutenir en l'air par
le mouvement de ses ailes, est admira-
ble par fa grâce et sa légèreté. Ce mo-
nument, (ont en marbre blanc, est du
earaetère le plus imposant. Quant aux
Dépendance? du ch iteau, elles sont
considérable; et répondent par r aite-
nient à sa magnificence. Le parc , qui
;: environ trois cents arpens, est des-
sine dans le genre paysagiste et ren-
f rme un très vaste étang et d'autres
eaux très belles. L'orangerie est. une
des plus belles de France, après celles
des châteaux royaux; elle est composée
decinq cenls pieds d'orangers et de
beaucoup de plantes exoliques les plus
rares.
C. De Nantes à Nort , par le bateau a
vapeur.
Dislance à parcourir : C lieurs.
« La rivière d'Entre est célèbre par les
sites pittoresques qu'elle présente et par les
promenades qui s'y font tous les jours ;
c'est l'un des premiers objets que l'on dési-
gne à la curiosité des étrangers. »
(RicnER. )
Bateau affecté à ce service.
Ifn seul bateau à vapeur, le
Riverain de l'Enhv, fait le trajet jour-
nalier de Nantes à Nort; il part tous les
jours à 7 heures du matin et est de re-
tour le soir à pareille heure
Embarquement et départ.
Gagnons le
Port-Communean , déjà la cloche a
battu pour la troisième fois sa mesure
retentissante, le baleau va partir, ses
roues impatientes commencent à se
mouvoir dans l'eau , enfin les dernières
amarres sont larguées et nous voilà fen-
dant le fleuve avec une rapidité éton-
nant, 1 . Commençons nos études, nous
voici en face la
Houssière , maison de campagne fort
jolie et dans une situation vraiment ro-
mantique. En face est le
Hocher de ttelle-Vue , et plus loin la
petite
Baie de Petit-Port, située à l'embou-
chure du cours qui prend sa source au-
près du
Château du Baron, remarquable par
sa belle avenue de sapins et célèbre
pour avoir été la demeure de madame
de Sévigné.
Apercevez-vous au nord -est de la
baie du Petit-Port, sur la rive gauche
et au milieu de grands arbres , une
ferme ? c'est la
Ferme de i:'elle — Ile, remarquable
par sa belle position. Au-delà de ce
lieu, sur la même rive, est
Hérandiere , jolie maison de campa-
gne récemment construite. Plus loin et
à l'extrémité d'une nouvelle baie . se
montre le vieux
Château de la Gacheri' , surmonté
DU VOYAGEUli EN EUROPE.
217
de fou beffroi féodal : c'était autrefois
la seigneurie de la paroisse, la Chapelle -
sur-Erdre. C'est dans ce château que
la reine de Navarre composa une partie
des contes enjoués et naïfs qui portent
son nom. A notre gauche , est une su-
perbe maison de plaisance , nommée
Gandonnière, placée dans une posi-
tion charmante, et à laquelle il ne man-
que que d'être ornée et non pas mas-
quée parses charmilles. Plus haut est le
bourg de
Suce , bâti dans une situation pitto-
resque , à l'extrémité d'une baie pro-
fondément encaissée. En face ce bourg ,
nous remarquons les
Ruines del' ancien château seigneurial,
qui servit long-temps de maison <ie plai-
sance aux évêques de Nantes. Ce châ-
teau , autour duquel régnait un double
fossé (aillé dans le roc , fut démoli en
1677; il n'en reste plus aujourd'hui que
la porte principale, consenée dans son
entier. Un peu au-delà de Sucé, après
avoir passé le village de
Jaille, qui n'offre rien de remarqua-
ble , nous entrons dans la
1 laine de Muzerobles , bordée pâl-
ies communes de Sucé , Casson . Nort
et Petit-Mars. Cette plaine est presque
toujours peuplée, principalement l'hi-
ver, d'un grand nombre d'oiseaux. Un
peu au dessus du
Ruisseau de Quiheix , est le
Canal de la Bretagne, et le village
de la
/ oupinière , bâti sur une côte plate,
dénudée de verdure en plusieurs en-
droits. Plus haut se montrent les villages
de la
Tanlel'e-Houx , et de la
Noe-Geri, qui n'offrent rien de re-
marquable. Un peu au delà et sur la
rive opposée à ce dernier, se voit le
Château de Pont-Hus , ancienne sei-
gneurie de la paroisse de Petit-Mars.
Au delà, la rivière se resserre. En été
même le courant comneni e à devenir
sensible ; l'onde y coule sans bruit, ,
comme le temps; mais elle ne se hâte
pas comme lui. Après une demi-lieue
faite, au mi'ieu d'une étendue médio-
cre , nous arrivons à
Non , qui est le terme de notre na-
vigation.
Débarquement.
Nort; quoiqu'étant une ville assez
considérable et ancienne , ne renferme
aucune curiosité digne de fixer notre
attention ; c'est donc dans ses environs
que nous devons diriger nos pas.
Environs de Nort.
Melleraye et Chàteaubriant sont les
deux seuls endroits que nous allons vi-
siter successivement , comme étant les
plus remarquables des environs de
Nort.
Excursion à Melleraye et a l'abbaye de
la Trappe.
Distance à parcourir : 5 lieues un quart.
Topographie de la roule.
Départ.
Pour nous rendre à Melleraye, nous
devons prendre le chemin qui conduit
à Chàteaubriant. P< u de temps après
avoir quitté IVort, nous traversons
Joue, petit bourçç situé sur la rive
gauche de l'Erdre, où nous remarquons
le joli
Château de Bawelière , bâti sur le
penchant d'un coteau qui s'abaisse jus-
qu'à l'Erdre. Bientôt nous découvrons
devant nous,
Mell, raye , petit bourg peuplé d'en-
viron huit cents habitans et situé à l'ex-
trémité de la forêt de Voireau. A Mel-
leraye, nous prenons le chemin de tra-
verse qui conduit à 1'
'bbay-e de la Trappe, qui n'en est
éloignée que d'un quart de lieue.
C'est dans ce lieu que viennent mou-
rir les derniers bruits du monde :
Koutonnieis sans étoile, abordez : c'est le poil!
Ici l'âme se plonpe en une pitix profonde,
Et cette pais n'est pas la mort.
L'abbaye de la Trappe of're un as-
pect imposant; sa fondation date de
l'année 1132, mais elle a été recon-
struite dans le dernier siècle. L'archi-
tecture moderne en est belle et d'une
parfaite régularité.
Entrée de l'abbaye. — Pénétrons dans
l'enceinte du monastère; après avoir
traversé une cour irrégulière et spa-
cieuse, noua arrivons à la
Porte claustrale. Là nous sommes
reçus par le
Père hôtelier, qui, après vous avoir
demandé votre profession, vous intro-
duit dans la
218
GUIDE
Salle des Hôtes. Dans cette salle est
un
Tableau de règlement dans lequel
nous lisons :
« On supplie très humblement ceux
que la divine Providence conduira en
ce monastère, d'agréer qu'on les aver-
tisse des choses suivantes :
(t On évite la rencontre des religieux
en tout temps, mais surtout durant
qu ils .'ont au travail.
« Les religieux étant obligés à un
très rigoureux silence, ne donnent au-
cune réponse à ceux qui leur parlent.
« Dans le réfectoire des hôtes , ils
sont avertis de ne pas tenir des propos
deshonnêtes, et de no s'entretenir d'au-
cune affaire politique. »
Si notre entrée à l'abbaye est l'après-
midi, nous sommes invités à assister à
vêpres, avec recommandation de ne
prendre part à l'office que mentalement,
ou de n'y chanter qu'à voix bas^e. Les
vêpres finis, nous entrons dans le
Grand réfectoire, qui est d'une vaste
étendue. Le père-abbé en occupe la
partie supérieure; les religieux du
chœur sont assis à des tables qui ré-
gnent autour de cette salle. Les novi-
ces, les postuhna sont à d'autres tables.
Les convers occupent à droite et à gau-
che un petit enfoncement d'où ils ne
peuvent être vus du père-abbé, mais ils
sont sous les regards d'un autre supé-
rieur. Quant à notre table, elle est pla-
cée au bas de la salle, et est désignée
sous le nom de
Table des hôtes laïques ; nous y som-
mes servis en particulier, et toujours
avec des légumes. La
Durée du repas est de trois quarts
d heure. A cinq heures et demie les
religieux se rassemblent dans le cloître
pour y faire des lectures, et on retourne
ensuite A l'église pour ie Salve regina.
Au sortir de l'église, nous sommes con-
duits à notre
Chambre à coucher ,<\on\. le lit est com-
pose d'une paillasse, d'un lit déplume,
d un matelas, d'un traversin, de deux
draps de lit blancs et de deux couvertu-
res. Le surplus des meubles ou ustensiles
consistent en plusieurs fauteuils, un
prie-Pieu, un pot à eau, un verre 'et
une serviette. Les parois du mur sont
garnies d'images et de peintures d'un as-
pect glaçant ou terrible.
Le lendemain, à div heures, on nous
fait visiter toute l'abbaye. Nous com-
mençons notre visite par le
Dortoir, (ju i consisle en une longue
galerie dans laquelle sont placés par
rangs les UN des trapp stes, qui consis-
tent en deux planches, un oreiller de
paille et une couverture de laine. Du
dortoir nous passons au
Chapitre. C'est une grande salle où
les religieux s'assemblent à des heures
déterminées pour faire des lectures et
s accuser à haute voix les uns les au-
tres des fautes qu'ils ont commises con-
tre la règle. A l'extrémité de la salle est
un christ au bas duquel sont écrits ces
mots tiers et soumis à la fois :
Scll Ueo Iwiwr el frloria.
Après avoir visité la boulangerie et
la cuisine, nous allons parcourir les
Dépendances de l'abbaye. Nous nous
rendons à 1'
_ Etang. Là sont deux moulins à eau
établis pour le besoin de la commu-
nauté, l'eau du premier fait mouvoir
le second, qui est situé à cent pas plus
loin. De l'étang nous sommes conduits
a ta
Laiterie et vacherie. La laiterie est
une espèce de cellier taillé dans le roc,
et qui, conservant mieux l'équilibre de
sa température, est relativement plus
chaud en hiver et plus frais en été.
Elle est composée de quatre pièces y
compris une petite remise où l'on dé-
pose les ustensiles qui servent à traire
les vaches, battre le beurre, etc. La pre-
mière de ces pièces est le fourneau.
C'est là qu'on fait le beurre et qu'on
travaille le fromage. La seconde cham-
bre sert à mettre les fromages sous la
presse et à les sécher. La troisième est
le .dépôt du lait.
La vacherie est construite avec au-
tant de goût que de soin : elle a pres-
que i 80 pieds de longueur. A l'extré-
mité sont des magasins pour le foin.
Après avoir visité la laiterie, nous som-
mes conduits dans les
Ateliers. Ici tous les métiers mécani-
ques sont mis en usage par les divers
trappistes, car rien de ce qui s'emploie
dans la maison n'est travaillé par des
étrangers; ayant fait vœu d'être pau-
vres et de n'être à charge à personne,
DU VOYAGEUR EN EUROPE.
219
ils gagnent eux-mêmes leur vie à la
sueur de leur front.
A la vue de tout ce mouvement, il
semble que le monastère «oit changé
en un ntelier général, ou la plupart des
arts mécaniques utiles à la soriéié
s'eserc nt avec intelligence et écono-
mie. 0e là nous passons dans le
Jardin, qui est admirable ; il c-t en-
tretenu par les religieux du chœur ; ce
n'est qu'un délassement pour eux, car
leur office est de chanter à l'église des
prières pieuses au chapitre. 11 en est
d'eux comme de l'ermite de Parnell :
Prti) Y ail liis l'usa' ntss , ait lits jjleasare priûse.
En suivant l'angle du jardin nous ar-
rivons au
Cimetière. Ce cimetière n'offre rien de
remarquable : quelques croix s'élèvent
sur cette terre modeste, sur lesquel'es
sont écrits l'âge du frère, le temps de
sa profession et sou religieux. Une fosse
ouverte et creusée solennellement dans
une assemblée générale, attend au cime-
tière le premier qui doit mourir.
Maintenant que nous connaissons
en entier l'abbaye de la Trappe, il ne
nous reste plus qu'à faire notre
Excursion à Châteaubriant.
Distance à parcourir : 3 lieues trois quarts.
Départ.
De l'abbaye de in Trappe pour nous
rendre à Châteaubriant, nous sommes
obligés de revenir sur nos pas jusqu'au
village de Melleraye, et de suivre de là
le chemin jusqu'à
Châteaubriant, qui estl'endroit où se
borne notVe excursion. Châteaiîbriant
est une petite ville fort ancienne, re-
montant au temps de la domination ro-
maine. Le
Château , dont nous admirons les
ruines, fut bâti en 1013, par Briant de
Penthièvre, qui lui donna son nom.
Sous le règne de Charles VI II, ce châ-
teau Tut démoli en partie, et il ne fut
respecté que ce que nous voyons au-
jourd'hui, c'est-à-dire que la tour du
donjon et ses deux grandes tours. Yi-
sitons-en 1'
Intérieur. Ici nous trouvons l'anti-
que chapelle de cette forteresse, et en-
suite la salle des gardes, autrefois dé-
corée de trophées.
Parcourons maintenant le
Ch tteau neuf. Ici nous admirons une
magnifique galerie composée de 40 ar-
cades ; le grand escalier voûté en pier-
res est lai parlement qu'occupait Fran-
çois de Foix ; c'est une grande pièce
lambrissée et séparée en deux par une
balustrade travaillée avec goût ; les vi-
traux sont petits et laissent apercevoir
quelques restes de peinture ; la chemi-
née, soutenue par des cariatides, est
sculptée en entier, Suivant le goût du
temps. De celte pièce nous entrons par
une double porte basse, étroite, dans
une lour qui était entièrement dorée.
Quant à la boiserie qui la décore, elle
est couverte de sculptures, et offre des
dorures d'une grande fraîcheur.
Après cet examen de l'intérieur, si
nous voulons jouir de l'aspect vraiment
romantique qu'offrent ces ruines, pla-
çons-nous à La Torche, de l'autre côté
du Cher; de là nous apercevons sur
un monticule peu élevé , le donjon ,
de forme carrée, avec ses crevasses,
ses mâchicoulis et ses festons de lierre.
Au pied se trouve un marais de peud'é-
tendue, où croissent les jeunes saules,
aux rameaux légers et gracieux entou-
rés de plantes aquatiques en fleur, que
surmonte le glayeul en fer de lance. A
gauche, la partie pics récente et en-
core habitée du château , présente un
amas irrégulier de tourelles élancées.
Cet ensemble pourrait fournir à un pin-
ceau exercé, une étude de paysages et
de ruines.
Deuxième route.
Route par Vendôme.
Distance à parcourir : 100 lieues et demie ,
B4 postes un quart.
Observation.
Cette route se trouvant décrite par
la deuxième de Paris à Tours, nous y
renvoyons le lecteur pour la connaî-
tre.
De Paris à Angers.
Roules.
Deux routes conduisent à Angers,
l'une passe par Orléans et l'autre par
Tours.
Première route.
Route par Orléans.
Dislance à parcourir : 87 lieues, 43 postes
et demie.
Cette roule se Irouvant décrite par
celle de Paris à Nantes, nous y re,i-
>'0}ons le lecteur pour la connaître.
Deuxième route.
Route par Tours.
Distance à parcourir : m lieues , 43 postes.
( Voyez de Paris à Tours , par Chartres. )
De Paris à Saintes.
Distance à parcourir : lai lieues.
Observation.
De Paris jusqu'à Angoulême, la roule
nous étant comme par celle de Paris à
Bordeaux, ce n'est donc que depuis
Angoulême que notre itinéraire doit
commencer.
Itinéraire d'Angoulême à Saintes.
Dislance à parcourir : 10 lieues.
GUIDE
construction moderne d'un assez bon
Saintes possède plusieurs églises
quelques antiquités, une bibliothèque
publique renfermant environ vingt-cina
nulle volumes ; une salle de spectacle •
un palais de justice, enfin un cabinet
d lnstoire naturelle et d'antiquités
Historique - « Cette ville, ancienne
capitale des Sanlones , était déjà flo-
rissante lorsque César fit la conquête
des Gaules. Sous Auguste, elle fut com-
prise dans l'Aquitaine. Les Visigotlis et
les Francs la soumirent successivement
Avant les irruptions des Barbares, qui
ravagèrent l'empire romain. Saintes était
mie ville importante, fortifiée de murs
flanques de hautes tours, et décorée de
plusieurs édifices publics. Les Normands
1 assiégèrent, la prirent clla ruinèrent
entièrement en 813 et en 834. Sous le
règne de Philippe VI, en 1330, le duc
a Alençon attaqua Saintes par surprise
s'en empara , en chassa les habitans, et en
rasa les maisons et les murailles. Cette
ville fut encore prise et reprise dans les
guerres de religion, par les différens
partis, qui détruisirent la plupart des
monumens. i
Départ.
Après avoir quitté Angoulême et nar-
vonsl "" e faib ' e disla " ce * nou s arri-
Hiersac (Cnaiîente) , petite ville bien
située, et dont les vins jouissent d'une
grande réputation. Après vient
■iarnac, connu par la bataille donnée
sous ses murs, en 1869, entre les ca-
tholiques et les calvinistes.
Cognac (Charene-Inférieure) vient
eiiMiae, et se fait remarquer par sa
belle position, ainsi que
Pourtreau d'où nous entrons dans
Jointes, ou nous allons prendre le
natçau a vapeur jusqu'à Rochefort, oui
est le terme de notre navigation.
A perçu général fia Saintes. _ Celte
T«Jt aSTéab]ement s!tuée sur '« pen-
chant d une montagne* au pied de la-
quelle coule la Charente. Ses rues sont
^"'-■percéeuis;;:
mal bâties, parmi lesquelles on en re-
marque cependant quelques unes de
Séjour et promenade.
Prenons notre logement à 1'
Hôtel du Bateau à vapeur, maison
très estimée, et où nous serons parfaite-
ment bien. Après avoir pris notre gîte
nous allons parcourir la ville pour'voir
ses diverses
Curiosités. — Ces curiosités consis-
tent en plusieurs antiquités romaines
et en monumens gothiques; visitons
d ebord les
t 1 iniquités romaines Ces antiqui-
tés sont les bains, les ruines de l'amphi-
théâtre, enfin l'arc de triomphe. Les
Bains sont situés sur la rive gauche
de la Charente, et au nord de celle
ville ; ils sont découverts en totalité, ce
qui ne contribue pas à leur conserva-
tion. Les hypocantes de ces bains sont
au nombre de trois, et en assez bon
état; nous y remarquons deux bains en
pierre calcaire, avant 6 pieds de long.
Les
Ruines de V amphithéâtre sont situées
hors des murs de la ville, dans un val-
lon resserré dont elles occupent toute
la largeur, en s'appuyant sur la pente
DU VOYAGEUR EN EUROPE.
221
des deux côteauï. Parmi ces ruines
nous remarquons les souterrains, le*
loges pour les bêtes féroces, et le reste
du Podium, où se plaçaient les magis-
trats. On prétend que cet amphithéâtre
servait à dt-s nomachies ou combats sur
l'eau, et l'eau nécessaire à ces jeux y était
«menée par un aqueduc de trois lieues,
dont nous voyons encore des vestiges
au nord-ouest de la ville. Quant à 1'
Arc de Triomphe , il es t situé sur
le pont , qu'il décore d'une manière
majestueuse. Cet arc, qui est dédié
à Germanicus , à Tibère et à bm-
sus, fils de cet empereur, fut élevé par
les Santones, l'an 774, sur la voie mi-
litaire de Mediolanum Limonum (i'oi-
tiers) , et il formait l'entrée de cette
voie à' son point 'le départ de la pre-
mière île ces deux cités.
Description. — Cet arc, qui s'élève à
environ 38 pieds , est d'ordre corin-
thien ; il se compose de quatre parties,
savoir : ,
1» D'un piéde-tal qui est engage dans
le pont ;
■2° De 24 pilasires corinthiens emmê-
lées, ou pieds-droits, 'lont les entable-
mens servent d'imposte au* bardeaux
des deux portes;
3" D'une mezanine qui contient le
haut de l'arc ;
4° Enfin de l'attique.
L'édifice est coupé par deux arches
en plein cintre, orués d'archivoltes po-
sés sur des petites imrosles corinthien-
nes qui couronnent les pilastres. Sur les
arcs est un grand entablement qui cou-
pe les deux faces, et dont les angles re-
posent sur autant de petites colonnes
cannelées, placées dans les encoignures
des retours, et posées sur les impostes
des voûtes. Ces colonnes, qui ont en
saillie les deux tiers de leur diamètre,
sont couronnées par une corniche ornée
de moiillons. Au d ssus de cette cor-
niche s'élève l'attique sur laquelle est
gravée en creux lu
Dédicace du monument. Celte dédi-
cace, qui est placée dans trois compar-
timens égaux, es! ainsi conçue :
Première inscription it droite. — A
Ger nanicus-César, fils de Tibère-Au-
guste, arrière-petit-fils du divin Jules-
Auguste, (lamine, Auguste, consul tsour
la deuxième fois, empereur pour la
deuîièine fois.
Peuxième inscription au centre. —
A Tibère César, fils du divin Auguste,
Auguste, souverain pontife , consul pour
la quatrième fois, empereur pour la
huitième fois, dans la vingt- troisième
année de sa puissance tributienne.
Troisième inscription à tanche. —
A Drusus César, fils de Tibère-Au-
guste, petit-fils du divin Auguste, ar-
rière-petit-fils du divin Jules, i ontife,
Auguste. _ „
Quatrième inscription. — Cm us Ju-
lius, fils deGaïusJuliusMnanenus, petit-
fils de Caïus-Julius-Gidedraon, arrière-
petit-fils d'Epoisot o\ ide.prêlre de Rome,
et d'Auguste . à l'autel qui e-t près du
confluent (de la Charente et de la Scu-
gue), intendant des travaux, a fait la
dédicace de ce monument.
Maintenant que nous connaissons les
antiquités romaines de Saintes, passons
à ses
Monumcns gothiques. Cette ville ne
renferme que deux monumens en ce
genre, savoir : la
Cathédrale, qui est remarquable par
son portail et la belle tour qui la sur-
monte. Enfin 1'
Eglise Sainl-Eutrope, qui est située
en haut de la ville, et dont la construc-
tion remonte au huitième siècle. Cette
éghse est riche d'ornemens et de belles
peintures qui doivent être un sujet d'é-
tude pour le peintre et l'archéologue.
Environs de Saintes.
Nous avons déjà franchi l'enceinte de
la ville pour visiter les ruines de l'am-
phithéâtre, nous allons de nouveau la
franchir pour voir la fontaine de Saint-
Vénérand, et, à Sablouceaux, quelques
antiquités romaines.
ExcursionàtafontainedeSaint-Vénérand.
Dislance à parcourir: 2 lieues et demie.
« Ce lieu solitaire forme un réduit sau-
vage el désert; mais plein de ces sorlcs de
beautés qui ne plaisent qu'aux âmes sensi-
bles, et paraissent hoiribles aux autres.
En comparant un si doux séjour aux autres
objets qui l'environnent; il semblerait que
ce lieu J û I être l'asile de deux amans échap-
pés seuls au bouleversement de la nature. »
(J.-J. Rousseau, Meilleiue.)
Départ.
Après avoir quitté Saintes, etparcou-
i; :
ru un petit instant la route de Saintes
dflort , nous trouvons à notre droite un
chemin qui conduit directement à la
fontaine de Saint-Vénerand.
Celte fontaine, qui peut être compa-
rée a la célèbre fontaine de Vauclu-e
sort, de même que celle-ci, du pied
d un rocher coupé a pic, en forme de
ni e m rr P a,n ' d ° Dti ' œiine P eutm ^r
la dimension.
impnpHi an ! re . 8 ' éch »rPO en mugissant
une petite rivière qui serpente dans le
«r *T V k °" de I ,eu d'étendue et
sans débouche. Dans son cours, cette
petite rivière fait tourner un A,ou lin
?e senfr.a T 61 e " e ^ n ^uffre dans
raître ' P ° Ur ne plus re I ja ~
Si nous voulons voir la source, il faut
nous placer au pied du roc, et dans
1 enceinte même, dar.s Inquelle nous ne
pouvons descendre qu'au moyen d'une
échelle; c'est au fond de cette ouver-
ture que s'ouvre l'aquéduc en forme
de galerie par ou s'échappent les eaux
GUIDE
entouré de fossés de 30 pieds de oro-
fondeur sur à peu près autant de laVgt
Communication de Saintes à Rochefort
par le bateau à vapeur.
Dislance à parcourir : 10 li eues .
Durée du trajet -i f" £ esc , en(,ant > 3 •>. *U.
uu,ra l et -)Enmontant,6h.(sansla
I marec.)
rivière* S^„"2?J*J(i* i oIi <«
Embarquement et départ.
Excursion à Sablonceaux.
Distance à parcourir: S lieues.
Dars cette excursion nous avons à
voir les ruines d'une pile construite
par les Romains, et une tour antique
La i première de ces ruines est située
près du village de Sablonceaux, et l'au-
tre en est distante d'un quart de lieue
La pile, qu'on désigne sous le nom
Pile de Pirelongue est construite en
moellons et ciment; son plan o'Tre un
carre dont chaque côte a 18 pieds de
longueur. Elle est couverte d'une ma-
çonnerie de forme connique, de "0
pieds de hauteur, composée de 7 assises
de pierres de taille, sculptées en pe-
U tesngoles creusées parcompartiuiens.
Tour antique , ses ruines ne nous
offrent plus qu'une masse de mur
ft a f™ 12 P^ds, et épaisse de
7 pieds l r >. Ses faces sont revêtues de
-s a ;v;tv; ,, '' campi -' ai »-«-
le ^Z'Ll e ^"" r - Ce Cam P' Dlacé ^r
e sommet d une petite montagne d'où
l'on découvre un lointain immense es"
arrivée" Ïï£*< f mus embarquer
•urnee, gagnons donc notre nairi» J,
commençons la descrin in.f ,? et
Bussar, petit village fort inli «.» k-
si ué. Plushas d h„ " ! J°" et bien
Vni-TiZ du " leme côté est
h»n?' ? Ur ? " 0n raoi,ls remarqua
.eSS^ iè ^nr, eiistaudès
près de ce lieu au» « a inf il- ' C est
ta une victoire s Ur "l e , L X [ emp0r -
porte le nom A "g'ais dont elle
^<l«.».«fS'r 1 «,, p „•: d "ï 1 '
Jiords. et ensuite
J^hUnt, villages (brtjou,.^
tin^bTu^^''"'"!' petite TilIe •««"-
1 e u étei't lu t P fn U " e be,!e situali O". Ce
le duc dâ ït " ne f" aCe f0rte ' dont
calvinistes f„» ^«"J? «* 'es
le «roi» rt'v i. k • Louis XIV conçut
tmtk.
DU VOYAGEUR EN EUROPE.
2S5
mens qui avaient été commencés à
Tournay-Charente, furent transférés à
Rnchefort, dont nous commençons à
voir le joli port, que l'œil suit dans
toute son étendue.
Aperçu général de Hoche fort. —
Celte ville, qui a élé fondée sous
Lou's XIV, présente un coup d'oeil fort
agréable; elle est silure à l'extrémité
d'une plaine très étendue, sur la rive
droite de la Charente, à qualre lieues
de son embouchure dans l'Océan. Elle
est ceinte de beaux remparts plantés
d'arbres, qui offrent une promenade
magnifique dont la vue est immense.
Ses maisons sont toutes bâties avec
une élisante simplicité, mais leur peu
d'élévation leur donne un aspect peu
imposant. Ses rues sont bien pavées,
larges et coupées à angles droits.
Rochefort renferme plusieurs établis-
semens considérables et très remar-
quables, tels que l'arsenal, dans lequel
est le bagne, l'hôpital neuf, l'école de
l'artillerie de la marine, enfin la cor-
derie.
Débarquement, séjour et promenade.
Débarquons et allons nous loger chez
M. Delay ,
H'. tel du Grand-Bacha, rue Royale,
où nous serons fort bien. De tous les
établissemens que nous avons vus plus
haut, un seul va être le but de noire
Promenade intérieure ,
Les Bagnes.
C'est ici TaMle du crime et du malheur!
Suivons la rue Royale, gagnons l'Ar-
senal, et de là la
Porte du bagne. Ici sont deux piè-
ces d'artillerie chargées à mitraille, qui
commandent la soumission. A gauche
de cette porte s'étève un auvent sous
lequel se tient un
Caniinier. qui vend du pain aux con-
damnés. Entrons dans la '
Cour. Dans cette cour et à côté de
la porte sont deux énormes fauteuils
en fer fixés contre les angles, emblème
de la servitude et du joug qui pèse sur
le coupable. A droite de cette cour est
le
Bâtiment du bagne, qui forme dans
toute sa longueur deux salles, ou plu-
tôt deux gouffres infects. Dans cette
cour nous remarquons une
Horloge et une allée d'arbres peu
vig> ureux,
Telles est la cour des bagnes ; exami-
nons maintenant les hommes qui s'y
promènent, et dont le costume nous
indique à peu près l'emploi. Ceux
qui sont revêtus d'une redingote bleue,
ce sont les chefs de brigades de sûreté,
qu'on désigne sous le nom d'
yJdjudans. Ceux que nous voyons en
uni orme bleu, et armés de marteaux,
ce s' ni des
Subalternes , dont nous allons con-
naître les fonctions.
Deux heures. Entendez - vous un
murmure de voix, de choc de chaînes?
On vient d'ouvrir la
Salle Saint-Gilles , et les forçats
viennent en foule faire inspecter leurs
fers, et reprendre leurs travaux. Remar-
quons soigneusement cette
Inspection des fers. Ici commencent
les fonctions des adjudans et des su-
balternes ; les premiers vont prendre
place sur les fauteuils dont nous avons
déjà parlé, et les subalternes, munis
d'une escabelle, vont sous leurs yeux
faire cette inspection. Alors chaque
forçat, suivi de son camarade, présente
sa chaîne, et le
Gaidi.n chiourme frappe deux
coups de marteau, pour s'assurer si le
boulon est intact et la clavette sans
fracture. Après cette inspection faite, on
les fait disposer en rang. Esaminons
maintenant la
Livrée des forçats. Vous voyez tous
ces hommes, ils font coiffés d'un bonnet
rouge et velus d'une longue veste à
basques et d'un gilet de mèuie couleur.
Leur pantalon est en toile grise, mar-
quée devant et derrière des initiales
G. A. L. qui se croisent avec des an-
cres couleur de rouille. Sur leurs
souliers, le mot galérien est tracé au
poinçon. Telle est la livrée des forçats
condamnés à perpétuité ; elle se com-
pose d'un bonnet vert, d'une veste
rouge des manches de laquelle sort
un bout d'étoffe brune. Ces derniers
occupent la
Salle Saint-Antoine, de laquelle ils
sont sortis pour l'inspection de leurs
fers. Après cette inspection faite, ou les
22*
6UIBK
fait placer en face des bonnefs routes.
Alors le
Tambour se fait entendre et un ren-
fort de gardes-chiourmes arme, le sa-
bre au côlé, l'arme au bras, et se range
en bataille. La compagnie des gardes
armés rompt les rangs , et les dispose
deux à deux. Un
Coup de sifflet part, c'est le signal
de la marche, c'est le
Départ pour le port. Suivons-les, et
prenons connaissance des
Travaux qui leur sont départis. Ici
chaque couple, conduit par un earde-
chiourrae, se rend au travail qui lui est
destiné; chaque chef d'une partie de
l'administration ou des travaux, fait la
demande d'un cerlain nombre de con-
damnés, et aux heures du travail, ils
sont distribués selon les besoins du
service. Tous ceux qu'on envoie aux
travaux qui se font dans l'intérieur des
magasins, sont îles rouges; les verls res-
tent en troupeaux evposés à l'ardeur
du soleil dévorant, la pioche en main ;
d'autres, at'elés au nombre de dix ou
douze, traînent péniblement les énor-
mes charpentes qui servent à la con-
struction des bàtimens en chantiers.
La brutalité des conducteurs ne se ra-
lentit point un moment : le supplice est
continuel pour le condamné!
Environs de Rocliefort.
Séjournant quelque temps dans cette
ville , il est bien peu de voyageurs qai
se refusent d'aller voir la mer. La mer
offre en effet un tableau bien séduisant
par la diversité des navires qui la sil-
lonnent.
Leur Aspect nous amuse . et des barques légères
Notre o-il de loin poursuit lis traces passagères;
Le 7.épl,îrde la toile enfle les plis mouvants.
Et cbaque banderole est le jouet des vents.
Allons donc voir la mer, et parcou-
rons Ions les lieux environnons qui nous
offrent quelqu s curiosités : l'île d'O-
léron va être le but de notre excur-
sion.
Excursion à l'île d'Oléron.
Distance à parcourir : G lieues.
Départ.
Pour nous rendre à l'île d'Oléron ,
nous allons nous embarquer ici avec
quelques chaloupes de cette île.
Apres avoir quitté le port de Roche-
fort et parcouru un petit détour, nous
remarquons, à gauche,
Soubise, peli!e ville située sur une
hauteur qui lui procure un air salubre
et une belle vue. Plus bas, et du côté
opposé, nous remarquons I'
Embouchure du canal de Charas.
Non loin de là, nous distinguons le
petit village de
Saint- Laurent de La Pré, nous
voici
En mer. En face de nous est le
Fort l'^iguil/e; nous tenons la gau-
che , et nous tournons ensuite le cap
vers la ville de
Château-Oleron , qui est le lieu de
notre
Débarquement et séjour.
Maintenant que nous touchons terre,
entrons dans quelques détails sur l'île,
puis enstiiie nous la parcourrons. Cette
île a environ sept lieues de long et deux
de large ; elle en traversée, du sud-est
au nord-ouest, dans presque toute son
étendue , par une grande route qui
aboutit à la tour de Chassiron. L'île est
divisée en deux cantons; elle renferme
les deuv villes de Château et de Saint-
Pierre d'Oléron : les bourgs de Saint-
Denis, Dolas, Saint-Trojan, Saint-
Georges , et plusieurs autres villages.
Promenade.
Maintenant^ue nous avons une idée
générale de l'île nous allons la parcourir
rapidement, en laissant de côté toute
espèce de détail. Sur la mer, c'est un
sujet traité à fond lors de notre voyage
au Havre. Prenons la droite, et diri-
geons nos pas vers
Saint-Trojan , petit bourg fort agréa-
ble , q"i trmine presque l'île. Delà,
nous découvrons l'embouchure de la
Sandre et la pa«se de Mautruisson. En
r. venant, par le côté opposé de l'île,
nou c trouvons
Dolas. petit bourg placé sur la grande
roule. No" loin tle ià est
Saint-Pierre d'Oléron, qui occupe
le fond d'une vallée. Après avoir tra-
versé Sainl-Pierre et parcouru un es-
pace assez considérable , nous sommes
en vue de
Saint- Denis , petit bourg placé à
DU YOYAGEUR EN' EUROPE.
l'extrémité de l'île. Tout près de là
s'élève la
Tour de Chassiron , fanal qui indique
aux vaisseaux l'entrée du pertuis d'An-
tioclie qui la sépare de l'île de Ré. D'ici,
cette île paraît dans toute son étendue,
ainsi que la ville de La Rochelle, qui est
placée au fond d'un petit golfe qui lui
sert d'avant-port.
De Paris à La Rochelle.
Distance à parcourir : 124 lieues.
Observation.
Cette roule se trouvant décrite jus-
qu'à Poitiers par la roule de Saintes et
de Bordeaux, ce n'est donc que depuis
Poitiers que notre itinéraire doit com-
mencer.
Itinéraire de Poitiers à La Rochelle.
Distance à parcourir : 54 lieues.
Itinéraire et topographie de la route.
Départ.
De Poitiers, nous allons à
Lusignan, petite ville qui commerce
en graines et en marrons . et après la-
quelle nous entrons dans le
Département des Deux - Sèvres. —
Bientôt après , nous atteignons
Saini- Muixe ut , petite ville sur la
Sèvre-Niortaise , et qui ne possède
d'autre curiosilé que ses promenades.
Après Salnt-Maixent , nous allons à
Niort, petite ville fort jolie, et pos-
sédant les
Curiosités suivantes : 1'
Eglise Notre-Dame .ouvrage attribué
aux Anglais, et dont la flèche a 43 toises
d'élévation ; I'
Hôtel- He-Fille, jadis palais d'Eléo-
nore d'Aquitaine ; enfin le
Passage du Commerce. De Niort,
après avoir pa se le village de
Naizé, nous entrons dans le
/ épurtement de la Charente- Infé-
rieure, et bientôt après dans
F. riières , polit village situé au pied
d'une éminence dont le sommet est
couronné par un beau chàieau. A une
faible distance de cet endroit, nous
traversons le
FRANCE.
Canal de La Rochelle , après lequel
nous ne lardons pas à entrer dans
La Rochelle , qui est le terme de
notre route.
Aperçu général de La Rochelle. —
Celte \iile, qui est située sur l'Océan,
au fond d'un golfe qui lui sert d'avanl-
port; est en général bien bâtie, très
propre, bien percée, et offre un beau
coup d'oeil. La plupart des maisons sont
supportées par des portiques sous les-
quels on marche à couvert, et dont le
double rang donne aux rues un carac-
tère de grandeur et de régularité qui
plaît par sa physionomie hollandaise.
La Rochelle possède plusieurs églises ,
une bibliothèque publique, renfermant
dix -huit mille volumes, un superbe
établissement de bains de mer, con-
struit à l'instar des bains de Dieppe ,
un cabinet d'histoire naturelle , un
jardin botanique, une bourse, un pa-
lais de justice , un arsenal, enfin , un
chantier de construction.
Historique. — i Cette ville doit son
origine à un château fort , nommé
Vauclair , construit dans le but d'op-
poser quelque résistance auv Normands.
Chàtelaillon, situé à deux lieues de là,
ayant été ruiné, les habitans vinrent
s'établir aux enviions de Vauclair, et
y construisirent plusieurs maisons dont
le nombre s'accrut insensiblement. Un
petit fort, appelé Bocca, qui y fut
construit sur un rocher, donna à ce
nouvel établissement le nom de La Ro-
chelle, que la sûreté de son port rendit
dans la suite une des places les plus
importantes de la côte. Guillaume IX ,
comte de Poitou, l'enleva aux comtes
de Mauléon et de Rochefort. Ce prince
entoura la ville de murailles, et la lé-
gua, en 1137, à sa fdle Eléonore, qui
épousa Louis VII, roi de France. Après
la mort de Guillaume , les comtes de
Mauléon et de Rochefort reprirent La
Rochelle. La princesse Eléonore, ré-
pudiée par le roi de France et devenue
reine d'Angleterre, conserva les vastes
états qui formaient sa dot ; elle fit
en outre l'acquisition de La Rochelle,
qu'elle avait possédée, et augmenter
les privilèges des babilans. Par cette
possession, Henri II , roi d' Anglelerre
devint le souverain de celte partie dé
la France, qui resta sous la domination
anglaise jusqu'en 1-2:24 , époquo où
22G
GUIDE
Louis VIII , sur le refus que fit Henri III
de !ui rendre foi et hommage , as-
siégea et prit La Rochelle, qu'il promit
de n'aliéner jamais. La perte de la ba-
taille de Crécy mit en péril La Rochelle ,
dont les habilans résistèrent avec cou-
rage aux a taques des Anglais. En 1360,
telle ville fut cédée à l'Angleterre avec
trois millions d'écus d'or , pour la ran-
çon du roi Jean , fait prisonmer à la
balaille de PoPiers. En 1372, celte ville
se rendit aux Français.
« La Rochelle eût un sort tranquille
jusqu'au temps où les nouvelles opi-
liio.s religieuses s'y introduisirent. En-
richie par le commerce, peuplée de ci-
toyens libres et énergiques, les vices du
clergé y provoquèrent promplement la
ré orme, qui en peu de tem|s fil de
grands progrès. En 1568, F. Ponlard
de Treuilcharais , qui avait adopté les
opinions de la nouvelle secte, fut élu
maire; il parvint à faire embrasser à
tous les habilans la cause de la réforme .
ci livra la ville au prince de Coudé , qui
en fit la place la plus formidable du
parti protestai t. Après les massacres de
la Saint-BnrlUélemy, les protestans qui
échappèrent au poignard des assassins
se réfugièrent dans leurs plus fortes
places : Sancère, Monlauban, La Ro-
chelle, etc. ; un grand nombre de fu-
gitifs vinrent dans celle dernière ville
mettre leur vie en sûreté, disposés à se
défendre vigoureusement contre leurs
cruels ennemi". Des ordres avaient été
envo) es pour le massacre des Rochel-
lois comme dans les autres places du
royaume , mais ils ne purent être exé-
cutés. Au mois de novembre 11)7-2, le
duc de Bjrpn investit La Rochelle, et,
peu de temps après , le duc d'Anjou
vint en former le siège. Ce siège fut
long et terrible. La ville soutint neuf
grands assauts ; plus de vingt assauts
moins considérables, et près de soixan-
te-dix mines. Les habitans, réduits
aux horreurs d'une cruelle famine , se
défendirent avec une Termeté héroïque;
enfin , après huit mois d'efforts inu-
tiles , les assiégeai» , qui avaient perdu
inutilement plus de vingt mille hom-
mes , conclurent un traiié avec les Ro-
che! lois, par lequel eein-ci demeurent
malices absolus de la ville.
_ Sous Louis XIII, l'infraction aux trai-
tes , les menées secrèles du capitaine
Joseph , l'humiliation du cardinal de
Richelieu, le zèle outré du duc de Ro-
han,les amours du duc de Buckingham
et son animosité contre le cardinal ,
causèrent un nouveau siège de celte
ville, aussi violent, pins long et plus
décisif que le précédent. Ce siège conir
nicnca le 1(1 août 1627. Le roi, le duc
d'Orlé, ns, le cardinal de Richelieu, le
maréchal de Ba»sompierre et tou? les
généraux les plus renommés se trouvè-
rent au camp rie La Rochelle. Après
une résistance héroïque des habilans,
sans que l'on parlât de se rendre, le
fameux général Metezeau fut chargé de
construire une digue immense pour
fermer l'entrée du port Bienlôt les ef-
fets de ce grand ouvrage se manifestè-
rent, le défaut de vivres et de muni-
tions commença à se faire sentir. En
peu de temps lés assiégés furent réduits
à ne se nourrir que d'herbe et de co-
quillages : chaque jour la famine enle-
vait un grand nombre de soldats et de
citoyens. Enfin, le 28 octobre 1628, les
Rochellois demandèrent à capituler ,
après avoir soutenu un siège de qua-
torze mois et dix-huit jours. Richelieu
entra dans 1 ville, en triomphe; les
fortifications lurent démolies, les calvi-
nistes se virent dépouillés de leur der-
nière place de sûreté, les habilans dé-
sarmés et rendue taillables, l'échevinage
et la communauté de la ville abolis à
perpétuité. Celte conquête coula qua-
rante millions. La Rochelle n'était plus
qu'une place sans défense , lorsque
Louis XIV, qui avait reconnu l'impor-
tance de cette ville maritime , fit eon-
slruire , par Vauban , pour la mettre
hors din'ulte. de nouvelles fortifica-
tions consistant en plusieurs bastions
et demi-lunes, avec des chemins cou-
verts. »
Séjour et promenade.
Descendons à 1'
Hôtel de France ; là nous serons très
bien sous tous les rapports.
Cet hôtel, qui est tenu par M. Naud,
se trouve au cenlre de la ville et pos-
sède en général toutes les commodités
qu'on peut désirer. Pour les person-
nes qui aiment le poisson de mer, c'est
la surtout qu'elles savoureront avec
délice les diverses mélamorphoses que
l'art culinaire leur fait subir.
rêriâft^
DU VOYAGEUR EN EUROPE.
227
les
Curiosités que nous avons à voir dans
La Rochelle, sont peu nombreuses, les
plus remarquables sont : 1'
H'tel-de-Ville. qui est un beau bâ-
timent construit à l'époque de la re-
naissance ; dans l'intérieur , nous re-
marquons la
Chambre à coucher rie Henri IV . La
Porte de V Horloge, qui est ornée de
trophées et surmonlée d'une flèche,
dont la construction paraît appartenir
au XVI siècle. La
Place du château, dont trois côtés,
garnis d'allées , servent de promenade.
De là nous jouis-ons d'un magnifique
coup d'oeil sur l'Océan. Enfin la
Promenade du Mail , qui est su-
perbe.
Communication.
De La Rochelle « Rochefort.
Dislance a parcourir : 8 lieues.
La route qui sert de communication
entre ces cjeui villes, suit constamment
les bords de la mer. Le premier village
que nous trouvons, est
Ailrè, petit, village sans importance.
Au dessus est le hameau le
Passage , qui est situé vis-à-vis de
l'ancienne ville ruinée de Ghâtillon. à
une faible dislance de là , nous trou-
vons le petit bourg de
IVes, après lequel nous ne tardons
pas à traverser le
Canal de Charras, , et à entrer dans
Rochefurt , ville dont il a été déjà
question .
FIN DE LA REGION DE L'OUEST.
TROISIÈME RÉGION.
REGION DU CENTRE.
De Paris à Orléans.
Distance à parcourir: 29 lieues et demie,
14 postes trois quarts.
( Voyez de Paris à Nantes. )
De Paris à Tours.
Nous pouvons nous rendre à Tours
par deux routes différentes , savoir :
par Orléans etBlois, enfin par Char-
Ires et Vendôme.
Première roule.
Route par Orléans.
Distance à parcourir: 39 lieues, 29 postes
et demie.
( Voyez de Paris d Nantes. )
Deuxième roule.
Route par Chartres et Vendôme.
Distance à parcourir : 116 lieues , !>8 postes.
Observation.
Cette route se trouve décrite jusqu'à
Versailles par celle de Paris à Brest ,
ce n'est donc que depuis Versailles que
notre itinéraire doit commencer.
Itinéraire de Versailles à Tours.
Topographie de la route.
De Versailles , nous allons à
Coignières , polit village, sans impor-
tance, et après lequel nous allons à
llambouillet, petite ville asiez agréa-
ble et dans laquelle nous remarquons
un
Château royal , dont la construction
est loin de répondre à la célébrité de
ce lieu. Dès long-temps consacrés aux
chaises royales, la forêt et le château
ont cependant subi des accroissemens
successifs. Des cinq tours qui le com-
posent, la principale, où mourut Fran-
çois I er , est évidemment la partie la
plus aucienne de l'édifice. Le château
*sée*;
228
GUIDE
de Rambouillet a plus d'importance par
ses accessoires que par lui-même : sa
forme irrégulière s'étend à !a disposi-
tion intérieure des appartenions; il est
d'une médiocre étendue. On y a joint
deux grands communs , l'un bâti par le
duc de Penthièvre, l'autre, d'une con-
struction plus récei.te, qui peuvent lo-
ger quarante officiers, onze cents hom-
mes de suite; il y a des écuries pour
six cents chevaux. Quoique le
Jardin soit destiné par Lenôtre , il
manque cependant de régularité, mais
il est en parfaite harmonie avec le parc
et la forêt. Une immense
Pièce d'eau, en forme de trapèze, fait
le principal ornement de ces jardins:
on peut s'y promener en gondole et par-
courir des canaus formés par plusieurs
îles ornées de belles plantations. Dans le
Parc, se trouvent plusieurs fabriques,
une laiterie ; on y voyait jadis une belle
statue par Julien, enfin une vasfe fai-
sanderie, une ferme, créée par Louis
XlV, où se forma le premier établisse-
ment destiné à la propagation des mé-
rinos.
Après avoir parcouru environ trois
lieues , nous entrons dans le
Département d' Eùrè-et- Loir , et
immédiatement après dans
Epernon, petite ville située au pied
d'une colline dans un vallon frais et
riant, arrosé par divers ruisseaux. A
deux lieues d'Epernon , est
Maintenon, petite ville située dans
une belle vallée, au confluent de l'Eure
et de la Voise. Elle est en général bien
bâtie , bien percée et remarquable par
son
Château, qui fut bâti sous Philippe-
Auguste et rebâii par Jean Gollereati,
trésorier des finances sous Loui* XI et
Charles VII. Devenu la propriété de
la veuve de Scarron; ce château fut
embelli par les soins de son royal
amant. La
Chapelle, dans laquelle Louis XIV
épousa madame de Maintenon. renferme
des vitraux dont les couleurs ont tout
l'éclat des peinture' du XV e siècle; ils
représentent les principaux traits de
l'id'toirc de la Passion. Les murs du
Château sont baignés par la Voise et
l'Eure, qui parcourent en tous sens de
nombreux canaux, entretenant dans
le jardin et dan* le parc, une fraîcheur
des plus agréables. Ce parc est bien
entretenu : on y compte cinquante
ponts jetés sur les eaux des deux ri-
vières.
Non loin du château , nous remar-
quons les imposantes
Jiuines de l'aquéduc de Maintenon.
Ce grand et magnifique ouvrage ,
presque oublié aujourd'hui, et si dig e
d'être connu, fut commencé en 1(584,
par ordre de Louis XIV, pour conduire
les eaux de la rivière de l'Eure à Ver-
sailles et pour fournir à cette ville et
aux jardins , une quantité d'eau suffi-
sante pour le service continuel des dif-
férens ouvrages hydrauliques qui embel-
lirent les jardins. Deux hommes de
génie , justement célèbres , Lahie et
Vauban , commencèrent ce projet , le
plus grand peut-être en ce genre oui
ait jamais été proposé. Ils étaient chan-
gés d'en diriger l'exécution. Les di-
verses constructions de cet aqueduc,
qui devait s'étendre depuis le pont
Gouin jusqu'à Versailles , se composait
de cinq divisions principales : celle qui
occupe le fond de la vallée de Mainte-
non , dans une longueur de plus de
cinq cent et une toises, est la plus re-
marquable. Elle devait se composer
d'une triple rangée d'arcades construi-
tes les uues au dessus des autres. La
première rangée, la seule qui ait été
construite , est composée de 47 arcades
rie -40 pieds d'ouverture et de 78 pieds
d'élévation. Sous les voûtes, les piles
armées de contre-forts qui séparent ces
arcades, ont vingt-quatre pieds d'épais-
seur, et son élévalion a un frait d'un
pouce par toise d'élévation dans les deux
façades de l'aquéduc , et les contre-forts
ont trois pouces de frait par loise de
hauteur en tête et sont élevés à plomb
en leur face, ainsi que les piles. La
hauteur lolale du premier étage est de
91 pieds 6 pouces.
Les tr-vaux de cet aqueduc furent
abandonna à cause de la guerre qui
survint alors et ils n'ont jamais été
repris.
Départ de Maintenon.
Après avoir passé l'aquéduc, la route
se rapproche progre^iiement de l'Eu-
re, bientôt nous passons cette rivière,
et peu d'instans après, nous entrons
dans
Chartres, où nous allons faire une
station idéale.
1E
rê«&»f^
DU VOYAGEUR UN EUROPE.
22(t
Station idéale à Chartres.
Aperçu général de Chartres. — Celle
viile qui esl située sur la croupe d'une
montagne, au pied de laquelle coule la
rivière d'Eure qui baigne une partie de
ses rempart , est en général mal bâtie
et mal percée. Elle possède un siège de
préfecture et des tribunaux de première
instance et de commerce, un collège ,
un théâtre, des bains, une école de
dessin . une société d'agriculture , une
caserne de cavalerie ; enfui, deu y églises.
Historique. — L'origine de Chartres
se perd dans la nuit des siècles. Avant
ia conquête des Gaulois, celle ville était
le siège principal de la religion des
Druides et la capitale des Larnutes ,
peuples puissaus de la GauleCellique. Les
Romains exécutèrent pour son utiiilé et
sa défense des travaux importons, dont
on trouve à peine quelques vestiges.
Sous leur domination , succéda au culle
(les druides le culle des dieux du Ca-
pitale, qui cédèrent la place au chris-
tianisme vers la fin du quatrième siècle.
De la puissance romaine, Chartres passa
sous la puissance immédiate des rois
Francs. Vers l'an 600 , Thierry II , roi
d'Orléans et de Bourgogne, assiégea
cette ville , qui était 1res fortifiée . et ne
parvint à s'en rendre maître qu'après
avoir rompu l'aquéduc etdélourné l'eau
qui servait aux besoins des habitans. Les
Normands la prirent, la brûlèrent et la
détruisirent en 858 et en 872. Un de
leurs chefs, le fameux Roi Ion , l'assiégea
sans succès en 911. Dans les sanglans
combats des Armagnacs cl des Bourgui-
gnons , Chartres fut pris par ces derniers
et pa=sa sous !a domination anglaise,
dont celte ville ne parvint à s'affranchir
qu'en 1432, où Punois la surprit et
s'en rendit maître. Attaquée sans succès
par les protestans en 1867, elle fut
prise en 1S91 par Henri IV, qui s'y fit
toi trois ans après.
Promenade.
Dans notre promenade nous n'avons
qu'une seule
Curiosité à voir ; c'est la
Cathédrale , qui est l'un des temples
les plus vastes et les plus imposans que
l'architecture ait produits dans le moyen
âge . traçons-en 1'
Historique. — C'est sur remplace-
ment d'une ancienne église que cette
basilique fut é evée. Elle fut incendiée
vers l'an 858 par les Normands et ré-
parée peu de temps après par Gislcbert.
En 962, pendant la guerre entre Thé-
hauHe— Tricheur, comte de Chartres,
et Richard de Normandie , elle ml de
nouveau incendiée. Plus lard, c'est-à-
dire en 1020 , elle fut encore incendiée.
Ce dernier incendie arriva sous l'é-
piscopat de Fulbert, s Le premier soin
de ce prélat fut d'écrire au roi de France,
aux autres souverains de l'Europe, aux
princes et aux seigneurs du royaume .
pour les engager à coopérer par leurs
bienfaits à la reconstruction de son
église. Il commença par donner l'exem-
ple , en employant trois années de ses
revenus et de ceux de la masse capilu-
laire. La grande réputation dont Ful-
bert jouissait à la cour de France et
même dans l'Europe chrétienne , ainsi
que la dévotion particulière que tous
les peuples avaient pour l'église de
Chartres permirent à ce prélat et à ses
successeurs d'exécuter sur un plan aussi
vaste un édifice qui , par son ordonnance
et la difficulté du travail des pierres que
l'on y a employées, a dû coûter des
sommes immenses. »
La construction de la cathédrale de
Chartres s'est prolongée pendant près
de cent trente ans; elle fut dédiée à la
Vierge, le 17 octobre 1260, par Pierre
de itlaincy, soixante-seizième évêque
de Chartres.
Après cet exposé rapide de l'histoire
de la cathédrale de Chartres, passons à
sa
Description. — Commençons à parler
del'
Extérieur, et d'abord de sa
Façade principale. — Cette façade,
dont la longeur totale est de 150 pieds,
présente deux grosses tours carrées,
surmontées de deux hautes pyramides
octogones, séparées par un intervalle
de 50 pieds. Cette façade est divisée par
trois grandes
Portes, précédées d'un perron élevé
de six marches et pratiquées sous des
voussures ogives chargées de figures et
d'ornemens. Ces figures représentent
divers sujets tirés de l'Apocalypse et de
la vie de la Vierge. Sur la porte du
milieu , dite
Porte Royale , nous voyons dans la
partie supérieure de l'enfoncement Je-
20*
2Ï0
GUIDE
sus-Christ dans un ovale lumineux assis
sur son trône,tenant de la main gauche le
livre des Sept-Psaumes, ayant la droite
élevée comme pour donner sa bénédic-
tion. Au dessous sont placées sur une
même ligne les figures des prophètes au
nombre de quatorze. Dans les arcs ogi-
ves qui forment la voussure du portail ,
se voient les vingt-quatre vieillards de
l'Apocalypse, tenant divers instrumens
de musique , des coupes d'or remplies
de parfums et chantant aux noces de
l'a; neau un cantique nouveau, avec la
harpe , le sistre et le pSaltèrion. Le
fond du cadre ogive au dessus de la
porte est décoré de plusieurs anges te-
nant dans leurs mains des astrolabes ou
espèces de cadrans servant à indiquer
le cours des astres. Les
Façades latérales de ce portail sont
ornées de grandes statues. Le
Deuxième Portail, à droite, présente
différais traits de la vie de ia Vierge. Le
Troisième Portail, à gauche, repré-
sente, dans la partie supérieure au des-
sus de la porte d'entrée, Jésus-Christ,
la main droite élevée, accompagné de
deux anges. Les deux faces latérales de
ce porta 1 sont décorées de six grandes
statues; trois de chaque côté représen-
tant les principaux bienfaiteurs de cette
église. Les personnages représentées sur
les portiques, son! des rois et des reines,
ducs et comtes, qui contribuèrent à la
réédificalion de cette basilique. Les cha-
piteaux eteouronnemensqui surmontent
les colonnes et les statues de ces porti-
ques, ainsi que le pourtour des cham-
branles, sont décorés d'une suite de
petits bas-reliefs, représentant pour la
plupart les mystères du nouveau Testa-
ment. Au dessous de ces portiques sont
trois
Grandes Fenêtres vitrées en verre
peint. Plus haut, nous remarquons une
Grande liose remarquable par la dé-
licatesse de ses compartimens en pierre.
Cette rose est surmontée d'une
Galerie qui sert à communiquer d'un
clocher à l'autre. Au dessus de cette
galerie sont placées, dans des niches,
les
Grandet Statues de rois et de reines,
tenant des sceptres, et qui sans doute
sont celles des bienfaiteurs de l'église.
Dans le
Grand Pignon, qui surmonte la fa-
çade de l'ét'lisé, nous voyons une re-
présentation en bas-reliefs de l'apo-
théose de la Vierge. Ce pignon est
surmonté de la
Statue de saint aventurier , premier
cvèque de Chartres. Sur deux lignes
parallèles, s'élèvent les deux
Clochers ! l'un , dit le
Clocher Vieux , qui étonne par sa
masse énorme, sa forme pyramidale, et
ses belles positions. L'autre, dit le
Clocher Neuf , commande l'admira-
teur , tant par la hardiesse de sa struc-
lion que par la richesse et la délica-
tesse de ses ornemens. Il est divisé en
plusieurs étages voûtés en pierre ; le
premier, situé à la hauteur du comble
de l'église, est appelé la
Chambre de la Sonnerie Sur le mur
de celle pièce est gravée une
Inscription en caractères gothiques,
qui rappelle le funeste incendie qui
arriva en 1306, et qui réduisit en cen-
dres une partie du clocher. C'est censé
le clocher qui parle :
Je fus jadis de plomb et bois construit.
Grand, haut et beau, de somptueux ouvrage
Jusqu'à ce que le tonnerre cl 1 orage
M'aient consume, dégradé et détruit.
A la sainte Anne , vers six beuresde nuit ,
En l'an compté mille cinq cent sic:
Je Tus bi ûlé , démoli et recuit
Et avec moi de grosses eloebes six.
Après messieurs en plein chapitre assis ,
Ont ordonné de pierre me refaire ,
A grande voûte et piliers bien massifs
Par Jean de Bauce , ouvrier qui put faire
L au dessus dit après pour me refaire
Firent asseoir le vingt-quatrième jour
Du mois de mars pour la première affaire
Première pierre el autres sans séjour ;
Et en avril, huitième jour exprès ,
Eené Delliers, évoque de renom ,
Perdit la vie , au lieu duquel après
Erard siégea par postulation.
En ce temps là qu'avait nécessité ,
Avait des gens qui pour moi lois veillaient ;
De hou leur fut ou l'hiver ou l'été ,
Leur pardonne le ciel , car pour lui travaillaient,
i5o8.
Dans l'étage au dessus de la chambre
de la sonnerie, nous voyons la
Charpente à laquelle étaient attachés
cinq cloches et trois bourdons. On peut
circuler autour de ce clocher par une
Galerie , dont la balustrade à jour
forme une niche continue horizon-
tale. De cette galerie, on monte par
un escalier pratiqué dans une tourelle
à jour hors-d'œuvre, et l'on arrive dans
une chambre octogone et voûtée en
pierre, dans laquelle sont deux lits et
une cheminée. Celte chambre sert à lo-
ger les deux hommes qui sont gagés par
DU VOYAGEUR
la ville pour veiller nuit et jour aux in-
cendies. De celle chambre, on mon'e
au dernier étage du clocher. C'est une
Lanterne, de forme octogone, percée
de deux fenêtres sur chaque pan. dans
laquelle est suspendue la cloche de l'hor-
loge, vulgairement appeée la
Cloche du Gui. Au dessus de celle
lanterne, s'élève une
Pyramide eh pierre, de form" octo-
gone, dont les arrêts sont enrichis d'or-
nemens en saillie; elle est surmontée
d'une
Croix de Fer de huit pieds de hau-
teur, et de cinq pied9 de large.
Examinons Maintenant la
Face méridionale. Cette face présente
un caractère, à la fois sévère et impo-
sant. Son
Portail est précédé d'un \a<te por-
che à trois portiques formant péris!; le,
et auquel on monte par un perron com-
posé de 17 marches. Ce magnifique
porche est soutenu par un massif ou
pied-droit, décoré d'une suite de bas-
relief", cl acco -npagné d'une grande
quantité de colonnes dont presque tous
les fuis sont d'une seule pierre. Quant
à la
Face septentrionale , elle offre un
aspect atiSM imposant que celui du
midi. Le
Portail , de ce côlé , est précédé
d'un vaste porche formant péristyle, et
auquel on monte par un perron de
sept marches. Ce porche, dont les avanl-
corps sont décorés de statues, est d'une
composition plus sévère que celui du
midi.
Après cet examen rapide de l'exté-
rieur, passons à celui de I'
Intérieur. L'intérieur de cette église
est digue d'admiraîion ; la première
chose qui frappe en y entrant , c'est
l'Harmonie des proportions; elle semble
ajouter quel pie cluse d'auguste à la
majesté du lieu, où tous les jours sont
d'ailleurs tellement ménagés , que tout
y prend une teinte sévère , pcul-èlre
même un peu sombre, mais qui con-
vient à la destination de l'édifice.
Description. — Dimension. — Tout
l'édifice a de
Longueur, dans œuvre, 396 pieds sur
101 [lieds de
Largeur, d'un mur à l'autre , et 106
pieds de
Hauteur sous la clef de la voûte. La
EN „UROPE. 231
largeur de la nef, depuis la porte prin-
cipale jusqu'au milieu du premier p lier
duch'i'ur, est de 214 pieds d'un pilier
à l'autre. Le9 Pas-côtés ont chacun 20
pieds de largeur, sur 48 de hauteur. La
croisée a de longueur, d'une part à l'au-
tre, I9ô pieds, sur 38 de large ; elle est
accompagnée de bas-côtés. Les
/ itrdhi; dont cette église estornée,
sont superbes ; ceux de la croisée du
choeur, des bas-côtés et des chapelles,
représentent plusieurs saints personna-
ges, un grand nombre de sujets de l'an-
cien et du nouveau Testament, et des
tableaux sur lesquels sont figurées les
corporations d'arts et métiers qui ont
contribué, soit par leurs cotisations ou
par des travaux manuels, à la conslruc-
lion rie ce superbe édifice. La
Grande Rose du Portail méridional
est divisée en plusieurs compartirnens
très délicatement découpés, et don! lés
interstices sont garnis de vitraux peints.
La
Grande Rose du Portail septentrio-
nal est divisée également en plusieurs
coin; arli. nens, dont les intervalle-' sont
garnis de vitres peintes. Pans la rosette
du centre, se voit la sainte Vierge de-
bout, tenant son fils. Les panneaux en-
<;■!:;! -es entre les COmpartimens, pré-
sentenl douze rois de l'ancien Testament
et douze bannières de France, et les
douze petits prophètes. Le
Grand . Intel, qui est placé au milieu
du sanctuaire, est en marbie bleu tur-
quin , enrichi d'ernemens en bronze
doré en or moulu : sa forme es; celle
d'un tombeau antique. Au rond-point
du chœur, et derrière le maître-autel,
est placé un
Groupe de marbre liane de 18 ou 19
pieds de hauteur. L'assomplion de la
Vierge eu est le sujet; trois an^rs la
soutiennent , et diligent leur vol vers
le ciel. Les
Chapelles, dont celle superbe basi-
lique est ornée, sont fort belles, ainsi
que '.es
Orgues, dont la façade indique le
passage du gt; le gothique à celui de la
renais-ance des arls.
Au dessous de celte église en est une
autre, dite
FgUse Souterraine ! dans Iaque!le on
descend par cinq escaliers difiérens.
Elle se compose de deiu longues nefs
pratiquées sous chacun des bas-côtés
&m
232
GUIDE
de l'église haute. Les voûtes sont en
arête , dans la partie qui correspond au
pourtour du cliœur de l'église haute;
on a élevé treize
Chapelles, entre autres celle delà
Vierge, ou les fidèles vinrent de tous
temps en pèlerinage f„ire dos dévo-
tions, et poser de* ex-voto et des offran-
des; près de l'autel est un ancien puits,
nomme dans le pays, le
Puits des Saints-Forts, parce que, dit
Rouillant, du temps de l'empereur,
grand persécuteur des chrétiens, le
gouverneur de Chartres, après avoir fait
passer plusieurs chrétiens au fil de Cépée,
Ut jeter leur corps dans ce puits
Souvenir historique. — Cette église
se glorifie d'avoir reçu le pèlerinage de
plusieurs rois de France. Après la ba-
taille de Mons-en-Puel'e, gagnée par
es Flamands, le 18 août 1304, Philippe-
ie-j) -I, en reconnaissance de cette vic-
toire , fit hommage à la Vierge de l'ar-
mure qu'iJ portait le jour de la bataille
f.niIippe-de-Valois vint à Chartres pour
y rendre grâce à la mère du Sauveur
de la victoire éclatante qu'il avait rem-
portée à Cassel, le 3 août 1328. Emince
fut dans celte basilique que le vain-
queur de la Ligue courba son front
Victorieux pour recevoir l'onction des
mains de Nicolas de Thou ; que ce
prince, le meilleur des rois, jura dans
son coeur la f licite des Français, qui
chérirent toujours sa mémoire comme
Us conservèrent éternellement le sou-
venir de ses vertus.
Dépari de Chartres.
I>e Chartres, nous allons à
Thwas, petit village situé sur l'Eure,
et qui n'offre rien de remarquable. De
cet endroit, nous allons à
_ Li Boiirdinière , autre village sans
importance, et après lequel vient
Jionneval, qui n'a qu'une rue, et n'a
ne remarquable que 1'
ancien collège de Bénédictins, aujour-
d nui séminaire de Chartres, et qui a été
tonde , suivant quelques auteurs , par
«-Harles-Ie-Chanvc, en S'il, et suivant
d autres, par Foulques de Bonneval:
après avoir traversé deux fois la
*•"''«•• If Loi,-, nous entrons dans
Uh.atea.udun, ville située sur le Loir
et dans laquelle nous remarquons le
Château des comtes de Dimois, qui
est remarquable par la hardiesse de sa
construction. Les deux escaliers sont
d'une grande légèreté. La
Grosse Tour.'.' qui l'accompagne, fut
construite par Thiault-le-V'ieux ou le
Tricheur; le reste du bâtiment est du
XV e siècle. De ce château, on jouit
d'une
_ Vue magnifique \\ sur le beau bassin
où coule le Loir , et sur le moulin bàli
au pied du roc, sur lequel la ville est
construite. De
Châteaudun, nous allons à
Claye, petite ville bâtie dans une
situation agréable sur le Loir, mais
qui n'offre rien de remarquable. Passé
Claye, nous entrons dans le
Département de Loir-et-Cher. Après
avoir passé les villages de
P'zou et de Vile, nous entrons dans
Vendôme, petite ville située sur la rive
droite du Cher, et dans laquelle existe
un collège qui jouit de quelque célé-
brité.
Hôtel recommandé. — Hôtel du Lion
d'Or, tenu par M. Langlois , situé sur
la place d'Armes et prés de la salle de
spectacle.
Cet hôtel, dans lequel est établi le
bureau des messageries royales INotre-
Dames-des-Victoires, ne 1 isse rien à
désirer, soit par son ameublement, soit
par sa bonne cuisine, soit enfin par les
divers soins de son propriétaire.
De Vendôme, après avoir passé
Saint- imand, nous entrons dans le
Département d'Indre-et-Loire , et
bientôt après, dans
Chàteau-Regnault, petite ville divi-
sée en haute et ville basse, et dans la-
quelle nous remarquons un château et
quelques restes d'antiquités. De Chà-
teau-Regnault, nous allons à
Tours , qui est le terme de notre
route. Pour la description de cette ville,
voyez de Paris à Nantes.
De Paris à Chartres par Rambouillet.
Distance à parcourir : 21 lieues et demie ,
10 postes trois quarts.
( Voyez de Paris à Tours.)
De Paris à Versailles.
Dislance b parcourir : i lieues et demie ,
2 postos un quart.
( Voyez de Paris à Brest.)
12
DU VOYAGEUR
De Paris à Rambouillet.
Distance à parcourir : 12 lieues, 6 postes.
( Voyez de Paris à Tours.)
De Paris à Poitiers.
Routes.
Nous pouvons nous rendre à Poitiers
par deux routes différentes, savoir : par
Orléans el Tours, et enfin par Chartres
et Tours.
Première route.
Route par Orléans et Tours.
Distance à parcourir : 88 lieues, 44 postes.
( Voyez de Paris à Bordeaux , par Tours,
Poitiers et A ngoultme. )
Deuxième route.
Route par Chartres et Tours.
Distance à parcourir : 87 lieues, 45 postes
et demie.
( Voyez de Paris à Tours par Chartres et
Vendôme , et de Tours à Poitiers , de
Paris d Bordeaux.')
De Paris a Angouléme.
Roules.
ÎVous pouvons nous rendre à Angou-
lème par deux routes différentes, savoir:
par Orléans et par Chartres.
Première route.
Route par Orléans et Chartres.
Dislance à parcourir: 1 1f! lieues et demie ,
SO postes un quart.
( Voyez de Paris à Bordeaux. )
Deuxième route.
Route par Chartres et Tours.
Distance à parcourir: 117 lieues et demie,
38 postes trois quarts.
( Voyez de Paris à Tours par Chartres et
Vendôme , et de Tours d Angouléme de
Paris à Bordeaux.)
EN EUROPE. 255
De Paris à Limoges.
Dislance à parcourir: 98 lieues, 49 postes.
( Voyez de Paris à Toulouse, et ta deuxième
roule de Paris d Bordeaux. )
De Paris à Chàteauroux.
Distance à parcourir : 61> lieues et demie ,
52 postes un quart.
( Voyez la roule précédente.)
De Paris à Clermout.
Observation.
Cette roule se trouvant décrite jus-
qu'à Moulins , par la deuxième route
de Paris à Lyon , nous y reu\ oyons le
lecteur ; ce n'est donc que depuis
Moulins que notre itinéraire doit com-
mencer.
Itinéraire de Moulins à Clermonl.
Distance 1 DeParisaMoulins,721ieues.
à < De Moulins à Uermont, 241.
parcourir: l el demie.
Topographie de la route.
Départ.
En sortant de Moulins , nous pa?soti9
la
Rivière de P Allier sur un superbe
pont, après lequel nous suivons, à gau-
che , une
Longue avenue de peupliers , qui
borde le cours de l'Allier, et se termine
au
Château de Bressoles. Le pays est
agréablement boisé et légèrement mon-
tueux jusqu'à
Châiel-NeuJ, village bàli sur une
colline sablonneuse qui se termine par
une côte qui descend dans les riches
campagnes de
Saini-Poursain. Au dessous de cette
ville , nous traversons la
Rivières de. la Sioule , après laquelle
nous entrons dans une
p' allée monotone , à l'issue de laquelle
nous trouvons
Mayet - d'Ecole , beau village après
lequel nous allons à
Ganat, petite ville assez mal bâtie,
mais entourée de charmantes prome-
JÊf*
ses»-:
35*
GUIDE
; •
nades. Au sortir de cette ville et après
avoir traversé une belle
Plaine , nous entrons dans le
Département du Pu y - de - Dôme.
Bientôt après nous arrivons à
Aigùeperse, petite ville située sur le
le ruisseau de Luzon, et dans laquelle
nous remarquons 1'
Eglise Notre-Dame , dans laquelle
se voit un beau
Tableau, représentant le martvre de
saint Sébastien. Passé Aigùeperse, le
pays que nous parcourons est agréa-
blement diversifié jusqu'à la
Vallée du Sirdon. Après avoir passé
la rhière de ce nom , nous avons une
Côte à gravir, au bout de laquelle
nous trouvons
Riom, petite ville bien percée, bâtie
sur un monticule au pied duquel coule
la petite rivière d'Ambone. Toutes ses
constructions sont en lave de Volvic,
ce qui leur donne un aspect sombre
et bizarre qu'augmente leur style déjà
ancien. Au nombre des
Curiosités de liiom , nous remarquons
lés
Fontaines, qui sont fort remarqua-
bles, r
Hôtel de la Sous-Pré lecture ; enfin,
les
Promenades , dans l'une desquelles
nous remarquons une
Colonne élevée à Desaix.
Passé Riom , nous parcourons une
contrée charmante, à l'issue de laquelle
se trouve
C lermont-Ferrànd , qui est le terme
de notre roule.
Aperçu général de Clermont -Fer-
rand. — Cette ville, qui est située en-
tre les deux ruisseaux de Tiretuine et
SÂHicr, est bâtie sur un monticule
élevé d'environ cinquante mètres au
dessus de sa bise , à l'entrée d'un vallon
semi-circulaire de près de six lieues de
tour , que couronnent de riciies coteaux
à l'ouest. Ses rues sont , pour la plu-
part, étroites, sombres et mal percées;
ses maisons sont hautes et resserrées,
surtout dans la partie la plus élevée dé
la ville ; mais elles sont solidement bâ-
ties eu laves de Volvic , dont l'a-pect est
sombre et triste. Les différens quartiers
n'ont nulle symétrie; les places sont
vastes, mais irrégulières ou mal en-
tourées. Toutefois, les nouvelles con-
structions offrent un aspect agréable ,
leurs façades sont blanchies , propres
et fort jolies.
Clermont possède quatre places pu-
bliques, deux églises, un Hôtel-Dieu,
un jardin botanique, deux salles de
spectacle, une bibliothèque publique,
riche d'environ quinze mille volumes,
un muséum d'histoire naturelle , uu
hôpital général, un musée d'antiqui-
tés , une académie universitaire , de
belU's promenades , utie école secon-
daire de médecine ; enfin , une école
départementale d'accouchement.
Histoiique.— L'origine de cette ville se
perd dans la nuit des siècles. Sous l'em-
pire romain , elle devint célèbre et eut
un sénat qui subsistait encore au VII e
siècle ; elle fut du nombre de celles
qui jouirent du droit latin, droit qui
lui donnait l'avantage de se gouverner
par ses propres magistrats , et en vertu
duquel les habitans pouvaient préten-
dre au litre de citoyens romains, ainsi
qu'aux premières charges de l'empire.
Sous ce peuple, cette capitale était
divisée en deux parties : la ville et la
cité. La ville était placée au bas du
monticule, et s'étendait de l'est au
midi ; la cité , construite sur le som-
met de l'éininence , dans l'endroit où
se trouve la cathédrale, était entourée
de murs et fortifiée de belles tours : ce
fut pour le besoin de cette partie éle-
vée de la ville , qu'il fit construire un
aqueduc de plus d'une lieue de long,
qui partait des montagnes situées à
l'occident de Clermont, nom qui de-
vint celui de toute la ville vers le IX e
siècle. En 408, Crocus, à la tête d'une
troupe de Vandales , assiégea et prit
Clermont , el renversa de fond en comble
tous les édifices antiques qui déco-
raient cette ville. En 412, Clermont
fut encore saccagé par les capitaines
d'Honorius, qui y prirent le lieutenant
du tyran Constantin. Plus tard , c'est-
à-dire en 474, Euric , roi des Visi-
goths, l'assiégea sans succès. En 507,
Thierry, Jîls naturel de Clovis , prit
Clermont, et soumit pour la première
fois toute l'Auvergne à la domination
des rois de France. En 7(>1 , Pépin
s'empara du château Clarus - Mous ,
bâti sur le sommet du monticule où
s'élevait jadis la cité romaine, y mit le
feu, et fit égorger les habitans sans dis-
tinction d'âge ni de sexe ; maître de
cette forteresse , il prit facilement la
DU VOYAGEUR EN EUROPE.
25U
ville, et y commit les mêmes cruautés.
Celle ville fut encore ravagée ei dé-
truite , en 833, par les Normands, et
en 916, par les Danois, auxquels s'é-
taient joints ces mêmes Normands.
Elle fut aussi en proie aux guerres
particulières des ôêques de Clermont
et des comtes d'Auvergne. EitlOVB, il
se tint, à Clermont, un concile à la
suile duquel le pipe Urbain II prêcha
la première croisade.
Séjour et promenade.
Prenons gîte à 1'
Hôtel de la Paix , là nous serons
très bien sous tous les rapports. Cet
hôtel , qui est tenu par M. ISojer jeu-
ne , est situé sur la place de J.mde.
Les
Curiosités que nous avons à voir dans
Clermont sont peu nombreuses ; les plus
remarquables sont : la
Cathedra e , qui fut commencée en
1248, sous l'épiscopat de Hugues de
Tours; mais qui n'a jamais été ache-
vée, il y resie encore à construire le
portail latéral et les deux tours. Tout
imparfaite quelle est, cette basilique
peut néanmoins être comparée avec
avantage aux plus beau* monumens
gothiques; elle a trois cents pieds de
longueur, cent trente pieds de largeur,
et cent pieds de hauteur du pavé à
la voûte, qui est en ogive, soutenue
par cinquante-six piliers. Chacun de
ces piliers forme un faisceau carré de
colonnes rondes extrêmement délices.
Au dessus de la corniche, et à la nais-
sance de la voùle, les colonnes se dé-
tachent et se courbent pour former les
arêtes des voûtes. Le
Chœur de cette église e-t orné de
belle' sculptures d'un travail admirable
par sa délicatesse. V
Eglise de Notre- Dame- du-Port ,
qui est le | lus ancien et l'un def plus
remarquables édifices de Clermont ; sa
fondation date de l'an 853; les pcnl [du-
res dont elle est ornée sont superbes, et
méritent la plus grande attention. Enfin
la
Fontaine de la place Dèlitle, qui fut
construite, en 15)1 , (far Jacques d'Am-
bnise, évêque de Clermont et frère du
célèbre cardinal Georges d'Amhoise.
Description. — Ce monument est com-
posé d'un
Bassin d'une forme octogone , de
quatorze pieds de diamètre , élevé au
dessus de plusieurs gradins dont les
huit faces sont chargées de bas-reliefs
représentant des arabesques formées
de mascarons et de rinceaux. _ Aux
huit angles de ce bassin , s'élèvent
huit
Candélabres , alternativement ronds
et pentagones , dont les bases sont io-
niques, les fûts sont ornés de feuillages
en reliefs et surmontés de fleurons ;
quatre de ces candélabres produisent
chacun un jet d'eau qui tombe dans le
bassin, Au milieu de ce bassin, s'élève,
à la hauteur d'environ \ ingt-deux pieds,
une
Pile entourée de jets, de petits bas-
sins et de figures. Quatre
P;V,ers/via<msenlourrntet soutiennent
celle pile ; ils sont chargés d'omemens,
de ba--;eliefs, et surnnnités chacun par
la figure d'un génie, représenté assis,
au de-sous duquel sort un jet d'eau.
Enlre ces quatre pi iersetvers la moitié
de leur hauteur sont quatre
Bassins adossés , qui ont une saillie
assez considérable et dont la forme est
assez gracieuse ; ils sonL chargés des
dessins les plus riches. Chacun de ces
bassins présente un masearon qui jette
de l'eau dans le grand bassin ; ils sont
remplis par desjls que vomissent ou
pi-sent des figures de génie, 'uivant
l'idée singulière de l'artiste. Au dessus
de cette ordonnance est une
Lanterne, percée de fenêtres gothi-
ques , qui sert de réservoir ; elle est
accompagnée de qualrc pilastres atti-
ques chargés de sculptures d'un goût
très pur. Au dessus de chacun de ces
pilastres est un
Génie qui S'appuie sur un écusson
aux armes d'Amboise. Au milieu de ces
quatre génies, s'élève une ligure bien
plus grande qui sert d'amortissement à
toute la fontaine.
Telles sont les curiosités les plus mar-
quantes de Clermont; parcourons main-
tenant ses environs.
Environs de Clermont.
Les lieux les plus remarquables que
nous ayons à voir dans les environs de
Clermont sont : la grotte de Royat et
le Puy-de-Dôme.
256
GUIDE
Excursion à la grotte de Royal.
Distance à parcourir : une demi-lieue.
Direction : l'Ouest.
« C'est un luxe de sources , de torrens
de chutes d'eau qui s'épanchent sans f ali '
guer les yeux. L'onde luit sous toutes les
formes; elle coule, elle se précipite "elle
« limpide, elle écume, elle estsilencieuse
elle murmure. '
une élévation à laquelle il n'était pas encore
parvenu. Le Puy-de-Dôme, plus qu'aucune
autre montagne, produit cet effet difficile
a décrire. »
G est au bas du village de Royat, et
dais une gor e(roitej gjtuée
cette charmante grotte, qui est formée
pai des rochers basaltiques d > ou s > ëJan _
fni»r- Se ï. )ets . dune e«û limpide et
nrr Th 16 ' qU ' Va S? J° illdre â.l joli
torrent des sources de Fonlanat. Celte
grotte est véritablement délicieuse; un
ïï?t' . V Penètre à P e5ne 5 et le go-
rJJI J -o f le](luts ra >' ons <I ue Pour
faire briller les parois humides de la
rny ne '5 0UVerles,1e **<*»«*» mousse
l«irl ,? e ; n . eraude - et de vers capil-
laires attaches sous les voûtes à des
fragmens de basalte, comme des orne-
mens pendentifs de la clé d'une église
goth.que, s'entremelant à des scories
volcainques noires, rouges et violet-
î*m.3ï es forment une mosaïque
bnllante comme celle qui recouvre les
coupoles des beaux temples des pre-
miers chrétien, du Bas-Empire : ara-
besques naturelles que varie, vivifie et
rafraîchit le cours des eaux qui scintil-
lent de touies parts en filets d'argent et
en gouttes de cristal. b
La grotte a environ 30 pieds de lar-
geur sur autant de profondeur, et 12 à
18 pieds de hauteur ; l'aspect et le mur-
mure de ces sources enchantent égale-
ment es jeux et les oreil!es; le site ad-
mirable ou elle s'ouvre, les masses de
rochers qui l'entourent et les ruines
d édifices religieux qui existent dans le
voisinage concourent à rendre ce site
ment? 8 re,mm l ualji « du départe-
Chemin d'Ascension. — On monte
au Puy-de-Dôme par deux chemins
differens : 1 un, au midi, est nommé le
Chemin â' Magnat; l'autre, au nord
est appelé le '
Ch min de la Gravouse. Ces deux
chemins sont fort jolis; ils oïfrenl un
beau tapis de verdure qui se prolonge
de la base au sommet du dôme. De la
cote de celte montagne se déploie un
des plus beaux spectacles et une des
vues les plus riches du monde entier
Elevé de 9S8 toises au dessus du niveau
de la mer, et de Ci):) au dessus du sol
inférieur de Glermont, rien ne borne
Plus les regards que dans un lointain
immense. Nous avons sous les yeux
quarante pays avec leurs caractères
antiques, leurs ravins, leurs courans
de lave et leurs lits de pouzïolane
noire ou rouge. Plus loin, c'est la Li-
magne entière avec ses villes, ses villa-
ges et ses monticules sans nombre:
partout des champs de toute couleur,
des vignobles, des habitations dissémi-
nes sur celte vaste surface, des che-
mins a perte de vue, des chaînes de
montagnes, tout se réunit pour former
un coût) d'œil enchanteur qui embrasse
trente lieues de pays.
De Paris à Lyon.
Excursion au Puy-de-Dôme.
Distance à parcourir : 2 lieues
Direction : à l'Ouest de Germent.
Durée de l'ascension : 1 heure.
„ ! " L6 , c '! n ; e <l ui règne dans les hautes ré-
gions de l'atmosphère, est une chose qui
n M„ P " 5 ?■ ,m P ression ^r l'homme , sur-
tout lorsqu'à atteint pour la première fois
Hôtels et établissement divers recom-
mandes. — Sens. — Hàtel de l'Ecu
tenu par M. Doret.
Cet hôtel , qui jouit d'une immense
réputation due à sa bonne tenue et aux
soins empressés de son propriétaire,
possède 60 chambres de maître déco-
rées avec goût. C'est dans cet établisse-
ment que descendent ordinairement
toutes les personnes qui se rendent en
ouïsse et en Italie.
Àuxerre. — Hôtel du Léopard, tenu
par M. l'ouard.
Cet hôtel, situé sur le quai, dans la
position la plus agréable de la ville et
près de la poste aux chevaux, *e re-
commande à la bienveillance de MM. les
voyageurs, par sa bonne tenue, son ex-
cellente table et par les divers soins
dont ils sont constamment l'objet.
tSgfrf^
DU VOYAGEUR EN EUROPE.
257
Cliâlons-sur-Saône. — Hôtel du Parc,
tenu par MM. Bâta père et fils.
Ce joli hôtel , que madame de Staël
regarde comme l'un des plus importans
de France , est figuré dans l'atlas du
Guide.
— Hôtel des Diligences , quai des
Messageries.
Cet hôtel, qui est situé eu face la s!a-
tion des bateaux à vapeur, et au centre
de foules les diligences qui arrivent
dans celle ville, particulièrement des
messageries royales avec lesquelles il
est mitoyen , possède en généial tout
ce qu'on peut désirer, et notamment une
excellente table d'hôtes toujours bien
fournie et bien variée.
Tournu. — Hôtel des Trois-F'aisans
tenu par M. Y. Dechans, quai de la
Saône.
L'hôtel des Trois-Faisans , de même
que tous les autres grands hôtels en gé-
néral, possède tout ce que l'on peut dé-
sirer : nombreux appartemens , bonne
table et vastes écuries et remises.
Alâcon, — Hôtel du Sauvage, tenu
par M. Beaulieu.
Chiquante ans d'une célébrité euro-
péenne, recommandent ce bel hôtel à
MM. les voyageurs; sa position sur le
quai, en face du pont, sa vue sur les
montagnes de la Suisse, son jardin et
ses bains en (ont un lieu de repos infini-
ment agréable. Beaux appartemens, ex-
cellente table d'hôte.
— Hôtel de CEurape, tenu par M.
Lalouet.
Cet hôtel, qui est situé au centre de
la ville et à la proximité des bateaux à
vapeur, vient d'être entièrement res-
tauré à neuf. Les appartemens , par
leur fraîcheur et par leur joli ameuble-
ment, ne lais eut rien à désirer, de même
que la cuisii e.
Maison Blanche. — Hôtel de Bour-
gogne, tenu par M. Rospin.
Cet hôtel , dans lequel on savoure
les vins délicats de Thorins et de Mou-
lin-à-Veut , est figuré dans l'atlas du
Gu'ule
Lyon. — Hôtel de l'Europe, tenu
par M. Pauche.
Cet hôtel, qui occupe une des posi-
tions les plus agréables de la ville, jouit
d'une réputation européenne. C'est là
que descendent toutes les personnes
de distinction. Ce fut là que descendit
S. M. Louis-Philippe à l'époque où il
n'était encore que prince, lors de son
voyage à Lyon.
— Hôtel du Parc, tenu par M. La-
cotte , restaurateur, place des Ter-
reau v.
Cet hôtel, qui est richement meu-
blé, pos ède ui'.e bonne table d'hôte et
un restaurant servi à la carte, On trouve
dans cet i tablissement des voitures élé-
gantes de remise, des chevaux de selle,
de vastes écuries et remises, enfin des
magnifiques bains orientaux.
— Hôtel de Milan, tenu par M.Pas-
calcn, place des Terreaux.
Cet établissement, qui est situé au
centre de la ville, est le rendez-vous
général de tous les voyageurs du com-
merce. La table et les soins empressés
de sou propriétaire, méritent le plus
grand éloge.
Maison de parfumerie et de coupe
de cheveux, tenue 'par M. Souchard,
breveté, place du Plâtre. 16.
Toutes les personnes qui aiment la
parfumerie et qui tiennent essentielle-
ment à être b.en coiffées, doivent s'a-
dresser dans cet établissement, là elles
trouveront tout à la fois et de quoi
flatter les yeux et l'odorat.
— Maison de santé dite des Bains-
Romains, tenu par Noël Bonnet, à
Saint-.lusl, place des Minimes, 17 et 29,
Si cette maison n'eut pas joui d'une
réputation aussi étendue pour le trai-
tement «les affections mentales, nous
nous serions abstenus de la citer, car
elle ne devrait pas trouver place ici,
mai* son grand mérite nous en a fait un
devoir.
Messageries Sardes de MM, les frè-
res Bonnafous. Ces voitures vont en
poste et desservent les routes de Turin,
Milan, Gènes, l'arme, Venise, Bologne,
Rouie, etc.
Le passage du Mont-Cenis se fait eu
hiver dans des traîneaux fermés, et en
été, dans des voilures séparées de celles
qui transportent les marchandises.
TURIN. — MesSfigeries laides de
MM. les frères Bonnafous. Les voitu-
res vont en poste, et de servent les routes
de Genève, Lyon, Milan, Gènes, Par-
me, Venise, Bologne, Rome, etc.
Le pass ige du Mont-Cenis se fait en
hiver dans de traîneaux fermés, et en
été, dans des voitures séparées de celles
qui transportent les marchandises.
GÊîVliS. — Messageries Sardes de
258
GUIDE
MM. les frères Bonna fous. (Voy. Tu-
rin).
MILAN. — Messageries Sardes de
MM. les frères Bonnafous. (Voy. Tu-
rin.)
Routes.
Nous pouvons nous rendre à Lyon
par deux roules différentes, sa\oir :
par Auxerre et enfui par le Bourbon-
nais.
Première route.
Roule par Auxerre et Aitlun.
Distance à parcourir : 119 lieues et demie ,
89 postes un quart.
Itinéraire et topographie de ta route.
Départ.
Nous sortons de Paris par la
Barrière de la Garre, nous traver-
sons la
Plaine d'Tvry-, et nous arrivons à
Charenton, viilage dont il a déjà été
question, ainsi que de
Filleneuwe-Saint-Ceorges, nous tra-
versons ensuie
Lieu-Saint ( Seine-et-Marne ), vil-
lage qui doit son nom à une petite cha-
pelle construite sur cet emplacement
dans le IV e siècle, où l'on avait recueilli
les reliques de plusieurs saints. Une
comédie du poète Collé, avant pour ti-
tre la
Partie de chasse de Henri IV, a fait
la réputaiion de ce village, qui, du
reste, n'a rien de remarquable. Après
Lieu-Saint nous traversons
/l.elun, ville dont nous avons parlé
dans nos promenades aux environs de
Paris.
Fossard , petit bourg qui n'a rien de
remarquable.
Sens (Yonne), vient eusuile. Cette
ville, qui est située au confluent de
l'Yonne et de la Vanne, n'a de remar-
quable que sa Grand'-Kue, qui est bien
alignée et décorée aux deux extrémités
de belles portes qui se font face. Bieu-
tot après nous arrivons à
Yilleneuve-lc-ïloi, petite ville qui
n a de remarquable que sa rue tirée au
cordeau, laquelle est ornée aux deux
extrémités d'une belle porte de ville
Après Villeneuve-le-Uoi vient
Joigny, ville très ancienne, bâtie
en amphithéâtre sur un coteau au pied
duquel coule l'Yonne. Nous y entrons
par une belle grille après laquelle vient
un magnifique quai, vers le milieu du-
quel est un beau pont en pierre condui-
sant à un faubourg auquel aboutit la
roule d'Auxerre. La ville proprement
dite, qui esl groupée au dessus du quai,
contre la pente du côleau, a ses rues
mal percées et d'un accès très difficile.
Dans ;a partie la plus élevée nous re-
marquons les
Restes d'un ancien chheau, com-
mencé par le due de Villerav, mais qui
n'a jamais été achevé ; ses murs sont
en bossages rusliques d'un genre sin-
gulier. Outre ce château, on remarque
a Joigny le
Quartier de cavalerie, qui est fort
beau, et la
Cathédrale, qui est un édifice du
quinzième siècle, et très élégant. Après
Joigny vient
Auxerre,
Cité aimée et renommée ,
Ceux de Paris t'ont souvent habitée.
Pour le beau lien et aussi pour la crume ,
Dont ton baut bruit , plus taul ou'on ne présume.
(Pierre Giocset, 1 533. )
Cette ville, dont l'origine remonte à
une époque très reculée, e»t bâtie au
penchant et sur le sommet d'une col-
line qui s'abaisse jusqu'aux bords de
1 Yonne, qui y forme un port commode
et très fréquenté, vis à-vis duquel se
trouve une île ombragée de bouquets
d arbres, et occupée par des moulins
dont l'aspect est on ne peut plus pitto-
resque.
Passons en revue les
Curiosités d'Auxerre. Toutes les cu-
riosités que celle ville renferme, se ré-
duisent à ses trois églises et à son hor-
loge.
Eglises d'Auxerre. Commençons no-
tre examen par la
_ Cathédrale, qui est un des plus beaux
édifices gothiques qui existent en Fran-
ce. Cette église, qui est déliée à saint
Etienne, fut construite à diverses épo-
ques; sa partie souterraine fut commen-
cée en 1035; son grand autel fut con-
sacré en 1119, le grand chœur date dé
la fin du douzième siècle et du com-
mencement du treizième; la nef et le
grand portail furent élevés dans le siè-
cle suivant; le portail du nord fut cou-
&fc»t
DU VOYAGEUR EN EUROPE.
259
struiten 1413 et 1426; enfin la tour qui
surmonte l'église ne fut achevée que
vers l'an 1843.
Cette église a environ 300 pieds de
long, sa largeur est de 120; ses voûtes
ont 100 pieds d'élévation sous clé, etsa
tour 80 toises. Examinons 1'
Intérieur. L'intérieur de cette mé-
tropole e.^t magnifique ; son grand au-
tel est d'une simplicité remarquable :
une croix placée sur un globe, deux
beaus candélabres et un tombeau en
marbre bleu de Gènes, en composent
tout l'ornement. A gauche de cet hôtel,
contre le pilier de la porte latérale du
chœur, nous remarquons un monument
en marbre blanc, représentant un vieil-
lard à longue barbe, priant dans une
chaire ; c'est la figure d'un ancien évè-
que d'Auxerre, de Jacques Amyot. dont
nous avons parlé à la ville de Jlelun,
lors de notre voyage à Montereau. A
droite de l'autel est un autre monu-
ment en marbre, élevé en 1713, à la
mémoire de Nicolas Colbert, évêque
d'Auxerre et frère du ministre de ce
nom. Pans la chapelle de la Vierge sont
placés deux monumeus en marbre
blanc, du maréchal et de l'amiral de
Canfelleux, Les deux guerriers sont
couchés avec leurs cottes d'armes sur
un tombeau dont le bas-relief repré-
sente la bataille de Cravant.
Quant aux vitraux dont cette superbe
basilique est ornée, ils sont superbes
et parfaitement conservés. La deuxième
église d'Auxerre, ou
Saint- Eusèbe, fut fondée en 040, et
se compose d'un mélange d'architec-
ture arabesque et romaine. Son clo-
cher, qui est construit en pierre de
laiile , présente un aspect agréable et
pittoresque. Enfin la dernière église
d'Auxerre est celle de
Saint-Pierre , dont les fondations
furent jetées vers la fin du quatorzième
siècle. Cette église se compose d'un mé-
lange heureux, des architectures ara-
besque et romaine. Ses voûtes sont
en ogives, portées par dix colonnes et
33 pilastres d'ordre corinthien.
Quant à Y
Horloge dont il nous reste à parler,
elle est pupérbe et mérite une attention
particulière. Cette horloge, qui est pla-
cée sur la porte de la cité, a son double
cadran décoré d'arabesques au dessous
desquelles nous remarquons les derniè-
res armoiries de la ville. Ce cadran
contient deux divisions de douze heures,
ou la mesure entière du jour. L'aiguille
qui porte la figure du soleil, correspond
à une horloge solaire, et indique les
heures solaires moyennes. Le cadran
intérieur de celle horloge présente deux
petiïes aiguilles, l'une marque le temps
moyen du cadran intérieur, et l'autre
le temps vrai. L'aiguille qui porte le
globe de la lune correspond à une hor-
loge lunaire, et marque pr conséquent
les heures lunaires : ces deux aiguilles
se rencontrent à pan près à midi, dans
les nouvelles lunes, et à minuit, dans
les pleines lunes. Ainsi, par un méca-
nisme très simple et très ingénieux,
cette horloge indique à la fois l'heure
solaire, le lever, le coucher et les pha-
ses de la lune.
Après Auxerrc nous traversons les vil-
lages de
Saint-Bris,
J r ermenlon et
Lucy-le-Bois, lesquels n'offrent rien
de curieux. Bientôt nous arrivons à
Avallon, ville fort ancienne, située
dans une charmante situation, sur la
rive droite du Cousin, à l'issue d'une
jolie vallée bordée de coteaux fertiles
en excellcns vins. Celte ville est régu-
lièrement bâtie, formée de rues larges,
propres, lien percées, et possède plu-
sieurs belles promenades et une jolie
salle de spectacle.
bientôt nous découvrons
Saulieu (Côte-d'Or), petite ville si-
tuée sur une hauteur, et n'offrant rien
de remarquable. Après avoir traversé le
village de
Pierre-Ecrite cl de
( hisscy, nous entrons dans
Autuù (Saône-et-Loire), \ille fondée
par les Phocéens, et une des plus an-
ciennes de France, offrant une foule de
Curiosités, dont les plus importantes
à signaler sont parmi les
Edifices anciens : les
Ruines du temple de Janiis, situées
le long des rives de l'Arroux. Ces rui-
nes ont trois faces et portent 22 mètres
de hauteur sur 17 de largeur hors d'oeu-
vre. Les murs qui ont 2 mètres d'é-
paisseur sont revêtus en partie de pe-
tites pierres assemblées avee le plus
grand soin. Les fenêtres, au nombre de
trois sur chaque face, sont construites
en forme de soupiraux. Le mur du sud
240
GUIDE
est décoré d'une arcade de 6 mètres de
hauteur sur 13 décimètres d'enfonce-
ment. Les
Ruines du temple d'Apollon consis-
tent en une mura. Ile placée dans une
maison près la porte des Marbres. Les
Portas d'Arroux et de Saint-André ;
la première , qui a environ dix-sept
métros d'élévation, est surmontée d'une
galerie d'ordre corinthien et couverte
d'ornemens d'un travail très délicat. La
deuxième porte, qui s'élève à environ
quatorze mètres, est moins élégante que
la précédente ; elle retrace deux épo-
ques de l'architecture. Quant aux
Edifices modernes ou du moyen-âge,
nous remarquons, parmi les principaux,
la
Cathédrale, dont la fondation ne
remonte guère au-delà du IX e siècle.
Celle église , qui est d'architecture go-
thique , est surtout remarquable par
l'élévation de son aiguille , dont l'ex-
térieur est des plus hardis et par son
portail principal, qui est environné par
un zodiaque fort beau. La
Fontaine, qui avoisine la cathédrale,
qui est d'ordre ionique et dont les for-
mes heureuses rappellent la lanterne
de Démostliène. La partie supérieure
est couronnée par un pélican ayant les
ailes déployées. Enfin 1'
Ancien grand séminaire , qui a été
construit sous le règne de Louis XIV,
par ordre de l'abbé de Roquette alors
évêque d'Autun, et qui est d'une beauté
remarquable. L"s
Environs d'Autun, sont également
riches en antiquités ; à
Canard, petit hameau à peu de di-
stance d'Autun , nous remarquons une
Pyramide quadrangulaire , vulgai-
rement appelée Pierre-Canard, dont
la bave a vingt-deux mètres et la hau-
teur vingt. Cette pyramide paraît être
un monument, funèbre; mais il est im-
possible de déterminer en l'honneur de
quel grand homme il a été élevé
Au levant d'Autun, dans une petite
vallée qui s'étend jusque sous les murs
de la vilie, était la
Naumachie ; c'était là que le peuple
romain jouissait des spectacles des
joutes.
Ai.rès Autun, nous traversons les vil-
lages de
Saint -Emillon ,
Saint-Léger,
Bourg-Neuf, et nous entrons dans
Chalons -sur-Saône (Saône-et-Loire)
ou nous allons prendre le bateau à va-
peur jusqu'à Lyon
Aperçu général de Chdlons. — Cette
ville est fort ancienne , située sur la
rive droite de la Saône, au milieu d'im-
menses^ prairies ; elle est généralement
bien bâtie, mais elle ne renferme au-
cun édifice que l'on puisse citer pour
sa grandeur et son architecture La
cathédrale, qui est dédiée à saint Vin-
cent , n'a de remarquable que son an-
cienneté, qui remonte à l'an 532.
Chàlons possède un joli hospice civil
fondé en 1528, s „ r l'emplacement d'un
terrain que l'amiral Chalot donna à la
ville, un collège communal, une salle
de spectacle, de belles promenades,
une place décorée d'une jolie fontaine,
des bains publics, une bibliothèque
riche d'environ neuf cents volumes,
enfin un pont qui établit la communica-
tion de la ville avec le faubourg Saint-
Laurent.
De Chàlons à Lyon par les bateaux à
vapeur.
Distance à parcourir : 32 lieues.
I En montant 13 h.
Durée du trajet : l
| En descendant 9 h.
Bateaux affectés à ce service.
Dix bateaux à vapeur font le trajet
journalier de Chàlons à Lyon , savoir ■
La
Lyonnaise, le
Courrier, V
Hirondelle n° 1 et % appartenant aux
messageries royales, 1'
Eslajette , le
Télégraphe , V
^lùe.l/e n° let 2, le
Mercure et le
Céleri/ère.
Embarquement et départ.
Il est
Cinq heures , gagnons le
Port Milliers, et de là notre na-
vire, dont la cloche annonce le départ.
Puisque nous sommes au large et que
nous commençons à sillonner les flancs
moelleux de celte rivière , hâtons-nous
DU VOYAGEUR EN EUROPE.
211
de commencer nos études; nous voici
devant
iSaint-Bi'is , petite ville sans impor-
tance. Plus lias . est
O.roux, el presque en face, la
Rivière de Grnne. Après avoir par-
couru plusieurs courbes a c scz considé-
ra Mes , nous découvrons à droite .
Tournas , où nous allons faire une
Station pour prendre et poser des
passagers.
Tournus est une petite ville très an-
cienne, placée dans une situation agréa-
ble, au milieu d'une contrée fertile.
Son
Pont, four lequel nous passonset qui
e 5 t composé de cinq arches en hoi j. con-
duit au\ deux routes de Lons-Ie-Saul-
nier, en Suisse, el à celle de Bourg à
Genève. Parmi les
Edifices et clahlissemens publics dont
cette ville est enrichie, nous distinguons
F
Eglise paroissiale , qui est d'une
belle architecture, 1'
Hôtel-Dieu . V
Tlus/iire île la Charité, qui fut fondé
en i"lo, la
Maison rie correction, êlahlie dans
les ca-ern^s de cavalerie, et qui est
aujourd'hui destinée à ren"ermer les
Individu- 1 condamné» à moins d'un an
de détention , enfin la
Colonne, qui est située sur la place
de l'Hôlel-rte — Ville , qu'on pourrait
croire appartenir à un temple romain.
Départ de Tournus.
Nous voici déjà au large et bientôt
devant
Valiars , petit village fort joli , placé
en fa-e la
Rivière rie Seille. T)ans\a même direc-
tion el plus bas, est
Stu'nt-Oyen , village assez agréable,
lilué niés d'un petit ruisseau qui prend
la source pris de Lugny. Bientôt nous
passons devant 1'
Embouchure rie la Reyssouze , petite
rivière qui prend sa source à Torsiat,
trois ou quatre lieues au dessus de
Bourg, qu'elle ba gne. Plus bas et du
côté opposé , se montre
Saint- -Ihlin , joli village , dans le-
quel les jeunos fille? portent de petits
cliapeaui faits en forme de disque. Plus
ÏMXCM
bas et du même côté que Saint-Ablin ,
est
Suint- Jean, joli village, après lequel
nous remarquons la superbe
lie ne la Palme , qui eft une des
plus considérables de la Saône et re-
marquante par lus conférences qui s'y
tinrent, en 842, entre les trois fils de
Louif-le-Débonnaire , après la bitaille
de Fontenav-aux-Kois. Ce fut dans
celte île que ces tron princes convin-
rent dune nouvelle d:\isiondesetats
de leur père. Bientôt après a^ir passé
1 île de la Palme, nom découvrons
M con, où nous allons faire une
nouvelle
Station d'un demi-quart d'heure.
Mâcon est une ville fort ancienne de
la Gaule Celtique , bâtie sur le pen-'
chant et au pied d'un magnifique co-
teau. Le
Pont que nous avons sous les yeux,
qui est formé de douze arches , a été
construit dans le \X" siècle, par Or-
thon, comte de Mâcon et d'Auxerre,
et réu it la ville au bourg
Saint-Laurent, qui appartient au
département de l'Ain. Parmi les
Edifiées dont la ville de Maçon est
ornée , trois seulement méritent d'être
cités , -avoir : I'
Hôpital , qui fut commencé en 1758
et achevé en 1770 sur les plans du cé-
lèbre Sourdol , 1 1
Maison rie charité, dont rétablisse-
ment date de 1<>80. enfin I'
H"spice de la Providence , qui fut
fondé en 173G, par M. Agus, prêtre de
Mâcon.
Maintenant que nous connaissons Ma-
çon, nous allons parcourir idéalement
ses environs.
Environs de Mâcon.
Excursions idéales.
A. Excursion au château et village de
Saint-Point.
Distance à parcourir: 7 lieues.
« Ici la solitude est animée par de rians
aspects et par des bruits vivans. »
Le château de Saint-Point est situé
dans une jolie vallée, non loin du vil-
lage de ce nom. Ce château est de la
plus haute antiquité ; il fut bâti par le
16
'îâCV
243
GUIDE
marquis de Saint-Point , après la mort
duquel il passa successivement à la mai-
son de Rochefort , de Castellaiie , puis
enfin à celle de M. de Lamartine, qui
en fait sa retraite favorite. A l'époque
désastreuse de notre révolution , ce
château fut en partie détruit ; ce qu'il
en reste aujourd'hui consiste en deux
larges tours, qui flanquent un corps de
bâtiment irréguller, dépourvu d'orne-
mens d'architecture.
Ce château n'offre rien de curieux,
laissons-le de côté et jouissons un in-
stant du brillant tableau que nous offre
la vallée qui est sans contredit la plus
gracieuse de France. Celte vallée , qui
s'élend à plus de deus lieues, serpente
entre deux chaînes de montagnes très
élevées , dont les crêtes de rochers sont
découpées en dénis inégales, leurs flancs
sont couverts de bois et de cultures
très variées.
Au fond du vallon, régnent d'immen-
ses prairies, coupées par le cours si-
nueux d'une petite rivière que bordent
des rideaux de sauies et de peupliers. Sur
le penchant des montagnes, sur les
bords des bois et des prés, s'élèvent
des chaumières, d'où partent à la fois
le chant rustique des bergers et le mu-
gissement des troupeaux que la vallée
sonore répète au loin.
Tel est le tableau que présente ce
lieu , qui en fait un séjour aussi gai
que paisible.
Transportons-nous maintenant d'un
autre côté,
B. Excursion à Bourg.
Distance à parcourir : 9 lieues.
L>
Eglise pai-oissiale de Bourg , qui est
dédiée à Notre-Dame de Brou , est la
seule curiosité que nous ayons à voir
ici. Celle église, qui fut construite par
ordre de Marguerite d'Autriche, fille
de l'empereur Maximi'ien I er et lanle
de Charles -Quint, fut commencée en
131 1 et achevée en 1336. Sa
Façade est d'un goût fort original.
Son frontispice est couronné par trois
frontons , dont celui du milieu , qui est
le plus élevé , offre un aspect qu'on ne
trouve nulle part dans les monumens
de la renaissance. Le portail, dont l'arc
est surbaissé, est couvert d'ornemens
arabesques remarquables par la ri-
chesse du travail et la perfection des
détails. L'
Intérieur de V église est fort beau,
surlout le chœur, dont la plus grande
partie est en marbre de Carrare. Dans
l'intérieur du chœur, nous remar-
quons trois superbes
Mausolées en mai bre blanc, savoir : à
droite , celui de Marguerite de Bour-
bon, femme de Philippe II , prince de
Savoie , qui fit le vœu de bâtir l'église.
En face est celui de Marguerite d'Au-
triche, sa belle-fille, qui exécuta ce
vœu. Au centre de ces deux mausolées
est celui de Philibert, le beau-fils du
premier et mari de la seconde. Le
prince est représenté, mort, au dessus
du mausolée, et mourant, au dessous.
Ces figures offrent l'une et l'autre le
même fini et la même vérité.
Ces monumens, d'un slyle admira-
ble et d'une belle exécution, sont,
ainsi que l'église , l'ouvrage de Colom-
ban, artiste dijonais, dont nous voyons
la statue en marbre non loin des tom-
beaux.
Départ de Bîâcon.
Notre navire a repris sa marche et
bientôt nous apercevons, à l'opposite
de Màcon ,
Thoissey, jolie petite ville, très agréa-
blement située au milieu d'une belle
contrée , sur la Chàlaronne.
C'est dans cette ville qu'est né le cé-
lèbre anatomiste Bichat. Après avoir
parcouru une courbe assez considéra-
ble , nous apercevons
BelL ville et son joli
Pont suspendu , sous lequel nous al-
lons passer. Bientôt se montre
Béligny, et du côté opposé ,
Trévoux, ville fort ancienne, bâtie
en amphithéâtre, sur le penchant d'une
colline qui domine une vaste et fertile
plaine , et dans laquelle fut imprimé le
journal des Savans et le dictionnaire
de la langue française. Après avoir
parcouru un léger détour, nous décou-
vrons d'abord
Quincieux, puis ensuite
Curis, village fort joli, mais n'offrant
aucune curiosité, A l'opposite se pré-
sente
Neuville , petite ville qui n'a de re-
marquable que son
Quai, qui est fort spacieux, et son
fciÈitëEbj^
DU VOYAGEUR EN EUROPE.
243
Pont suspendu , sous lequel nou9
passons. C'est dans la plaine qui s'étend
au nord de celte vil.e, que se donna la
fameuse bataille qui décida du sort de
.'empire romain , entre Seplime-Sévère
et son compétiteur Albin. Des vestiges
d'armure*, de nombreux ossemens hu-
mains . et des médailles romaines de
cette époque, attestent celte assertion.
Après avoir parcouru un nouveau dé-
tour, nous apercevons, du côté opposé,
Ahlignay, fort joli village, non loin
duquel est
Fleurieu, petit bourg sans impor-
tance. Plus bas, et dans la même direc-
tion , est
Saint-Martin, plus bas encore, et du
Coté opposé
Courzon , village d'où l'on sort la
plupart des pierres pour les construc-
tions de Lyon. Après avoir parcouru un
léger détour, nous découvrons
Rochetuillêe , village qui a pris son
nom d'un rocher que fit couper Agrippa
pour faciliter le cours de la Saône. C'est
dans ce bourg . qui est du resle sans
importance, qu'est né le cardinal de la
Rochetaillée,qui,de fils d'uriïimple pé-
cheur, s'éleva aux plus hautes dignités
ecclésiastiques. Plus bas , nous décou-
vrons à dioile
Saitu-Ramùert, petit bourg dont l'é-
glise est l'une des plus anciennes des
Gaules; elle; fut fondée par des religieux,
vers la fin du m' siècle. L'a chitecture
de son portail porte le-* traces de la pins
haute antiquité; elle a beaucoup de res-
semblance avec celle du temps de Char-
lemagne, dont on voit les resles à Lyon.
Enfin se présente à nous 1'
Ile Barbe, environnée de collines en
amphithéâtre , et parce d'un joli pont
jeté avec beaucoup de grâce. C'est dans
cette île que Charlcinagne avait sa
bibliothèque. Enfin, nous entrons dans
Lyon , qui est ie terme de noire
toute.
Aperçu général de Lyon. — Celte
tille est dans une belle situation , au
confluent du Pihône et de la Saône, en-
tre lesquels sa plus grande partie se
trouvère serrée :au nord, elle est domi-
lée par les montagnes de Fourvières et
de Saint-Sébastien, qui s'élèvent en am-
phithéâtre sur la Saône. & Bâtie en par-
lie sur plusieurs collines, et en partie
sur un terrain uni , elle offre peu de
régularité ; l'intérieur , composé de
rues étroites et tortueuses, bordées de
maisons très élevées , nuit à la beauté
de son ensemble; niais elle est dédom-
magée de l'aspect peu agréable de quel-
ques quartiers , far la magniâi ence de
plusieurs autres. Trois rangs de quais,
entrecoupés de dix-sept ponts, et pr s-
que tous de construction moderne, ainsi
que les glacis embrassent toute la partie
située sur les deux rivières , et forment
une superbe ;enccinte que l'on ne peut se
lasser d'admirer.
ii Sur les bords du Rhône, une ligne
immense de maisons et de beaux édifi-
ces, depuis le faubourg Saint-Clair jus-
qu'à la porte de Perrache , donne
au point de vue un caractère particu-
lier de grandiose, qui tient à la nature
des sites de Lyon ; des trottoirs d'une
lieue d'étendue, garnis d'un double rang
d'arbres, et d'où la vue s'étend sur une
belle plaine , bordent le cours majes-
tueux du fleuve.
il Sur les quais de la Saône, la colline
de Fourvières , les coteaux de Saint-
Just et de Sainte-Foy , offrent de-, ta-
bleaux rapprochés; les regards s'y pro-
mènent sur des scènes mouvantes qui se
multiplient et varient à chaque instant,
sur une prodigieuse quantité de barques
et de bateaux de formes différentes qui
présentent le tableau le plus animé
de la navigation, au pied d'une colline
pittoresque. Sur la Saône, cette navi-
gation est tranquille comme le cours de
la rivière ; sur le Rhône . les bateaux
qui descendent le fleuve fuient avec la
rapidité du trait. De toutes parts , on
voit des moulins, des foulons, des frises,
et de grands élablissemenshjdrauliqucs,
dont le mouvement et le bruit annon-
cent les travaux d'une ville de fabrique
de premier ordre.
« Lyon est entouré de plusieurs fau-
bourgs : les plus remarquables sont :
Fourvières, au sud-ouest ; la presqu'île
Perrache , au sud; Serin et Vaize, au
nord-ouest; la Guillolière, A l'est, et la
Croix-Rousse au nord. »
Lyon possède deux cent cinquante
rues, plusieurs belles casernes et pri-
sons, cinquante places, dix-sept églises,
enfin plusieurs hospices , théâtres et
promenades.
Historique. — L'origine de Lyon re-
monte à l'époque où les Romains for-
mèrent des établissemens dans les Gau-
les. Le consul Lucius Munatius Plan-
:
244
GTJIUE
■
I
eus , ami de Cicéron et d'Horace , et
lieutenant de César, en Tut le fondateur.
Il y rassembla, l'an 'il a\anl Jésus-
Christ, les habitans de Vienne, cha-sés
par les Allobr oges. Lyon se nomma d'a-
, et ensuite Lug-lu-
num, d'où est venu Lyon.
bord Lucii'Dunui
Lugdunum, admirablement placé pour
la navigation, s'enrichit, et acquit en peu
de temps une assez grande importance
commercial. Auguste en fit la métro-
pole de la Gaule celtique , qui d puis
changeant de nom , prit celui de Gaule
Lyonnaise. 11 vint lui-même d rs celte
Ville accompagné de Tibère, et fut reçu
dans un magnifique palais, construit sur
le penchant de la colline de Fourvières,
qui prit alors le nom de Pa'ais impérial.
L'empereur séjourna trois mois dans
celte ville, et il l'embellit «le tant de
bienfaits , que soixante nalio.s gau-
loises, pour témoigner leur reconnais-
sance , élevèrent en son honneur , au
confaienl du Khône et de la Saône, un
temple qui était un des mouumens les
plus célèbres de l'antiquité.
Agrippa, gendre d'Auguste, contribua
aus'i beaucoup à la prospérité de Lug-
duiium; il en fit le point do départ de
plusieurs voies unitaires qui traversè-
rent le.* Gaules. Tibère , pour élerni-er
ia mémo 1e d'Auguste, qui l'avait iboisi
pour héritier, inslituales Auguslaux, et
fut honoré lui-même d'une statue éques-
tre parles trois parties de la Gaule Lyon-
naise. Calignl a habita le palais impérial,
et après un i-éjour de peu de durée, il
retourna à Rome, où il fut assassiné.
L'empereur Claude orna la ville de
Lvon de magnifiques aqueducs et d'autres
mouumens d'utilité publique; il obtint
du sénat qu'elle serait mise au rang
de cité romaine. L'étal fl irissemt.de cette
cité ne fut pas de longue durée, un ter-
rible incendie anéantit, dans une seule
nuit ceite magnifique cité. Néron la fit
bientôt renaître de ses cendres; Trajan,
Adrien et Antonin, concoururent aussi
au rétablissement de sa prospérité.
Lorsqu'à la mort de Pertinax , Albin
et Seplime-Sévère se disputèrent l'em-
pire, la fortune avant secondé le premier
dans les Gaules, Lyon se déclara en sa
faveur, et après s» défaite aux plaines
de Trévoux, eut le courage de lui ouvrir
ses portes. Sévère entra dans celte ville
en vainqueur irrité, et la livra à la fu-.
reur des soldats, qui n'en firent qu'un
monceau de cendres et de ruines.
Sous les ciiii ereurs , Lyon fut pris
d'assaut, et pillé i ar les peuples du
nord. Vers la fin du y siècle , Al ita
saccagea celle ville , et fil di-par; ître
tout ce qui restait de mouumens ro-
mains. En 458, Guinderic s'en empara,
et en fil la ca; i aie du royaume de
Bourgogne, qui subsista près d'un siè-
cle. La protection elles bientailsdeChar-
lemngne rendirent à Lvon une partie
desa prospérité: il lit relever sis ruines,
cl établit une bib iolhèque dans le mo-
nastère de l'île liarbe.
En 1503, les ca vinisles s'emparèrent
de Lyon par surprise, mais ils en furent
chassés par l'abbé de Sa» ignés. En 18:11
et 1834, celte ville a été le théâtre de
lutle- sangla nies dont r.ous ne nous sen-
tons pas le couiai;ede transcrire les dé-
tails; du reste ils sont connus de loul le
monde.
Débarquement, séjour et promenade.
Nous louchons au
Port de la Peyroll rie, quittons notre
navire, el allons nous loger à I'
IJnlcl de l' Europe, < ù nous trouvons
des chambres gai nies, des appartement
complets et une excellente table d'hôte.
Ta sons maintenant en revue les di-
verses.
Curiosités de Lyon , mais avant de
nous mettre en route, il esl essentiel de
(aire connaître 1'
Itinéraire de notre Promenade. —
Nous allons suivre d'abord les quais qui
bordent le Rhône, puis ensuite ceux de
la Saône ; parvenus au pont d'Ainay,
nous prendrons la porte Sainl-George,
nous visiterons là qui lques restes d'an-
tiquités le cimetière Sainl-Ju-t . enfin
Notre- Pâme de Fourvières; de là nous
regagnons le quai de Flandres, en pre-
nant le chemiu des Capucins.
Départ.
Partons du
Pont dr la Gnillotière : ce pont, qui
sert de communication avec le midi de
la Fraice, la Sa' oie et l'Italie, fut cons-
truit, dil-on, par le pape Innocent IV»
qui habi.a pendant sept ans le cloître
Saint-Jean. Sa longueur est de cent
■.TbtMKy^r^
DU VOÏAGEUR EN EUROPE.
24S
soixante-treize mètres , et se compose
de dix arches. Ici commence le
Quai de l' H»uL-Ditu , sur lequel
nous remarquons le superbe bétel de ce
no M. Plus oin est le
Quai du tiliâne , derrière lequel est
Eglise Sainl-Bonavenlure, dont l'en-
trée est sur la place du Méridien. C lie
église qui fut fondée en 1220, est vaste
et très spacieuse; mais elle n'est pas éle-
vée à proportion de sa longueur. Son
arcbileeuue,qui est gothique, est d'une
simplici é remarquable.
Sur le mcaie quai, nous remarquons
le
Grand Collège, qui est un des monu-
mensL's plus importans de Lyon; il est
traversé par ia rue des Ménétriers, recou-
verte en partie d'ui e arcade. Les bàli-
mens occupent remplacement de l'an-
cien collège de la Trinité , fondé en
loi!). Après le collège, wcnl le
Quai de lieiz, où se trouve la
Bibliothèque publique, qui est établie
dans une partie des hâiimens du collège.
Son entrée est fort mesquine; on y arrive
par un | elitescalier tortueux et noir. Sa
première salle , qui a environ cinquante
mètres de largeur, est pavée de marbre.
Son intérieur est décoré de quatre glo-
bes de sphères, de planisphères, de ta-
bles précieuses, et de divers bustes et
bas-reliefs. Six rangs d'in-folio régnent
à l'entour, et sont placés dans cin-
quante-trois armoires grillées, renfer-
mant quatorze m Ile qua re cents volu-
mes ; au dessus, règne une galerie à ba-
luslrade , où dix autres rangs offrent les
in-4° et lesin-8" , au nombre de cin-
quante mille. De cette pièce, on pa-se
à la bibliothèque dite Adamaly , qui
n'est séparéeque par une grille. De cette
dernière sal e , on i asse à ceile des es-
tampe», où sont réunis les gravures et
les volumes atlantiqu»». Derrière celte
pièce enfin est le cabinet d'antiquités.
Qu. lions la bibliothèque, et conti-
nuons notre promenade jusqu'au bout
du quai, là nous nous trouvons eu lace
du
Pont Morand, qui communique de
la rue Puits-Gai lot à la promenade des
Brotleaux. Ce pont, qui est en bois, fit
construit, en 1774, i ai le célèbre archi-
tecte dont ii | orle le nom; sa longueur
est d'environ sii cent trente pieds, et
«a largeur de quarante-deux. Aux deux
extrémités de ce pont s'élèvent deux
pau Ions symétriques en forme de so-
cle, et en maçonnerie.
Après le quai de Metz, vient le
Quai Saint-Clair, qui est remarqua-
ble par l'élégance des édifices et par
la vue enchanteresse dont on y jouit :
c'est dans cette partie qu'habitent la
plupart des riches négocians, elque l'on
trouve 1'
Eglise Saint - Poljcarpe , bâtie en
1700, sur le< des ins de Léger , par les
pères de l'Oratoire. Celle église est dé-
corée de colonnes d'ordre corinthien,
fort petite, mais très jolie. Gagnons
maintenant la
Place des Terreaux , qui est la place
la plus remarquable après celle de
DclLcour. Celte place, à laquelle huit
ni"s aboutissent, est petite, mais régu-
lière. Sur l'une des faces, nous remar-
quons le Palais des Arts, et de l'autre,
l'Hôte 1-de-Ville, Le
Palais des Arts est un magnifique
édifice qui, a\ant la révolution de 1781),
était une abbaye de religieuses, fondée
dans les premiers lemps du christia-
nisme. Ce vaste bâtiment est composé
de quatre grands cops de logis qui for-
ment une cour dont on a lait un par-
terre orné, dans le centre, d'une sta-
tue d'Apollon placée sur un autel
antique. Sa façade principale est em-
bellie de deux ordres d'architecture
en pilastres, le dorique cl le corinthien;
un troisième ordre en atlique s'élève
au milieu, et accompagne un behédère
à l'italienne qui domine sur tout le
bâtiment.
L'intérieur répond à l'apparence du
dehors. La cour est entourée d'un por-
tique solidement voùié, et dont le des-
sus forme une terrasse boidée d'une
balustrade de fer.
Dans le Palais dos Arls sont établis le
musée des tableaux, le cabinet des mé-
dailles, le mu-éc lapidaire , la galerie
des plâtres antiques, le cabinet d'his-
toire naturelle, le dépôt des pièces mé-
caniques pour la fabrication des étoi'es
de soie , la bibliothèque du conserva-
toire, l'éco e gratuite de dessin et diffé-
rens cours.
On paivient à la salle du musée par
un très bel escalier; son intérieur est
magnifique; elle est pavée en carreaux
de marbre fort beau: sur le plafond
sont des rosaces et des peintures d'un
946
GUIDE
bel effet. Les divers tableaux qu'elle
renferme sont paifaiteraent classés. A
l'entrée sont les
Tableaux de Fleurs , dont les plus
importons sont les suivans :
N» 3. Vase rempli de roses, par Jean
Van-Huyum, chef-d'œuvre.
N° 10. Vase de fleurs , par Abraham
Mignon.
W 11. Vase en bronze rempli de
fleurs, par madame Bourg.
W° 12. Cartouche entouré de fleurs,
par David de Héem.
IN" 17. Vase, par madame Bruyère.
K° 21 Vase, par Van-Uoussel d'An-
vers.
A la suite des tableaux de fleurs sont
les
Tableaux d'Histoire , dont les sui-
vans sont les plus remarquables:
N 4, Racine , par Philippe de Cham-
pagne.
N° 8. Sacrifice d'Abraham, pa-r Andréa
del Sarto.
N° 9. Invention des reliques de Sainte-
Véronique , par Philippe de Champa-
gne.
N° 1!). Saint François, saint Domini-
que etc., par Rubens.
N° 30. Les Vendeurs chassés du Tem-
ple , par Jean Jouvenet.
N° 31. Deux têtes d'Etudes, par
Van-Dyck.
N° 39. Adoration des mages, par Jac-
ques Stella.
N" 39. Baptême de Jésus-Christ, par
Louis Carrache.
N° 61. Le bon Samaritain, par Drol-
ling.
N°65. Saint François d'Assise, par
Espagnoles
N» 67. Le Christ à la Colonne , par
Palma le jeune.
N° 78. La Circoncision, par Guérin.
N 8 85. Moïse sauvé des eaux , par
Paul Véronèse.
Au fond de la galerie des tableaux ,
se trouve le
Cabinet des Antiques et des médail-
les , dans lequel nous remarquons des
pièces extrêmement curieuses, que les
bornes de cet ouvrage ne nous permet-
tent pas de faire connaître
Le Musée, le Cabinet d'Histoire Na-
turelle et la galerie des Antiques , sont
ouverts au public, le jeudi et le diman-
che de chaque semaine, depuis onze
heures jusqu'à deux. Les étrangers y
sont admis fous les jours, sur la simple
exhibition de leur passe-port.
Quant à 1'
Hoiel-de-Fille, dont il nous reste à
parler, c'est le plus bel édifice public
en ce genre qui existe e;\ France; il
fut commencé en 1646 et terminé en
«55, sur les dessins de Simon Maupin.
Cet édifice, qui forme un carré isolé'
est composé d'une façade ef de deux
ailes. La façade n'appartient à aucun
ordre d'architecture; elle se termine
par une balustrade sur laquelle s'élè-
vent deux grandes statues, l'une d'Kcr-
cule, l'autre de Minerve. Les deux par-
ties latérales sont flanquées de deux
pavillons carrés, surmontés de frontons
et terminés en dômes. Derrière la fa-
çade, est la tour de l'horloge, haute de
cent cinquante pieds el couronnée par
une coupole.
La porte d'entrée de la freade prin-
cipale, élevée sur douze marches , est
pratiquée dans un enfoncement circu-
laire , formant une espèce de portique
dont la voûte est soutenue par des co-
lonnes ioniques de marbre rouge. Au
milieu de l'attique , nous remarquons
un bas-relief représentant Henri IV à
cheval.
Après cet examen rapide de l'exté-
rieur, passons à celui de 1'
Intérieur. Ici tout est aussi digne
d'attention. A l'entrée de la porte prin-
cipale , est un
Vestibule en arc surbaissé d'une
grande hardiesse ; les deux extrémités
sont occupées par deux groupes de
bronze de grandeur colossale; celui de
gauche représente le Rhône, appuyé
sur un lion rugissant et sur sa rame ;
l'autre représente la Saône, appuyée
aussi sur un lion, mais dans une atti-
tude paisible.
De ce vestibule partent deux esca-
liers ; celui de gauche est de forme
ovale , à trait sans noyau et suspendu
en spirale d'une manière ingénieuse et
très hardie; l'autre, qui est l'escalier
principal , est porté en demi-berceau
sans appui, hors du mur, et se termine
par une galerie ea balcon qui conduit
à une belle salle ornée de très belles
peintures.
Dans l'Hôtel-de-Villc est réunie la
salle du tribunal de commerce, celle
des archives , le bureau des contribu-
ré£g»t
DO VOYAGEUR EN EUROPE.
24»
lions et de la police. De lHôtel-de-ViI!e,
gagnons la
Pince Sathonay, et de là le
Jardin-des-Planies. montons le per-
ron et esaminons fa distribution. A
gauche, nous remarquons l'orangerie,
qui est fort belle ; sur le devant, se des-
sine un parterre gracieux, à l'entrée
duquel est placé le buste en marbre
blanc du célèbre abbé Rozier : le pié-
destal qui le supporte, est couronné
d'une guirlande , et porte l'inscription
suivante :
Au
Cohimplle français ,
L^on sa patrie.
Après avoir parcouru et examiné ce
jardin , gagnons sa partie supérieure ;
là est une
Esplanade ombragée d'arbres et où
se trouve un
Cufè, environné de galeries découver-
tes, et dans lequel nous allons faire
une
i talion pour nous y rafraîchir, puis
pour jouir du superbe
Point de vue qu'il offre. De cet en-
droit, nous découvrons une partie de
la ville; au levant, la colline de Four-
vières , et dans le lointain , les Alpes et
les campagnes du Dauphiné.
Descendons maintenant l'esplanade ;
là est l'emplacement d'un vaste amphi-
tliéàtre, de forme circulaire, qui, du
temps des Romains, servait de nauma-
cliie.
Qu'il tons maintenant le Jardin-des-
Plantes et gagnons les
Quais de la Sàone. Traversons le
Quaiet pont Saint-Vincent. Ce pont ,
qui est en bois , fut construit en 1713;
il se compose de trois grandes travées
en quart de cercle, portées sur deux
palées qui reposent elles-mêmes sur
un triple rang de pieux. JVous voici sur
le
Quai de Flandre, prenons la
Hue de la Poterie, là est 1'
Eglise Saint-Paul, que nous devons
visiter. Cetle église, qui fut fondée vers
l'an 149, par sai:it Sacerdos, archevê-
que de Ljon, est fort jolie et éclairée
dans sa partie supérieure par un dôme
octogone. Passons le
Palas-dc-Justice , comme ne nous
offrant rien de curieux ; arrêtons-nous
àl'
Eglise Saint-Jean , qui est la cathé-
drale de Lyon. Cetle église, qui doit
son origine à un baptistère fondé par
saint Arége , au commencement du
VII e siècle et dédié à saint Jean -Bap-
tiste, fut ruinée et rétablie plusieurs
fois. Son portai!, qui n'a été achevé que
sous le règne de Louis XI, présente,
au dessus des deux marches qu'il faut
monter pour y arriver, (rois portiques
de forme semblable et de hauteur dif-
férente; celui du milieu est surmonté
d'une va-te rosace circulaire , d'une
admirable beauté. Sur chaque angle de
l'édifice s'élève une tour richement
sculptée, dans une est placée une clo-
che du poids de trente -cinq mille
livres, les trois autres sont entièrement
libres. Sur la façade , régnent deux ga-
leries eu pierre taillées à jour et chargées
d'ornemens très remarquables. Quant
au fronton qui la termine, il e-t triangu-
laire et chargé de délails très compli-
qués. Passons maintenant à 1'
Intérieur. Ici tout est d'une grands
simplicité , cependant l'élévation des
voûtes , la multiplicité dc« colonnes , la
richesse des sculptures et la beauté des
vitraux lui donnent un grand caractère
de majesté. Vouloir entreprendre de
décrire ces divers objets, ce serait
un travail immense , et du reste , d'un
bien faible intérêt ; passons donc outre
là dessus et continuons notre prome-
nade.
Traversons maintenant le
Pont de l'Archevêché , et de là ga-
gnons la
Place Bellecour. Cetle place, qui
était autrefois décorée de belles faça-
des , présente au midi et dans toute sa
longueur, plusieurs rangs de tilleuls
qui forment une promenade des plus
agréables. Au milieu , s'élève la
Statue de Louis XIV, en bronze,
due au ciseau du célèbre Lemot.
De celle place , la perspective dont
on jouit est magnifique ; à nos ;eux,
se déploient avec grâce les riches co-
teaux de Sainte-Foy et de Fourvières.
Après avoir admiré ce bril'ant tableau,
rexenons sur nos pas et gagnons le
Pont <PAinay, qui est le lieu où se
borne nuire promenade. De ce pont ,
qui se fait remarquer par son élégance
et sa légèreté, nous allons joindre 1'
Eglise Saint-Just. Cette église, dont
les fondations furent jetées eu 1601,
248
GUIDE
n'offre rien de curieux à l'intérieur,
qu'un groupe de marbre blanc, repré-
sentant l'iucrédulilé de saint Thomas;
c'eslà 1'
Extérieur que nous devons nous ar-
rêter. Commençons notre examen par
le
Portail : il est composé de quatre pi-
lastres ioniques coup es et cannelés ,
élevés sur drs pilastres qui supportent
un entablement couronné d'un fronton.
Les faces des ailes qui accompagnent
cet avant-corps sont décorées d'un en-
tablement d'ordre dorique à trigh plies,
soutenu de pila 1res. Examinons la
Porte du milieu. Celle porte est or-
née de montans d'un profil régulier et
de consoles qui tervaenlà supjorter
autrefois les armes du chapitre ; au des-
sus est un grand vitrail de forme ovale.
Quittons celle église et traversons la
Montée du Gourgûillon ; non loin
de là nous avons à voir un
Aqueduc anti/ue, un
Théâtre , enfin les
Humes du Palais des Empereurs ro-
mains. Après avoir visité ces vieilles
ruines, nous allons voir le
Cimetière Saint-Just , et à noire
relour,
Notre-Dame de Fourvières, à laquelle
nous allons faire une
Station, non pas comme pèlerins,
mais pour jouir du
Beau point de vue qu'offre ce lieu ,
surtout «le la terrasse qui es; à côté de
l'égli-e. De là nous découvrons toute
la ville de Lyon , les plainc-i fertiles et
les charmans paysages qui l'environ-
nent, bornés à l'horizon par l'immense
chaîne des Alpes.
De Notre-Dame de Fourvières, nous
allon; joindre le
Chemin des Capucins, et ensuite le
quai de Flandre , qui est le lieu où se
borne no.re promenade. Pour les com-
pléter, il ne nous manque plus qu'à vi-
siter les
Environs de Lyon.
Les environs do Lyon sont riches en
beaux sites; ne pou\ant les visiter
tous , nous allons choisir pour nos ex-
cursions, les plus remarquables, qui
sont : Saint-Cyr au Mout-d'Or et
Sainte-Foy-lès-Lyon.
Excursion à Saint-Cyr au Mont-d'Or.
Dislance à parcourir : l lieue un quart.
Départ.
Nous sortons de Lyon par la
Porte et le faubourg de Vaise , et
bientôt nous arrivons au village de
Saint-Cyr an M ont- d' Or , qui est
situé au milieu des montagnes connues
sous le nom de Mont-d'Or. Ce mont e^t
un corps de montagnes séparées des
autres , et occupant un espace d'envi-
ron trois lieues. Des difiére.aes éléva-
tions dont se compose cette chaîne,
cel e qui porte spécialement le ni.m
de Moni-d'Or, e;t formée de trois monts
nommés le
Mont-Cindre , le
Mont-'Ihoux, enfin le
Mont-d'Or.
Le plus élevé de ces trois sommets
est celui désigné sous le rom de
Montagne de Verdun, de Palenrieux
ou de Limouest. Sur son plaieau, s'élève
une jolie
Pyramide en pierre; qui est un point
Irigonométrique de la carte de France.
De là nous jouissons d'un magnifique
coup d'œil sur les vallées du Khône et
de la Saône. Sur le sommet du
Mont-Cindre, nous remarquons un
Ancien ermitage, tapis.-é de nom-
breux ex v to , qui attire un nombre
considérable de pèlerins certain-- jours
de l'année. Du haut du Mont-Cindre,
nous jouissons d'un
Panorama ti ut au si beau que ceux
qu'on va chercher en Suisse.
Excursion à Sainte-Foij-lès-Lyon.
Distance à parcourir : I lieue et demie.
C'est près la rive gauche de la Saône
et sur un coteau très élevé , qu'est si-
tué Saiaic-Foy-lè-Lyon. C; coteau
est sans contredit un des plus beaui
et des plus riches vignobles de France.
De son sommet la vue domine tou'es
les contrées environnantes. Les di-
verses chaînes des Alpes ne paraissent
dans cel immense espace que comme
des collines ou des aiguilles p'acées à
différentes distances, qui se confondent
souvent avec les nuages. Au nord, l'on
découvre le Mont-d'Or , formé de trois
pyramides; à l'ouest, les montagnes du
DU VOYAGEUR EN EUROPE.
Lyonnais et du Forez; au sud, le
Mont Vila , terminé en forme de cou-
pole , prestjiic toujours cou\ert de nei-
ge ; à l'i-sl, la grande chaîne des Alpes,
couronnée par le Mont-Blanc. Sur un
plan moii.s éloigné, l'oeil plonge sur un
vaste bassin , entrecoupé d'une Innom-
brable quantiié de maisons de campa-
gne, rie châ.eanx, de \illages di-persés,
les uns sur des collines, les autres dans
des prairies, sur les bords de la Saône
et du Klione; on distingue le cours du
coif.uent depuis Monl-Luel. En se rap-
prochant de Lyon, ou voit ions les
grande édifices qui couronnent 1< s deux
collm. s de Courvières et de Sainl-Sé-
Bastien et une partie de la y. Ile : à
i'oues', sont les montagnes du Lyonnais.
Près de nous sont les communes d'Oul-
lins , Saint-Genis-Laval , Irigny ; plus
loin, Millery, Briguais, Orliénais, etc.,
dont nous distinguons les collines , les
bois et les riches vignobles. A l'est ,
la vue se prolonge jusqu'aux Alpes.
Dai s les beaux jours d'été et d'au-
tomne, lorsque l'atmosphère est épurée
de va, eur. le Mont-Blanc paraît sous
la forme d'un dôme iiumei se qui, vers
la fin du jour, réfléchit les teintes rosées
du soleil couchant
Deuxième route.
Roule par le Bourbonnais.
H 'tels recommandés. — Nemours. —
H' tel de l'Ecu, tenu par M. Rqulx.
Cet hôtel , qui reçoit la plupart des
vojageurs en po-te et du commerce,
possède de beau* et nombreux appar-
tenons, ainsi que de vastes écuries et
remises.
Monlargis. — Hôtel de la Poste, tenu
par M. Ymatier.
Cet hôtel joint à l'élégance et à la
propreté des apparlemei s . un service
prompt, une cuisine pai faite et d'ei-
ccllens vins. On y trouve une salle de
bains et la poste aux chevaux.
Cosne. — Hôtel du Commerce, tenu
par M. Bateau, successeur de M. Fau-
vean.
Cet hôtel , dont la réputation date
de nomhreues a , nées , possède on
général toutes les commodités de la
vie.
Saint - Pierre -le- Moutier. — Hôtel
249
des Trois-Rats-à-la-Poste, tenu par
M. Tat.
Cet hôtel , situé auprès de la grande
place et de la piomenade, a été sou-
vent honoré de la confiance des prin-
ces. MM. les voyageurs y trouveront
propreté, appartenons bien tenus, de
vastes cours, remises et écuries.
JfJouli is. — 111 Février. — Hôtel des
Diligences , tenu par M. Mauguin.
Cet hôiel . qui jouit d'une grande
réputation parmi 1 s voyageurs, est fi-
guré dans l'atlas du Guide.
10 Murs. — Hôtel de l'a Poste, tenu
par M. Pcusoiuieau.
Cet hôiel . qui se recommande par
sa bonne tenue et par sa propreté , est
éga'enient figuré dans i'allas du Guide.
Roanne, — Hôtel de Flandre , tenu
par M. Flandre.
Cet hôtel , qui est silué sur les bords
gracieux de la Loire, a été, de tous
temps, le rendez - vous généial des
vojageurs. Cet avantage, il le doit à
sa bonne tenue et surtout à fa belle
position , qui est une des plus remar-
quables.
Tararre. — Hôtel de V Europe, tenu
par M, Manin.
Cet hôtel, où s'arrêtent les diligen-
ces qui parcourent cette roule, vient
d'êire décoié et meublé Pi neuf, la tahle
est parfaitement servie , et les soins de
tout genre sont prodigués à MM. les
voyageurs.
Les écuries et les remises sont vastes
et commodes ; les relais de la poste sont
dans l'hôtel.
Observation.
Cette route se trouvant décrite par
la précédente jusqu'à Fontainebleau,
ce n'est donc que depuis cette ville
que notre itinéraire doit commencer.
Itinéraire de Fontainebleau à Lyon.
/De Paris à Fontainebleau,
Distance l 14 lieues.
à \
parcourir: j De Fontainebleau à Lyon,
V lus lieues.
Topographie de la route.
Départ.
Au rorlir de Fontainebleau , nous
entrons dans la
w**
230
GUIDE
Forêt, que nous quittons au village
de
Baron, auquel commence une vaste
Plaine sablonneuse , qui s'éleud jus-
qu'à
Nemours, petite ville dans une si-
tuation pittoresque , au fond d'un val-
lon environné <lc tous côtés de collines
et de rochers d'où descendent plusieurs
ruisseaux qui se réunissent pour former
le Loing; elle est généralement bien
bâtie , percée de rues larges et spa-
cieuses , et entourée par le canal du
Loing et la rivière du même nom, sur
laquelle est un beau ponl. Après celte
ville, nous remarquons des
Entassemens de rochers semb'ables
à ceux qu'on remarque dans la forêt
de Fontainebleau. Nous côtojons en-
suite la
Kive droite du Loing par un cliemin
ombragé fort agréable qui traverse le
village de
La Croisière, après lequel nous en-
trons dans le
Département du Loiret. Bientôt après
nous arrivons à
Montargis, petite ville dans une si-
tuation agréable, près d'une belle forêt
au pied d'une montagne, sur le Loing,
et à !a jonction des ianaux de Biiare,
d'Orléans et du Loing. Elle est ceinte
de murailles et généralement mal bàlie.
L'ensemble cependant en est agréable.
Au sortir de cette ville, nous entrons
dans un
Pays plat et peu fertile. Après avoir
relayé à la
Commodité et parcouru une petite
distance, nous entrons dans
JVogent-sur-lernisson , petite ville
bâtie sur le bord du canal et qui n'offre
rien de remarquable. Passé le village
de
Bussière, où nous remarquons un
joli
Château gothique, nous avons une
Côte à gravir, du haut de laquelle
on jouit d'un vaste coup d'oeil sur les
plaines fertiles et les cliarmans pay-
sages qui bordent le cours de la Loire ,
dont les eaux sont couvertes d'une mul-
titude de barques à voiles. Bientôt nous
arrivons à
Bi iare , petit village sur la rive droite
de la Loire , à la jonction du canal de
Briare avec ce fleuve. La partie située
sur le bord du canal offre une suite de
maisons bien bâties, le long desquelles
règne un joli quai , ombragé de deux
rangs d'arbres, lequel forme un port
commode et un abri pour les bateaux
pendant la mauvaise saison et le chô-
mage du canal. L'autre partie ne con-
siste qu'en une seule rue. Après Briai e ,
nous suivons une
Plaine entrecoupée de champs fer-
tiles et de coteaux couverts de vignes
qui bordent la rive droite du fleuve ,
que nous regagnons à
Bonny, petite ville sans intérêt. Un
peu au dessous de
Villeneuve , nous entrons dans le
Département de la Nièvre, etbientôt
après dans
Neuvy, petit bourg sans importance.
De là . nous allons à
Cosne , petite ville dans une situa-
tion agréable , sur la rive droite de la
Loire , au confluent du Nohain ; elle
est généralement bien bâtie , propre et
bien percée. Une
Plaine fertile et bien cultivée s'étend
de cette ville au relais de
Pouùly, petit bourg renommé pour
ses vins blancs, et dans lequel Charles-
Je-Chauve passa la Loire, en SC8. A une
lieue plus loin , nous traversons le bourg
de
Mtrvts , remarquable par ses nom-
breuses
Forges. La route continue à border
la rive droite de la Loire , sur laquelle
nous jouissons d'une fort belle vue jus-
qu'à
La Charité, p